mardi 3 mai 2011

Thor ou le plaisir d'une salle de geeks

Rien ne m’enlèvera jamais le plaisir de voir un film sur grand écran plutôt que sur un écran de télévision, mais il faut bien avouer que j’aimerais parfois que les autres spectateurs soient tous aussi sages que moi devant un long-métrage. Malheureusement je n’ai pas encore réussi à me cloner ou à inculquer à tous les spectateurs parisiens comment se comporter dans une salle de cinéma (même si je ne désespère pas encore…). En attendant de sortir de mes cartons un guide du bon comportement des spectateurs ou un guide des meilleurs spectateurs (ça va venir, guettez-les), j’aime tomber sur une salle de spectateurs à mon goût.

A quoi cela ressemble donc, de tels spectateurs? C’est très simple, et parfois trop souvent utopiste malheureusement : des spectateurs entièrement dévoués au film qu’ils sont venus voir. Des spectateurs qui sont là pour le film, et ne se laissent distraire par rien d’autre. Discussion de voisinage, iPhone ou pop-corn n’ont pas droit de cité pour ces spectateurs qui seront absorbés par le film pendant deux heures. C’est comme ça que j’aime mes voisins de salle. Et s’il est évidemment difficile de prévoir à l’avance quel type de spectateurs on va avoir avec nous, il est un certain genre de films pour lequel on a plus de chances de tomber sur ces pépites de spectateurs. Et en ce moment il est un film à l’affiche qui offre un tel potentiel. Thor.

Attention je vous préviens tout de suite, au cas où vous arrêteriez de lire à cet instant ce billet pour vous précipiter dans la première salle qui joue le film de Kenneth Branagh. Il est bien sûr des conditions à respecter pour mettre toutes les chances de son côté. La première, c’est bien sûr d’éviter les horaires grands publics. Ne vous précipitez pas sur les séances du vendredi soir, et le week-end, essayez d’aller au plus tard à la séance de 14h. Toute séance sur les Champs-Élysées ou dans un multiplexe de banlieue programmant le film en VF est bien sûr également proscrite…

Pour Thor, l'élément clé, c’est d’essayer d’éviter la 3D. Le film passe dans quelques salles en 2D, et cela devrait également aider à tomber sur un public plus clément. Après un an et demi d’instauration de la 3D, les spectateurs les plus assidus et/ou passionnés ont eu le temps de se rendre compte que la 3D n’est pas bonne pour tout, et qu’un film comme Thor qui n’a pas été tourné en 3D mais a seulement été gonflé ainsi en postproduction n’a pas à être vu en 3D. Vous voilà parés pour aller découvrir Thor dans des conditions idéales.

Parce que Thor attire un public de geeks passionnés de super héros, de Marvel et de comic-books, et qu’ils attendant un tel film avec la ferveur d’un fan de Malick, et qu’en conséquence il est hors de question pour eux de ne pas regarder le film religieusement. Le week-end dernier donc, je suis allé voir le film de Kenneth Branagh en début d’après-midi au MK2 Bibliothèque qui programmait le film en 2D. La salle d’à peine 200 places, pleine, était en grande majorité composée de mecs de 20/35 ans, pas de vieux ronflant, pas d’ados piaillant. Une idéale salle de geeks absorbés dans le film. Le film étant plutôt réussi, nous étions tous d’autant plus en mode concentration totale.

Thor, je l’ai peut-être attendu un peu plus que les autres films de super héros hollywoodiens, la faute à la présence derrière la caméra de Kenneth Branagh. Le cinéaste britannique s’est montré plutôt discret ces dernières années sur grand écran, et l’idée de voir ce grand spécialiste de Shakespeare s’atteler à un Marvel aux accents mythologiques était alléchante d’entrée. Lui qui a porté au cinéma Henry V, Hamlet et Beaucoup de bruit pour rien avait là l’occasion de se frotter à un autre type de lutte de pouvoir, de complots de cour et d’affrontement familiaux. Il en ressort un film fun sachant manier la légèreté, impressionnant visuellement dès que l’on se trouve à Asgard, ce Royaume des Dieux d’où est banni Thor, héritier du trône dont la vanité l’emporte trop sur la sagesse, poussant son père Odin à le reléguer sur Terre, au grand dam de ses compagnons d’armes qui voient d’un mauvais œil l’avènement de son frère Loki à Asgard.

Branagh sachant manier les intrigues shakespeariennes, c’est bien dans les décors merveilleux et royaux d’Asgard que le réalisateur tire le meilleur profit de son film. Car si la partie terrestre apporte l’humour, elle offre aussi une intrigue sentimentale entre Thor (incarné par Chris Hemsworth, qui affichait déjà un charisme insolent dans Star Trek) et la jeune scientifique Jane Foster qui s’avère bâclée et pas franchement crédible. Natalie Portman, qui campe la belle, aurait même tendance à taper un peu sur les nerfs. J’aurais préféré voir le scénario s’appesantir plus sur les personnages, étoffer les guerriers d’Asgard qui sont trop peu exploités. Une petite densification du scénario n’aurait pas fait de mal à ce film trop court sur les bords.

