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vendredi 31 août 2012

Adieu Margaret, lettre ouverte à 20th Century Fox


Il y a des billets que je préférerais ne pas avoir à écrire. Des billets qui dans un monde cinéphile idéal n’auraient pas lieu d’être. Des billets dont chaque mot reflète une part de chagrin, de colère, d’incompréhension que je voudrais ne pas ressentir. Mais parce que la branche française du studio 20th Century Fox existe, ces billets doivent exister, parce que non content de pourrir la vie de nombreux cinéphiles, je ne voudrais pas que le distributeur s’en tire sans qu’un maximum de personnes leur crache le fond de leur pensée quant à leur politique de distribution.

Depuis de trop nombreuses années maintenant, Fox France a une ligne bien précise en ce qui concerne la comédie américaine : neuf fois sur dix, ces messieurs et dames estiment que sortir le film dans une poignée de salles en France en VF uniquement est ce qu’il y a de mieux à faire, histoire que le film soit sorti en salles et vendu plus facilement à la télé, et tant pis si des spectateurs avaient l’espoir de voir le film, qui plus est en VO, après tout on n’est pas là pour faire plaisir au spectateur, on vend pas du rêve on fait du pognon nous. Pardon de me mettre dans vos bottes, mais j’essaie de comprendre ce qui vous passe par la tête, et le dégoût m’assaille.

Bien sûr, même si cela fait mal de voir ces comédies américaines alléchantes sortir uniquement au Publicis en VF, les « Machine à à démonter le temps », les « Gentlemen Broncos » et tant d’autres encore, malheureusement on a fini par s’y habituer. Nous, vous savez, les spectateurs sans morale aucune qui osons exprimer le désir de voir les films que VOUS distribuez, mais qui préférons les voir en VO parce que c’est ainsi que se voient avec le plus grand plaisir les films en général, et les comédies plus que tout autre genre cinématographique. C’est bon, on a fini par intégrer, une comédie américaine distribuée par la Fox, c’est la mort cinéphile assurée, un jet à la poubelle en sortie technique, et tant pis pour nos gueules.

Cette semaine pourtant, vous, hommes et femmes travaillant à la 20th Century Fox, vous êtes démenés pour me mettre - moi et je le sais un nombre incalculable d’amateurs du 7ème Art (oups j’ai dit un gros mot) – dans une colère monstre. Comme si finalement, nos réclamations régulières et désespérées de vous voir sortir les comédies en VO vous amusaient particulièrement. Je vous imagine si bien dans vos bureaux, balayer d’un geste de la main les mots durs que vous ne pouvez manquer de lire ici ou là, « C’est pas ces connards de spectateurs qui vont nous dicter comment on doit distribuer nos films, on les sort en VF et puis point barre, ils font chier ceux-là ».

Cette semaine, allez, vous aviez même l’occasion de vous racheter en partie de votre politique de distribution des comédies américaines, avec Margaret de Kenneth Lonergan. Ce film, j’en avais rapidement parlé il y a presque un an, lors de la sortie américaine, pour souligner les difficultés qu’il avait rencontré pour enfin trouver le chemin des salles obscures, des années après avoir été tourné. Le film était sorti en salles aux États-Unis dans une combinaison de salles assez ridicule, dans une version qui n’était pas la director’s cut du réalisateur. La date de sortie française était déjà fixée à l’époque si je me souviens bien, et n’a jamais varié d’un iota, ce mercredi 29 août 2012. Pendant ces longs mois, le film a été encensé aux États-Unis, et la version de trois heures destinée au DVD s’est vite vue accusée d’être un grand film.

Finalement, la longue période entre la sortie américaine et la sortie française aurait même pu être bénéfique. Allez, avec un peu d’audace, vous auriez peut-être pu sortir en salles la director’s cut, pour confirmer que la France était bien le pays de la cinéphilie, et qu’ici c’était la voix des cinéastes que l’on écoutait, et non celle des financiers. C’est déjà arrivé par le passé, alors pourquoi pas pour Margaret. Depuis combien de temps aviez-vous condamné le film ? Car il ne fait aujourd’hui aucun doute que vous ne vous êtes jamais posé la question de sortir la director’s cut en salles, puisqu’il vient de s’avérer que depuis tout ce temps, vous n’aviez même pas l’intention de sortir le film en VO.

Ce sort si cruel, pour les cinéastes et pour les spectateurs, que vous vous plaisez habituellement à réserver à la comédie, vous l’avez cette semaine infligé à un film d’auteur qui, se murmure-t-il depuis des mois, est une œuvre majeure du cinéma américain contemporain. Martin Scorsese lui-même avait mis la main à la pâte pour aider le film à sortir. Tous ces mois, nous avons attendu, impatients, avec cette date en ligne de mire. Tous ces mois, naïvement, nous ne nous sommes pas doutés du sort que vous réserviez à cet évènement cinéphile.

Le couperet est tombé en début de semaine. Le film ne sortirait qu’au Publicis, en VF. A vos yeux, rien d’important là-dedans. Rien d’essentiel dans ce film. Un film américain de plus dont il faut se débarrasser discrètement. J’imagine que vous n’avez pas pris la peine de prévenir Kenneth Lonergan (vous avez peut-être entendu parler de lui, c’est le monsieur qui a réalisé le film) du sort de son film dans la capitale mondiale de la cinéphilie. Le cinéaste a déjà tellement souffert pour mener à bien la sortie de son film, vous avez probablement préféré lui épargner ce coup de poignard de plus, dans un grand geste de pitié, ou de lâcheté.

Alors voilà, me voici aujourd’hui, ici, sur mon insignifiant petit blog d’insignifiant petit spectateur amoureux de cinéma, excédé, agacé, dégoûté. Et triste, infiniment triste, qu’une petite poignée de personnes dans leur bureau de la Fox ait choisi de condamner un cinéaste, une œuvre, et toute une population de spectateurs qui espéraient pouvoir voir un film qui peut-être marquera son époque. Mais je dis ça en l’air, puisque grâce à vous, je ne l’ai pas vu, et je ne le verrai pas au cinéma. Je ne vous remercie pas.

mardi 12 octobre 2010

20th Century Fox se fout de nous !

Pffffffffffffffff… Les mots me manquent… seuls quelques jurons me viennent en tête… Il y a quelques semaines à peine, je me désolais sur ce blog de la sortie en salles de Gentlemen Broncos qui était massacrée par son propre distributeur, 20th Century Fox France. La sortie technique était exclusivement en version française, sans laisser la possibilité aux exploitants de projeter le long-métrage dans sa version originale sous-titrée en français.

