lundi 27 décembre 2010

Alain Delon s'est perdu...

Il y a quelques jours, je lisais une interview d’Alain Delon dans Le Journal du Dimanche à l’occasion de la sortie en salle de la version restaurée du Guépard. Bien sûr l’acteur y parlait essentiellement du film de Luchino Visconti, du tournage, de Claudia Cardinale… mais en fin d’interview, la conversation en est arrivée à la carrière actuelle de Delon, ou plutôt sa non-carrière. Sur le fait que Delon dise la plupart du temps « non » aux propositions cinématographiques qui lui sont faites. Sur ce point, le comédien prétend ne recevoir que de mauvais scénarios et préférer ne pas faire les films de trop, laissant au public l’image qu’il peut avoir de lui par ses films passés.

Hum… c’est à se demander si Delon s’entend parler, ou bien s’il a jeté un coup d’œil sur sa filmographie ces dernières années. S’il a bien lu les projets qu’on lui a proposés et qu’il a refusés, et ceux qu’il a acceptés. D’après ses dires, Delon n’aurait donc accepté que la crème de la crème, préférant délaisser ce qui sent mauvais ? Je voue une grande admiration à l’acteur qu’a été Alain Delon, ses collaborations avec Visconti ou Melville, mais là, j’ai bien peur que Delon débloque. Rappel des faits : ces cinq dernières années Alain Delon n’a accepté de jouer que dans un seul long-métrage, et un téléfilm. Le premier était l’inénarrable Astérix aux Jeux Olympiques, dans lequel Delon s’autoparodiait avec lourdeur en Jules César. Le second, une production TF1 dont la tête d’affiche était… la chanteuse Lorie.

Voilà donc ce que Delon a estimé être à la hauteur de son patrimoine cinématographique. Voilà ce qu’il estime être digne de celui qu’il a été, cet acteur charismatique qui incarnait à la fois la séduction, le mystère et l’audace. Celui dont la silhouette a hanté avec magnétisme Le Samouraï de Melville, celui dont le regard bleu perçant naviguait entre charme et dangerosité dans Plein Soleil de Clément. Alain Delon a été ce grand acteur qu’il clame sans cesse être à qui veut bien l’entendre. Oui, même si son comportement peut désoler, il a été ce grand acteur. Il a électrisé l’écran dans Rocco et ses frères, Les aventuriers, Le cercle rouge et Monsieur Klein.

Mais Alain Delon a perdu le fil de son talent. Il s’est perdu. Il refuse ce qu’il ne devrait pas refuser et embrasse des projets qui ne font que l’enfoncer dans la ringardise. Il a laissé passé l’occasion d’interpréter le mentor de Mesrine face à Vincent Cassel, dit non à Johnnie To pour Vengeance et son rôle de père vengeur (rôle échouant à un Johnny Hallyday à côté de la plaque), et plus récemment planté Olivier Marchal et Alexandre Astier, balançant à ce dernier qu’il valait mieux qu’il choisisse entre faire l’acteur et le réalisateur sur le projet qu’il lui amenait sur un plateau d’argent, comme si le scénariste, producteur, réalisateur et interprète de Kaamelott n’avait pas déjà montré qu’il savait assurer en assumant plusieurs casquettes.

Alain Delon a eu le nez à une époque pour se faire une place dans ce que le cinéma français, et européen, offrait de meilleur. Il a eu le talent pour s’imposer comme l’un des acteurs les plus importants de sa génération. Mais Delon a mal vieilli. Il a perdu le nez et le talent. Un jour peut-être, il prendra un malin plaisir à me contredire. Et la vérité, c’est que je ne demande que ça.

7 commentaires:

I.D. a dit…

Un ringard ! Et encore c'est gentil parce que je pourrais le qualifier de bidon, de terme de ce même accabit.
Nan, franchement, nan. Ce mec est pire qu'à côté de la plaque c'est comme s'il était mené par une espèce de stupidité irréversible qui le rend aveugle. Il a tout de même osé dire qu'il préférait camper son perso' TV Franck Riva que de tourner pour le ciné' parce que le cinéma en gros c'est "pourri" et qu'il n'y a rien d'intéressant. Bon, il n'a pas totalement tord mais quand même ! Oh ! Mesrine, Vengeance et il aurait encore refusé de jouer dans le remake du Cercle Rouge (projet qui était mené par Johnnie To mais ça a du changer entre temps) avec un cast "international". On dirait qu'il a peur, peur de faire fasse à ses démons passés, là où il affichait une belle gueule et un charisme qu'il semble avoir perdu. S'en est pathétique de voir comment il gère sa carrière. Vraiment. D'ailleurs, les annonceurs ne se sont pas trompés. Ils préfèrent mettre en avant un Delon du passé que du présent...

Ce mec est un gâchis !

David Tredler a dit…

Le remake du Cercle Rouge, je ne sais pas s'il verra le jour depuis le temps qu'on en parle, mais tu résumes bien la chose en disant qu'Alain Delon est un gâchis !^^

Vincent a dit…

Sans oublier qu'il fût président du jury... de Miss France 2010.

Le pire dans tout ça, c'est que Delon est mon idôle absolu. Je me dis juste que la péremption artistique est passée pour lui, point. Delon est un homme qui vit avec un passé non pas de gloire ni de star mais de mythe, il sait très lucidement quoiqu'il fasse qu'il n'égalera jamais ce qu'il a fait. Alors il prend l'argent là où il est et il a bien raison, même si bosser avec Lorie putain !

David Tredler a dit…

Que la péremption artistique soit passée pour lui c'est plus que probable, mais le problème c'est que son discours ne tient pas la route une seconde, et fait preuve au choix d'un manque total de lucidité ou d'une langue de bois à vomir, c'est ça qui fait le plus de peine...

D&D a dit…

Chouette billet. Et d'accord notamment avec votre remarque sur Clooney qui aura été singulièrement présent cette année 2010 via des propositions très diverses. Vous ne citez pas "Les Chèvres du Pentagone", et c'est vrai que je ne le trouve pas "important", mais je le préfère tout de même au Reitman, et Clooney y assez cocasse.

David Tredler a dit…

J'ai l'impression que tu t'es trompé de billet, D&D, je pense que tu commentes plutôt mon billet bilan sur 2010 et non celui sur Delon...
En tout cas merci ! Clooney aura eu une belle année. J'ai en effet expressément laissé de côté "Les chèvres du Pentagone" que j'ai trouvé être un très mauvais film. Enorme déception. Les acteurs sont vraiment sympas dedans, Clooney et Bridges en tête, mais le film est une catastrophe.

Guillome a dit…

j'ai une grand admiration pour l'acteur qu'il était. Astérix je ne l'ai pas vu et vraiment pas envie de le voir se ridiculiser. Je préfère regarder en boucle "Plein soleil" ou "le samourai". Article très pertinent. Merci!

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