mardi 18 janvier 2011

Lumière sur un Frelon Vert

Un bon conseil : ne m’accompagnez pas au cinéma en ce moment. Renseignez-vous pour savoir quel film je vais voir, et où, afin de ne pas vous retrouver dans la même salle que moi. En ce moment, il semblerait que j’ai la poisse. Il y a quelques jours, c’était devant Arrietty, le dernier né des Studios Ghibli, avec une baston en live dans la salle, que la projection était perturbée. Lundi soir, ma semaine a commencé sans violence mais en zone de turbulences également devant un grand écran. Si j’étais superstitieux, je commencerais à me poser des questions…

C’était à l’UGC Ciné Cité Bercy. Je venais avec deux amis voir The Green Hornet, la transposition ciné par Michel Gondry (à la réalisation) et Seth Rogen (au scénario, à la production, et devant la caméra) du mythique justicier masqué Le Frelon Vert, notamment d’après une série télévisée qui avait révélé Bruce Lee il y a quelques décennies. Malgré une 3D que l’on devine avant même d’avoir vu le film inutile, l’excitation était de rigueur à l’idée de voir ce film longuement attendu. La perspective de le voir sur le plus grand écran du ciné, idéalement placés dans la salle comme nous l’étions, présageait d’une bonne soirée. Ce fut le cas, mais avec un drôle de bégaiement en préambule.

La séance était à 19h45. Lorsque cette heure sonne, comme attendu l’écran s’anime. Alors que tout le monde est encore en pleine discussion dans la salle et que le flot de spectateurs continue à entrer, le logo de la Columbia apparaît avec le flou de la 3D. « Ah ! Une bande-annonce en 3D » m’exclamai-je en enfilant les lunettes. « Ils pourraient éteindre la lumière pendant les bandes-annonces ». Un gamin jouant avec une figurine de super-héros à travers la vitre arrière d’une grosse voiture apparaît à l’écran. Quelques dizaines de secondes plus tard, il est dans un grand bureau en compagnie d’un Tom Wilkinson rajeuni avec une teinture noire. « Mais… c’est… C’est le film ?! ». Effectivement le titre The Green Hornet apparaît à l’écran. Le film commence bel et bien, toutes lumières allumées, à l’heure où les bandes-annonces devraient se montrer et alors que les spectateurs continuent à entrer dans une salle où le film n’est censé débuter que dans un gros quart d’heure.

« Euuuuuh… Vous croyez qu’ils s’en rendent compte les mecs qu’ils font partir le film au lieu de la séance ? ». A l’heure du numérique et des cabines de projection quasi automatisées, la question n’est presque plus légitime. Bien sûr que les seuls à savoir que le film commence avec 15 minutes d’avance en pleine lumière, ce sont les spectateurs. Du coup, au bout de trois minutes de film, avant qu’on n’en voie trop, je saute de mon siège et cours en dehors de la salle à la recherche d’un employé du cinéma. Il ne me faut que quelques secondes pour tomber sur une jeune femme aux couleurs d’UGC à qui j’explique la situation : « Dans la 33 là, le film commence avec les lumières allumée alors que c’est seulement l’heure du début de la séance… ». Alors que je retourne vers la salle, je l’entends agiter son talkie-walkie. Pendant ce temps, le film avait continué comme si de rien n’était devant des spectateurs ne comprenant pas trop ce qui se passait. Mais heureusement, quelques secondes après que j’aie repris ma place, le film s’arrêta net. Écran noir de quelques secondes… puis deux minutes plus tard, la séance commença. Bandes-annonces et publicités se succédèrent pendant quinze minutes. Et à 20h05, la lumière disparut totalement, ce cher logo de la Columbia se dessina de nouveau à l’écran – à l’heure cette fois - et le film démarra. Dans le noir. Fin du bégaiement, et début des réjouissances.

The Green Hornet était de ces projets avançant en trébuchant à Hollywood, les réalisateurs, scénaristes et acteurs se succédant pendant des années sur le projet sans parvenir à le faire décoller. Jusqu’à ce que cette combinaison idyllique soit trouvée : Seth Rogen et son habituel complice Evan Goldberg (qui ont écrit et produit ensemble Superbad) au scénario et à la production, Michel Gondry derrière la caméra. Rogen s’emparant à l’écriture des aventures du Frelon Vert et de son sacré sidekick Kato, et Gondry s’essayant pour la première fois à une grosse machine hollywoodienne, c’était un vrai pari. Et un pari amplement réussi par les protagonistes.

Et si The Green Hornet (eh oui, plus de Frelon Vert, on garde le nom de code original pour le film…) se révèle être un concentré de fun délicieux, c’est parce que Seth Rogen et Evan Goldberg, plutôt que d’adapter leur style d’écriture au genre qu’ils abordaient (le film de justicier masqué…), se sont approprier les personnages et leur mythologie et y ont insufflé ce qui fait le régal de leur propre univers. Donc beaucoup d’humour. Résultat, sous leur plume, Britt Reid se transforme en héritier fêtard, dragueur, un brin pathétique, flemmard aussi, qui plutôt que d’assumer l’héritage de son père s’amuse à jouer au justicier pour assouvir un rêve d’enfance. Et c’est sa rencontre et son amitié fusionnelle avec Kato le garagiste / préparateur de café de son père qui va le porter vers cet assouvissement. L’alchimie entre Rogen et Jay Chou, l’acteur chinois choisi pour reprendre la panoplie de Bruce Lee en Kato, fonctionne à merveille. La balourdise de l’un face au style l’autre. Une combinaison enthousiasmante qui porte le film. Elle le porte même si bien que lorsqu’à un moment du scénario, Reid et Kato se fâchent, le rythme du film en pâtit et une baisse de régime dans l’humour et l’enthousiasme se fait sentir.