Je suis en tout cas bien content de ne pas l’avoir vu en 3D tant il paraît évident que la technique n’aurait absolument rien apporté au film sinon une grande confusion dans les séquences d’action, un syndrome Green Hornet qui m’aurait passablement énervé. J’aurais aussi préféré le voir ailleurs qu’au MK2 Bibliothèque avec cet écran bien trop petit pour la taille de la salle, un écran désespérément plat et donc distant qui plus est. Mais mieux vaut cela, avec un public exemplaire, qu’une 3D avec des spectateurs pop-corn/discute/iPhone. Le signe qui ne trompe pas ? Plus d’un tiers de la salle est restée pendant le générique de fin quand je me sens habituellement bien seul à le faire, même si l’attente d’une séquence post-générique inévitable en était bien sûr la cause…

lundi 2 mai 2011

The Tree of Life de Terrence Malick : plus que quelques jours d'attente...

Chaque jour j’y pense. Chaque jour, à un moment ou à un autre, quelque chose va m’amener à en rêver. The Tree of Life. On dit souvent que l’attente d’un film peut être meilleure que le film en lui-même. J’espère que cela ne sera pas le cas avec le nouveau film de Terrence Malick. J’écris cela comme si je le craignais vraiment, comme si le doute était quelque part dans un recoin de mon esprit. Pourtant il n’y est pas. Je n’attends pas dans le doute. Je n’attends pas, fiévreux d’anxiété, à me demander « Et si ce n’était pas un grand film ? ». J’attends passionnément, avec sérénité.

La passion peut être traîtresse. Elle peut envoyer les attentes crever les plafonds et forcer un film à décevoir. Elle peut écarter d’une gifle l’objectivité et nous gonfler d’aprioris positifs nous aveuglant. Voilà cinq ans que j’attends The Tree of Life. J’ai d’abord attendu le prochain Terrence Malick, une fois que la beauté du Nouveau Monde est passée sous mes yeux. Puis j’ai attendu plus précisément ce mystérieux Arbre de Vie, plus mystérieux qu’aucun film de Malick jusqu’ici. J’ai attendu patiemment, comme il est coutume d’attendre les films de Terrence Malick. J’ai vu Heath Ledger mourir, et avec lui la possibilité de voir ce grand acteur en devenir tourner dans Tree of Life comme il avait été un temps annoncé. J’ai vu Sean Penn monter à bord, une décennie après La Ligne Rouge, puis Brad Pitt le rejoindre.

J’ai guetté les révélations minimes, les interrogations et les spéculations. The Tree of Life brasserait le monde et l’univers, l’apparition de la vie sur Terre, l’évolution, l’infini et au-delà. Tree of Life serait le 2001 de Malick. J’ai guetté les photos de tournage, il y a plusieurs années maintenant. 2008 c’était hier, cela semble pourtant une éternité. 2009 est arrivé, et les premiers espoirs d’images, d’une bande-annonce, d’une sortie. Les premières rumeurs cannoises. Rien. Un an plus tard, au printemps 2010, mon attente n’avait pas faiblie, tout comme le mystère entourant le film. Rumeurs cannoises, rumeurs de sortie en salles, mais non. Les mois ont continué à passer.

Et puis une bande-annonce est arrivée. Le voile a commencé à se désépaissir en même temps que le mystère se confirmait. Brad Pitt en père de famille dans les années 50, son fils perdu devant les exigences de son père… et Sean Penn, ce même fils devenu adulte quelques décennies plus tard. Mais ce n’est pas tout. Des images de l’espace, de l’univers, de planètes et d’étoiles… Tree of Life ne sera certainement pas qu’un drame familial. L’ambition transpire du peu que l’on sait du film de Malick. La poésie se dessine entre les plans et les répliques entendues. "There are two ways through life. The way of nature, and the way of grace. You have to choose which one you will follow".

Cette bande-annonce, je l’ai regardée plus d’une fois sur Internet. J’ai laissé sa magie opérer sur moi, comme il y a plus de douze ans celle de La ligne rouge et il y a six ans celle du Nouveau Monde. La ritournelle de la Moldau de Smetana s’est emparée de moi. Chaque fois que je me suis rendu au cinéma ces deux dernières semaines, j’ai retenu mon souffle lorsque le moment des bandes-annonces est arrivé, espérant voir enfin celle de Tree of Life sur grand écran. Mon pouls bat un peu plus vite chaque fois que je tombe sur l’affiche du film dans un cinéma, avec cette date affichée dessus, cette date qui se rapproche inexorablement. 17 mai 2011. Il y a quelques semaines, il a officiellement été annoncé que le film concourra pour la Palme d’Or à Cannes et depuis, la date de sortie a été avancée d’un jour, à un mardi qui sera certainement celui de sa présentation dans le Palais du Festival.

Ce week-end, devant Rabbit Hole, j’ai enfin vu pour la première fois la bande-annonce du film sur grand écran. Lorsque j’ai reconnu le premier plan à l’écran, j’ai agrippé mes accoudoirs. Le temps s’est arrêté pendant deux minutes, mes yeux grands ouverts, bouche bée, un sourire d’enfant au coin des lèvres. Pour mes proches, il est certainement temps que cet Arbre de Vie sorte, tant ils doivent en avoir marre de cette obsession cinématographique qu’ils voient en moi. Pourtant ce n’est pas une obsession. C’est le divin moment de l’attente. Celui qui nous fait compter les jours et emballe le cœur. Nous sommes en mai 2011, The Tree of Life de Terrence Malick va sortir dans quelques jours. Je n’attends plus pour très longtemps…

jeudi 28 avril 2011

Deux films de Steven Seagal à la Cinémathèque ? Vive les soirées bis !

