jeudi 28 avril 2011

Deux films de Steven Seagal à la Cinémathèque ? Vive les soirées bis !

A quand remontait ma dernière participation à une soirée Cinéma Bis de la Cinémathèque Française ? A l’époque la Cinémathèque ne se trouvait pas encore adossée au parc de Bercy, et les doubles projections de nanars avaient lieu dans la salle des Grands Boulevards. Oui, ça se compte en années, j’avais bel et bien perdu l’habitude de ces rendez-vous entre amateurs de cinéma tellement mauvais que c’en est génial. Les nuits au Nouveau Latina m’auront sans doute redonné goût au genre, bien que la programmation particulière de vendredi dernier m’ait à coup sûr irrésistiblement attiré dans la salle Henri Langlois.

Comment résister, en effet, à un double programme dédié à Steven Seagal dans ce temple de la cinéphilie qu’est la Cinémathèque Française ? L’occasion est trop rare et jouissive pour manquer un tel évènement ! Vendredi dernier donc, l’ex-star du cinéma d’action des années 90, depuis reléguée au marché vidéo, était la star de la Cinémathèque Française. A juste titre, Jean-François Rauger, directeur de la programmation de la Cinémathèque et notamment des soirées Bis, nous annonçait en préambule des projections qu’il s’agissait là certainement de la première fois que l’homme au catogan voyait ses films montrés dans ce haut lieu cinéphile de la capitale parisienne. Rauger nous dégoûtait même en nous révélant qu’il s’en était fallu de peu que Seagal ait été présent à la soirée. Dingue, n’est-ce pas ? Tant pis.

Il n’était nul besoin de la présence du fameux interprète de Casey Ryback (« Vous êtes qui vous, un genre d’agent des forces spécial ? - Nan moi j’suis le cuistot ») pour mettre le feu à la grande salle de la Cinémathèque vendredi soir. Les deux films s’en sont chargés d’eux-mêmes.
Le premier des deux longs-métrages, projeté devant une salle quasi comble (et les habitués du lieu savent à quelle point la salle est grande) était Désigné pour mourir (Marked for Death). Il faut reconnaître que le titre annonce la couleur. Il s’agissait là d’un des tous premiers films de Seagal, datant de 1990, dans lequel l’expert en aïkido incarne un flic prenant une retraite anticipée après le décès de son partenaire lors d’une mission. Hatcher, le nom de son personnage, décidé alors de retourner à la maison se ressourcer auprès de sa famille et ses amis. Mais la situation locale est tout aussi critique que dans les cartels mexicains : sa petite bourgade natale est gangrenée par les trafics de drogue, et lorsque ceux-ci mettent en péril sa famille, Hatcher va montrer aux dealers Jamaïcains de quel bois il se chauffe.

Désigné pour mourir, c’est un peu l’archétype parfait du film d’action américain des années 80/90 : de la castagne bien saignante, des dialogues souvent hilarants, des personnages forcés, et une bonne ambiance bien réac’. Bref une jubilation intense pour amateur de nanars. Les copies que la Cinémathèque nous a présenté auraient pu passer pour neuves, Jean-François Rauger soulignant à juste titre qu’à l’époque, ce genre de film ne tournait pas beaucoup en VOST dans les salles françaises, or les copies auxquelles nous avons eu droit ce soir-là étaient bien en version originale. Certes on pouvait un peu regretter de ne pas avoir droit à une VF qui aurait à coup sûr renforcé l’aspect nanaresque des films, mais en fin de compte, force était de constater que les films n’avaient pas besoin de version française pour nous amuser.

La confrontation aux ravages de la drogue et aux dealers dans le cinéma d’action à la Steven Seagal ou Chuck Norris a toujours été une mine pour des répliques savoureuses, et Désigné pour mourir l’a une fois de plus prouvé. Je crois que ce que je retiendrai le plus longtemps de ce film de Dwight Little, ce sont les tentatives de Keith David, qui interprète le meilleur ami de Seagal, pour convaincre son vieux pote qu’il est temps de se bouger les fesses pour nettoyer la ville de cette vermine dealeuse. Première tentative de David, coach de foot, alors que les deux amis viennent de se retrouver : « L’année dernière, j’ai perdu mon meilleur joueur, il est mort d’une overdose. Avant, le pire qui pouvait arriver, c’était qu’un joueur mette une fille en cloque ». Petit rictus de Seagal. Nan, Keith, tu l’as pas convaincu.

Quelques minutes plus tard, les deux compères sont accoudés à un bar, sirotant une bière. Keith David n’abandonne pas. Le coup du meilleur joueur n’a pas pris, il passe à l’étape suivante, et au détour de la conversation en remet une couche plus épaisse : « Le mois dernier, ma nièce de 13 ans est morte d’une overdose ». Aouch ! La salle est absolument hilare devant cette réplique lancée par Keith David.

Finalement, la seule chose qui fera enfin bouger Steven, c’est lorsque les Jamaïcains vont mitrailler la maison de sa sœur, laissant sa nièce dans un piteux état à l’hôpital. Là, le Steven va sortir ses flingues et aller tâter de ses bras véloces dans la tronche des dealeurs. Un régal. Pour la petite anecdote, dans la scène d’ouverture, Steven court après un mexicain, l’attrape et le rétame au sol. Ce mexicain, c’est Danny Trejo, futur Machete, un film dans lequel Seagal a fait un retour fracassant l’année dernière.