La présence en soi d’une sortie technique n’a rien de nouveau ni de totalement anormal, tant il paraît évident que tous les films ne peuvent pas sortir à grande échelle et tous n’ont pas vocation à trouver leur public en masse auprès des spectateurs (français). Mais le charme d’une sortie technique, c’est de tout de même permettre à ceux qui hantent les cinémas comme j’aime à le faire de pouvoir découvrir en salles des comédies américaines (car il s’agit bien neuf fois sur dix de cela) appelés à vite disparaître.

Or comme je l’ai déjà mentionné, les spectateurs intéressés par ces films sortant en catimini ont plutôt tendance à être des puristes ne jurant que par la VO, et il faut bien avouer que le genre même, la comédie américaine, se prête en général particulièrement mal à la VF. Or c’est bien en VF que Gentlemen Broncos avait déboulé au Publicis à la fin de l’été, un choix du distributeur 20th Century Fox… et devinez quoi ? La branche française de la Fox a remis ça cette semaine avec La machine à démonter le temps. Sortie technique dans une dizaine de salles en France, et pas une copie en VO, pas même pour l’éternel Publicis, qui programme donc une fois de plus le film dans la version fournie par le distributeur.

Merde. Merde, merde, merde. Une comédie sur une bande de potes qui remontent dans les années 80, à leur époque ado, grâce à un jacuzzi permettant de voyager dans le temps, avec John Cusack, Rob Corddry, Craig Robinson et Clark Duke, non, non et non, ça ne se voit pas en VF ! Me voilà donc à boycotter pour la seconde fois en même pas deux mois une comédie pour laquelle je comptais presque les jours avant la sortie en salles. Tout cela grâce à un même distributeur. 20th Century Fox serait donc le distributeur le plus irrespectueux et haïssable que l’on compte en France ? En tout cas la filiale française du studio hollywoodien ne fait rien pour s’attirer les faveurs des amateurs de comédie américaine, ou de cinéma en général. Et comme elle ne fait aucun effort pour s’attirer notre respect, il n’y a aucune raison de le lui accorder.
Pour reprendre les mots du respectable Ron Burgundy, Go f**k yourself 20th Century Fox !

(p.s. : dans quelques semaines à peine la Fox va distribuer en France Journal d’un dégonflé, une comédie ayant l’air fort sympathique… oserais-je supposer le type de sortie auquel nous allons avoir droit… ?)

dimanche 29 août 2010

Pas de bronca pour Gentlemen Broncos

De nature partageur dans mon enthousiasme cinématographique, je regrette facilement qu’un film me faisant palpiter d’impatience n’ait droit qu’à une pauvre sortie technique, mais soupire de soulagement en découvrant que « Ouf ! », au moins il passe dans une salle à Paris en VO, et donc Ouf ! au moins je ferai partie des rares à pouvoir le voir. Mais lorsque ma propre satisfaction cinéphile égoïste n’est pas remplie, j’ai envie de taper du poing sur la table et de crier « SAPERLIPOPETTE !!! », ou quelque chose d’approchant dans l’idée (mais un peu plus vulgaire).

Cette semaine je pars donc en croisade. Non, le terme est mal choisi. Cette semaine je pousse un coup de gueule à l’encontre de 20th Century Fox France. Depuis des mois, la filiale française du studio hollywoodien avait planifié la sortie en salles de Gentlemen Broncos, la troisième réalisation de Jared Hess après Napoleon Dynamite et Super Nacho. Pour le moment on peut dire que le cinéaste américain est un peu maudit en France, avec aucune sortie digne de ce nom en trois films, et ce n’est pourtant pas faute de faire des films attrayant ou au potentiel culte. Son premier film, Napoleon Dynamite, est une œuvre incontournable du paysage cinématographique américain des années 2000, révélation du Festival de Sundance en 2004 et carton indépendant du box-office US dans la foulée. Pourtant, six ans plus tard, nulle trace du film dans l’hexagone, ni au cinéma ni en DVD zone 2 (heureusement que les imports existent !).

Son second film, Super Nacho, était en revanche sorti en salles, mais en plein été et avec une confidentialité tout ce qu’il y a de plus technique. Je ne me faisais donc aucune illusion sur Gentlemen Broncos, le troisième film de l’auteur, qui contrairement aux deux précédents n’avait pas déplacé les foules lors de sa sortie aux États-Unis l’automne dernier. Un petit bide. Nulle raison donc de penser que le film allait avoir droit à autre chose qu’une sortie dans 10 salles en France.

Mais oh bonne nouvelle, le Publicis annonçait depuis plusieurs semaines la diffusion du film dans une de ses salles à partir du 25 août. Finalement, il serait possible de le voir dans les meilleures conditions qui soient (ma part égoïste prenait le dessus quelques instants à cette nouvelle). Pourtant, patatra, la joie s’est effondrée à la veille de la sortie, lorsque le Publicis annonçait via sa page Facebook que Gentlemen Broncos serait programmé en VF en son sein. Mon sang n’a fait qu’un tour face à ce coup de tonnerre (oui je sais je suis un peu excessif dans ces moments), et j’en ai fait part au Publicis via cette même page Facebook, exprimant ma profonde déception d’apprendre que ce cinéma que je respecte et fréquente assidûment fasse ce choix rédhibitoire à mes yeux.

Le jour de la sortie, je constatai avec amertume qu’effectivement le film était bien annoncé en VF au Publicis, mais surtout que la salle des Champs-Elysées était la seule de Paris à programmer le film de Jared Hess. Malgré tous mes bons souvenirs d’enfance avec les VF des films, j’ai abandonné depuis longtemps les films doublés au cinéma (à la télé ça peut passer), et mon désir de voir Gentlemen Broncos sur grand écran s’éteignit aussitôt.

Le Publicis, en réponse à l’expression de ma déception sur leur page, me fit alors savoir que cette malheureuse programmation en VF était due au fait que le distributeur du film, 20th Century Fox France, ne mettait que cette version à la disposition de la salle. Pas de VO, choix de la Fox. Saperlipopette !!! Comment faut-il prendre ce choix délibéré de la Fox d’exclure la VO pour Gentlemen Broncos ? Une semaine plus tôt, le distributeur avait fait le même choix pour le film Marmaduke, pas de VO. Si le principe de VF pour ce dernier film pouvait se défendre, son caractère le destinant assez clairement aux enfants, il paraît étrange qu’un distributeur affiche un tel mépris pour le public potentiel d’un film comme Gentlemen Broncos. Mais est-ce du mépris, du je-m’en-foutisme, de l’incompétence ?

