mercredi 9 décembre 2009

Christophe Lambert aime les nanars ? Et alors, moi je l'adore !

Lorsque l’on est cinéphile, il y a des acteurs ou des cinéastes que l’on ne doit pas aimer. C’est comme ça, une espèce de règle tacite entre cinéphiles pointus qui veut que l’on raille quelqu’un de la profession dès que sa carrière touche plus à la série B (tendance Z sur les bords) qu’aux genres respectables. C’est sûrement à cause de ça que JCVD s’est lamentablement planté au box-office il y a deux ans. Le problème c’est que ce genre d’élitisme tue le goût de la diversité au cinéma, qui se doit d’être un régal d’un bout à l’autre du stroboscope cinéphile.

Je fais partie d’une génération trop jeune pour avoir vu débarquer les films hollywoodiens de genre de la décennie 80’s d’un œil écœuré, et trop vieille pour voir cette même décennie comme un arc vieillot et dépassé de la chronologie du grand écran. La cinéphilie de chacun se nourrit de l’époque à laquelle il ou elle grandit, et moi quand j’étais gamin, Van Damme, Seagal, ou Lambert étaient des stars. Leurs tronches étaient partout, leurs films en tête du box-office, et quoi qu’aient pu en penser les cinéphiles mûrs de l’époque, ou quoi qu’en pensent les spectateurs plus jeunes aujourd’hui, ceux de ma génération ont emmagasiné ce cinéma dans leur culture cinéphile, aussi sous-culturelle soit-elle.

Le problème c’est que du coup, tous ceux qui ne sont pas de cette génération, et il y en a quand même pas mal, semblent assez largement mépriser l’affection que l’on puisse attacher à certains de ces acteurs, même lorsque les fluctuations de projets et la montée en force de jeunes cinéastes les voient s’afficher dans des productions bénéficiant d’un standing auxquels il ne nous avaient plus habitués.

Moi, j’aime bien Christophe Lambert. Ce n’est pas une phrase qui se lit souvent, mais je l’écris. Lambert, c’est une trajectoire un peu particulière sur plan cinématographique. Greystoke, Subway et Highlander en ont rapidement fait un grand espoir du cinéma français et international. Il sortait du Conservatoire, faisait la couv’ de tous les magazines, tournait chez Michael Cimino, et travaillait avec David Lean sur un projet d’adaptation du "Nostromo" de Joseph Conrad interrompu par le décès du cinéaste britannique. Bref, un acteur incontournable des années 80.

Pourtant sont arrivées les années 90, et avec elles, la crédibilité artistique de Lambert a volé en éclats. Des suites ratées de Highlander, des séries B aux scénarios éculés, des comédies françaises avec des chiens et Richard Anconina, et bientôt, avant que l’on s’en rende compte, Christophe Lambert était cantonné aux thrillers soporifiques pour le marché DVD. Et si d’aucuns pourraient arguer que moumoute et moustache lui allaient à ravir dans ce monument de série Z qu’est Vercingétorix, il faut bien l’admettre, Lambert semblait prendre un malin plaisir à faire les mauvais choix de carrière. D’ailleurs il a longtemps dit lui-même qu’il faisait du cinéma pour s’amuser (on ne l’en blâmera pas, mais n’y avait-il donc que sur ces films-là que l’on s’amusait à l’époque ?).

Et voilà, celui que les américains appellent Christopher Lambert semblait bel et bien fini. D’autant que l’autre raison qui forçait le respect envers le bonhomme était finie, puisqu’il avait divorcé de Diane Lane…

Ces jours-ci, j’ai fait l’amer constat que la cote de l’acteur est encore plutôt basse dans le cœur des cinéphiles lambdas. Je claironnais à qui voulait bien l’entendre que « Oui oui, je vais aller voir L’homme de chevet », « Quoi le truc avec Christophe Lambert ? », « Le truc avec Christophe Lambert oui »… Bah oui désolé je ne me refais pas. J’ai vu Janis et John de Samuel Benchetrit en 2003. J’ai constaté que Christophe Lambert était toujours un bon acteur quand il est bien dirigé, qu’il pouvait être drôle, touchant et voler un film en quelques scènes.

