jeudi 22 octobre 2009

The Descent 2 : rallumez c'est trop drôle !

The Descent de Neil Marshall fut l’un des films d’horreur les plus flippants de ces dernières années, portant haut l’étendard du genre en Europe au même titre que [REC] ou Martyrs. Cependant Hollywood et l’avidité de ses producteurs ont beau se trouver à des milliers de kilomètres, le vieux continent sait lui aussi se montrer gourmand et commander des suites inutiles pour le simple apport financier qu’elles représentent. The Descent 2, ou la poilade improbable.

S’il est évident qu’on ne peut pas réaliser La communauté de l’anneau sans le faire suivre par Les deux tours, les cas où une suite est nécessaire, ou du moins se révèle satisfaisante, sont rares. Encore plus lorsque le réalisateur est changé et que la dite suite sent l’exploitation d’un filon à plein nez. L’exception à ce constat pourrait être 28 semaines plus tard de Juan Carlos Fresnadillo, qui se permet même (à mes humbles yeux) de dépasser l’original de Danny Boyle en intensité.

C’est peut-être à cause de la réussite de cette suite remarquable de 28 jours plus tard que je me suis laissé tenter par l’audace de cette suite pas du tout attendue de The Descent. Après tout le film de Neil Marshall se suffisait totalement à lui-même, sombre, claustrophobe, surprenant, sanglant, et très, très angoissant, avec une fin pessimiste et réjouissante. Pourquoi donc aller plus loin ?

Bon admettons. Admettons que les scénaristes aient trouvé une excellente idée qui prolonge l’horreur et nous plonge plus loin dans le frémissement. Pourquoi pas. La lumière s’éteint, le film démarre. Alors, où nous emmène-t-on ? Rappelons que dans The Descent, une bande de copines allaient faire un petit week-end spéléo dans les Monts Appalaches qui tournait au cauchemar lorsque les aventurières d’un week-end tombaient sur des êtres humanoïdes cannibales particulièrement laids et voraces dans les profondeurs des grottes. Et qu’à la fin du film, aucune d’elles ne trouvaient la sortie, que deux d’entre elles étaient encore vivantes mais à l’évidence condamnées à ne pas le rester longtemps.

La lumière s’éteint donc pour faire place à The Descent Part 2, à la séance de 22h au George V sur les Champs (dernière séance en semaine, le seul moment où les grands cinés de l’avenue sont fréquentables car presque vides, sinon c’est ados en folie et pop corn à volonté…). Accompagné de deux amis amateurs de films d’horreur, le frisson est attendu. Pourtant ça sent tout de suite le coup fourré. Le lancement du film ? L’une des deux filles encore vivantes du premier est sortie toute seule comme une grande du labyrinthe plein de monstres et est emmenée à l’hôpital. Où le shérif local constate que la fille, recouverte d’un sang qui pourrait être celui de la fille du sénateur qui l’accompagnait dans l’expédition, ne se souvient de rien.

Aux États-Unis c’est comme en France, les enfants d’élus haut placés ont des avantages, et là-bas c’est celui d’avoir la police locale qui pousse à fond les recherches pour retrouver la progéniture disparue. Le shérif local, ni une ni deux, éjecte donc l’amnésique de son lit et la trimballe, avec son adjointe et trois spéléologues professionnels, dans les grottes infernales auxquelles elle venait de réchapper.

Bon à ce point-là déjà le film sent le foutage de gueule. La ficelle scénaristique du « J’ai tout oublié » est utilisé trop facilement, d’autant qu’ils ont beau emmener la fille dans la forêt, puis devant un gouffre qui les descendra au fond, puis enfin dans les caves étroites proprement dites, la survivante met bien du temps à réagir, reprendre ses esprits, et se dire « Eh mais attendez les mecs, je suis déjà venu dans le coin, et y a des cousins visqueux et incestueux de Voldemort qui ont bouffé les tripes de mes copines et je m’en suis sortie miraculeusement !!!! AU SECOURS !!!!! LAISSEZ-MOI SORTIR DE LA BANDE D’ABRUTIS !!!!!!! » (et ça elle le dit même pas, mais je suis sûr qu’elle le pense très fort quand même).

