jeudi 23 juin 2011

Avant Benjamin Biolay, d'autres chanteurs devenus acteurs...

Si je savais que Benjamin Biolay était un chanteur depuis quelques années, je l’ai étrangement d’abord découvert comme acteur, dans Stella de Sylvia Verheyde, avant de vraiment commencer à écouter sa musique. J’avais découvert un acteur effacé mais charismatique, juste et sans emphase. Le genre d’acteur que j’aime. Depuis, j’étais allé voir La meute pour lui, et étais surtout tombé dans les méandres hypnotiques et merveilleuses de « La Superbe », son dernier album en date qui lui a valu tant de louanges justifiées.

Si vite, le voici propulsé en tête d’affiche par Katia Lewkowicz pour son hilarante comédie amère Pourquoi tu pleures ?, ou le désordre affectif d’un trentenaire, un premier long-métrage qui se permet d’être drôle et mélancolique avec un talent égal. L’écriture jubilatoire de la réalisatrice, et les femmes incarnées par Emmanuelle Devos, Nicole Garcia et Valérie Donzelli, ne sont pas les seuls responsables. Au cœur du film, Biolay en impose, par l’humour malgré lui de son personnage et l’intensité de sa présence qui confirme que le bonhomme n’est plus uniquement un homme de musique. Il est aussi un homme de cinéma. En hommage à cette évidence, voici un petit Top 10 des artistes musicaux ayant franchi le pas du cinéma avec le plus de talent à mes yeux. Non Johnny, ne cherche pas, tu n’y figures pas.

Yves Montand
Homme de music-hall, chanteur et danseur à succès, Montand est l’un des artistes français à avoir connu une des carrières les plus fantastiques, des cabarets français aux spotlights d’Hollywood. Si l’on se souvient tous de l’avoir entendu chantonner Paulette et sa bicyclette, que l’on a tous entendu parler de son histoire avec Édith Piaf, c’est le Montand acteur qui m’a toujours le plus impressionné. L’homme aux claquettes a séduit Marilyn Monroe et Romy Schneider sur grand écran, mais a surtout tourné avec Clouzot, Carné, Costa-Gavras, Cukor, Melville, de Broca, Resnais, Godard, Sautet, Rappeneau, Losey et tant d’autres encore. Il est l’exemple parfait de l’artiste complet, et de l’acteur ayant fait taire les doutes sur les capacités des gens de musique à percer au cinéma.
Mes films préférés de Montand : César et Rosalie de Claude Sautet et Le Cercle Rouge de Jean-Pierre Melville. Amant et ami dans le premier, ex-flic et voyou dans le second.

Dean Martin
Si j’avais vu plus de films de lui, plus récemment, peut-être aurais-je inclus Frank Sinatra dans cette liste. Mais non, c’est son compagnon du Rat Pack qui y figure. Évidemment. Crooner au charme intemporel dont les « Sway » et « Everybody loves somebody sometimes », entre autres, font mouche quelle que soit l’époque à laquelle on les écoute, Dean Martin est souvent associé en tant qu’acteur à son duo comique formé sur grand écran avec Jerry Lewis. Et aussi, oui, au film inachevé de Marilyn, interrompu par le décès de l’actrice, ou encore à Cannonball, sur la fin. Oui, bon, et puis les Matt Helm aussi. Mais derrière le charme de la comédie, Dean Martin savait se montrer sérieux et fascinant, comme l’a démontré Howard Hawks avec Rio Bravo, un des meilleurs westerns qui soit, dans lequel Martin ne fait pas que chanter. Il sue, boit, doute et émeut.
Mon rôle préféré de Dean Martin : Dude, l’adjoint alcoolique mais fidèle de John Wayne dans Rio Bravo de Howard Hawks. Évidemment.

Eddy Mitchell
Si Johnny n’a pas sa place dans ce classement, son vieux pote Schmoll n’aurait pas pu ne pas être présent. Avant d’être acteur, Mitchell était un narrateur hautement cinéphile, insufflant dans ses chansons une atmosphère particulièrement cinématographique trahissant son amour du 7ème Art. Mais n’est pas acteur qui veut pour autant, et Eddy Mitchell s’est tout de même rapidement révélé une gueule irrésistible du cinéma français, affichant son naturel chez Bertrand Tavernier, Jean-Pierre Mocky ou Étienne Chatiliez avec la même aisance, plutôt comique. Un bel exemple de fou de cinéma qui a su y trouver une place légitime et irrésistible.
Mes rôles préférés d’Eddy Mitchell : Nono l’incestueux dans Coup de Torchon et Gérard le bon pote dans Le bonheur est dans le pré d’Étienne Chatiliez.