A quand remontait ma dernière participation à une soirée Cinéma Bis de la Cinémathèque Française ? A l’époque la Cinémathèque ne se trouvait pas encore adossée au parc de Bercy, et les doubles projections de nanars avaient lieu dans la salle des Grands Boulevards. Oui, ça se compte en années, j’avais bel et bien perdu l’habitude de ces rendez-vous entre amateurs de cinéma tellement mauvais que c’en est génial. Les nuits au Nouveau Latina m’auront sans doute redonné goût au genre, bien que la programmation particulière de vendredi dernier m’ait à coup sûr irrésistiblement attiré dans la salle Henri Langlois.

Comment résister, en effet, à un double programme dédié à Steven Seagal dans ce temple de la cinéphilie qu’est la Cinémathèque Française ? L’occasion est trop rare et jouissive pour manquer un tel évènement ! Vendredi dernier donc, l’ex-star du cinéma d’action des années 90, depuis reléguée au marché vidéo, était la star de la Cinémathèque Française. A juste titre, Jean-François Rauger, directeur de la programmation de la Cinémathèque et notamment des soirées Bis, nous annonçait en préambule des projections qu’il s’agissait là certainement de la première fois que l’homme au catogan voyait ses films montrés dans ce haut lieu cinéphile de la capitale parisienne. Rauger nous dégoûtait même en nous révélant qu’il s’en était fallu de peu que Seagal ait été présent à la soirée. Dingue, n’est-ce pas ? Tant pis.

Il n’était nul besoin de la présence du fameux interprète de Casey Ryback (« Vous êtes qui vous, un genre d’agent des forces spécial ? - Nan moi j’suis le cuistot ») pour mettre le feu à la grande salle de la Cinémathèque vendredi soir. Les deux films s’en sont chargés d’eux-mêmes.
Le premier des deux longs-métrages, projeté devant une salle quasi comble (et les habitués du lieu savent à quelle point la salle est grande) était Désigné pour mourir (Marked for Death). Il faut reconnaître que le titre annonce la couleur. Il s’agissait là d’un des tous premiers films de Seagal, datant de 1990, dans lequel l’expert en aïkido incarne un flic prenant une retraite anticipée après le décès de son partenaire lors d’une mission. Hatcher, le nom de son personnage, décidé alors de retourner à la maison se ressourcer auprès de sa famille et ses amis. Mais la situation locale est tout aussi critique que dans les cartels mexicains : sa petite bourgade natale est gangrenée par les trafics de drogue, et lorsque ceux-ci mettent en péril sa famille, Hatcher va montrer aux dealers Jamaïcains de quel bois il se chauffe.

Désigné pour mourir, c’est un peu l’archétype parfait du film d’action américain des années 80/90 : de la castagne bien saignante, des dialogues souvent hilarants, des personnages forcés, et une bonne ambiance bien réac’. Bref une jubilation intense pour amateur de nanars. Les copies que la Cinémathèque nous a présenté auraient pu passer pour neuves, Jean-François Rauger soulignant à juste titre qu’à l’époque, ce genre de film ne tournait pas beaucoup en VOST dans les salles françaises, or les copies auxquelles nous avons eu droit ce soir-là étaient bien en version originale. Certes on pouvait un peu regretter de ne pas avoir droit à une VF qui aurait à coup sûr renforcé l’aspect nanaresque des films, mais en fin de compte, force était de constater que les films n’avaient pas besoin de version française pour nous amuser.

La confrontation aux ravages de la drogue et aux dealers dans le cinéma d’action à la Steven Seagal ou Chuck Norris a toujours été une mine pour des répliques savoureuses, et Désigné pour mourir l’a une fois de plus prouvé. Je crois que ce que je retiendrai le plus longtemps de ce film de Dwight Little, ce sont les tentatives de Keith David, qui interprète le meilleur ami de Seagal, pour convaincre son vieux pote qu’il est temps de se bouger les fesses pour nettoyer la ville de cette vermine dealeuse. Première tentative de David, coach de foot, alors que les deux amis viennent de se retrouver : « L’année dernière, j’ai perdu mon meilleur joueur, il est mort d’une overdose. Avant, le pire qui pouvait arriver, c’était qu’un joueur mette une fille en cloque ». Petit rictus de Seagal. Nan, Keith, tu l’as pas convaincu.

Quelques minutes plus tard, les deux compères sont accoudés à un bar, sirotant une bière. Keith David n’abandonne pas. Le coup du meilleur joueur n’a pas pris, il passe à l’étape suivante, et au détour de la conversation en remet une couche plus épaisse : « Le mois dernier, ma nièce de 13 ans est morte d’une overdose ». Aouch ! La salle est absolument hilare devant cette réplique lancée par Keith David.

Finalement, la seule chose qui fera enfin bouger Steven, c’est lorsque les Jamaïcains vont mitrailler la maison de sa sœur, laissant sa nièce dans un piteux état à l’hôpital. Là, le Steven va sortir ses flingues et aller tâter de ses bras véloces dans la tronche des dealeurs. Un régal. Pour la petite anecdote, dans la scène d’ouverture, Steven court après un mexicain, l’attrape et le rétame au sol. Ce mexicain, c’est Danny Trejo, futur Machete, un film dans lequel Seagal a fait un retour fracassant l’année dernière.