En fait à partir de là, le film n’est qu’un remake de The Descent. L’exploration de la cave, les drôles de bruit, la surprise effrayante (Aaaaaah, c’est quoi cette horreur !!!???), le schéma est calqué sur le premier film sans grande surprise. Et une fois que la cavalcade commence, The Descent 2 n’est plus qu’un enchaînement de séquences plus prévisibles les unes que les autres. Au point de pouvoir faire le décompte (5… 4… 3… 2… 1… maintenant !!) du moment où la vilaine créature va apparaître ou attaquer.

Au moins la prévisibilité est telle que les rires fusent, et ceux-ci, contrairement au premier, ne sont pas des rires évacuant l’angoisse. Seulement des rires de dépit devant une suite qui se confirme inutile.
A Noël sortira [REC] 2, qui contrairement à The Descent 2 a été concocté par les mêmes réalisateurs que le premier opus. Un bon signe ? Réponse dans deux mois.

lundi 19 octobre 2009

Y a-t-il quelqu’un dans la salle qui veut me gâcher le film ? On dirait bien…

Une projection idéale se déroule comme suit : arrivée à l’heure pour voir les bandes-annonces, être dans une salle tranquille et calme, et (accessoirement mais c’est quand même mieux) voir un bon film. Je ne dirais pas que la projection de Mademoiselle Chambon a pris le contrepied de cette version idéalisée d’une séance de cinéma, mais cela a bien failli. Récit d’une sortie ciné où la catastrophe a été frôlé.

Arriver en retard à la séance n’est pas exceptionnel, ni honteux, rater de la pub et des bandes-annonces étant tout à fait excusable (même si voir les bandes-annonces sur grand écran est un plaisir constant). Ce qui en revanche est exceptionnel et, à défaut d’être honteux, vache et énervant, c’est qu’un cinéma ne respecte pas les délais de lancement de la projection d’un film. Depuis près de quinze ans que je fréquente l’UGC Ciné Les Halles, jamais, jamais je n’ai vu un film démarré moins de 15 minutes après le début de la séance.

Eh bien samedi après-midi, il semble que le projectionniste ait eu peu de bandes-annonces et publicités à montrer aux spectateurs, puisqu’au moment où je mettais les pieds dans la grande salle 6, précisément huit minutes après le début de la séance (j’ai regardé, devant la surprise de ce qui se passait), la salle s’éteignait, le logo UGC passait, et le film s’apprêtait à commencer. Se farcir moins de publicités avant un film, c’est toujours appréciable, mais lorsque la salle ne compense pas par quelques bandes-annonces pour commencer le film à l’heure attendue, cela met quelques spectateurs, dont moi, dans l’indélicatesse d’être en retard tout en étant à l’heure (pour le film).

Résultat, le logo du distributeur du film s’affichait juste, précédent le début du film, lorsque je repérai mon ami Michael installé au cinquième rang me gardant une place. Je fus obligé de passer devant une femme passablement énervée de me voir aller chercher cette place plutôt que de me poser dans un coin où je ne dérangerais personne, soupirant et grognant à mon passage. « Le film est même pas commencé connasse » m’a traversé l’esprit, mais bon moi aussi je suis parfois maniaque en salle, alors bon, je gardai la réplique pour moi. D’autant que j’allais sans le savoir m’asseoir à deux places d’une connasse de compétition qui fait passer la simple râleuse pour un ange.

Installé, je me trouvais avec à ma droite un homme, quinqua bien tassé, et sa femme à côté de lui. A les voir, on aurait pu les prendre pour des cinéphiles sages. Alors qu’en fait derrière cette façade bien policée se cachaient des emmerdeurs n’ayant rien à envier à des ados de 15 ans ou à un grand sceau de pop-corn consommé bruyamment. J’exagère à peine. Surtout elle. Comment ? Madame s’est montrée aussi pipelette que Matt Damon dans The Informant. Inlassablement, continuellement, il lui fallait commenter le film. Et lorsque je dis commenter le film, il ne s’agit pas de se pencher discrètement à l’oreille de son compagnon pour lui murmurer ce qu’elle pensait discrètement.

