mardi 28 septembre 2010

Ces acteurs télé que le ciné ne sait pas (encore ?) employer

Combien de grands acteurs de cinéma ont fait leurs débuts à la télévision ? Combien ont été cantonnés à des rôles pour le petit écran pendant des années avant que le grand écran ne s’intéresse à eux ? Énormément, à n’en pas douter. George Clooney ou Jason Bateman sont de belles preuves que l’on peut exploser au cinéma après quelques années de télé et de galères, grâce à un rôle, une série, ou un concours de circonstances. Jon Hamm, l’acteur alpha mâle de la série « Mad Men », s’affiche ces jours-ci dans l’un des succès surprises de la saison, The Town de Ben Affleck, et il en impose.

Il y a quelques jours, une nouvelle m’a comblé de joie : JJ Abrams, qui commence au moment où j’écris ces lignes les prises de vue de son nouveau long-métrage, Super 8, a engagé Kyle Chandler pour tenir l’un des rôles principaux de ce mystérieux film. Kyle Chandler fait partie de ces acteurs que j’adore mais que le cinéma n’a jusqu’ici quasiment pas exploité à sa juste valeur. Il n’est pas le seul comédien dont le potentiel exprimé à la télévision attend toujours de s’étaler sur grand écran. Petite revue d’effectifs personnelle de ces acteurs que j’aimerais voir briller dans une salle de cinéma plutôt que de mon canapé…

Kyle Chandler
Âge : 45 ans
Découvert dans : la série « Demain à la Une » à la fin des années 90.
Meilleur rôle au cinéma : Bruce Baxter, l’acteur godiche du King Kong de Peter Jackson
Je me souviens parfaitement de la toute première fois que j’ai vu Kyle Chandler. Accrochez-vous, c’est précis. C’était le dimanche 31 août 1997 (je vous avais prévenu). Je n’avais pas encore 16 ans, je remontais en voiture de chez mon grand-père de Perpignan, avec ma sœur, mon père et ma belle-mère. On s’est arrêtés sur cette longue route pour faire une pause dans un hôtel. A la radio, on ne parlait que de la mort de Lady Diana, la nuit précédente, à Paris. Avec ma sœur, dans la chambre d’hôtel, on est tombé sur ce qui ressemblait à un téléfilm. Un type de Chicago qui remarque que le journal qu’il reçoit chaque matin sur son palier est celui du lendemain. En fait de téléfilm, il s’agissait du pilote de la série « Demain à la Une », avec Kyle Chandler dans le rôle principal. J’ai ensuite suivi la série religieusement pendant 2 ou 3 saisons avant de perdre un peu le fil vers la fin (la série s’est arrêtée en 2000). C’est ainsi que j’ai fait la connaissance de Kyle Chandler. Après cela, il aura fallu attendre que Peter Jackson lui offre un second rôle croustillant qui vole à peu près toutes les scènes dans lesquelles il apparaît dans King Kong, en 2005, pour le voir à nouveau sur le devant de la scène. Drôle et charismatique, il s’y révèle pleinement, et après un job d’appoint dans « Grey’s Anatomy », Chandler trouve un excellent rôle dans « Friday Night Lights », la série de Peter Berg adaptée de son film du même titre. Le film est sorti directement en DVD en France, et la série a été cantonnée à une diffusion tronquée sur NRJ12, mais pour qui a vu Chandler dans le rôle du coach, l’évidence du talent du comédien n’est pas à prouver. On l’a aperçu ces dernières années dans des petits rôles dans Le jour où la Terre s’arrêta et Le Royaume, mais l’annonce de sa participation au projet Super 8, produit par Steven Spielberg et réalisé par JJ Abrams, alors qu’il n’est plus retenu par la série « Friday Night Lights » qui vient de s’achever, laisse une ouverture pour une possible réussite dans son passage vers le grand écran.