Mais le film que j’avais le plus hâte de voir sur grand écran, c’était Terrain Miné. Peut-être parce qu’il s’agissait de la première tentative de Steven derrière la caméra. Peut-être parce qu’on connaît tous une réplique grandiose du film, en VF, et qu’il s’agissait là de la découvrir en VO. Peut-être aussi parce que le film, sous ses atours de film d’action estampillé Steven Seagal, est un film écolo engagé (oui oui !) qui lui tenait particulièrement à cœur. La salle avait beau s’être vidée un peu pour la séance de 22h, les vrais amateurs étaient encore là pour voir Steven affronter un Michael Caine teint en brun et gominé qui nous rappelait là à quel point sa carrière était au plus mal dans les années 90. L’acteur britannique cabotine à outrance, tant qu’il est difficile de croire que quelques années plus tard, Caine allait voir sa filmographie reprendre des couleurs et son nom de nouveau associé aux Oscars.

A l’époque, Terrain Miné est un projet qui tient à cœur à Seagal, qui pour voir son film produit par un studio, avait accepté de tourner une suite à son plus grand succès au box-office, Piège à grande vitesse succédant ainsi à Piège en haute mer. Dans Terrain Miné, Seagal incarne Forrest Taft, un ancien mec des forces spéciales exilé dans un coin paumé d’Alaska où il travaille pour un industriel massacrant la nature pour pomper du pétrole. Comme souvent, Steven est d’abord réticent à se rebeller, mais lorsqu’il devient gênant et que Caine cherche à se débarrasser de lui, Forrest en a marre et prend les armes pour contrecarrer les plans de l’industriel véreux.

Ce qui fait le sel de Terrain miné, ce n’est pas le casting dans lequel on trouve également Joan Chen, John C. McGinley, ou un Billy Bob Thornton difficile à reconnaître, ni l’action, finalement assez light comparé au film précédent, mais bien le détournement effectué par Steven Seagal du film que l’on attend de lui. On attend de lui un film d’action bourrin et marrant, mais Seagal avait un autre plan en tête. Il fait preuve d’une ambition à la fois admirable, naïve et ridicule qui finalement frise le génie. Car Seagal fait glisser son long-métrage du film d’action lambda au quasi documentaire écolo lorsque le générique de fin se profile. C’est un plaisir à voir, car bien sûr, le scénario est gratiné en répliques savoureuses, aussi bien au niveau de l’ambition philosophique (les banalités comme « Combien de temps faut-il pour changer la nature d’un homme ? » en pleine baston fait pouffer) qu’au niveau des dialogues purement bastonneurs (l’inénarrable et culte « C’est le genre de type qui boirait un bidon d’essence pour pouvoir pisser sur ton feu de camp. Ce mec là, tu le largues au Pôle Nord, sur la banquise, avec un slip de bain pour tout vêtement, sans une brosse à dents, et demain après-midi tu le vois débarquer au bord de ta piscine avec un sourire jusqu’aux oreilles et les poches bourrées de pesos. »).

Lorsque Terrain Miné se transforme en un enchaînement d’images documentaires commentées par Steven himself alertant sur les dangers menaçant l’environnement, on ne sait s’il faut rire, pleurer ou applaudir. Alors dans le doute rires, pleurs et applaudissements retentissent de concert (bon d’accord, les pleurs sont plus discrets). Merci la Cinémathèque, vivre ça au cinéma, c’est jouissif.

P.S. : quelques jours plus tard, Piège en haute mer passait sur la TNT, et je n’ai pas pu y résister… Après le souvenir de mon premier film aux Halles, c'est décidément une semaine Steven Seagal pour moi !

vendredi 22 avril 2011

Souvenir... Mes débuts de spectateur aux Halles avec Kurt Russell et Steven Seagal

Le Colisée de Villeparisis, Le Jacques Tati de Tremblay en France, le Ciné 104 de Pantin… à chaque période de la vie correspond un cinéma, bien souvent de quartier, dans lequel j’ai aimé poser mes yeux de rêveur sur un grand écran. Depuis que j’habite Paris, mon cinéma de quartier est devenu le premier cinéma d’Europe. Étrange pour un cinéma de quartier, je sais. Mais il faut dire que je fréquentais l’UGC Ciné Cité Les Halles bien avant de m’installer dans le coin. En fait, pour être plus précis, dans quelques jours, cela fera quinze ans exactement que je suis un habitué des lieux. Depuis un certain jour de mai 1996.

Le multiplexe parisien, seulement quinze salles à l’époque (tout de même, me direz-vous !, mais aujourd’hui il en compte 19), était ouvert depuis bientôt un an. A l’époque j’habitais la banlieue, et 95% des films que je voyais, je les voyais en banlieue, soit au Ciné 104 de Pantin, le cinéma art & essai de quartier, soit à l’Artel de Rosny-sous-Bois qui passait les films hollywoodiens dès leur sortie et où ma mère nous emmenait en voiture ma sœur et moi - quand je n’y allais pas en bus. Donc les films que je voyais au cinéma à Paris étaient finalement assez rares, et peut-être est-ce pour cela qu’il m’aura fallu près d’un an pour aller découvrir à quoi ressemblait ce complexe immense (aujourd'hui, on est blasé par un cinéma de 15 salles...).