Non, madame opérait comme si elle était dans son salon et qu’il n’y avait pas 200 personnes avec elle dans la salle. Une plaque d’immatriculation 13 apparait à l’écran ? « Oh, ça se passe du côté de Marseille ! ». Le vent souffle dans les cheveux de Vincent Lindon ? « Tiens, le Mistral !! ».

OOOOOOOOH !!!!! C’est pas vrai ça !? Ceux qui ont vu Mademoiselle Chambon devineront à quel point un tel comportement agace facilement pour un tel film, délicat, économe de mots, instaurant une atmosphère, filmant les gestes, les regards, avec justesse et précision. Le genre de film par-dessus lequel les commentaires de la voisine de salle donnent des envies de meurtre…

Mais madame était imperturbable dans sa projection privée du film. Mes « Oooooh ! », « Tsssssss ! » et « Chhhhhhhhh ! » et regards noirs n’y ont rien changé, sinon quelques minutes de répit avant qu’elle ne reprenne comme si de rien n’était. Le comble fut lorsque le film se termina, qu’elle se leva et passa devant moi pour sortir. Je déplaçai légèrement mes jambes pour la laisser enfin partir (bon débarras !), quand elle me regarda avec un grand sourire et me dit « Merci ». Là, je lui aurais décroché la tête sans le moindre remord. Je me dis que parfois, je suis trop civilisé…

Ce ne fut ni la première, ni la dernière des spectatrices à tenter de me gâcher un film. J’espère tout de même que la prochaine, ou bien sûr le prochain, n’arrivera pas de sitôt… ou alors devant une futilité sans intérêt autre que le divertissement.

dimanche 18 octobre 2009

Mais t'étais passé où, Sam Neill ?!


Les grandes stars hollywoodiennes sont rarement les acteurs (trices) les plus fascinants sur grand écran. Je leur ai presque toujours préféré les seconds couteaux, ou ces acteurs qui accèdent au statut de tête d’affiche tout en restant des « character actors », des gueules de cinéma aux capacités souvent caméléonesques. Sam Neill a définitivement fait partie de cette deuxième catégorie, avant de se faire désirer pendant un bout de temps. 2010 pourrait lui offrir son rôle le plus intéressant depuis bien longtemps, et nous amener à poser cette question qui me titille aujourd’hui : « Mais t’étais passé où Sam Neill ?!! ».

Lorsque je pense à Sam Neill, le premier film qui me vient à l’esprit est Jurassic Park. Ce n’est pas bien original, puisqu’il s’agit à l’évidence du plus grand succès au box-office de sa carrière. C’est probablement aussi le premier film que j’ai vu au cinéma avec lui, en 1993, au cinéma Jacques Tati de Tremblay-en-France si vous voulez tout savoir. Une belle claque hollywoodienne pour le gamin de 12 ans que j’étais, qui découvrait du même coup la présence rassurante et paternelle (malgré lui) de Neill dans le rôle du paléontologue Alan Grant, rôle qu’il reprendra huit ans plus tard dans le troisième volet réalisé par Joe Johnston.

Je dis qu’il s’agit « probablement » du premier film que j’ai vu avec lui, parce que malgré ma mémoire infaillible pour tout ce qui touche au cinéma, je n’arrive décidément pas à me rappeler si j’ai vu La leçon de piano de Jane Campion au cinéma, sorti quelques mois avant le Spielberg. Je me dis qu’à 11 ans, j’étais sûrement un peu jeune pour voir le magnifique film de Campion sur grand écran, dans lequel Neill campait l’époux violent de Holly Hunter, dans la rude Nouvelle-Zélande du 19ème siècle. Mais cela ne m’étonnerait pas non plus franchement que ma mère - peu pointilleuse sur ce qui pouvait choquer ses enfants au cinéma du moment que le film avait un bon pédigrée et était susceptible d’en faire de bons cinéphiles (merci maman !) - m’ait emmené voir le film de Campion au cinéma art & essai du coin à l’époque.