Nathan Fillion
Âge : 39 ans
Découvert dans : la sitcom canadienne « Un toit pour trois ».
Meilleur rôle au cinéma : Capitaine Malcolm « Mal » Reynolds dans Serenity de Joss Whedon
Acteur canadien, Nathan Fillion a la particularité de s’être fait connaître dans la même sitcom qui a vu débuter Ryan Reynolds, « Un toit pour trois ». Fillion n’y tenait qu’un second rôle, mais déjà sa bonhomie et sa gueule sympa éclipsait facilement ses partenaires. C’est là-dedans que je l’ai découvert, au début des années 2000. Mais la série qui en a fait une star dans le monde des geeks, c’est « Firefly », la série éphémère créé par Joss Whedon après « Buffy contre les vampires » (dans laquelle Fillion a également tenu un rôle récurrent vers les derniers souffles de la série). « Firefly » a transformé Nathan Fillion en cowboy de l’espace téméraire et charismatique, un rôle qu’il a retrouvé sur grand écran lorsque sous la pression des fans un film tiré du feuilleton, intitulé Serenity, a été réalisé par le créateur Whedon. Le film n’a pas eu le succès escompté, et Fillion n’a pas percé sur grand écran, malgré l’excellente comédie horrifique Horribilis qui a suivi. Une série mort-née, « Drive », un rôle récurrent dans « Desperate Housewives », un épisode de « Lost », et un nouvel épisode geek culte plus tard (« Dr. Horrible’s Sing-along Blog » sur Internet), et Fillion s’est trouvé un premier rôle dans une série qui cartonne aux États-Unis et en France, « Castle ». Une série bien sage qui vaut essentiellement pour le charme irrésistible de Fillion. Mais quand je repense à son cowboy de l’espace sur grand écran, je me dis que son heure au cinéma va bien finir par arriver. J’vous ai dit qu’il avait commencé au cinéma dans Il faut sauver le soldat Ryan ? Bon, il jouait un des frères Ryan qu’on ne voit pour ainsi dire pas du tout, mais quand même, c’est classe.

Hugh Laurie
Âge : 51 ans
Découvert dans : “Blackadder”, la série britannique comique des années 80.
Meilleur rôle au cinéma : Roger Charlston, un des amis de Peter dans le Peter's Friends de Kenneth Branagh.
Hugh Laurie est un des acteurs les plus populaires du moment… à la télévision. L’acteur oxfordien va avoir bien du mal à se défaire de son docteur House, le rôle qui l’a amené à la gloire par la télévision américaine. Pourtant difficile de faire plus british que Laurie, diamant comique dans les années 80 et 90 à la télévision anglaise, que ce soit au côté de Rowan Atkinson ou Stephen Fry, avec lequel il a formé un fameux duo après que les deux hommes se soient côtoyés sur les bancs de Cambridge avec Emma Thompson. Mais son talent comique télévisuel ne lui a jamais vraiment ouvert les portes du cinéma, si ce n’est quelques petits films et seconds rôles ponctuels, dans Peter’s Friends, Raison et Sentiments, Les 101 dalmatiens ou Le vol du Phoenix. En adoptant l’accent ricain et la démarche traînante du médecin le plus cynique du paysage audiovisuel, Hugh Laurie s’est ouvert les portes de la gloire… mais pas encore celles du cinéma. Certes, une voix sympa dans Monstres contre Aliens, un flic parmi d’autres dans Au cœur de la nuit, mais cela ne va pas bien loin… Un conseil messieurs les producteurs et réalisateurs : laissez Laurie lâcher les chevaux du rire, comme au bon vieux temps de Fry & Laurie et Blackadder. Les fous rires seront garantis, et Laurie trouvera sa place sur grand écran.

Damian Lewis
Âge : 39 ans
Découvert dans : la mini-série de dix épisodes Band of Brothers produite par Steven Spielberg et Tom Hanks
Meilleur rôle au cinéma : William Keane, le père cherchant désespérément la fille qu’il a perdue dans Keane de Lodge Kerrigan.
Je n’arrive toujours pas à m’expliquer le fait que Damian Lewis ne soit pas devenu un acteur de cinéma de premier plan au cours de la décennie écoulée. Winters, cet officier traversant la Normandie entre les balles dans « Band of Brothers », c’était lui. Un grand roux très anglais qui jouait un américain sans fausse note, plein de courage, de compassion et d’amertume. Seul un rôle au cinéma aura su re-capturer tout le talent de Lewis, celui de Keane de Lodge Kerrigan, dans lequel le comédien, en père errant à la recherche de sa fille, est désarmant. Ses autres apparitions sur grand écran ont été plus anecdotiques, chez Lawrence Kasdan (Dreamcatcher), Martha Fiennes (Chromophobia) ou Lasse Hallström (Une vie inachevée) et quelques films britanniques n’ayant pas traversé la Manche. En 2007, Damian Lewis est donc retourné à la télévision pour « Life », dans laquelle il n’aura pas incarné son personnage de flic zen plus de deux saisons. La bonne nouvelle, c’est que l’acteur sera visible dans les prochains mois sur grand écran dans la nouvelle comédie réalisée par l’excellent David Gordon Green, Your Highness. Un délire médiéval interprété par James Franco, Danny McBride, Natalie Portman et Zooey Deschanel (et donc lui, Lewis). Ca va le changer.

