samedi 28 novembre 2009

Roland Emerich fait-il du cinéma d'auteur, ou comment de drôles d'idées peuvent traverser l'esprit à 1 heure du matin...


Moi qui pensais passer une partie de ma soirée à la laverie automatique, me retrouver à 1 heure du matin sur le point de débattre avec moi-même de la possibilité que Roland Emmerich cache derrière son cinéma gros sabot une âme d’auteur est étrange. Oui car en fait d’expédition linge sale, c’est au cinéma que je me suis laissé entraîné ce vendredi soir pour aller découvrir (il était temps) la nouvelle fantaisie gigantesque du cinéaste allemand.

Ce sont M et C qui m’ont appelé pour me proposer de me joindre à eux pour aller voir 2012 au Gaumont Parnasse en leur compagnie. Si vous lisez régulièrement ce blog, vous saurez que je suis détenteur d’une carte illimitée et non d’un pass Gaumont, mais ce cher M a proposé de me passer une place (que je compte bien lui rendre un de ces quatre) me permettant de ne pas dépenser 10€ pour aller voir le film (mais pourquoi je donne tant de détails !?).

Cela devait bien faire dix ans que je n’étais pas entré dans une salle du Gaumont Parnasse (mon dernier souvenir mémorable, Las Vegas Parano de Gilliam à l’été 98 avec mon père et ma tante réunionnaise, partis avant la fin, écœurés). Le maniaque du confort offert par une salle que je suis ne peut s’empêcher de noter que dans cette salle 3 du complexe de Montparnasse, on se serait cru dans une fournaise tant il faisait chaud. Quant aux sièges, il leur manquait un peu de rembourrage dans la partie supérieure, si je n’avais pas calé mon écharpe sous ma nuque, j’aurais eu la tête inclinée à 45° pendant 2h40. Rien à redire à la qualité de l’écran courbe en revanche, impeccable (non, sans déconner, pourquoi tant de détails !?).

Mais revenons à nos moutons. Notre mouton. Un mouton de plus de 2h30 donc, placé sous le signe de l’Apocalypse. Emmerich y plonge notre bonne vieille Terre dans un chaos monstre. La fameuse prophétie Maya annonçant la fin du monde pour l’an 2012 s’y vérifie, mettant l’espèce humaine (et par là comprenons une poignée d’américains) en proie à divers séismes, éruptions volcaniques, tsunamis et autres cataclysmes dévastateurs.

2012, vous l’aurez compris, ne fait à priori pas dans la dentelle. La situation est très vite posée, les scientifiques d’emblée paniqués, les politiciens rapidement alarmés, et monsieur tout-le-monde vite dépassé. Emmerich, ses scénaristes et ses responsables des effets visuels, s’en donnent à cœur joie. Petit avion se faufilant dans les airs entre les tours de Los Angeles qui s’écroulent, super volcan du Parc de Yellowstone se réveillant, montagnes de l’Himalaya submergées par les eaux… Le désir fou de super destruction du réalisateur n’a ici pas de limite.

Est-ce un gros blockbuster hollywoodien ayant coûté 200 millions de dollars et offrant ses leçons de bravoure et d’humanité, ses moments de suspense et d’émotion ? Oui. On pourrait même y voir une certaine forme ultime du film catastrophe, tant tout est déchaîné dans 2012. Un peu de Deep Impact par-ci, un peu de l’Aventure du Poséidon par-là…
Pourtant on aurait sûrement trop vite fait de ranger Roland Emmerich dans la catégorie des faiseurs au service du système ne cherchant que l’adrénaline à offrir sur un plateau aux spectateurs.

Petit rappel pour ceux ne s’étant jamais penché sur la carrière du bonhomme, Emmerich, allemand attiré par les sirènes hollywoodiennes voilà de nombreuses années maintenant, s’est fait connaître du public du cinéma d’action avec Universal Soldiers en 1992. Mais c’est Stargate, puis surtout Independence Day en 1996 qui en ont fait un véritable « über director ».