Du fait de l’avoir vu chez Spielberg, le grand public le prend certainement pour un acteur américain, mais Sam Neill est un produit métissé entre l’Irlande qui l’a vu naître et la Nouvelle-Zélande de son père où il a finalement grandi. Si sa filmo remonte au années 70, c’est essentiellement dans les années 80 qu’on le remarque en Europe, grâce à des rôles chez Zulawski (Possession), Chabrol (Le sang des autres) et Robert Enrico (La révolution française).

Ce qu’il y a de passionnant chez Sam Neill, c’est que son physique lui ouvre une énorme variété de rôle. A première vu assez passe-partout, il excelle dans les rôles de bon gars faciles à apprécier (Calme Blanc, L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux). Mais en se penchant un peu plus près, on remarque un homme pouvant se montrer froid, inquiétant, voire carrément flippant (L’antre de la folie, Event Horizon).
Ils sont rares ces acteurs capables d’un film à l’autre de naviguer entre le bien et le mal avec une aise égale, et une crédibilité sans faille. C’est ce que j’ai toujours aimé chez Sam Neill, cette confiance absolue que l’on peut avoir en lui pour se glisser d’un côté ou de l’autre de la moralité sans douter un seul instant de la justesse de sa performance.

Après une décennie 90’s solide qui l’a vu également épauler Sean Connery dans A la poursuite d’Octobre Rouge ou apparaître chez Wenders dans Jusqu’au bout du monde, Neill s’est montré plus discret dans les années 2000, tournant souvent en Nouvelle-Zélande ou en Australie, apparaissant occasionnellement dans des productions européennes (Wimbledon ou Angel de François Ozon pour ce que j’ai vu), mais ne trouvant pas de rôle à sa mesure sur la scène internationale.

Après l’avoir longtemps attendu dans un rôle à la hauteur de sa dualité, le voici bientôt à l’affiche d’une œuvre qui promet d’être un des films de genre les plus attendus de 2010, Daybreakers. Un film de vampires par les frères Spierig, deux jeunes australiens à qui l’on doit l’enthousiasmant Undead, invasion extraterrestre zombie sortie il y a 5 ans. Dans le futuriste Daybreakers, les congénères de Dracula ont pris le contrôle du monde et asservi ce qu’il reste d’humanité pour s’en servir de bétail. Sam Neill y incarne le leader des vampires, un rôle à n’en pas douter bien sombre qui devrait lui aller à ravir.
Peu importe où était passé Sam Neill, du moment qu’il nous revient dans de tels rôles.

samedi 17 octobre 2009

Funny People, la grandeur à une ou deux bobines près...

En une poignée d’années, Judd Apatow s’est imposé comme le parrain de la comédie US. Producteur, scénariste ou réalisateur, l’association de son nom à un film est un gage de qualité quasi systématique. Petit bide aux États-Unis cet été (50 millions de dollars de recettes quand ses précédents films ont tous deux passés la barre des 100), sa troisième réalisation, Funny People, débarque en tout discrétion dans les salles françaises. Son œuvre la plus ambitieuse, la plus réussie, et pourtant la plus ratée.

Pour la première fois, Apatow convoque devant sa caméra son vieux pote Adam Sandler, star du box-office américain, ami de près de 20 ans du cinéaste, idéalement placé pour incarner l’un des deux protagonistes de Funny People. Il incarne George Simmons, vedette comique passé du stand up de ses débuts à une carrière de star de cinéma dans des comédies bas du plafond qui apprend qu’il est atteint d’une maladie grave. Assez égocentrique de nature, George croise un soir dans une salle de stand up un jeune comique hésitant, Ira. Ce dernier se rêve roi des planches de l’humour, mais squatte le canapé d’un pote tournant dans une série débile et vit d’un petit job dans un supermarché.
George, dans sa mauvaise passe, propose de manière impromptue à Ira de devenir son assistant. Celui-ci lui écrira des blagues, mais va surtout devenir un confident inattendu pour la star en fin de vie.