Il a encore tout à prouver, mais je meurs d’envie de le voir sur grand écran :
Henry Ian Cusick
Âge : 43 ans
Découvert dans : la série “Lost” créée par JJ Abrams.
Meilleur rôle au cinéma : il n’a rien fait qui vaille d’être mis en avant !
Henry Ian Cusick est l’un des acteurs emblématiques de LA série fantastique de la décennie, « Lost ». Il y a incarné dès la seconde saison Desmond Hume, un écossais voyageant dans le temps et formant le temps d’une saison un duo mémorable avec Dominic « Charlie » Monaghan. Difficile pour le moment de vraiment savoir ce que vaut Cusick en dehors de Desmond Hume, mais je serais prêt à payer cher pour voir ça…

Le Frenchy du lot :
Daniel Russo
Âge : 62 ans
Découvert... il y a trop longtemps pour que je me souvienne dans quoi. Probablement Génial mes parents divorcent de Patrick Braoudé...
Quand j’aperçois Daniel Russo à la télévision, dans des téléfilms de qualité (ça arrive parfois), l’idée farfelue me vient que le comédien français est peut-être le plus mal employé dans le cinéma hexagonal. Parce que sur grand écran, Russo a presque exclusivement été utilisé comme bouffon alors que le bonhomme recèle un talent dramatique monstre. A la télé, qu’il touche à Bérégovoy (« Un homme d’honneur »), aux collabos (« 93, rue Lauriston »), aux flics (« A cran ») ou aux drames de la vie ordinaire (« Le doux pays de mon enfance »), Russo est invariablement juste et magnétique. Pendant ce temps, le cinéma ne lui offre que des miettes, quelques (rares) bons petits rôles, et beaucoup de comédies oubliables (et oubliées). Je ne peux être le seul à avoir noté à quel point le potentiel cinématographique de Daniel Russo est grand et inexploité…

Il y a suffisamment d'acteurs sous-exploités au cinéma pour avoir matière à faire un second billet sur le sujet, un de ces jours... qui sait quand.

vendredi 24 septembre 2010

Il fait encore des films Edward Burns ?

Je me suis posé la question il y a quelques semaines. Tout à coup sur le site de bandes-annonces d’Apple, je tombai sur l’affiche d’un film intitulé Nice Guy Johnny sur laquelle était écrite « A film by Edward Burns ». A une époque, je guettais du coin de l’œil ce que concoctait l’acteur/réalisateur new-yorkais, mais depuis quelque temps, il semblait avoir plus ou moins disparu de la circulation. Du moins ne semblait-il plus vraiment d’actualité qu’il fasse un film ces temps-ci. Pourtant si, il l’a fait, dans l’indifférence un peu générale.

Pour ceux qui sont trop jeunes, ou ceux qui ont la mémoire courte, Edward Burns a été un des espoirs du cinéma indépendant new-yorkais. Mais c’était il y a 15 ans, quand Les Frères McMullen enchantait Sundance, quand Jennifer Aniston jouait dans Petits mensonges entre frères, quand Robert Redford le produisait et que Steven Spielberg le faisait jouer dans Il faut sauver le soldat Ryan. C’étaient les années 90.
Edward Burns, c’était le gars de la banlieue, dans ses films ou ceux des autres, le gars de Queens, de Long Island, rarement celui de Manhattan. Le mec fier encombré d'une famille bancale mais aimante.

Avec sa carrure et sa belle gueule qui rappelle les jeunes années de James Caan ou Richard Gere, on aurait pu l’imaginer accéder à la A-list hollywoodienne le Burns, à une époque. Le problème c’est qu’à quelque époque que ce soit, il n’a jamais semblé s’intéresser à une quelconque liste hollywoodienne. Après Il faut sauver le soldat Ryan, le climax de sa carrière d’acteur, en 1998, Burns n’a pas enchaîné. Il n’a pas fait de film avant 2001 et Rencontres à Manhattan, sa quatrième réalisation, la dernière à être sortie en salles en France. Après cela, la décennie 2000 a ressemblé à un gros gâchis pour ce qui est de sa carrière d’acteur, et à du bricolage discret en famille pour ses réalisations.