Mettent-ils donc dans le même panier un Marmaduke et un Gentlemen Broncos ? Que diraient-ils si un tel coup de gueule les intéressait vraiment ? Que ce n’est qu’une sortie technique et qu’ils ont mieux à faire ? Dans ce cas ils seront gentils de ne pas annoncer des mois à l’avance la sortie en salles de leur film. Qu’ils aient la décence de le balancer à la dernière minute, que l’on n’ait pas le temps de nourrir du désir pour le film.

Moi je voulais le voir, Gentlemen Broncos. Je voulais voir cette histoire d’un ado geek écrivant de la science-fiction qui se fait piquer un de ses manuscrits par un auteur star en panne d’inspiration. J’avais envie de voir Sam Rockwell en héros incarné du récit dérobé. Je voulais voir Jemaine Clement en auteur SF veule et dépassé. Mais voilà, à la Fox, on se dit qu’un film sur un chien qui parle ou un film geek du réalisateur de Napoleon Dynamite, c’est la même chose, le public s’en fout de le voir en VF. En six ans, le studio n’a pas été capable de sortir ne serait-ce qu’en DVD Napoleon Dynamite, ce qui ne l’empêche pas de laisser la mention « Par le réalisateur de Napoleon Dynamite » dans la bande-annonce du film, une ironie à mourir de rire. Car après tout, les seuls spectateurs qui auront vu le premier film de Jared Hess auront été le chercher en ligne, ou l’auront chassé en zone 1, comme je l’ai fait, et l’auront vu en VO. Gentlemen Broncos est un film de niche pour public averti. Un public qui aime en nette majorité voir son film en VO.

Je voulais voir Gentlemen Broncos en VO au cinéma. Je verrai Gentlemen Broncos en VO. Je ne le verrai pas au cinéma. Merci 20th Century Fox France.

vendredi 13 août 2010

"Djinns" méritait-il de sortir dans plus de salles ?

Jeudi soir je me suis engouffré au dernier sous-sol des Halles pour voir Djinns dans l’une des deux seules salles parisiennes à diffuser le film de Hugues et Sandra Martin. A l’époque où le film avait été annoncé, je n’imaginais pas qu’à sa sortie, le choix pour le voir serait restreint au cinéma du 1er arrondissement et au Gaumont Aquaboulevard, et que seuls une vingtaine de cinémas projetteraient le film dans le reste de la France. Un film de genre français avec Grégoire Leprince-Ringuet, Thierry Frémont et Saïd Taghmaoui mêlant la présence française en Algérie et le surnaturel, je ne le voyais pas finir en plein été à la limite de la sortie technique.

Alors quoi, SND, on ne croit pas au film de genre français ? On regrette d’avoir mis la main sur le film ? Est-ce donc un scandale que Djinns soit condamné à être vite oublié au milieu de l’été ? Les deux premières questions ce n’est pas à moi d’y répondre, mais je veux bien tenter ma chance sur la troisième. Est-ce un scandale ? Djinns est-il un énième film de genre français qui mérite bien plus que l’exposition qu’on lui offre ? Sur le principe, je suis pour qu’on donne un coup de pouce au cinéma de genre hexagonal. Il est en général bien trop mal traité par les distributeurs et les spectateurs, ne nous voilons pas la face, pour ne pas l’encourager et le faire exister, même s’il n’est pas toujours à la hauteur des attentes que l’on peut placer en lui.

Malheureusement, après avoir vu Djinns, je n’ai pas particulièrement envie de gueuler « Merde, un super film fantastique français piétiné par son distributeur !! Bande de gougnafiers !! ». Non, honnêtement, je n’ai pas envie de hausser le ton (et encore moins d’utiliser le terme gougnafiers). Ce que je dois absolument reconnaître à ce premier film, c’est une maîtrise formelle remarquable compte tenu du petit budget avec lequel il a été conçu. En d’autres termes, Djinns a de la gueule. Visuellement, le film n’a pas grand-chose à envier aux productions américaines réalisées avec des dizaines de millions de dollars de plus. Les décors sont soignées, la photo est belle, il n’y a pas, techniquement, de laisser-aller.

Mon problème avec Djinns, c’est que je n’ai pas grand-chose de plus à dire pour soutenir le film. J’aimerais dire qu’il est mystérieux, haletant, flippant, étonnant, intrigant, détonnant. J’aimerais pouvoir utiliser n’importe lequel de ces adjectifs, mais j’en suis bien incapable. Djinns est une belle coquille vide. Pour attiser le spectateur potentiel, on pourrait dire que le film prend place en Algérie en 1960. Qu’une section de militaires français est chargée de partir explorer le désert pour retrouver un avion porté disparu, et que sur le chemin du retour, ils tombent sur des créatures fantastiques décidées à causer leur perte. Oui, on pourrait le présenter comme cela.

Le problème, c’est qu’à l’écran, on est loin d’avoir un film aussi excitant qu’on l’attendait. Les réalisateurs semblent n’avoir rien à raconter. Le contexte algérien est-il intéressant ? Non, il n’est pas du tout exploité (non non, même cette fin-là ne donne pas un film sur l’Algérie). L’intrigue fantastique est-elle prenante alors ? Pas plus. Le temps est long, entre deux trois répliques bien trouvées. Le fin mot de l’histoire est prévisible, les créatures ne font pas peur, (rien ne fait peur en fait), il n’y a aucune tension, aucune empathie pour les personnages, qui sont tous des caricatures sans surprises (il y en a même un dont on ne sait pas ce qu’il advient en cours de route…). Rien. Le scénario avance sans que l’on se prenne jamais de passion pour l’histoire qui nous est racontée, sans que l’on frissonne jamais devant le danger encouru. Au bout du compte, la question se pose. Que voulaient faire les réalisateurs avec Djinns ? Car là je ne vois pas, le film ne marche à aucun niveau. Aucun genre abordé ne fonctionne. En plus les réalisateurs laissent Thierry Frémont partir en roue libre, et ça, ce n’est jamais bon…

Je crois au mélange des genres. Je crois dans le cinéma de genre français audacieux, sachant faire coexister du fantastique et de l’historique. Je crois en Hugues et Sandra Martin, qui montrent de belles aptitudes à mettre en image. Mais je crois aussi que Djinns est un film raté dont le scénario n’est pas le moins du monde à la hauteur de ses qualités visuelles. Il faudra aux réalisateurs se remettre de l’échec programmé du film, et s’appuyer sur un scénario plus solide pour leur second. Rendez-vous est pris.

lundi 9 août 2010

Petits suicides entre amis sur les Champs-Elysées

J’en suis presque sûr, je n’avais jamais vu autant de monde assister à une projection au Publicis. Arrivé près d’un quart d’heure avant le début de la séance dans la salle, il y avait déjà plus d’une quinzaine de personnes installées (un taux de remplissage inhabituel). Au moment où le film a commencé 25 minutes plus tard, la salle était presque à moitié pleine (et c’était la grande salle !). De mémoire de spectateur du Publicis, du jamais vu.