Si ce résumé couvrait les presque 2h30 que dure Funny People, ce serait alors le résumé du meilleur film de Judd Apatow à ce jour. Car dans cette partie du film, le réalisateur signe une œuvre drôle et tendre sur le milieu du stand up américain. Un milieu fascinant, approfondi par une double perspective : celle de Ira, débutant plein de rêves galérant et voyant arriver un coup de pouce du destin en la personne de George ; et celle de George, star fatiguée, malade, qui retourne vers ses racines de stand up pour couper le cordon hollywoodien en ces temps difficiles (Sandler, qui a connu le même parcours que George, apporte au personnage son allure de clown triste avec force crédibilité).

Le regard que porte Apatow sur cet univers sent le vécu à plein nez. On devine qu’en chacun des personnages, Ira, George, mais aussi les seconds rôles savoureux qui leur tournent autour (les deux potes comiques de Ira, un irrésistible duo Jonah Hill / Jason Schwartzman), ou les nombreuses apparitions savoureuses, se cache un aspect de Judd Apatow, de sa personnalité, de son passé d’aspirant comédien, d’aspirant auteur. C’est un milieu dépeint avec amour et nostalgie, bienveillance et amertume. L’auteur s’y sent comme chez lui, et cela se ressent totalement. C’est juste, féroce, drôle. A un certain moment, je sentais que j’avais sous mes yeux un des tous meilleurs films de l’année, à n’en pas douter.

Mais le film ne s’arrête malheureusement pas à ce cadre. Si dans toute cette première partie, Apatow aborde également avec talent la crise de la quarantaine, la remise en question, le face-à-face générationnel, les affres de la célébrité, il fait tout à coup basculer son histoire dans un deuxième film, en faisant intervenir le personnage de l’ex fiancée de George. Celui-ci n’a jamais réussi à l’oublier, et il va chercher à la reconquérir alors que celle-ci est en couple et mère de famille. Et là, Apatow s’égare. A-t-il voulu offrir à tout prix un rôle consistant à sa femme Leslie Mann ? A-t-il absolument tenu à apporter un tournant romantique au film ? Toujours est-il que cette couche inattendue plaquée à Funny People est superflu. Le film perd de sa dynamique, de son piquant, de ses dialogues relevés et irrésistibles, pour offrir une quarantaine de minutes inutiles, un deuxième film dans le film où Seth Rogen, meilleur que jamais, se fait plus rare, et où seul l’apport du personnage du nouveau mari de l’ex apporte quelque chose, grâce à la performance jubilatoire d’Eric Bana.

Apatow passe à côté de son chef-d’œuvre, pour une maudite histoire de femme. A-t-il eu peur que toutes ces blagues en dessous de la ceinture utilisant à foison les termes « bite », « couilles » et « nibards » passent mal auprès du public féminin ? Est-il trop gourmand à vouloir densifier le récit de son film quand cela n’était point nécessaire ? C’est un beau regret, car pendant 1h30, Funny People était un film remarquable, hilarant et émouvant, qui heureusement retombe bien sur ses pieds pour le dernier acte. Trop tard pour ne pas regretter le grand film qu’il a failli être.

jeudi 15 octobre 2009

Moment nostalgie avec Stand By Me

Aussi cinéphile que l’on soit, il y a toujours des films que l’on n’a jamais vus, à notre plus grand regret. Certains sont des classiques ultimes (si vous saviez tous ceux qui manquent à ma culture…), d’autres des lacunes qui le sont plus d’un point de vue personnel. Stand By Me fait partie de cette seconde catégorie, tant le film de Rob Reiner avait le potentiel d’être un film cher à mon enfance. Il ne le fût pourtant jamais, et il aura fallu attendre mes 27 ans pour que je le découvre enfin.

Le Grand Action a profité de la ressortie en copie neuve de My Own Private Idaho pour programmer un petit cycle River Phoenix, dont faisait partie Stand By Me. La copie était loin d’être neuve, parfois grésillant, avalant quelques bribes de dialogues, surtout sur la première bobine, mais j’ai déjà vu bien pire. Pas de quoi gâcher le plaisir de cette découverte tardive !