En tant qu’acteur, il tourne des films aussi essentiels (faut-il préciser mon ton ironique ?) que 15 minutes avec Robert de Niro, Sept jours et une vie avec Angelina Jolie, A sound of thunder avec Ben Kingsley ou le remake US de La mort en ligne de Takashi Miike. Heureusement il décroche aussi des seconds rôles dans des films tout aussi essentiels (haha) mais qui ont le mérite d’avoir un peu de succès, comme The Holiday ou 27 robes, ou dans la série Entourage.

Les frères McMullen sont loin, très loin désormais, et il faut bien avouer qu’aucun des films d’Edward Burns que j’ai vu depuis n’était au niveau de son coup d’essai. Il faut aussi avouer que je n’ai vu aucun de ses films depuis Rencontres à Manhattan. J’ai Ash Wednesday, avec Elijah Wood et Burns lui-même, depuis un p’tit bout de temps en DVD, mais je ne l’ai toujours pas regardé. The Groomsmen avait eu droit à une sortie DVD en France, mais je n’ai pas (encore ?) mis la main dessus. Quant à Purple Violet, celui qui était encore jusqu’à peu son dernier film, en 2007, il a marqué son temps en devenant le premier film à être diffusé en exclusivité sur iTunes, sans passer par la case cinéma ou DVD. Depuis, c’était le silence radio excepté quelques uns des films cités en tant qu’acteur et une websérie intitulée The Lynch Pin écrite, produite, réalisée et interprétée par ses soins en 2009. Dix épisodes (pas mal) de 3 minutes dans laquelle il incarne un tueur à gages sur une mauvaise pente qui cherche à raccrocher.

Nice Guy Johnny, son neuvième long-métrage derrière la caméra, débarque donc sans prévenir, d’autant plus qu’il ne semble pas avoir les traits du cinéma auquel Burns nous avait habitués. Point de comédie dramatique urbaine ici, mais plutôt à vue de nez une petite romance aérienne de bord de mer, sans aucune tête connue (alors que ses films en sont généralement peuplés) sinon la sienne. Une fois de plus, Burns écrit, produit, réalise et interprète (un second rôle cette fois). Une fois de plus, le film ne fera pas de vague en sortant sur tous les supports en même temps, dans une micro poignée de salles (américaines bien sûr), en DVD, et online, le 26 octobre.

Edward Burns fait toujours des films, mais je suis bien l’un des derniers à m’en soucier.

jeudi 23 septembre 2010

Vous prendrez bien quelques navets... ?

Que Diable s’est-il passé au mois d’août ? D’où nous est venue cette tornade ? Se sont-ils passé le mot ? Est-ce un hasard ? Non, je n’y crois pas, les distributeurs se sont forcément consultés cette année pour nous offrir, au mois d’août 2010, un véritable festival de navets. Certes le mois estival n’est jamais le mois le plus porteur en grands films, et on y trouve chaque année des films jetés là discrètement en espérant que personne ne s’en apercevra.

Le problème c’est que cette année, je ne suis pas parti en vacances pendant l’été (ça ne peut pas être tous les ans la Corée !), me retrouvant à arpenter les salles obscures sans être obligé de faire une sélection draconienne pour optimiser au mieux les films à voir. Cet été, j’avais tout mon temps pour me risquer sur le bizarre, comme dirait Blier (Bernard, pas Bertrand). En tout cas sur le douteux. Résultat, au mois d’août, j’ai vu cinq navets en salles. Cinq films que je considère à peu près irregardables de nullité, alors qu’entre janvier et juillet, sur sept mois, je n’en dénombrais que quatre.

Accusés, levez-vous à l’appel de votre titre.

Droit de passage, un véritable jet à la poubelle pour un film qui traînait depuis des mois (pour ne pas dire années) dans le tiroir de son distributeur. Le film a été tellement charcuté au montage que l’on se surprend à se demander si Steven Seagal n’a pas fait un meilleur film sur le sujet de l’immigration. Sûrement que si.

Djinns, le petit frenchy de la bande, que je ne m’imaginais pas placer dans un tel billet à l’époque où le film était en projet. Mais malgré les efforts visuels, le scénario est mou, le rythme inexistant, la finalité invisible. Le néant scénaristique absolu. Aaaaaaaaah, c’est pour ça qu’il est balancé dans une poignée de salle en plein été…

The Expendables, celui qu’on attendait comme le grand film hommage aux films d’action des années 80 / 90, mais qui n’est au final qu’une mauvaise parodie de ceux qu’il était censé finement saluer. Au lieu de s’appuyer sur du vieux pour faire du neuf, Stallone a préféré faire un Chuck Norris daté 1986 sans aucun recul. Aucun fun, que du lourdaud et de l’ennui. Même pas drôle. Juste navrant.