Aujourd’hui encore, je m’étonne que le premier film que j’ai vu aux Halles soit… Ultime Décision. Mais si, vous savez, ce film d’action avec Kurt Russell et Steven Seagal qui se passe dans un avion… Voilà, celui avec Halle Berry en hôtesse de l’air courageuse. Je ne sais par quel miracle ma mère nous avait emmenés voir un tel film, elle que j’imagine si mal décider d’aller voir un film d’action avec Seagal. Mince alors, je devais être très persuasif à l’époque pour l’avoir convaincu de voir ça… à moins que le film n’ait eu une bonne critique dans Télérama, ce qui aurait aidé. Toujours est-il que je me souviens parfaitement que c’est ce film qui m’a le premier attiré dans l’antre de l’UGC Ciné Cité Les Halles. Je n’arrive plus à me souvenir si le film était projeté dans la salle 2 ou la salle 3. Pour qui a déjà été aux Halles, les deux salles sont jumelles, et les quinze années écoulées ont effacé cette certitude dans mon esprit. Je me revois plutôt faire la queue devant la salle 3, mais la mémoire peut être traître… Et puis après tout ce détail ne titille que moi, n'est-ce pas ?

Qu’il est étrange qu’entre les centaines de films que j’ai vus aux Halles, le premier soit ce film hollywoodien de Stuart Baird. Les plaisirs coupables, vous savez ce que c’est ? Ces films que l’on adore et que l’on pourrait regarder encore et encore alors même que l’on sait au fond de nous qu’ils ne sont pas de grands films. Qu’ils ne sont pas reconnus comme étant du cinéma de qualité. On en a tous des films comme ça, des films que l’on ne peut s’empêcher de regarder à chaque fois qu’ils passent à la télé, des films que la plupart des gens dédaignent, ignorent, détestent. Mais pas vous. Des films que l’on devrait regarder en disant « Mouais, pas génial », mais que l’on se surprend à adorer, quoi que les autres en pensent. Eh bien moi, un de mes grands plaisirs coupables, c’est Ultime Décision.

Ce film exerce sur moi un pouvoir d’attraction exceptionnel, pour un film du genre. Je me souviens que quelques mois après sa sortie en salles, ma mère s’était inscrite au vidéoclub du coin dans ma banlieue, et que le jour où elle s’est inscrite, j’avais fait des pieds et des mains pour qu’on loue le film. Ce jour-là j’avais perdu parce qu’Au nom du père passait à la télé le soir même et qu’elle tenait à le voir. Elle a bien fait de me le faire regarder, le film de Jim Sheridan, pas de doute, d’autant que le lendemain, on est retourné au vidéoclub, et on a loué Ultime Décision ! Depuis, j’ai bien dû voir le film trois ou quatre fois supplémentaires à la télévision où il est régulièrement diffusé, surtout depuis que la TNT a débarqué.

Je ne me lasse jamais de voir Kurt Russell en analyste n'ayant pas l'habitude de quitter son bureau (si ce n’est pour participer à des cocktails et des réunions) qui se trouve propulsé à la tête d’un commando tentant de neutraliser un groupe de terroristes ayant pris en otage un avion de ligne, et menaçant de le faire écraser sur Washington avec à son bord de quoi faire disparaître toute la côte est Américaine. Il n’y a rien à faire, ça m’éclate. J’aime le fait que Steven Seagal meurt avant la fin de la première demi-heure alors que l’on s’attend à ce qu’il joue au héros (bon ok, il joue au héros en se sacrifiant). J’aime David Suchet, que je regardais à l’époque jouer Hercule Poirot à la télé, interprétant le chef des terroristes. J’aime Oliver Platt, Joe Morton, John Leguizamo, Halle Berry et feu J.T. Walsh qui forment ce casting d’enfer. J’aime cet humour parcourant le film tout du long, mais jamais au détriment d’une tension parfaite, d’un suspense de tous les instants.

Ce film qui a tout d’une série B mineure, je n’y peux rien, je l’adore. Des plaisirs coupables, j’en ai quelques uns (un jour il faudrait que je vous fasse la liste), mais je crois bien que celui-ci est mon préféré. Au moment où j’écris ces mot, je me souviens même, à l’instant, que j’avais à l’époque une immense affiche du film tapissant l’un des murs de ma chambre. Si aujourd’hui j’ai une affection particulière pour Ultime Décision, il faut croire que c’est une réminiscence de mon adolescence. J’ai eu tellement d’affiches recouvrant les murs de ma chambre à l’époque que j’en avais oublié celle-là.

Quelques semaines après cette première expérience, je retournais aux Halles du haut de mes 14 ans pour tenter de voir Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez malgré l’interdiction aux moins de 16 ans (et j’ai échoué). J’y suis allé de plus en plus, jusqu’à ce que ce cinéma devienne donc mon terrain de jeux cinéphiles de prédilection. J’y ai vu des centaines de films. Mais le premier sera toujours Ultime Décision.

mercredi 20 avril 2011

Bienvenue Mister Chance : Peter Sellers était là

Le premier rôle qui me vient à l’esprit lorsque je pense à Peter Sellers, c’est Hrundi V. Bakshi, son acteur indien raté mais inénarrable ruinant une fiesta hollywoodienne avec une candeur sans pareille. Son visage grimé, son irrésistible accent indien et le burlesque du scénario de Blake Edwards ont inscrit La Party au Panthéon des comédies américaines. Quand je pense à Peter Sellers, je le vois donc le menton collé à la table et se prenant la porte de la cuisine à chaque fois qu’elle s’ouvre. Je le vois nourrir le perroquet avec ses « birdie num nums ». Et quelques secondes après avoir pensé à Bakshi, je m’en veux de n’avoir pas pensé en premier à Docteur Folamour et la fameuse triple performance de Sellers, en Folamour, en militaire britannique et en Président des États-Unis. Une performance folle et absolument géniale qui doit certainement rendre vert tout acteur qui se respecte.