Stand by me, pour ceux qui ont toujours le train de retard que je viens de rattraper, est une chronique adolescente datant de 1986. Rob Reiner, trois ans avant le carton planétaire de Quand Harry rencontre Sally, portait là à l’écran une nouvelle de Stephen King. Le film dépeint les derniers jours de l’été 1959 pour un groupe de garçons de 13, 14 ans, amis inséparables. L’un d’entre eux a appris par hasard où se trouvait le corps d’un adolescent porté disparu, et la bande d’amis part à pied, longeant la voie ferrée jusqu’au lieu supposé où reposerait le cadavre. Une aventure de deux jours dans le dos de leurs parents.

Si je l’avais vu à la même époque que Princess Bride (du même Rob Reiner) ou Les Goonies, nul doute que Stand by me aurait été, comme les œuvres citées, un film culte de mon enfance. Cette apologie de l’amitié enfantine touche à un sentiment universel, celui du rapport de chacun à sa jeunesse et à ces amitiés envolées. Heureuse ou malheureuse, l’enfance est la période de la vie la plus propice à ces instants de joie insouciante, lorsque même les plus grandes difficultés peuvent être oubliées le temps d’une aventure entre amis. Cette bande, je l’ai connue, j’en ai fait partie, quelques années, quelques instants, dont il ne reste aujourd’hui que quelques miettes, mais dont le souvenir est présent et éternel. Je me suis reconnu dans ces garçons inséparables.

Cette tranche de vie de l’Amérique des années 50 n’est pas un simple conte idéalisant l’enfance et la décennie, mais un portrait de ce délicat moment où l’on sort de l’enfance. Où l’on perd peu à peu son innocence. Où les aspects douloureux de la vie font leur apparition. C’est cet éphémère instant de nos vies à tous, au cours duquel il est possible de détourner les yeux de la réalité le temps d’une escapade où l’imagination et l’amusement priment sur tout.

Si le sujet est universel, le cadre 50’s de Stand By Me est un régal, baignant dans l’atmosphère musicale de l’époque entre Jerry Lee Lewis et l’inévitable tube de Ben E. King donnant son titre au film. Devant la caméra, de nombreuses têtes connues défilent dans leur jeunesse, Kiefer Sutherland, John Cusack ou Jerry O’Connell, mais déjà, du haut de ses 15 ans, River Phoenix volait la vedette à ses camarades. Pour quelques années encore…

mardi 13 octobre 2009

The Box : appuierez-vous sur le bouton imaginé par Richard Kelly ?

Voir The Box un mois avant sa sortie en salles (américaines et françaises) est un privilège ayant fait suer d’impatience une poignée de cinéphiles lundi soir à l’UGC Ciné Cité Les Halles. D’autant que son réalisateur prodige Richard Kelly était là pour lancer le film. Et quel film… Quiconque a déjà vu au moins l’un des deux précédents travaux de Kelly, Donnie Darko et Southland Tales, sait que le cinéaste promet toujours un voyage dans l’étrange. The Box ne déroge pas à la règle.

Les films comme The Box sont ceux dont on aime débattre pendant des heures avec ceux l’ayant vu, en sortant de la salle, mais qu’il est bien difficile de retranscrire pour des yeux vierges du film. Les risques de spoiler sont grands et c’est bien pour ma part la dernière chose que je souhaite accomplir, déflorer cette boîte. Je me restreindrai donc au maximum pour ce qui est des éclaircissements scénaristiques, et resterai en marge.

La projection de lundi soir aux Halles était sans doute une des premières projections publiques du film, tous pays confondus, comme semblait le laisser deviner la nervosité de Kelly lorsqu’il a présenté son film en début de séance. L’angoisse d’un jeune cinéaste ayant enchaîné deux bides (bien que cultes) se dessinait dans son discours lorsqu’il nous annonçait souhaiter que l’on apprécie son film car selon ses propres paroles, « I could really use a hit ». Lorsque la lumière s’est éteinte pour laisser place au film, Kelly semblait peu enclin à vouloir quitter la salle - comme semblaient l’avoir prévu les organisateurs. Le cinéaste aurait vraisemblablement aimé rester avec le public pour percevoir sa réaction, et sembla donc errer discrètement dans les hauteurs de la salle pendant quelques minutes au moins (plus ?).