Alors oui, depuis il a encore tourné des direct-to-DVD pourris, il a joué dans le gros nanar de Sophie Marceau La disparue de Deauville, et en ce moment il parait même qu’il tourne un film d’aventures avec une princesse, une sorcière, des guerriers, Kevin Sorbo – oui oui, le Hercule télé des années 90 – et un budget de 1 million de dollars (des clopinettes). Non Christophe Lambert n’est pas un comédien 100% fiable. Des daubes il en a tourné des tonnes, et en tournera encore sûrement à l’avenir.

Mais il vient aussi de tourner avec Isabelle Huppert sous la direction de Claire Denis, White Material. Et il a tourné cet Homme de chevet d’Alain Monne, adapté d’un roman d’Eric Holder, une agréable surprise, certes inégale et qui ne finira pas dans de nombreux Top 10 à la fin de l’année, pas même le mien, mais un film qui sent bon le cinéma tout de même, loin de sa collection de nanars habituelle. Un film qui laisse espérer que Lambert délaisse plus souvent son marché DVD adoré pour se laisser reconquérir par des personnages à la hauteur de son talent.

La route est encore longue avant que Christophe Lambert redevienne un nom respecté sur grand écran, détaché des ricanements qui peuvent encore l’accompagner. Mais en attendant, moi, je continuerai à aller voir ses films en salles, dans l’attente. L’attente d’un sursaut. Je suis peut-être le seul à attendre. Mais j’ai l’habitude.

dimanche 6 décembre 2009

La Route vaut-elle "La Route" ?


Cette question, tous ceux qui ont lu l’œuvre de Cormac McCarthy se la posent en ce moment. A chaque adaptation évènementielle d’un roman célébré, ce genre de question fait surface, et aucun doute ne se pose quant au fait que « La route » de Cormac McCarthy est l’une des œuvres littéraires majeures de ces dernières années. Voire l’œuvre majeure.

Vouloir la porter à l’écran a du sens, tant d’une part l’auteur est à la mode depuis le carton de No Country for Old Men, et d’autre part le récit s’inscrit dans une problématique sociétale actuelle, les craintes écologiques pour l’avenir. McCarthy y suit un homme et son fils, marchant dans un monde dévasté par une tragédie écologique jamais nommée, qui a plongé une humanité devenue rare dans un quotidien sans espoir. L’homme et son enfant avancent pour leur survie, cherchant à manger et à échapper à leurs congénères trop souvent tombés dans le cannibalisme.

Le réalisateur australien John Hillcoat est aux commandes de la version filmée de l’œuvre de McCarthy. J’ai récemment parlé du cinéaste pour vanter les mérites de son précédent long, le western The Proposition, qui sort dans quelques jours en France. Son style épuré et quasi naturaliste en ont fait un choix logique pour La Route.

Le film est-il donc fidèle au roman ? Oui, la fidélité scénaristique est indéniable. Le récit n’est pas dénaturé le moins du monde. Est-ce donc un film aussi important que le livre ? Non. Laisse-t-il la même trace émotionnelle que le roman ? Non. Est-ce au moins un bon film ? Sans doute. Pourtant lorsque l’on décide de transposer sur grand écran l’un des romans les plus forts de la décennie, il est impossible de se contenter d’un bon film. Un grand film est attendu.

Peut-être faut-il n’avoir pas lu l’écrit de McCarthy pour voir la puissance du film de Hillcoat rayonner sur le spectateur que l’on est. Peut-être faut-il entrer en salle vierge pour ne pas ressentir que la belle musique composée par Nick Cave et Warren Ellis a quelque chose de déplacé tant elle annule parfois l’âpreté qui doit être au cœur du film, y ajoutant de légers trémolos tout à fait inutiles.