Mais quel est donc ce film qui attire tant de monde au Publicis ? Un petit film indépendant américain datant de 2006 figurez-vous. Wristcutters : a love story, intitulé en français Petits suicides entre amis. Le film, projeté pour la première fois au Festival de Sundance en janvier 2006, a été présenté dans bon nombre de festivals avant de sortir aux États-Unis à l’automne 2007. En France, le voici qui débarque enfin grâce à CinéMadness, une société de distribution spécialisée dans le film de genre, proposant aux internautes un rôle participatif en misant sur les films que CinéMadness distribue. Le système est original, les films faisant le tour de quelques salles à travers la France à la manière d’un festival de films de genre itinérant. Oui, car Petits suicides entre amis n’est pas le seul film à être distribué cette semaine par CinéMadness au Publicis. Il est accompagné de trois autres longs-métrages, Grace, Donkey Punch et Confession d’un cannibale (et le prochain opus de CinéMadness est déjà annoncé, dont l’alléchant film à sketches The Ten !), que je n’ai pu voir.

Voilà, ce sont donc ces Petits suicides entre amis qui ont attirés tant d’amateurs au Publicis samedi après-midi. Il faut dire que les films ne bénéficient pas de séances tous les jours, il ne fallait donc pas traîner si l’on tenait à les voir. Moi je tenais à voir celui-là. Anecdote amusante d’ailleurs, l’homme aux sacs plastiques a délaissé sa chère cinémathèque pour lui aussi attraper ce long-métrage. Mais vu comme il a détalé comme une flèche à peine sorti du cinéma, courant plus vite que Christophe Lemaître à Barcelone pour descendre les Champs-Élysées, nul doute qu’il avait une autre séance qui l’attendait incessamment sous peu, ailleurs…

Revenons à nos moutons. Les suicidés de Petits suicides entre amis. Il a eu beau traîner plus de quatre ans sans distributeur en France, en voilà un qui valait largement d’être vu. Derrière ses airs de p’tit film qui casse pas trois pattes à un canard, le film américain du croate Goran Dukic s’est révélé éminemment agréable. Sa grande qualité, c’est son imaginaire simple mais tout à fait fou. Le héros du film est Zia, un jeune homme qui se taille les veines. Après sa mort, le voici coincé dans un autre monde, un monde réservé aux suicidés. Un monde qui ressemble au nôtre sans être le nôtre. On y croise donc que des morts dans un décor déprimant, où tout semble cassé ou à peine rabiboché. Tout le monde tire un peu la tronche, déçu de constater qu’il y a une vie après la mort, et que celle-ci est encore plus déprimante que celle qu’ils avaient délibérément choisi de quitter. Zia est comme les autres, jusqu’au jour où il apprend que sa petite amie Desirée, qu’il avait laissé parmi les vivants et qui lui manque, s’est suicidée elle aussi, peu après lui. Avec son pote Eugene, un rockeur russe mort sur scène, et Mikal, une jeune femme tenant absolument à trouver les instances dirigeantes de ce monde parce qu’elle n’est pas censée être là, Zia s’embarque donc sur les routes à la recherche de Désirée.

Petites suicides entre amis, c’est donc un road movie existentiel, dans lequel les personnages roulent au petit bonheur la chance, dans une quête au cours de laquelle ils trouveront peut-être des réponses à leurs questions. Et à défaut, ça les occupera, car hein, ils ont quoi de mieux à faire dans leur purgatoire éternel ? C’est ça le charme du film de Dukic. Ce ton tragicomique hésitant entre le glauque et le surréalisme. Au début, c’est déroutant et on se demande un peu dans quoi on s’est embarqué. Et finalement, la sauce prend. Le surréalisme prend le dessus sur le glauque. Des personnages joliment déglingués apparaissent, et ils ont les traits de Tom Waits, Will Arnett, John Hawkes. Des têtes qu’il fait bon voir traîner dans des seconds rôles.

Bizarrement, cette ballade m’a rappelé Tout est illuminé, sans le côté bouleversant mais avec du fantastique en plus. Le road movie réalisé par Liev Schreiber avait ce même esprit loufoque et existentiel. Peut-être est-ce aussi dû au personnage d’Eugene, le pote russe rocker qui secoue et déride Zia, et nous fait profiter d’un humour et d’une musicalité qui rappelle celle d’Eugene Hutz, un des acteurs de Tout est illuminé (également musicien avec son groupe Gogol Bordello, présent sur la bande originale de Petits suicides entre amis...).
Quelle que soit la raison, ça valait le coup d’attendre quatre ans.

vendredi 6 août 2010

Mandy Lane et Kenji Endô se faufilent en DVD…

C’est bien connu, pendant l’été, les distributeurs aiment sortir en catimini les films dont ils veulent se débarrasser (essayez de voir L’éclair noir sorti la semaine dernière, c’est quasi impossible). Sachez que les éditeurs de DVD aiment aussi cette technique. Je suis certain qu’il y en a d’autres passant sous le radar, mais deux films sortant cet été directement par la case home video retiennent particulièrement mon attention.

Le premier est un véritable épouvantail. All the boys love Mandy Lane. Une bizarrerie comme le monde du cinéma aime à en accoucher. Je ne parle pas du film, que je n’ai pas vu, mais de son modèle de diffusion. All the boys love Mandy Lane, c’était LE film hype de 2006/2007. Celui dont le titre était sur toutes les lèvres du monde geek et cinéphile. Le petit film que tout le monde voulait voir et que les festivals s’arrachaient. C’était le premier long-métrage réalisé par Jonathan Levine, qui a par la suite concocté The Wackness, qui lui est sorti en salles il y a deux ans.