Richard Kelly a beau avoir besoin d’un succès au box-office, j’ai peur de ne pas trop m’avancer en devinant que ce n’est pas avec The Box que le cinéaste américain cartonnera au box-office. Certes le pitch pourrait le laisser croire : En Virginie, en 1976, les Lewis, un couple respirant bon l’Amérique avec une belle maison, un coupé sportif sexy et un enfant, se voient offrir un paquet par un mystérieux personnage : un vieil homme à qui il manque une partie du visage leur fait don d’un « bloc contact ». Une boîte, ornementée d’un bouton. S’ils décident d’appuyer sur ce bouton, une personne qui leur est inconnue, quelque part, mourra. Mais peu après, une valise contenant un million de dollars en liquide leur sera livrée.

Le film choisit à ce moment-là une direction audacieuse. En fait non. Cette direction audacieuse, le film la prend dès les premiers plans. Le film ne choisit en fait jamais de dévier de cette direction pour tomber dans les travers modernes du film hollywoodien. Cette direction, c’est une atmosphère. Un style cinématographique apposé au film, choisi consciencieusement par Richard Kelly. Celui du thriller américain des années 70.

Non seulement Richard Kelly choisit de situer son film dans cette décennie, mais il choisit de réaliser son film comme si nous étions en 1976. Imaginez ce pitch, adapté d’une œuvre de l’auteur Richard Matheson (déjà adaptée pour un épisode de « La quatrième dimension ») tournée dans le style d’un Brian De Palma, fer de lance du thriller angoissant dans le paysage américain des années 70. Cette photographie, léchée et étrange. Cette musique, posée et inquiétante (composée par Arcade Fire). Et ajoutez-y le sel du cinéma de Richard Kelly. Ses obsessions. Sa volonté de dépeindre l’American Way of Life et de le contorsionner, le faire souffrir.

Le choix du cinéaste de confier les rôles principaux à Cameron Diaz et James Marsden m’avait surpris, voire déçu, lorsque Kelly avait annoncé le tournage de son film. Deux archétypes de l’imaginaire hollywoodien rarement convaincants. Le film justifie pourtant ce choix. Kelly a choisi son Ken et sa Barbie, cette incarnation parfaite du couple américain, pour les plonger dans le test ultime, celui qui le fascine de film en film. Une course éthique, une interrogation sur la morale, sur ce qui fait la nature humaine (au-delà du choix parfait pour ce que leur physique représente, Marsden s’avère étonnamment bon dans le rôle de l’époux… Diaz en revanche continue à me laisser de marbre).

The Box est un film posé, qui comme ses références 70’s, préfère faire monter la tension, calmement mais sûrement, plutôt que de chercher les effets du film à rebondissements parsemé d’action. Le film se nourrit d’une tension sourde, un malaise palpable, parfaitement incarné par Frank Langella, ce Monsieur Steward qui offre au couple modèle la possibilité d’appuyer sur le bouton. La question de savoir s’ils appuieront ou non sur le bouton n’est pas un mystère, on le sait, on le sens tout de suite, et d’ailleurs, la réponse vient vite. Le cœur du film est ce qui vient après. La conséquence de nos actes. La place de chacune de nos actions dans l’ordre du monde.

Par certains aspects, il sera possible de trouver The Box réac, et surtout misogyne, offrant à la gente féminine cette millénaire image de « celle par qui le péché est commis ». Mais c’est sa portée biblique, au cœur de l’obsession de Kelly, qui pousse le film dans cette voie-là. La religion m’intéresse peu en soi, je suis profondément athée, mais les questions morales que soulève la foi donnent lieu à des enjeux dramatiques des plus forts. Et permettent, par la métaphore ésotérique de la croyance, d’observer avec distance mais profondeur, et lucidité, les questions les plus terre-à-terre qui soient.