Godzilla, Patriot, Le Jour d’après et 10,000 ont façonné les dix dernières années de sa carrière. Y a-t-il un enseignement à tirer autre que le simple constat que sa filmographie est à moitié composée de films peu (voire pas) recommandables ? Peut-être bien. Car derrière ses blockbusters « en veux-tu en voilà », il semble se dégager une véritable obsession chez Emmerich. Celle de confronter l’être humain à une situation extraordinaire, et d’observer comment ce changement de contexte va affecter son caractère et sa destinée. L’humanité face à une invasion extraterrestre. L’humanité face au réchauffement climatique. L’humanité face à l’Apocalypse. Cela fait beaucoup d’humanité, mais Roland aime voir grand, donc pourquoi se contenter de peu… ?

C’est vraiment con à dire, et à la vue du résultat global de ses œuvres, on ne peut pas dire que cette obsession tire forcément Emmerich vers le haut qualitativement parlant. Néanmoins Emmerich insiste, revisite son obsession comme un grand (façon de parler) et mine de rien affine sa vision et densifie son propos de film en film (si on enlève ses daubes intitulées Godzilla ou 10.000, et oui même Patriot allez). Independence Day était une ode au dépassement de soi certes, mais c’était tout de même un bon gros film patriotique dans lequel la bannière étoile flottait à tout bout de champ et le Président des États-Unis concourait à sauver l’humanité.

Dans Le Jour d’après, l’air de rien, le changement de ton était presque radical : le président était tué par la catastrophe, les américains étaient réduits à tenter de franchir illégalement la frontière mexicaine dans l’espoir de survivre… Dans 2012, Emmerich creuse le sillon. La bureaucratie gouvernementale américaine, symbolisée par le personnage incarné par Oliver Platt, symbolise l’hypocrisie et l’arrivisme dans toute sa splendeur, glissant à travers lui un message s’adressant à la population : ne vous fiez pas aux politiques, jusqu’au bout ils essaieront de vous entuber. Mieux vaut encore écouter les marginaux !

Toujours adepte de symboles forts, Emmerich, qui avait fait de l’Amérique latine le lieu salvateur dans Le jour d’après, s’amuse à faire de l’Afrique, le continent malaimé par excellence, en proie aux plus grands maux de la planète, l’espoir de l’humanité.

Bien sûr, il est tout de même difficile de voir en 2012 un brûlot tout à fait couillu, car les ficelles du film catastrophe sont souvent connues, et les bons sentiments familiaux inhérents au genre ne sont pas laissés de côté, loin de là. Mais rendons à Emmerich ce qui lui appartient : cette volonté de tirer la langue à l’establishment à travers son énorme blockbuster. On serait bien en peine d’en dire autant de certains autres réalisateurs de blockbusters hollywoodiens… D’autant qu’Emmerich a la bonne idée de réunir devant sa caméra des comédiens de la trempe de John Cusack, Chiwetel Ejiofor, Danny Glover ou Oliver Platt.

Le cinéma de Roland Emmerich est-il du cinéma d’auteur ? Faut pas pousser, mais enfin, après tout…

12 commentaires:

Maxime a dit…

Très bonne chronique comme d'habitude !
Emerich powa ! xDDDDDDD

Xavier a dit…

Bon récit. Mais, juste comme ça, pourquoi tant de réflexion pour un film qui n'est au final qu'une vaste supercherie?

David Tredler a dit…

Max, Merci !
Xavier, justement parce qu'on a trop facilement tendance à penser que les films d'Emmerich sont des supercheries, alors qu'elles n'en sont pas forcément !
Et aussi parce que, comme tu le sais j'en suis sur, on ne choisit pas forcément les films qui nous inspirent le plus... ;-)

Diana a dit…

Quel goût de luxe tu as ! ça ne devrait pas être permis... Ah, à trop côtoyer les "belles" salles UGC, on en devient exigeant ! ^^

David Tredler a dit…

Pas besoin de luxe^^ Je connais plein de petites salles plus confortables que celle du Gaumont Parnasse dont il est question ! ^_^

I.D. a dit…

Je te conseille de dormir à une heure aussi tardive, cela t'évitera de t'abîmer le cerveau à penser à des idées aussi... vomitives !
Roland Emerich ! Roland Elmerich, merde ! C'est bien de lui qu'on parle ici ? C'est pas permis ce genre d'idées ! Je m'offusque, je m'insurge ! Je me désole, j'en pleure devant cet écran, tu es perdu David, perdu, lancez les S.O.S., sauvons-le de l'infamie hollywoodienne qui donne le cancer du cerveau et des yeux aussi...