Mais pendant que tout le monde parlait de All the boys love Mandy Lane, aucun distributeur ne le sortait. En tout cas ni en France ni (plus étonnant) aux États-Unis. La rumeur du film culte continuait à enfler sans qu’une sortie en salle ne se profile. Mandy Lane, cette lycéenne que tous les garçons du bahut cherchent à dépuceler une nuit où un tueur sème la panique, débarque tout à coup sur les rayonnages de DVD en plein mois d’août 2010. Il est enfin temps de découvrir ce fameux film pour lequel plus aucune illusion ne restait quant à son sort, la sortie directe en DVD étant toute tracée.

Ce n’était pas forcément le cas du troisième volet de la trilogie 20th Century Boys, baptisée 20th Century Boys – Chapitre Final : Reprenons notre symbole. J’avoue que celui-là, je comptais encore sur un passage par les salles obscures. Un vain souhait qui a été brisé cette semaine lorsque j’ai découvert que le film était en fait en vente depuis près d’un mois en DVD.
Le premier chapitre de cette adaptation du célèbre manga avait été un de mes coups de cœurs de l’année 2009, une aventure épique aux allures de série B sortie discrètement dans une poignée de salles, un sort également réservé à sa suite quelques mois plus tard. Des sorties techniques qui n’avaient pas dû coûter bien cher à leur distributeur Eurozoom. Les salles qui les avaient diffusés (le Publicis pour le premier, l’UGC Orient Express pour le second) affichaient un fort taux de remplissage.

Cela n’aura pas suffit à nous offrir un passage sur grand écran pour ce dernier volet. C’est bien dommage. Je sais ce qu’il me reste à faire.

mercredi 21 juillet 2010

Un été au Publicis

Au risque de me répéter, le Publicis est l’un des trésors les mieux gardés de Paris. Un cinéma unique dans la capitale tant par sa programmation que par ses caractéristiques intrinsèques de salle. C’est le cinéma des sorties techniques, ces films distribués dans une poignée de salles en France, comédies américaines, films de genre, animation japonaise… En général ce sont des films dont le public ciblé est plutôt constitué de cinégeeks ayant la vingtaine ou la trentaine, des mecs (et quelques filles) fans de Will Ferrell, de science-fiction et de tout ce qui vient du continent asiatique.

C’est ça, le Publicis, dans des conditions optimales. Sièges confortables, deux vastes salles à écrans larges, et (ce qui est la bénédiction du Publicis tout autant que sa malédiction) il y a toujours de la place ! Qu’il vente, qu’il neige, ou qu’un soleil de plomb pèse sur la capitale, le Publicis n’affiche jamais complet. Je ne l’ai en tout cas jamais vu complet pour ma part, même il y a quelques années lorsque j’y avais vu en avant-première, de longs mois avant leurs sorties respectives, A bittersweet life de Kim Ji-Woon et The jacket de John Maybury. Tant et si bien que je crains souvent qu’un jour ou l’autre ce cinéma cher à mes habitudes cinéphiles ne se trouve obligé de fermer boutique, d’où ma grande satisfaction chaque fois que je vois que le public se déplace plus nombreux que d’habitude pour venir y voir un film.

Pour ma part, je sais déjà que je vais passer une partie de l’été à naviguer entre les deux salles du cinéma des Champs-Élysées. Je m’y suis déjà rendu à trois reprises depuis le début de l’été. La première fois, c’était pour la sympathique comédie Trop belle !, la comédie type à passer en exclusivité au Publicis. Puis j’y ai vu l’aventure épique Centurion retraçant le funeste destin d’une légion romaine mystérieusement disparue dans ce qui deviendrait quelques siècles plus tard la Grande-Bretagne. Pas l’épopée de l’année, mais un film appréciable dans le genre.

Enfin ce week-end, après de nombreux films successifs dans la salle 2 (la plus petite des deux, où j’ai vu les deux films précédemment cités, plus notamment My Name is Khan et The Crazies), j’ai enfin remis les pieds dans la magnifique salle 1 pour une nouvelle sortie technique, Repo Men. Un film de science-fiction cette fois, prenant pour cadre une société futuriste dans laquelle une entreprise (The Union) a la mainmise sur un marché juteux : la greffe d’organes artificiels. Les protagonistes, les « repo men », sont une brigade attachée à l’entreprise chargée de récupérer les organes greffés lorsque les clients ne sont plus en mesure de payer leurs traites. Et par « récupérer les organes », il faut comprendre, « ils débarquent au milieu de la nuit chez vous, vous ouvrent le bide et vous laissent crever sur place ». Ce genre de petite attention tendre.

Le film est incroyablement violent et sanglant, tombant même un peu trop facilement dans la violence gratuite. Les personnages, campés par Jude Law, Forest Whitaker et Liev Schreiber, manquent d’épaisseur. En revanche, le film bénéficie d’un twist final déconcertant et excitant qui rehausse nettement la qualité globale de l’œuvre.

Voilà pour mon début d’été. Mais ça ne fait que commencer. Car dans les semaines à venir, le Publicis risque de rester un de mes lieux de cinéphilie de prédilection, avec dans un premier temps, en août, le Festival CineMADness offrant notamment un indépendant américain inédit qui me fait très envie (Wristcutters), avant que le cinéma n’enchaîne Tell Tale de Michael Cuesta, Gentlemen Broncos de Jared Haress (réalisateur des cultes Napoleon Dynamite et Super Nacho), et enfin juste avant la rentrée American Trip (Get him to the Greek), le spin off de l’excellent Sans Sarah rien ne va !
Gardez-moi une place au cinquième rang pour tous ces films, j’arrive !

lundi 3 mai 2010

Ricky Gervais déride la moribonde Avenue des Champs-Elysées

Je n’aime pas aller au cinéma sur les Champs-Élysées. L’avenue que nous envient les francophiles du monde entier n’a pas tant de succès que ça dans le cœur des parisiens, et celle qui fut un temps le haut lieu du cinéma à Paris a bien perdu de sa superbe. Les premières de films hollywoodiens ont beau continuer à privilégier la « plus belle avenue du monde », ce ne sont pas moins de trois cinémas qui ont rendu l’âme ces douze dernières années sur les Champs-Élysées. Le Gaumont Champs-Élysées et l’UGC Champs-Élysées, les deux dernières salles uniques de l’avenue, puis l’UGC Triomphe ont disparu, réduits à l’état de souvenirs dans les mémoires des spectateurs (aaaaah, Boogie Nights à l’UGC Champs-Élysées en 1998…).