Salt, l’autre gros film hollywoodien estival de la liste, que presque tout le monde, depuis que je l’ai vu et le casse implacablement, me dit que j’y vais fort et que j’exagère. Pourtant je suis 200% sincère, et honnête, et surpris qu’on ne me croie pas, lorsque je décline ma profonde aversion pour l’escapade ridicule d’Angelina Jolie. Malgré Liev Schreiber.

Le bruit des glaçons, le p’tit dernier (ah bah non, Djinns n’était pas le seul frenchy en fait), la goutte d’eau qui a fait déborder la bouteille de blanc. Une ancienne gloire du cinéma provoc’ et irrévérencieux français qui n’a plus grand-chose de provoc’ ou irrévérencieux. Blier (Bertrand, pas Bernard) n’est plus que l’ombre d’un bon dialoguiste qui sonne désespérément creux. J’ai passé plus de temps à observer la tête des spectateurs regardant le film qu’à vraiment regarder le film moi-même, histoire de voir si j’étais le seul atterré. Ma voisine dormait.

Enfin, ça c’était août. Ouf, aujourd’hui c’est l’automne. Et la saison s’annonce plus excitante que ce torve été. Comme d’hab’, mais ça fait du bien de se le dire après cette addition de daubes.

mercredi 22 septembre 2010

The Housemaid et Simon Werner sont déjà passés par là…

Si vous êtes surpris qu’un film coréen sorti il y a maintenant une semaine n’ait pas eu droit à quelques lignes sur l’IBC, laissez moi vous rafraichir la mémoire… En juillet dernier, The Housemaid était projeté à Paris Cinéma, où j’avais eu la chance de le voir (contrairement à Des Hommes et des Dieux pour lequel je m’étais pris un « Complet » en pleine face). Alors pour ceux qui aimeraient savoir ce que j’avais pensé du nouveau film d’Im Sang Soo, présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, cliquez ici !

Aujourd’hui, mercredi 22 septembre, un autre film passé par la Croisette se faufile dans les salles obscures hexagonales. Il s’agit du teen movie français Simon Werner a disparu…, un film ambitieux et réussi qui ne ressemble pas vraiment à ce qui se fait habituellement dans le paysage cinématographique français lorsqu’on s’intéresse aux ados. En mai dernier, j’avais vu le film à la reprise des films d’Un Certain Regard, au Reflet Médicis. Pour en savoir plus sur ce que j’avais blablaté sur ce premier film, suivez le guide.

C’est tout pour la petite piqûre de rappel !

lundi 20 septembre 2010

Dans la salle, tout le monde vous entend parler...

L’émerveillement qu’était la nouvelle vision de Memories of Murder se passait de commentaires contextuels qui auraient pu parasiter la description de l’émotion qui m’a assailli devant le film. Pourtant j’avais une anecdote sympa à raconter sur cette projection au Gaumont Parnasse… alors je lui consacre un p‘tit billet à part, histoire de ne pas garder cette amusante « rencontre » pour moi seul.

La projection de Memories of Murder avait donc lieu dans une petite salle du Gaumont Parnasse (la 4 pour les puristes du détail), contenant dans les 90 places (à vue de nez), presque toutes occupées au moment où la salle s’est éteinte. Mais avant que le rideau ne s’ouvre sur l’écran (malheureusement ce n’est qu’une figure de style, point de rideau au Gaumont Parnasse comme dans la plupart des salles de nos jours, mais je m’éloigne là), avant le début du film disais-je, il s’est écoulé plus de temps que prévu. Un retard sur l’horaire qui a amplement laissé le temps à mon voisin de derrière de parler ciné avec le type qui l’accompagnait.

Enfin, en fait de discussion, il s’agissait plus précisément, comment dire, d’un commentaire dialogué (quoique, souvent monologué) sur le contenu du magazine Gaumont distribué dans la salle. Vous voyez, ces magazines édités par les multiplexes présentant les films sortant dans le mois. En attendant que Memories of Murder commence, Specty (un diminutif de spectateur qui lui va comme un gant, faut bien lui trouver un p’tit nom pour vous raconter ça comme il faut) a eu tout loisir de lire en long en large et en travers le magazine Gaumont, faisant parfois participer son poto un peu éteint à ses réflexions. Le mieux, c’est que je vous retranscrive le plus fidèlement possible ces monologues ou dialogues (pour être totalement fidèle, il faudrait que vous entendiez sa voix inimitable à l’écrit, tant pis il faudra vous en passer). C’est parti.