Christoph Waltz campe bien son méchant (écrit avec humour), Cameron Diaz est impeccable en secrétaire objet de l’attention de Reid et Kato, et les caméos sympas de James Franco et Edward Furlong sont remarqués. Mais aucun d’eux ne parvient à voler la vedette au duo Rogen/Chou. Et certainement pas la 3D non plus, parfaitement inutile, et qui j’en suis sûr dessert au final le film plus qu’elle ne l’améliore. Seules les séquences au cours desquelles la caméra nous fait voir à travers l’œil de Kato et son agilité remarquable semblent justifier scénaristiquement l’effet à la mode, mais dans les faits, il ne fait aucun doute que ces scènes auraient tout aussi bien fonctionné, voire mieux, si le film n’avait pas été gonflé en 3D. Tant pis. The Green Hornet est un exemple de plus prouvant que la mode de la 3D est abusée, même si cela ne retire en rien le fait que le film de Gondry, qui manie le blockbuster avec insouciance et talent, est un divertissement réjouissant.

13 commentaires:

I.D. a dit…

Cool. ^^ Content que ce Frelon Vert soit un divertissement plaisant à voir. Le genre de projet qui me faisaitt un peu peur. Le temps qu'il a pris pour se mettre en place notamment avec la désaffection de Stephen Chow. Bref. Mais surtout la "peur" de voir une énième série adaptée sur grand écran qui sont tout bonnement loupée. Pas toujours mais le plus souvent. J'ai du en voir tout môme des épisodes de cette série, on ne peut pas dire qu'elle m'aient tant marqué que ça mais y a Bruce. Et Bruce is god ! :)

David Tredler a dit…

A partir du moment où j'ai lu "Seth Rogen au scénario, Michel Gondry à la réalisation", c'est devenu un des projets les plus cool du moment^^
Je ne me souviens pas de la réie, j'ai dû en voir des bouts, mais c'est très vague. Les clins à Bruce Lee fusent dans le film^^

Michael a dit…

La 3D m'a littéralement gâché le film. C'est, d'une part, sans intérêt et, d'autre part, source de migraine. J'en pouvais plus...

David Tredler a dit…

Oui vraiment c'est le parfait exemple du film qui aurait mieux fait de se contenter de la 2D...

selenie a dit…

J'ai aimé "The green hornet", Michel Gondry a su instillé une bonne dose de fantaisie, cool et fun en sommes... Pour ce qui est de la 3D je fais parti depuis les débuts des réfractaires à ce gadget et ce n'est pas encore ce film qui me fera changer d'opinion.

David Tredler a dit…

On est donc bien d'accord, Selenie^^

Captain a dit…

je vais le voir demain ! :)
Seth Rogen me dit quelque chose il me semble l'avoir aperçu dans l'hilarant (bien qu'inégal) 'Funny People' et évidemment encore par Judd Apatow, LE '40 ans toujours puçeau' ! (et quelques autres films d'Apatow)

j'espère qu'il est aussi drôle que tu le dis. Les films qui font vraiment rire se raréfient ces derniers temps ^^ !

Benoît Di Pascale a dit…

J'ai trouvé The Green Hornet juste raté. Grand fan de Seth Rogen, je l'ai trouvé ici un peu perdu (malgré que les dialogues sont de lui, le sujet a du peu l'inspirer). Les gags tombent souvent à plat, Jay Chou en full english, ça le fait pas trop, les seconds rôles de luxe font plaisir mais font aussi surtout actes de présences. Les scènes s'enchaînent parfois sans fluidité narrative. Tu disais que ce genre de projets qui traînent plusieurs années dans les bureaux d'Hollywood avant de se voir concrétiser sont souvent ratés, eh bien pour The Green Hornet ça ne manque pas, il fait exactement partie de cette catégorie. Je ne comprends pas toutes ces critiques dithyrambiques. Pas une merde, juste un essai non transformé.

David Tredler a dit…

Je trouve au contraire Rogen maître de son sujet avec The Green Hornet, Benoit. Pour moi le manque de fluidité est seulement visuel avec cette horrible 3D. Quant à Jay Chou, je le trouve très bien en Kato. il bataille en anglais, mais c'est bon pour le rôle.

I.D. a dit…

Vu en 2D ! Je me suis bien marrer. Réalisation correcte, une histoire prenante et de bonnes interprétations. Seth Rogen est géniale, il m'a vraiment fait triper ce c*n. Quant à Jay Chou, ça va. C'est un acteur que je n'aime pas mais il tient son rôle ici. Un défouloir vraiment sympatoche. Maintenant c'est pas non plus LA comédie mais elle joue son rôle à fond, celui de nous divertir.

David Tredler a dit…

Ah, content que tu aies trouvé ça sympa. Vraiment une bonne surprise ce Frelon Vert. T'as vu que Jay est pas mal finalement hein ? Son duo avec Rogen fonctionne bien.

I.D. a dit…

Ouais effectivement. Il est vrai que leur duo fonctionne bien. J'avoue que ça me donne même envie de les revoir partager l'affiche. J'ai retrouvé la même fraîcheur que certains duo d'acteur réussi qui parsèment le cinéma.

David Tredler a dit…

On pouvait faire confiance à Gondry et Rogen en fait !

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