Quelques années après le prestige cinéphile élyséen, les salles de l’avenue se sont transformées en archétypes des salles pop-corn. Le public y est bruyant, souvent des bandes d’ados de sortie sans les parents, des touristes bavards, bref, le genre de public avec lequel il n’est pas recommandé d’être assis deux heures durant. Dommage tout de même car les Champs abritent l’une des plus belles salles parisiennes, la grande salle de l’UGC Normandie, vestige de la gloire cinéphile du quartier, avec ses 900 fauteuils et son grand rideau bleu. Bien sûr je n’inclue pas dans ces salles le Balzac et le Lincoln, les deux salles art & essai du quartier, sur des rues perpendiculaires.

Non, décidément, il ne reste plus qu’un cinéma fréquentable avenue des Champs-Élysées. Le Publicis. Surtout depuis qu’il a été complètement restauré il y a quelques années. Le Publicis, c’est le trésor le mieux gardé des Champs-Élysées, un de mes cinémas préférés de Paris. Deux belles salles à la programmation originale, au confort optimum, au personnel sympa. La qualité première du Publicis, c’est la programmation. Comme je l’ai sûrement dit plusieurs fois, on y trouve généralement des films ne passant presque pas ailleurs, au mieux dans une autre salle de la capitale, rarement plus. Le cinéma s’est fait une spécialité de programmer les sorties techniques, ces films sur lesquels les distributeurs préfèrent ne pas dépenser trop d’argent, en les sortant dans une poignée de salles, sans promotion pour signaler leur arrivée dans les salles.

De tels films, il y en a tous les mois, et croyez-moi, ce sont rarement les plus mauvais. Bien sûr il n’y a pas que des sorties techniques au Publicis, il y a aussi des films qui sortent seulement dans peu de salles, des films de genre le plus souvent, polars australiens, science-fiction hollywoodienne, et bien sûr comédie étrangère. L’un de mes films préférés de 2009 était d’ailleurs un tel film, une petite comédie américaine sortie en catimini au Publicis, un bijou que nous n’avions été que peu à découvrir, La ville fantôme. A l’affiche, Ricky Gervais, comique britannique irrésistible à la réputation en béton chez les anglo-saxons mais dont la plupart des français n’ont jamais entendu parler. La série « The Office » (la version britannique originale), c’est lui. La série « Extras » sur la dure condition de figurant, c’est lui aussi.

Cette semaine est sortie en salle sa première réalisation, The invention of lying, écrite et interprétée par ses soins. Parmi le peu de cinémas à la programmer en France, le Publicis. Bien sûr. Vendredi soir, direction le Publicis, donc. The invention of lying y était programmé en salle 2, pendant que Le choc des titans passait en 3D en salle 1. Il y a peu je parlais des spectateurs sympas que l’on peut rencontrer au cinéma… eh bien vendredi soir au Publicis j’ai constaté que même au Publicis, un cinéma où les spectateurs sont presque toujours irréprochables, des cons passent entre les mailles du filet. Enfin, presque.

Alors que je faisais la queue pour prendre mon billet, une femme, la cinquantaine, accompagnée de celui qui devait être son compagnon, a brusquement crié au scandale sous mes yeux. Elle se rendait à la projection 3D du Choc des titans, et avait pour l’occasion amené avec elle une paire de lunettes 3D. Le personnel du cinéma lui explique alors qu’il existe différents types de projections 3D, et que ses lunettes sont incompatibles avec la projection numérique 3D que le Publicis utilise, et qu’elle doit donc prendre celles fournies par la salle pour 1€. Mais la femme ne veut rien entendre. « Vous vous foutez de ma gueule ?! C’est quoi cette arnaque ? ». Le personnel lui explique calmement qu’elle peut essayer avec ses lunettes si elle veut, mais qu’elle ne verra pas l’effet 3D, c’est un système différent. « C’est n’importe quoi votre truc, vous vous foutez de la gueule du monde, c’est une arnaque, vous n’avez pas honte, j’ai jamais vu ça de ma vie !!! ».

Il fallait la voir, crachant presque ses paroles en achetant son billet, insultant sans détour le garçon essayant de garder son sang froid malgré le ton insultant de la spectatrice. Il essaie bien de lui dire que cela ne sert à rien de lui dire tout cela, que ce n’est pas sa faute à lui s’il existe plusieurs types de projection 3D, il faut qu’elle se plaigne aux responsables du marché de la projection 3D, mais la femme ne veut rien entendre. Elle paye tout de même son billet, insultant encore allègrement le caissier. Qui craque et ne supporte plus de se laisser insulter, retirant finalement les tickets des mains du couple, leur disant « Ca suffit je ne peux pas vous laisser rentrer. On va vous remboursez et vous allez partir, vous n’avez pas à m’insulter comme ça madame ». Qui lui crache une salve d’insultes de plus avant de récupérer son argent et de se barrer.

La scène était proprement hallucinante, et fut une belle entrée en matière pour se glisser dans la folie douce de The invention of lying. La comédie réalisée par Ricky Gervais et Matthew Robinson prend pour cadre une société ressemblant en tous points à la nôtre à une énorme différence près : le mensonge, la duplicité, la malhonnêteté n’existent pas. C’est un monde où chacun dit ce qu’il pense, ne cachant rien à ses semblables. Dans ce monde, pas de tromperie, pas de fiction. La vérité et les faits, c’est tout.

Dans ce monde, Mark Bellison a du mal à trouver sa place. Il travaille pour la plus grande firme de production de films en tant que scénariste. Dans une société où la fiction n’existe pas, le cinéma consiste en un acteur récitant un épisode de l’Histoire rédigé par un scénariste. Mark Bellison est l’un de ces scénaristes, qui a la tâche ingrate de s’occuper du 14ème siècle, considéré par tous comme un siècle inintéressant. D’ailleurs Mark est sur le point d’être viré, tout le monde le sait. Et ce n’est pas comme si Mark pouvait au moins compter sur un physique avantageux, non, Mark n’est pas bien grand, rondouillet, bref il ne plait pas aux femmes, qui ne se gênent pas pour le lui dire, bien sûr.