Il y a longtemps que je voulais voir un certain film de l’acteur fétiche de Stanley Kubrick (c’est un raccourci, mais ils sont peu à avoir tourné plus d’un film avec le réalisateur de Lolita), un film tourné à la fin de sa vie, Bienvenue Mister Chance. Tout d’abord parce que de Tueurs de Dames à la série des Panthère Rose, en passant évidemment par les deux films cités plus haut, je suis un admirateur de Sellers. Mais aussi parce que le comédien travaillait pour l’occasion avec Hal Ashby, cinéaste phare du « Nouvel Hollywood » des années 70 avec des films comme Harold et Maude, La dernière corvée ou Le retour, et que mes lacunes sur le réalisateur sont trop grandes pour passer à coté d’une ressortie en copie neuve annoncée depuis des mois.

A une époque, je préférais la salle Henri Langlois du Grand Action. Le fait que j’ai vu sur cet écran un de mes films préférés, Rio Bravo de Howard Hawks, a dû jouer en sa faveur, mais j’ai depuis changé d’avis et ma préférence va désormais à la salle Henri Ginet. Si elle est plus petite, l’écran courbe est parfait et surtout, les fauteuils sont d’un confort d’une autre dimension par rapport à la salle Langlois. C’est donc sans regret que j’ai laissé passer près de trois semaines avant de venir voir Bienvenue Mister Chance au cinéma de la rue des Écoles, histoire de le voir dans la salle que j’affectionne le plus.

On est un mardi, la séance est à 17h30. A la caisse, juste devant moi, un vieux monsieur vient lui aussi pour le Peter Sellers. Lorsque j’arrive, il est en pleine discussion avec la caissière du Grand Action, une histoire de carte apparemment, le vieil homme ronchonne avec bonne humeur sur le fait que Le Despérado (anciennement Action Écoles), le cinéma voisin récemment repris par Jean-Pierre Mocky, n’accepte pas la Carte Illimitée. « Je vais aller lui parler moi à Mocky ! » dit-il avec le sourire. Une fois son billet imprimé, la jeune femme lui indique qu’il faut encore patienter un dizaine de minutes avant de rentrer en salle. « Ah bon ? » répond-il. « Bon bah en attendant je vais aller draguer une jolie fille moi ! A mon âge vous savez, je risque plus grand-chose » continue-t-il en riant. J’aurais juré que c’était l’employée du cinéma qu’il draguait…

Malheureusement le vieil homme n’était pas aussi sympathique dans la salle qu’à la caisse, son téléphone ayant sonné deux fois pendant le film, et plutôt que de l’éteindre, ce cher monsieur préférait décrocher et sortir de la salle pour répondre. Pas cool papy. Heureusement, voir Shirley MacLaine, Melvyn Douglas et Jack Warden se prendre de passion pour Peter Sellers à l’écran fait vite oublier qu’il y a des spectateurs dans la salle.

Sellers campe Chance, un homme simple d’esprit qui a vécu toute sa vie dans une maison qu’il doit quitter. Il y était jardinier, et son patron vient de décéder. Il n’est pas sorti dans les rues de Washington depuis des décennies, ne sait ni lire ni écrire, et le voici plongé dans l’Amérique des années 70. Suite à un petit accident, il va se trouver convalescent chez un couple riche et puissant dont le mari est en train de mourir. Ils ne comprennent pas qui est Chance et voit dans cet homme aux phrases simples et aux pensées étranges un sage qu’ils vont introduire dans les arcanes de Washington.

Chance, c’était Forrest Gump avant l’heure. Un gentil couillon transformé en héros par des gens incapables de reconnaître le premier degré de l’homme. Il ne connaît le monde qu’à travers ce que sa télévision lui a appris et n’aime rien tant que jardiner et parler des plantes. Aux yeux des politiques et riches industriels, ses discours sur le temps, les saisons et les fleurs passent pour du second degré, des métaphores sages qui vont faussement transformer notre simple jardinier qui n’y voit que du feu en un homme perspicace et important.

Au premier abord bercé d’une douce mélancolie, Bienvenue Mister Chance (en VO, "Being There", titre plus subtil) bascule au fil de son récit vers une comédie de moins en moins déguisée, raillant les grands de ce monde tellement cyniques qu’ils sont incapables de reconnaître la candeur lorsqu’elle est sous leur nez. Comme dans Harold et Maude, Ashby baigne son film d’une atmosphère crépusculaire dans laquelle la mort accompagne la vie à chaque instant. Ironiquement, le film était sorti en salles en France quelques jours après le décès de Peter Sellers, à l’été 1980. Ce qui avait sans aucun doute renforcé la mélancolie de ce conte humain. Une mélancolie encore palpable aujourd’hui. Hrundi V. Bakshi et Folamour vont pouvoir laisser une place pour Chance dans mon panthéon Sellers.

mardi 19 avril 2011

Jérémie Rénier tâte du collant dans Philibert, Catherine Deneuve se fige, et Harrison Ford dans tout ça ?!