En préambule, quelque chose qui n’est pas sorti du magazine Gaumont…

Specty : « T’as vu les affiches du film là ? Putain comment ça s’appelle déjà… ? »
Poto : « Bah là c’est dur de deviner… »
Specty : « Mais si l’autre là… un sorcier…
Poto : « L’apprenti sorcier avec Nicolas Cage ? »
Specty : « Nan nan l’autre là, le p’tit… »
Poto : « Harry Potter ? »
Specty : « OUAIS c’est ça !! Harry Potter, t’as vu y a déjà des affiches dans le métro ! »
Poto : « Bof, moi j’m’en fous en fait d’Harry Potter… »
Specty : « Ah… »

Ensuite, les commentaires du magazine Gaumont se sont enchaînés…

A propos de Moi, moche et méchant :
Specty : « Pfff… Gad Elmaleh, n’importe quoi... »
Poto : « En VO c’est qui ? »
Specty : « C’est Tom Hanks (en fait c’est Steve Carell). C’est quand même autre chose que Gad Elmaleh. Celui-là il a fait deux spectacles drôles et depuis que de la merde. »

A propos de Notre jour viendra :
Specty : « Vincent Cassel. Je déteste Vincent Cassel. Putain il m’énerve ce mec. »

A propos de Laisse-moi entrer :
Specty : « Laisse-moi entrer… c’est qui qui a fait ça… Matt Reeves !! Oh putain c’est le réalisateur de Cloverfield !! Quelle merde ça !! Oh la daube !! Laisse tomber ça va être nul Laisse moi entrer c’est sûr, c’était trop mauvais Cloverfield, tu l’as vu ? » (bon là je lui en veux pas, même s’il est excessif, je ne suis pas fan de Cloverfield moi-même…)

A propos de Resident Evil : Afterlife :
Poto : « Oh c’est Samuel Hadida qui a réalisé le nouveau Resident Evil ? »
Specty : « Nan y a écrit « Samuel Hadida présente », ça veut pas dire qu’il l’a réalisé… attend je vérifie quand même on sait jamais… Réalisé par Wes Anderson. Nan c’est pas Hadida c’est Wes Anderson. Attend… ah non non c’est Paul WS Anderson… j’me disais aussi, Wes Anderson pour Resident Evil, j’ai mal lu. »

A propos de Mange, prie, aime :
Specty : « Ah ça j’ai bien envie de le voir par contre ! »
Poto : « Le film avec Julia Roberts ? Ah bon ? »
Specty : « Attend, Pretty Woman, Erin Brokovich !! C’est les films de toute une génération ça ! J’adore Julia Roberts ! ».

A propos de True Romance (je ne sais pas s’il commentait là quelque chose lu dans le magazine…)
Specty : « Tu l’as pas vu ??!! Wouaaah, mais faut le voir ! C’était avec Christian Slater, Dennis Hopper et… et… et… ah, Christopher Walken !! J’suis trop fort. D’ailleurs j’me d’mande si y avait pas une sœur Arquette qui jouait dedans aussi… attend… YES !!! (a-t-il vérifié sur un iPhone ?) Ah mais je suis vraiment trop fort moi ! ».

Je vous les ressors de tête, il se peut donc que j’ai oublié un ou deux commentaires sympas… Après cela, la lumière s’est éteinte, le rideau imaginaire s’est ouvert, et la magie de Memories of Murder a opéré… sans que j’entende une fois la voix de Specty.

samedi 18 septembre 2010

Memories of Murder, six ans plus tard...

L’occasion était trop belle. Cette semaine, le Gaumont Parnasse inaugurait un rendez-vous apparemment appelé à devenir régulier, une semaine à la découverte de la cinématographie d’un pays sous l’intitulé « La Terre tourne ». Du lundi au dimanche, un film projeté chaque soir. Pour cette première, le pays mis à l’honneur était… la Corée du Sud. Ce n’était pas là l’occasion pour les connaisseurs de découvrir des pépites rares ou inédites, la manifestation ayant à l’évidence plutôt pour but de faire découvrir des incontournables du pays à des novices, ou simplement permettre aux amateurs de revoir sur grand écran leurs films préférés.