Viré de son boulot et de son logement, balayé par la femme qu’il convoite, Mark est au bord du gouffre. C’est dans ce moment de dénuement le plus total, acculé, que Mark va faire une chose qu’aucun être humain avant lui, dans cette société, n’avait eu l’idée de faire. Ce n’est même pas une idée, mais un réflexe de survie. Mark va mentir. Un petit mensonge pas bien méchant, juste de quoi récupérer son appartement. Mais Mark va vite se rendre compte du pouvoir que cette chose, le mensonge, à laquelle il ne peut même pas donner de nom tant le concept est inédit dans ce monde, va lui offrir. En affabulant comme il l’entend, Mark va vite abandonner sa condition de petit homme médiocre. Mais tout cela n’est pas sans conséquence…

L’idée est remarquable, mais l’on n’en attendait pas moins de Gervais, l’homme le plus drôle outre-manche qui conserve son humour tranchant britannique et le transpose dans un cadre clairement américain. Si le film souffre de coups de mou constant qui font regretter que scénario et mise en scène ne parviennent pas à un mitraillage comique nous laissant sans répit, The invention of lying brille par son esprit, ses dialogues loufoques et sa capacité à ne pas se donner de limites. Le monde qu’ont créé Gervais et Robinson est la star du film, cette société où règne l’honnêteté la plus totale, donnant lieu à des situations d’une cocasserie savoureuse. Le voisin discutant de ses plans suicidaires, le rendez-vous galant prévenant d’entrée que vu votre physique, ça ne se finira pas au lit… Et au milieu, Mark Bellison, ce petit gros au nez court qui va révolutionner le monde avec ses mensonges éhontés.

The invention of lying n’est pas la comédie de l’année, mais c’est une belle bouffée d’originalité, et la confirmation quelle que soit le projet auquel s’attèle Ricky Gervais, il vaut d’être vu. Amusez-vous à repérer les nombreuses têtes connues qui n’ont pas résisté au plaisir d’apparaître dans le premier long-métrage du comique. Cela en dit long sur la réputation du bonhomme méconnu chez nous.

samedi 5 décembre 2009

Noise, ou la pêche aux films oubliés

Il y a huit ans, Henry Bean réalisait Danny Balint, qui révéla le talent du comédien Ryan Gosling. Fin 2009, voici que débarque enfin dans les salles françaises le second long-métrage du cinéaste, Noise. Une diatribe très personnelle contre un mal de la société moderne, le bruit, porté par Tim Robbins. Intéressé ? Dépêchez-vous, le film ne joue que dans deux salles en France…

Noise ressemblait jusqu’ici typiquement au film chimère, une figure cinématographique fantomatique apparaissant régulièrement dans le calendrier des sorties pour en disparaître quelques semaines plus tard. Tourné en 2006, présenté en festivals en 2007, sorti aux États-Unis au printemps 2008, le film a failli être distribué à plusieurs reprises, jusqu’à sortir enfin le 25 novembre dans deux salles en France, dont le Publicis sur le Champs-Élysées.

On ne peut trop en vouloir au distributeur Eurozoom d’avoir hésité, tant le long-métrage d’Henry Bean est un objet étrange, assez foutraque, plus à même de déconcerter que de fédérer. Le film dépeint la croisade d’un new-yorkais contre les bruits qui pullulent et lui gâchent le quotidien. Se transformant en véritable vengeur anonyme autoproclamé « Le Rectificateur », il traque tout particulièrement les alarmes de voiture sonnant intempestivement, au grand dam de son épouse et du maire de New York qui n’apprécie guère cet original justicier du bruit.

Parfois très amusant, Noise part un peu dans tous les sens, dans le ton (du film engagé à la comédie loufoque) et dans la forme (Bean joue avec la chronologie des évènements). On y prend du plaisir en se disant tout de même au final que l’entreprise demeure futile, malgré l’hallucinant numéro de cabotinage de William Hurt en maire de New York.

2009 se sera avéré une année chargée en sorties en salles différées. Si Noise sort plus de 18 mois après sa sortie américaine, d’autres œuvres auront enfin aperçu le bout du tunnel après de longs mois à stagner dans un tiroir ou sur une étagère.

Nous aurons ainsi enfin eu droit à Smart People, tourné en 2006, sorti aux États-Unis au printemps 2008 et en France à l’été 2009. Au rayon asiatique, la fantaisie culinaire Le Grand Chef et la décevante balade de Bollywood Saawariya seront sortis deux ans après leurs sorties respectives dans leurs pays d’origine.

Le champion toutes catégories de sortie décalée reste tout de même Silver City de l’américain John Sayles, que plus personne ne s’attendait à voir sur un grand écran hexagonal. Tourné en 2003 et sorti au Pays de l’Oncle Sam en 2004, le film est arrivé comme une fleur cinq ans plus tard, en plein été 2009, dans nos salles. Qui dit mieux ?

Avant la fin de l’année, nous auront droit à une dernière de ces sorties inattendues, The Proposition, le beau western australien de John Hillcoat datant de 2005. Aussi regrettable que cela soit de devoir patienter plusieurs années avant de pouvoir découvrir un film espéré sur grand écran, je ne saluerai jamais assez ces distributeurs (le plus souvent petits) de ne pas renoncer à nous faire découvrir ces films qui peuvent se révéler des pépites, aussi tard soit-il.
Qui sait, peut-être aura-t-on un jour droit à une sortie en salles de Napoleon Dynamite ? (on peut toujours rêver…)

samedi 13 décembre 2008

Délire Express : buddy movie en sous-sol

Le travail et l’influence de Judd Apatow dans la comédie américaine actuelle nécessiteraient un mémoire à part entière. En une poignée de films, le réalisateur/producteur/scénariste s’est emparé de l’humour made in USA, entouré de comédiens plus talentueux les uns que les autres, et a tout simplement remodelé la face comique du grand écran outre-atlantique.

En France, sans surprise, distributeurs et exploitants jouent les frileux et garantissent à ces bijoux d’humour d’être introuvables en salles deux semaines après leur sortie. Le mois dernier, Adam McKay, Will Ferrell et John C. Reilly s’étalaient avec délectation dans l’énormité, le graveleux et l’absurde dans l’irrésistible Frangins malgré eux. Un festival de gags qui assuraient fous rires à répétition.

Le 3 décembre, ce fut au tour de Délire Express (qu’on aurait préféré voir s’appeler « Ananas Express », comme le titre original), uniquement visible en VO à l’UGC Orient Express, au dernier sous-sol des Halles, cinéma incontournable pour qui est friand de comédies US. Le lundi 8, soit 5 jours après la sortie du film, la sentence tombait sur le site web d’UGC : Délire Express ne serait plus à l’affiche du cinéma deux jours plus tard. Ne l’ayant toujours pas vu, je m’y précipitai le mardi soir.