David Bowie
L’interprète de « Space Oddity » n’est peut-être pas perçu comme un acteur par le grand public, mais il l’est pourtant bel et bien. Sur grand écran, Bowie est aussi insaisissable et fascinant que derrière le micro, une présence irréelle, douce et pourtant puissante. La mélancolie de son regard traverse l’écran et propulse l’étrange à nos yeux. Ponce Pilate, Andy Warhol, Nikola Tesla, Bowie a joué des rôles étonnamment emblématiques sur grand écran, en plus d’avoir fait le vampire ou le simple soldat. Son fils Duncan Jones deviendra peut-être un grand nom du cinéma dans quelques années (c’est bien parti pour), mais lui-même pourra toujours s’enorgueillir d’avoir été dirigé par Nagisa Oshima, Martin Scorsese, David Lynch et Christopher Nolan.
La scène la plus mémorable de Bowie sur grand écran : enfoui sous terre excepté sa tête laissée à l’air libre, dans le camp de prisonniers de Furyo d’Oshima.

Tom Waits
Sa voix est magnétique, rocailleuse tout en étant douce. Elle a contribué à faire de lui ce musicien fascinant. Mais Tom Waits, s’il n’a jamais été un premier rôle, a tout de même forgé en parallèle de sa carrière derrière le micro une belle filmographie d’acteur en tant que second couteau. Souvent vu chez Francis Ford Coppola, que ce soit dans Rusty James, Cotton Club ou Dracula (le fou en camisole, c’est lui), Waits a trouvé sa voie cinématographique dans un cercle de cinéastes incluant également Jim Jarmusch, Wim Wenders, Robert Altman et Terry Gilliam. Pas mal hein ? Récemment, on a même pu le voir dans l’étrange Petits suicides entre amis. Le chanteur n’a jamais essayé de tirer la couverture vers lui pour ce qui est de sa carrière d’acteur, et c’est certainement ce qui a entretenu cet intérêt constant des cinéastes envers lui.
Ma performance préférée de Tom Waits : ce Diable joueur et dandy qu’il incarne avec désinvolture dans le bel Imaginarium du Docteur Parnassus de Gilliam, loin des clichés diaboliques.

Leslie Cheung
A Hong Kong, il a été un prince. Une idole de la pop qui a su s’imposer en tant qu’acteur et représenter le cinéma HK à une époque dorée révolue. Avec son physique frêle et discret, Leslie Cheung aurait pu n’être qu’un minet de plus, pourtant il s’est frotté aux grands et a, devant leurs caméras, fait éclaté une fièvre cinématographique inoubliable. John Woo et son Syndicat du Crime, Stanley Kwan et son Rouge, Chen Kaige et son Adieu ma concubine, Tsui Hark et son Festin Chinois. Et Wong Kar Wai, bien sûr. Il a été l’incarnation de l’amant chez WKW, dans Nos années sauvages et Happy Together. Et puis il a sauté, trop tôt, trop jeune, achevant d’en faire une vraie légende.
La première image qui me vient de Leslie Cheung : le parcours désenchanté du couple d’amants qu’il forme avec Tony Leung Chiu Wai, en Argentine, dans Happy Together.

Will Smith
Will Smith a été un rappeur dans les années 80, sous le nom The Fresh Prince. Puis il est devenu acteur, à la télévision. Et dix ans après avoir débuté dans la musique, il était une star du grand écran. Il n’a pas fallu longtemps pour comprendre que Will Smith en serait une, grâce à Bad Boys, Independence Day ou Men in Black. Et puis en 2001 au détour de quelques blockbusters, certains funs et certains oubliés aussitôt vus (Wild Wild West si tu nous entends…), le prince de Bel Air a révélé qu’il avait plus à offrir que dézinguer des aliens et des bad guys. Robert Redford et Michael Mann nous l’ont montré sous un autre jour dans La légende de Bagger Vance et Ali, respectivement. Depuis, on attend de revoir ce Will Smith là. Mais monsieur semble plus s’amuser à faire des Hancock et Je suis une légende peu légendaires. Le Will Smith de 2001 reviendra-t-il un jour ?
Les deux meilleures performances de Will Smith : le mystérieux caddie de La légende de Bagger Vance, et le mythique Mohammed Ali d’Ali.

Mark Wahlberg
On ne peut pas dire que Wahlberg, du temps où il se faisait appeler Marky Mark et taquinait du micro, était un homme à suivre. Contre toute attente pourtant, Marky Mark s’est essayé au cinéma, et s’y est révélé bien plus intéressant. Difficile de le considérer comme un grand acteur, tant il peut parfois être un chouia fade à l’écran, mais Wahlberg a bossé, et a su gagner le respect, notamment grâce à James Gray qui lui a offert deux beaux rôles, dans The Yards et La nuit nous appartient. Mais il y a aussi eu Paul Thomas Anderson bien sûr, qui l’a révélé dans Boogie Nights et David O. Russell qui ne le quitte que rarement, comme en témoignent Les rois du désert, J’adore Huckabees et The Fighter. Les Infiltrés, Crazy Night et Very Bad Cops ont également mis en avant les talents comiques de Wahlberg. En voilà un qu’on est bien content de ne plus entendre chanter. Surtout qu’il a aussi un goût certain pour la série B pêchue qu’on aime.
La meilleure série B de Mark Wahlberg : Quatre frères de John Singleton, ou quatre frangins qui vont venger leur mère dans un décor industriel. Assez jubilatoire.