Car pour ce qui est des films sélectionnés, les organisateurs ne s’y sont pas trompés, en proposant le récent La rivière Tumen plus une belle brochette de ce qui s’est fait de mieux ou presque ces dix dernières années en Corée : JSA de Park Chan Wook, Locataires de Kim Ki Duk, My sassy girl, The Chaser, Secret Sunshine de Lee Chang Dong. Et celui qui m’a attiré au Gaumont Parnasse jeudi soir. Tous les films proposés cette semaine étaient déjà passés sous mes yeux au moins une fois, mais il en était un que je désirais ardemment revoir, Memories of Murder. L’occasion était trop belle de le revoir dans une salle de cinéma.

Voilà un peu plus de six ans que j’avais découvert le film de Bong Joon-Ho sur grand écran. C’était en 2004, une année qui avait également vu la sortie dans les salles françaises de Deux sœurs de Kim Jee-Woon et d’Oldboy de Park Chan Wook. L’année où le cinéma coréen m’a conquis. Je n’avais pas revu Memories of Murder depuis cette première fois. 

La salle était quasi complète pour le film qui a révélé le réalisateur de The Host en France. Je me souvenais comme si je les avais découverts la veille des tous premiers plans de l’œuvre, ces champs devenus scène de crime où règne une pagaille campagnarde réjouissante, et du tout dernier, dont je parlerai plus loin. Je me souvenais de cette affaire de meurtres tombant sur la tête d’une petite ville de la province coréenne à la fin des années 80. Ces jeunes femmes retrouvées ligotées, violées, tuées. Ces flics locaux dépassés, maladroits, cogneurs. Ce flic de Seoul absorbé, déterminé, mais dépassé lui aussi. Cette enquête piétinant, ce tueur insaisissable, ces corps s’accumulant, cette atmosphère bon enfant se faisant de plus en plus pesante. Je m’en souvenais, oui, mais j’ai découvert, ou redécouvert, autre chose en revoyant Memories of Murder.

Voir un film plusieurs fois, ce n’est pas l’apprécier de la même façon à chaque vision. Avais-je ressenti exactement la même chose il y a six ans ? Pas sûr. Je connaissais très peu la Corée à l’époque, son histoire, sa chronologie, sa politique, sa société… Cette nouvelle vision s’est enrichie de ma propre expérience avec la Corée. Le grand polar que j’avais vu à l’époque m’est désormais apparu avec un contexte historique et politique plus clair. Une période, la fin des années 80, si particulière du pays, qui se ressent dans le cadre du film.

J’ai découvert Memories of Murder sous un angle politique – les derniers souffles de la dictature militaire, les révoltes populaires, la période transitive vers la démocratie – qui fait battre le cœur de l’intrigue. Cette toile de fond accompagne l’atmosphère et la densifie. Elle dessine les contours des personnages. Elle prolonge les problématiques du cadre. Dans Memories of Murder, le bordel ambiant est à l’image d’un pays en plein changement, à l’image d’une société qui se cherche. Les policiers vivent leur enquête, elle est leur quotidien pendant que le pays gronde, y compris contre eux, ces symboles de l’oppression. Ils veulent se donner les moyens d’attraper un tueur pendant que la plus haute hiérarchie préfère s’occuper de réprimer les mécontentements populaires.

L’occasion était trop belle. Retourner voir ce film m’ayant marqué, avec l’instinct qu’il me procurerait une émotion cinématographique nouvelle. Tout paraît si simple lorsque l’on regarde un film de Bong Joon-Ho. Tisser la toile d’une intrigue absorbante. Donner vie à des personnages aboutis. Parler de l’histoire de son pays, de ses maux, de sa fragilité, à travers un genre populaire. Observer la fin d’une ère à travers l’échec d’une enquête policière. Donner une grandeur crédible à des êtres humains ordinaires.

Et conclure son film par un plan bouleversant. Y mettre plein cadre, en gros plan, le visage de Song Kang-Ho, cet immense acteur, et filmer la fracture à peine perceptible d’un regard rappelant que les années n’effacent pas les regrets, la douleur, l’amertume. Le doute. L’occasion était trop belle de revoir Memories of Murder. Et d’y voir un nouveau film, encore plus grand.

jeudi 16 septembre 2010

Blier m'emmerde !