Si La Route version grand écran n’atteint pas les sommets qu’il devrait, c’est peut-être parce que ses créateurs se contentent d’être fidèles au récit et à l’atmosphère sans parvenir à se l’approprier autrement qu’en y ajoutant une belle musique et en s’appuyant sur une grande performance de Viggo Mortensen. Les lecteurs seront forcément déçus. Les autres feraient mieux de lire l’œuvre originelle, mais à défaut devraient apprécier.

samedi 5 décembre 2009

Noise, ou la pêche aux films oubliés

Il y a huit ans, Henry Bean réalisait Danny Balint, qui révéla le talent du comédien Ryan Gosling. Fin 2009, voici que débarque enfin dans les salles françaises le second long-métrage du cinéaste, Noise. Une diatribe très personnelle contre un mal de la société moderne, le bruit, porté par Tim Robbins. Intéressé ? Dépêchez-vous, le film ne joue que dans deux salles en France…

Noise ressemblait jusqu’ici typiquement au film chimère, une figure cinématographique fantomatique apparaissant régulièrement dans le calendrier des sorties pour en disparaître quelques semaines plus tard. Tourné en 2006, présenté en festivals en 2007, sorti aux États-Unis au printemps 2008, le film a failli être distribué à plusieurs reprises, jusqu’à sortir enfin le 25 novembre dans deux salles en France, dont le Publicis sur le Champs-Élysées.

On ne peut trop en vouloir au distributeur Eurozoom d’avoir hésité, tant le long-métrage d’Henry Bean est un objet étrange, assez foutraque, plus à même de déconcerter que de fédérer. Le film dépeint la croisade d’un new-yorkais contre les bruits qui pullulent et lui gâchent le quotidien. Se transformant en véritable vengeur anonyme autoproclamé « Le Rectificateur », il traque tout particulièrement les alarmes de voiture sonnant intempestivement, au grand dam de son épouse et du maire de New York qui n’apprécie guère cet original justicier du bruit.

Parfois très amusant, Noise part un peu dans tous les sens, dans le ton (du film engagé à la comédie loufoque) et dans la forme (Bean joue avec la chronologie des évènements). On y prend du plaisir en se disant tout de même au final que l’entreprise demeure futile, malgré l’hallucinant numéro de cabotinage de William Hurt en maire de New York.

2009 se sera avéré une année chargée en sorties en salles différées. Si Noise sort plus de 18 mois après sa sortie américaine, d’autres œuvres auront enfin aperçu le bout du tunnel après de longs mois à stagner dans un tiroir ou sur une étagère.

Nous aurons ainsi enfin eu droit à Smart People, tourné en 2006, sorti aux États-Unis au printemps 2008 et en France à l’été 2009. Au rayon asiatique, la fantaisie culinaire Le Grand Chef et la décevante balade de Bollywood Saawariya seront sortis deux ans après leurs sorties respectives dans leurs pays d’origine.

Le champion toutes catégories de sortie décalée reste tout de même Silver City de l’américain John Sayles, que plus personne ne s’attendait à voir sur un grand écran hexagonal. Tourné en 2003 et sorti au Pays de l’Oncle Sam en 2004, le film est arrivé comme une fleur cinq ans plus tard, en plein été 2009, dans nos salles. Qui dit mieux ?

Avant la fin de l’année, nous auront droit à une dernière de ces sorties inattendues, The Proposition, le beau western australien de John Hillcoat datant de 2005. Aussi regrettable que cela soit de devoir patienter plusieurs années avant de pouvoir découvrir un film espéré sur grand écran, je ne saluerai jamais assez ces distributeurs (le plus souvent petits) de ne pas renoncer à nous faire découvrir ces films qui peuvent se révéler des pépites, aussi tard soit-il.
Qui sait, peut-être aura-t-on un jour droit à une sortie en salles de Napoleon Dynamite ? (on peut toujours rêver…)

jeudi 3 décembre 2009

Retenez-les, les spectateurs fuient la salle !!!!


Il n’est pas rare qu’un déçu ou un pointilleux quitte une salle en cours de film. Il y aura toujours quelqu’un pour se rendre compte un peu tard que le film qu’il ou elle est venu(e) voir ne correspond pas du tout à ce qu’il ou elle espérait. Dans ce cas, la plupart des gens restent tout de même et donnent une chance au film, alors que quelques uns abandonnent lâchement la salle.