Mos Def
Partenaire de Wahlberg dans Braquage à l’italienne, Mos Def a en réalité fait pas mal d’apparitions dans des séries et téléfilms avant que sa carrière musicale ne décolle. Mais c’est quand celle-ci s’est affirmée que le rappeur a vu le cinéma lui faire de beaux appels du pied. Mos Def n’est pas venu au cinéma pour faire du bling bling et jouer aux durs. C’est la légèreté qui prime chez lui, raflant à la barbe de nombreux prétendants légitimes le rôle mythique de Ford Prefect dans H2G2 : le guide du voyageur galactique, d’après la série de romans cultes de Douglas Adams. Sur grand écran, Mos Def trimballe sa carrure peu impressionnante, son air ahuri et son hésitation joyeuse. Il est souvent étonnant, et toujours rafraichissant.
Le meilleur film de Mos Def : Soyez sympas, rembobinez de Michel Gondry, une ode à la cinéphilie enthousiasmante.

Eminem
Le rappeur de Detroit n’a peut-être pas sa place dans une telle liste. Après tout, si l’on excepte son apparition dans son propre rôle chez Judd Apatow récemment, Eminem n’a jamais tourné qu’un seul film. Mais bientôt dix ans plus tard, personne n’a oublié ce film, 8 mile, et personne n’a oublié la performance centrale d’Eminem dans le film de Curtis Hanson. Certains ont dit à l’époque que le rappeur ne faisait que jouer un type qui était plus ou moins lui-même, ce qui expliquait pourquoi il s’en sortait si bien. Si c’était vrai, alors n’importe qui pourrait donc être un excellent acteur du moment qu’il joue quelqu’un lui ressemblant. Ca m’étonnerait franchement. Eminem a montré une intensité chez Curtis Hanson qui a fait espérer que Marshall Mathers (son vrai nom) poursuive dans la voie de la comédie. Pourtant il s’est arrêté là, même si depuis on lui prête souvent des projets de films, qui jusqu’ici ne se sont révélés que des rumeurs. Jusqu’à quand ?

7 commentaires:

Martin K a dit…

Pas mal, cette idée de top. Je viens d'en lire la moitié avant de filer déjeuner (la suite plus tard).

Je peux tout de suite t'encourager, si ce n'est déjà fait, à voir le très chouette "Embrasse-moi idiot", de Billy Wilder, pour retrouver Dean Martin. Et je te dis peut-être à plus quand j'aurai tout lu.

David Tredler a dit…

Je l'avais vu à la télé il y a quelques années, trop longtemps. Ca me ferait plaisir de le revoir, en fan de Martin et Wilder !

Mathieu Tuffreau a dit…

Et tu avais récompensé qui à Côté Court ? Tu te souviens ?

Martin K a dit…

C'est encore moi ! :)

Dans la filmographie de Smith, je n'ai pas vu "A la recherche du bonheur" et "Sept vies", mais il me semble qu'il a là aussi des facettes moins comiques de l'acteur. Faudrait que je vérifie, tu connais visiblement bien mieux que moi ses différentes productions.

Enfin, pour ce qui est de Mark Wahlberg, d'accord avec toi dans l'ensemble et sur l'idée de progression - je l'ai d'abord détesté, ce type, à cause de "La Planète des singes". Mais je ne vois plus trop de comique dans "Les infiltrés"...

David Tredler a dit…

Martin, pour les avoir vus tous deux, je peux te dire que "Sept Vies" et "A la recherche du bonheur", s'ils s'évertuent effectivement à montrer une facette "dramatique" de Will Smith, sont de très mauvais films. D'où ma non-mention ;)

Pour ce qui est de Wahlberg dans "Les Infiltrés", ce n'est pas en soit un rôle comique, mais son personnage de grande gueule insultant à tout va apporte un souffle de drôlerie à ses scènes, ce qui lui a sans aucun doute valu sa nomination aux Oscars.

David Margerin a dit…

Il y a aussi Meat Loaf qui a joué dans beaucoup de films notamment Tenacious D in : The Pick of Destiny, Le 51e Etat, Fight Club, La Tête dans le carton à chapeaux, Black Dog, En toute bonne foi, Wayne's World, ou le foldingue The Rocky Horror Picture Show.

David Tredler a dit…

Il y a aussi effectivement Meat Loaf, David. Qui même s'il n'a souvent droit à de petits rôles est souvent marquant.

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