Mais le film que j’avais le plus hâte de voir sur grand écran, c’était Terrain Miné. Peut-être parce qu’il s’agissait de la première tentative de Steven derrière la caméra. Peut-être parce qu’on connaît tous une réplique grandiose du film, en VF, et qu’il s’agissait là de la découvrir en VO. Peut-être aussi parce que le film, sous ses atours de film d’action estampillé Steven Seagal, est un film écolo engagé (oui oui !) qui lui tenait particulièrement à cœur. La salle avait beau s’être vidée un peu pour la séance de 22h, les vrais amateurs étaient encore là pour voir Steven affronter un Michael Caine teint en brun et gominé qui nous rappelait là à quel point sa carrière était au plus mal dans les années 90. L’acteur britannique cabotine à outrance, tant qu’il est difficile de croire que quelques années plus tard, Caine allait voir sa filmographie reprendre des couleurs et son nom de nouveau associé aux Oscars.

A l’époque, Terrain Miné est un projet qui tient à cœur à Seagal, qui pour voir son film produit par un studio, avait accepté de tourner une suite à son plus grand succès au box-office, Piège à grande vitesse succédant ainsi à Piège en haute mer. Dans Terrain Miné, Seagal incarne Forrest Taft, un ancien mec des forces spéciales exilé dans un coin paumé d’Alaska où il travaille pour un industriel massacrant la nature pour pomper du pétrole. Comme souvent, Steven est d’abord réticent à se rebeller, mais lorsqu’il devient gênant et que Caine cherche à se débarrasser de lui, Forrest en a marre et prend les armes pour contrecarrer les plans de l’industriel véreux.

Ce qui fait le sel de Terrain miné, ce n’est pas le casting dans lequel on trouve également Joan Chen, John C. McGinley, ou un Billy Bob Thornton difficile à reconnaître, ni l’action, finalement assez light comparé au film précédent, mais bien le détournement effectué par Steven Seagal du film que l’on attend de lui. On attend de lui un film d’action bourrin et marrant, mais Seagal avait un autre plan en tête. Il fait preuve d’une ambition à la fois admirable, naïve et ridicule qui finalement frise le génie. Car Seagal fait glisser son long-métrage du film d’action lambda au quasi documentaire écolo lorsque le générique de fin se profile. C’est un plaisir à voir, car bien sûr, le scénario est gratiné en répliques savoureuses, aussi bien au niveau de l’ambition philosophique (les banalités comme « Combien de temps faut-il pour changer la nature d’un homme ? » en pleine baston fait pouffer) qu’au niveau des dialogues purement bastonneurs (l’inénarrable et culte « C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise, avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dents, et demain après-midi tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. »).

Lorsque Terrain Miné se transforme en un enchaînement d’images documentaires commentées par Steven himself alertant sur les dangers menaçant l’environnement, on ne sait s’il faut rire, pleurer ou applaudir. Alors dans le doute rires, pleurs et applaudissements retentissent de concert (bon d’accord, les pleurs sont plus discrets). Merci la Cinémathèque, vivre ça au cinéma, c’est jouissif.

P.S. : quelques jours plus tard, Piège en haute mer passait sur la TNT, et je n’ai pas pu y résister… Après le souvenir de mon premier film aux Halles, c'est décidément une semaine Steven Seagal pour moi !

6 commentaires:

Phil Siné a dit…

et je suis donc encore passé entre les mailles du filet seagal pour ma part... en tout cas, en te lisant, on sent ton enthousiasme sincère pour ces films... très amusant ! ;)

David Tredler a dit…

Oui, ces films m'éclatent sincèrement ^_^

I.D. a dit…

Moi au-delà des films que ne me marquent presque jamais c'est surtout Steven Seagal. SS is a semi-God. ^^ Qui ne l'a jamais imité au collège avec son regard de fouine et son long museau pratiquant l'aïkido sans qu'aucun ennemi ne parvienne à le toucher ? Grandiose. :)

David Tredler a dit…

I.D., je ne comprends rien à ta première phrase, mais comme tu as raison. Le fameux jeu de bras de Steven est inimitable, mais on s'est quand même plu à tenter de l'imiter ^_^

I.D. a dit…

Purée David, je venais de me lever, je n'avais pas encore les idées bien claires. ^^

En gros (ou pas), ce qui est bizarre avec S.S., du moins en ce qui me concerne c'est que ses films ne me marquent pas. Je ne les aime pas vraiment d'ailleurs voire pas du tout. Pourtant je les regarde pour le bonhomme. C'est lui qu'on retient. On retient pas une histoire en particulier mais une scène dans laquelle il va jouer "des mains". Une espèce d'icône qu'on connait sans même avoir réellement vu l'un de ses films en entier. Alors, on me dira que c'était en gros la même avec les autres "gros bras" (Stallone, Schwarzy, Lundgren...)de l'époque mais pas pour moi justement. Enfin, je crois que c'était un truc comme ça que je voulais dire.

N'empêche qu'il a jamais voulu affronter JCVD parce qu'il avait trop les jetons ! :))

David Tredler a dit…

Je sais je suis terrible je laisse rien passer ^_^
Je sais pas, moi je me souviens parfaitement avoir vu en entier et avoir aimé "Piège en haute mer" quand j'étais ado, Lundgren je peux pas en dire autant ;)
Mais le Steven c'est clair que tu le regardes pour l'agilité de ses mains. Steven arriverait à déjouer quelques bons coups de pieds de JCVD grâce à ses mains^^

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