Récemment dans la presse, Jérémie Rénier déclarait qu’il avait envie que des réalisateurs lui offrent des rôles de mecs, des vrais, car il était sur une série de rôles pas franchement virils. Aurait-il peur qu’on le cantonne aux rôles efféminés sur les bords ? Il faut dire qu’après le fiston de Potiche, le voici en mode homoparodique des films de capes et d’épées avec Les aventures de Philibert, capitaine puceau. Enfiler les pattes d’eph’ de Cloclo le poussera-t-il encore dans cette direction ?

Quoi qu’il en soit, le problème de Philibert, ce n’est pas l’homoparodie recherchée, mais bien le fait qu’au-delà de la gentille et souriante parodie cinématographique, le réalisateur Sylvain Fusée et ses scénaristes n’ont pas grand-chose de mordant à nous faire déguster. J’attendais beaucoup de Philibert avant de découvrir le premier teaser qui m’a laissé abasourdi par la platitude des images montrées. « Ah… ça va être ça Philibert ? Pas un sourire décoché pendant la minute de bande-annonce, ça ne peut pas être bon signe… ».

Confirmation devant le long-métrage, bide monstrueux au box-office français ces dernières semaines. Lancé dans 300 salles, le film n’a même pas attiré 50.000 spectateurs en première semaine. Lorgnant à l’évidence sur le succès des OSS117 qui caracolaient en tête du box-office à leurs sorties respectives et affichaient 2 millions d’entrées en fin de parcours, Philibert comptait certainement lui aussi être millionnaire alors qu’il n’intègre même pas le Top 10 hebdomadaire et finira sa carrière dans le meilleur des cas aux alentours de 100.000 entrées… un score qui aurait déjà été considéré comme décevant en première semaine, sans doute.

Le fait que le film soit raté n’arrangera rien à sa carrière, mais il n’explique pas ce démarrage catastrophique. A cela, il faudra plutôt reprocher l’incapacité de vendre le film de la part du distributeur qui n’en aura jamais fait un film alléchant. L’absence de réelle qualité cinématographique du film ne fera que le couler plus rapidement. La parodie fait sourire, au mieux, quand on aimerait être hilare. Les personnages sont vides, les dialogues trop plats, et le film manque totalement d’empreinte visuelle. Que Jérémie Rénier se rassure, son Philibert en collant coloré et moulant ne restera pas longtemps dans les mémoires.

Un bide français qui fait plus de peine, c’est Les yeux de sa mère de Thierry Klifa. Le mélo de l’ancien critique de Studio Magazine, non exempt de défauts - à commencer par Catherine Deneuve et son rôle de vedette vieillissante du JT à la Claire Chazal – offrait des personnages touchants et un beau film sur les rapports filiaux. Si la Deneuve et sa fille fictive Géraldine Pailhas n’ont pas hérité des rôles les plus passionnants du film – surtout Deneuve qui semble incapable d’expressivité excepté lorsqu’elle crie sur Nicolas Duvauchelle – Les yeux de sa mère offre de forts personnages auxquels donner vie pour Marina Foïs (décidément une actrice qui prend de l’importance), Nicolas Duvauchelle ou le jeune Jean-Baptiste Lafarge.

Avec un beau petit star power au casting et des critiques plutôt élogieuses, le film avait de quoi attirer un ou deux millions de spectateurs en salles… pourtant il cale sous la barre des 200.000. Sont-ils comme moi un peu agacés par la Deneuve 2011, figée dans le temps et plus vraiment l’actrice qu’elle a été ? Si c’est cela, je ne peux pas leur reprocher d’avoir eu peur du film. Elle le tire vers le bas c’est certain, mais heureusement elle n’est pas seule à bord. Oui bon, je sais, je tape beaucoup sur Deneuve, mais puisque la critique française n’ose pas toucher à Catherine, moi ça ne me gêne pas, et ça me titille même, quand je la vois incapable d’exprimer quoi que ce soit de neuf à l’écran d’un film à l’autre. Harrison Ford, dans le genre ex-gloire plus vraiment dans le coup, aura au moins eu le mérite de jouer le grognon méchant avec conviction dans Morning Glory, même si le film n’est pas grand-chose de plus qu’une bonne sortie entre amis un vendredi soir, et que dans le dernier acte, ça part pas dans le bon sens (morale hollywoodienne, quand tu nous tiens…).

On verra si Deneuve sera plus convaincante en chantant chez Honoré ou en Reine d’Angleterre dans Astérix et Obélix : God save Britannia ! (l’humour lui avait réussi dans Palais Royal de Valérie Lermercier). Quant à Harrison, je sens que jouer de la gâchette face aux aliens dans Cowboys et Envahisseurs, ça va lui redorer le blason. Ah oui Jérémie, désolé je t’avais oublié. Bonne chance avec les pattes d’eph’ de Cloclo, il faut oser.

dimanche 17 avril 2011

Le Festival de Cannes arrive !

Je ne sais pas comment on faisait avant. Comment faisaient les cinégeeks pressés de connaître les films qui allaient être sélectionnés au Festival de Cannes, ceux qui auraient aimé découvrir le titre des films au moment où le directeur de la manifestation les annonçait. Devaient-ils attendre le lendemain que la liste paraisse dans la presse ? Ou bien un bulletin radio ? Je dis cela comme si c’était il y a cinquante ans, mais en fait il n’est nul besoin de remonter si loin, il y a quinze ans, la fébrilité du cinéphile curieux n’avait sûrement que ça à se mettre sous la dent s’il ne bossait pas dans la presse.