L'autre conseille que je puisse te donner, la prochaine fois que tu assiste à une projection d'un cinéma qui t'est inconnu, apporte avec toi une bouée pour poser ton postérieur, tu sais comme les papys et les mamies... ;) elle t'évitera ces désagréments si bien détaillés. Je me marre.

David Tredler a dit…

Mon cher I.D. ne t'emballe pas, et relis bien ce que j'ai écris. J'ai l'impression que tu as lu que je criais au génie et que j'élisais Emmerich réalisateur de l'année. Ce qui est bien loin d'être le cas. Je ne crie jamais au génie concernant 2012. Je fais juste remarquer qu'Emmerich parvient à se montrer très cohérent dans sa carrière, comme un vrai auteur, même si justement, qualitativement, le résultat est rarement concluant...

Quant au confort de la salle, le cinéma ne m'était pas inconnu (mais t'as vraiment lu le papier ? lol)... ;-)

I.D. a dit…

Oui, j'avoue avoir lu ton papier et l'avoir même relu deux fois et même certaine phrase plusieurs fois donc... je lis (et pour la salle, j'ai vu que tu te rappelais de ton été 98, le génial Las Vegas Parano, la France championne du monde de football, toute une époque donc et que donc que tu la connaisais (la salle) mais je disais ça pour qu'à l'avenir, tu n'ais plus de mauvaise surprise. Tu vois moi, j'apporte toujours une bouteille d'eau pour ne pas avoir soif, ouh quel beau détail inintéressant, lol. Et aussi des petits gâteaux). Balèze ma parenthèse, hein?

Plus sérieusement. Question d'humeur matinale sans doute (un peu de provoc' à ton encontre, c'est parce que tu me manques, lol), je qualifierai mes propos d'exéburance dactylographiée pour répondre aux effets spéciaux apocalytique d'Emerich :) qui certes reste dans une cohérence filmique mais dont le cinéma... bah, je préfère m'abstenir de le qualifier, je risque d'être vulgaire. Alors, oui tu ne cris pas au génie mais tu t'arrêtes sur un type... attends. Pourquoi je perds mon temps à me lancer dans des diatribes à son sujet. Il n'a aucun intérêt à mes yeux. J'arrête. Je retourne bosser, je viens de griller ma pause de 11h !! Bientôt celle de midi... :d

David Tredler a dit…

Figure-toi que moi aussi je vais toujours au ciné avec ma bouteille d'eau...^^
Quant à accordé un tel post à Emmerich, c'est justement parce que tout m'intéresse au cinéma comme j'ai déjà dû te le dire. Le bon et le mauvais. L'asiatique et l'américain. Le dispensable et l'indispensable. Et que je veux parler de tout de dont j'ai envie de parler, le futile comme l'essentiel. Chaque film reflète son époque (ou presque !), et ne pas commenter un certain cinéma reviendrait à ignorer une certain facette du cinéma d'aujourd'hui.
Pourquoi crois-tu que j'ai autant parlé de Lee Myung-Se il y a quelques jours ?? ;-)

I.D. a dit…

Et bien sache que j'ai vu ça concernant Lee Myung-se ! J'ai également voulu mettre mon grain de sel à nouveau en te voyant l'alpaguer récemment au détour d'un commentaire et puis je me suis abstenu... alala, pfft !

Après, je te rejoins. Un blog comme le tient qui parle de cinéma de manière générale se doit de parler d'AïemerichE, même lui. Je n'attends pas moins de ta part, après tout est question d'axe sur l'écriture de l'article. Il y a une chose qu'on ne peut lui enlever notamment sur ce film ce sont les effets spéciaux plutôt réussit et puis il y a le fameux Zlatko Buric qu'on a pu découvrir (pour ma part) dans la trilogie Pusher. Ca c'est du cinoche !

David Tredler a dit…

Bon je suis content que nos avis se rejoignent finalement sur la cohérence de la présence de cet article sur mon blog ;-)
Et j'adore effectivement le Zlatko, dans 2012 et dans les excellents Pusher =)

eelsoliver a dit…

Pr moi, ce réalisateur est un tâcheron: certes, en matière d'effets spéciaux, Emmerich délivre largement la marchandise mais ses films manquent de fond et sentent surtout la grosse propagande USA

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