Programmé dans la « grande salle » (pas plus de 130 ou 140 places quand même), la séance était bien remplie, probablement par d’autres amateurs de comédie US ne tenant pas à rater ce délire. Car en plus d’être la nouvelle production Apatow, écrite par Seth Rogen et Evan Goldberg (le duo à qui l’on doit Supergrave), Délire Express est réalisé par David Gordon Green, qui jusqu’ici avait bâti une carrière le dessinant comme l’héritier direct de Terrence Malick, un cinéaste du Sud offrant un souffle poétique à ses drames « campagnards » (All the Real Girls ou le sublime L’Autre Rive).

Étrange donc de retrouver le cinéaste aux commandes d’un buddy-movie tendance stoner, dans lequel un dealer de marijuana et son meilleur client, qui s’est malencontreusement trouvé témoin d’un meurtre, sont pourchassés par des tueurs qui veulent les réduire au silence. Pour compenser la déconvenue du placement d’Australia quelques jours plus tôt, direction le premier rang pour être tranquille et en plein dans le film.

Plus qu’une simple comédie délirante, cet Ananas Express (ça sonne quand même mieux) restera comme l’une des meilleures comédies US de ces dernière années. Transcendant la comédie pure, le scénario de Rogen et Goldberg tisse un vibrant hommage au buddy-movie, genre mille fois vu mais rarement aussi juste et inspiré qu’ici.

Peut-être parce qu’un bon buddy-movie nécessite deux personnages à priori antagonistes mais chacun attachant à sa façon, ce qu’offre Délire Express. Peut-être parce qu’un bon buddy-movie doit nous entraîner dans des aventures folles pleines d’action et d’humour, ce qu’offre Délire Express. Peut-être parce que les personnages secondaires sont au moins aussi importants que les héros, trouble-fêtes prêts à voler la vedette, ce qui est le cas dans Délire Express. Certainement parce que Délire Express, comme Supergrave l’année dernière, raconte l’amitié masculine comme une histoire d’amour, offrant saveur et hilarité à foison.

James Franco vient de décrocher une nomination au Golden Globe du Meilleur Acteur dans une comédie pour son rôle de Saul le dealer un brin à côté de la plaque. Une distinction amplement méritée, dont je regrette seulement que n’y soit pas associé une nomination au Meilleur Second Masculin pour Danny McBride, alias Red, le pote lâche qui brandit ce credo inoubliable : « Les potes avant les putes ! ». Si vous ne connaissez pas McBride, je vous en reparle trèèèès bientôt.

P.S. : en deuxième semaine, le film n'est plus qu'à l'affiche de deux salles en France, contre une cinquantaine en première semaine...

vendredi 5 décembre 2008

Projection privée d'Hamlet 2

Les sorties techniques, on connaît, ce n’est pas neuf. Le distributeur ne croit pas que le film qu’il a dans son tiroir trouvera les faveurs du public français et préfère le sortir en catimini sur une dizaine de copies en France, avec un peu de chance 9 en VF en banlieue et province, et 1 en VO à Paris, à l’Orient Express ou au Publicis en général (quand on n’a pas de chance, les 10 copies sont en VF en banlieue et province).
La plupart du temps, ce sort est réservé aux comédies américaines, qui trouvent rarement grâce aux yeux des distributeurs en France (voir presque toutes les comédies interprétées par ce génie de Will Ferrell).

Ces sorties techniques sont toutefois planifiées plusieurs semaines, voire mois, à l’avance. La semaine dernière, Universal Pictures France a fait fort. Très fort. La branche française du studio Hollywoodien a planifié la sortie technique d’une comédie américaine… quelques jours avant sa sortie !!! Le 19 novembre, Hamlet 2 n’apparaissait sur aucun calendrier de sorties. Le 20, il était annoncé dans celui du Film Français que le film d’Andrew Fleming sortirait le 26 novembre… six jours plus tard !

Gros succès au Festival du Film de Sundance en janvier dernier, HAMLET 2 avait déçu au box-office américain lors de sa sortie en août. Nul étonnement donc à ce que cette poilade, interprétée par le (trop) peu connu Steve Coogan, se voit attribuée une sortie technique. Mais de là à la décider au dernier moment, histoire que personne ne soit au courant de la présence du film dans les salles françaises…

La bonne nouvelle, c’est qu’HAMLET 2 était tout de même à l’affiche d’une salle à Paris à sa sortie, L’Épée de Bois, située rue Mouffetard dans le 5ème. Ne tenant pas à rater ce qui s’annonçait comme une bonne comédie délirante (Coogan y joue un acteur raté, prof de théâtre dans un lycée de Tucson, Arizona, qui, devant la menace de voir son département supprimé, se lance dans l’écriture et la mise en scène d’une suite très personnelle du chef d’œuvre de Shakespeare), je me rendis avec empressement au dit cinéma le premier vendredi de sa sortie, à 17h45. J’avais lu quelques heures auparavant que le film n’avait réalisé que 12 entrées le jour de sa sortie à Paris (!!)… Je ne m’attendais donc logiquement pas à ce qu’il y ait foule.
Depuis que j’ai commencé à fréquenter les salles obscures, jamais je ne me suis retrouvé seul en salle à regarder un film. Il y a bien eu ce jour de juin 1997, à l’Artel de Rosny-sous-Bois, où, jusqu’au générique de début, je me trouvais sur le point d’assister à une projection privée du Retour du Jedi… mais au dernier moment une mère et son fils étaient entrés en salle.
En ce vendredi 28 novembre 2008, cette séance de HAMLET 2 à l’Épée de Bois restera donc comme historique... car j’étais bien seul de la première à la dernière minute du film dans la salle !
Sur la devanture du cinéma, pas une affiche, pas une photo pour annoncer HAMLET 2, seulement un petit bout de papier s’apparentant à un post-it, avec écrit dessus le titre du film et ses horaires. Comment donc se douter qu’une comédie offrant un climax sous forme de numéro musical au son d’un « Rock me Sexy Jesus » endiablé se joue dans cette salle ?
Enfin… se jouait, car une semaine après sa sortie en France, HAMLET 2 avait déjà disparu. Merci quand même à L’Épée de Bois de l’avoir programmé 7 jours en VO !
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