J’ai bien envisagé d’intituler mon billet autrement, mais c’est bien là le fond de ma pensée. Et s’il y a de toute façon un cinéaste qui ne s’offusquerait pas que j’emploie un vocabulaire cru pour interpeler, c’est bien Bertrand Blier. Alors oui, Blier m’emmerde. Ce n’est pas nouveau. Aussi loin que je me souvienne, Blier m’a emmerdé. Pas l’homme directement bien sûr. Je serais tenté de dire que l’homme, on s’en tamponne un peu. Non, c’est bien son cinéma qui m’emmerde. Et forcément, à force de réaliser des films qui me font ainsi réagir, c’est lui qui finit par m’emmerder.

Mon premier souvenir d’un film de Bertrand Blier au cinéma, c’est Mon Homme. Je m’en souviens très bien, j’avais 14 ou 15 ans (après vérification de la date de sortie, j’avais 14 ans), le cinéma m’intéressait déjà énormément, mais ce n’était pas encore passionnel. Je ne lisais qu’occasionnellement la presse spécialisée, n’allais que trois ou quatre fois par moi au ciné (et essentiellement du film Hollywoodien), et en général quand ma mère me traînait au Ciné 104 de Pantin pour voir un film d’auteur français, c’était plus une corvée qu’autre chose.

Mon Homme faisait exactement partie de ces films dont je me serais bien passé à l’époque, mais après tout, 1h40 au ciné valait mieux que rester à la maison pour faire mes devoirs. Voilà comment je me suis laissé entraîner vers mon premier Bertrand Blier sur grand écran. A l’époque j’avais déjà dû voir La femme de mon pote, le film le plus mainstream de Blier, à la télé. Probablement. Mais Mon homme a inauguré ma relation cinématographique avec Blier. Ce fut une torture. 1h40 d’ennui et d’agacement pour l’adolescent que j’étais qui aurait préféré voir L’armée des douze singes de Terry Gilliam.

Mais que le moi de 1996 ait détesté Mon Homme n’est pas plus surprenant que cela. Ce qui m’étonne au contraire, c’est que depuis ce jour de 1996 (même en fouillant dans mes vieux tickets je ne retrouverais pas la date exacte, désolé, ces vieux tickets de salles art & essai étaient génériques, sans le titre du film et la date imprimés dessus, et puis ça aurait fait un peu trop geek non ?)… où en étais-je moi ? Oui, le plus étonnant, c’est que depuis Mon Homme, je n’ai pas raté un seul Blier au cinéma. Vous me direz que finalement, ça ne représente que quatre longs-métrages, mais tout de même. Parce que ce qui est ENCORE plus étonnant, c’est que j’ai détesté tous ces films. Ces quatre films. Sans exception.

J’ai détesté Les acteurs, cet hommage creux et vain aux acteurs du cinéma français. J’ai détesté Les côtelettes, cette adaptation foutraque et agaçante de la propre pièce de Blier. J’ai détesté Combien tu m’aimes ?, ce n’importe quoi fatigant malgré la plastique irréprochable de Monica Bellucci (on se raccroche comme on peut dans ces moments-là). Et le week-end dernier, j’ai détesté Le bruit des glaçons, que j’étais allé voir après moult hésitation, en me disant « Allez, le pitch est pas mal, le duo Dujardin / Dupontel promet, tente ! ». Quelle mauvaise idée ce fut. Blier, qui à une époque pouvait au moins se targuer d’écrire des dialogues mordants, n’est plus qu’une parodie de lui-même sur ce plan. Ses dialogues sont prévisibles et faciles, tous plus clichés les uns que les autres dans les situations ennuyeuses dans lesquelles il plante ses personnages. Il y a certes quelques belles idées d’interaction entre la mise en scène et la narration, comme ce glissement du flash-back dans le présent, mais c’est bien maigre face à l’abus de blagues sur la bouteille de blanc.

Les dialogues sont si téléphonés, le personnage de Jean Dujardin si horripilant, le dénouement si décevant… la messe est vite sonnée. Le bruit des glaçons ressemble à une mauvaise pièce de théâtre filmée dans laquelle surnage Albert Dupontel en cancer squatteur. A la sortie (ô combien bienvenue !) de la salle, une pensée résolue m’a assailli : plus jamais je ne me laisserai piéger par Blier. Stop. Fini. C’était le dernier. Je ne m’installerai plus dans une salle de cinéma pour un film qu’il aura signé. Les valseuses et Tenue de soirée sont loin, si loin… Ne me demandez même pas ce que j’avais pensé de Trop belle pour toi (que j’espère ne jamais revoir).
Alors voilà, Blier m’emmerde. Adieu Blier.

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