The Box n’est assurément pas un film trépidant par l’action. Mais la force de son propos rappelle à quel point il est plus trépidant, et passionnant, de goûter à un film qui ne fera peut-être pas de vagues au box-office, et n’est pas parfait de par son caractère très personnel, mais nous stimule intellectuellement.
Non monsieur Kelly, vous ne tenez sûrement pas avec The Box le film qui fera de vous une star du box-office. Mais en vous obstinant à ne pas sacrifier votre talent sur l’autel du succès, en persistant à explorer un cinéma adulte, tout en vous appuyant sur le film de genre (à la force hautement évocatrice), vous faites assurément grandir votre nom dans l’esprit, et le cœur, de nombreux cinéphiles. Et cela vaut tous les millions de dollars du monde.

vendredi 9 octobre 2009

500 jours ensemble : quand le buzz fait pschhhh...

L’audace ne paie pas toujours au cinéma. Un film peut sembler regorger d’idées pour créer un moment unique et totalement novateur, le résultat s’avère parfois loin des espérances. Que ce soit sur le papier ou par bribes au gré du film, 500 jours ensemble a tout d’une œuvre inédite, fascinante et jubilatoire. L’alchimie ne naît pourtant jamais.

Il y a toutefois, sincèrement, beaucoup de choses qui me plaisent dans cette fausse comédie romantique. Des éléments scénaristiques, des tentatives visuelles, des personnages qui dans une autre dimension cinématographique auraient concocté un film qui m’aurait frappé en plein cœur. Le parcours sentimental de Tom, fin de la vingtaine, qui écrit des textes de cartes de vœux mais se rêve architecte, Tom dont l’amour pour Summer nous est conté, un amour à sens unique qui, on nous le dit dans le titre, ne durera que 500 jours. Tom qui est à n’en pas douter un portrait assez réaliste de cette génération. Ma génération.

Marc Webb, le réalisateur, sait que l’histoire d’un garçon qui tombe amoureux d’une fille qui ne tombe pas amoureuse du garçon est une histoire déjà racontée des centaines de fois. D’où ce désir qui saute aux yeux de filmer cette histoire de façon différente. De prendre le genre à contre-pied, et les attentes du spectateur du même coup. Ce qui est un désir louable.

Le problème, c’est que Marc Webb s’y prend mal. Sa structure temporelle totalement désossée de sa chronologie s’ajuste mal au sujet. Son narrateur intervient trop maladroitement (et se contente malheureusement 80% du temps de raconter les sentiments du personnage). Les effets de style se succèdent trop, de la scène musicale aux split-screens, sans cohérence narrative entre chaque séquence sinon un impromptu désir de dynamiter les attentes (dit comme ça, cela peut sembler positif, mais sur l’écran, cela manque de fluidité). La musique envahit trop l’espace sonore du film, comme cachant la timidité du cinéaste à s’exprimer par les mots (le syndrome Elizabethtown de Cameron Crowe…).

Entendons-nous bien. 500 jours ensemble n’est pas un « mauvais film », pas à mes yeux du moins. Son audace séduit malgré les maladresses. Mais il s’apparente à un vaste chantier qui a bien du mal à s’assembler. Webb veut trop bien faire, trop se démarquer, tant et si bien qu’il en oublie que parfois, la simplicité touche autant que l’originalité.

500 jours ensemble semble en fait être l’ombre d’un grand film qui traite presque du même sujet avec les mêmes désirs de chambouler les habitudes visuelles et narratives du genre : Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry, qui réussissait exactement là où 500 jours ensemble échoue : conter avec folie, joie et amertume une histoire d’amour vue par un personnage masculin qui court dans tous les sens après une fille, après un passé révolu, après un avenir qui ne sera pas. Le film de Marc Webb est le petit frère plaisant mais malade de l’œuvre grandiose de Gondry qui, lui, avait trouvé le langage visuel parfait pour retranscrire les désirs fous du scénario.
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