Aujourd’hui c’est différent. Non seulement il y a Internet, qui permet d’être informé encore plus vite, mais en plus avec Twitter, on découvre la liste des films sélectionnés au fur et à mesure que Thierry Frémaux l’annonce. Jeudi midi, mes yeux étaient donc sur la toile, guettant les twits des journalistes présents à la conférence de presse officialisant les films en sélection officielle au 64ème Festival de Cannes. Tous les ans c’est la même excitation et la même attente. Qui sera là ? Quel film mystérieux va sortir de nulle part ?

Cette semaine donc, jeudi 14 avril, les films en compétition pour la Palme d’Or 2011 ont été annoncés, tout comme ceux de la section « Un Certain Regard » et les films présents hors compétition et en séance spéciale. « La Quinzaine des Réalisateurs » et « La Semaine de la Critique », ce sera pour plus tard. Bien sûr, certains me diront « Mais pourquoi tu t’excites pour Cannes, t’iras même pas d’toute façon ! ». Je sais. Mais Cannes, ça ne se passe pas seulement sur la Croisette. Ca se passe dans la presse, sur Internet, et aussi dans les salles. Moi qui lit abondamment la presse quotidienne et surfe toute la journée, je sais d’avance que je ne pourrai échapper à vivre le festival au quotidien même sans y être. Le désir de films va naître au rythme du festival.

Et bien sûr, il y a les reprises. Un film sélectionné à Cannes passe souvent par la case parisienne rapidement. Un Certain Regard fait un détour par le Reflet Médicis, la Quinzaine des Réalisateurs par le Forum des Images, et la Semaine de la Critique par la Cinémathèque Française dès les jours suivant la fin du Festival. Quant aux films en compétition, il y en aura à coup sûr quelques uns qui feront un tour par Paris Cinéma début juillet. Cannes c’est une mine à envies, et c’est aussi le programme des films inattendus qui vont rythmer mon printemps. Alors les annonces cannoises, je les déguste.

Parlons d’envie, justement. Car parmi tous les films annoncés par Frémaux, ils sont nombreux à avoir fait naître l’envie de mon côté de l’ordinateur, pendant que les journalistes twittaient. La presse a énormément mis l’accent sur La conquète, le film de Xavier Durring sur Sarkozy (moi aussi je l’attends avec curiosité celui-là), ou sur Pirates des Caraïbes 4, la grosse machine hollywoodienne du printemps sélectionnée pour faire rayonner du glamour et de la star, mais dont très honnêtement je n’ai que faire (hors compétition, je suis plus excité par The Artist de Michel Hazanavicius…).

Je ne cacherai pas que la plupart des films annoncés par Frémaux, je ne les connais pas (encore). Et j’ai hâte d’en savoir plus sur ce premier film autrichien intitulé Michael, sur le nouveau film de Naomi Kawase (Hanezu no Tsuki), sur cet étrange film australien nommé Sleeping beauty ou sur cette comédie israélienne, Footnote, dont Frémaux semble fan. Mais je suis déjà sur les starting blocks de l’excitation cinéphile en sachant que The Tree of Life, le tant et longuement attendu film de Terrence Malick, sera bien en compétition. En sachant que Nicolas Winding Refn, le dément danois à qui l’on doit la trilogie Pusher et le grandiose Guerrier Silencieux, concourra lui aussi pour la Palme d’Or au milieu des Von Trier, Almodovar, Kaurismaki, Dardenne, Sorrentino et Moretti avec son film d’action Drive interprété par le toujours excellent Ryan Gosling. S’il y a bien une surprise majeure et enthousiasmante dans les 19 films en compétition, c’est la présence de Nicolas Winding Refn.

Quant à Un Certain Regard, il ressort de la sélection que la Corée du Sud, absente de la compétition, sera la nation majeure pour tenter de succéder à Hong Sang Soo qui avait décroché en 2010 le Prix pour Ha Ha Ha. Car ils ne seront pas moins de trois représentants du Pays du Matin Calme dans la section, dont… un nouveau Hong Sang Soo, déjà, un an après et alors qu’entre temps un autre film était passé par Venise en septembre. Le bonhomme tourne décidément aussi vite Brillante Mendoza, (au passage l’un des grands absents de la compétition pour la Palme…). Au côté de HSS, les deux autres coréens d’Un Certain Regard seront Na Hong Jin avec son Yellow Sea, trois ans après le passage cannois de son premier et immense film The Chaser, et Kim Ki-Duk, qui semblait s’être perdu ou retiré quelque peu des plateaux (on n’avait pas entendu parler de lui depuis Dream), qui revient enfin avec Arirang.

Il faudra aussi compter avec le singapourien Eric Khoo qui passe à l’animation avec Tatsumi, Nadine Labaki avec Et maintenant on va où ? et l’un des succès du dernier Festival de Sundance, l’américain Martha Marcy May Marlene dans lequel le saisissant John Hawkes de Winter’s Bone interprète le gourou d’une secte.
Dans quelques jours, on découvrira quels films ont été retenus pour la Quinzaine des Réalisateurs et la Semaine de la critique. Mais avant même le début des festivités, j’ai déjà assez de films pour rêver cinéma pendant quelque temps.

Par contre... je ne sais toujours pas ce que je vais faire de Polisse, moi qui aime aller voir tous les films en compétition mais qui m’étais juré de boycotter Maïwenn pour la spectatrice irrespectueuse et insupportable qu’elle est ? Pffff…

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