Ce qui est plus rare, c’est qu’un film pousse tout un pan de ses spectateurs à déserter les lieux les uns après les autres. Mon expérience la plus mémorable tournant autour de ce rejet général a sans nulle doute été Los Bastardos en tout début d’année. L’œuvre du mexicain Amat Escalante avait fait grand bruit à Cannes en 2008, et il m’a suffi de le voir à sa sortie en janvier pour comprendre pourquoi. Les longs plans fixes (très longs) avaient perdus quelques spectateurs en route, avant qu’une séquence d’une violence sauvage ne fasse fuir les derniers résistants.

Entre les premiers plans du long-métrage et le début du générique de fin, la salle s’était vidée de moitié au cours du film. Mardi soir, près d’un an plus tard, j’ai vécu une expérience presque similaire à l’UGC Ciné Cité Les Halles en allant voir Kinatay de Brillante Mendoza.

Comme Los Bastardos, Kinatay a fait sensation à Cannes, celui-ci en compétition officielle où il a séduit le jury et remporté le Prix de la Mise en Scène. Une distinction amplement méritée si vous voulez mon avis. Il y a tout juste un an, j’étais tombé sous le charme de Serbis du même Mendoza, la lumineuse chronique d’une famille de Manille tenant un cinéma porno.

Bien plus sombre, Kinatay conte une descente dans les abymes de la violence. Le premier acte du film est aussi lumineux que l’était Serbis, relatant le mariage d’un tout jeune couple. Ils ont 20 ans à peine, elle s’occupe de leur nouveau-né, il est étudiant à l’école de police. Ils fêtent leur union entre amis et en famille, ils sont heureux, la vie semble partie du bon pied pour eux. Pourtant à l’inverse d’Irréversible de Gaspar Noé qui glissait lentement de l’enfer au paradis à mesure que le récit progressait (grâce à un montage remarquable), Kinatay va peu à peu basculer dans la nuit la plus totale.

Le jeune marié arrondit ses fins de mois en traînant le soir avec des mecs peu recommandables qui l’entraînent pour une petite virée qui tourne au kidnapping. L’insouciant se met à flipper lorsqu’il comprend toute la dangerosité de la bande, et jusqu’où ils semblent prêts à aller.

Cette descente aux enfers est réalisée avec une insolente maestria par Brillante Mendoza. Le sens du récit nous explose au visage, sa capacité à subrepticement changer de ton et d’atmosphère en cours de route, tout en justesse. Avec une caméra vive, à l’épaule, il happe l’énergie de Manille. En étirant ses séquences au maximum, les faisant exister sur une durée rare, il donne une consistance et une intensité remarquables à sa narration. Très vite, l’atmosphère nous englobe et nous fascine jusque dans l’audace contemplative de certaines scènes.

C’est justement cette audace contemplative qui a perdu une première partie des spectateurs, qui ne s’attendaient certainement pas à ce rythme ralenti dans lequel ils n’ont su capter toute l’intensité. La tension monte avec une efficacité incroyable à mesure que le jeune protagoniste s’enfonce dans cette nuit. Bientôt, on perçoit que la violence va se déchaîner à l’écran. Mendoza dépeint alors un traumatisme, celui de notre héros qui met le doigt dans un engrenage qu’il passe tout le film à chercher à éviter, mais n’y parvient pas. Il se laisse prendre dans une spirale ponctuelle qui on s’en doute le marquera à vie, et n’est sûrement qu’une première étape dans une vie qui risque d’être jalonnée de violence.

Ce regard profondément sombre n’aura pas eu le temps d’impressionner une autre partie des spectateurs, qui ont choisi de quitter la salle lorsque les machettes ont commencé à trancher avec force… Plus d’un quart de la salle se sera vidé avant que le film n’atteigne sa conclusion.
Ce n’est pas Twilight qui risque de faire cet effet-là…

mardi 1 décembre 2009

Spike Jonze, sa moustache, son Max et ses Maximonstres à Paris


Spike Jonze attire assurément le geek parisien. Dimanche soir aux Halles, nous étions nombreux à nous être déplacés pour découvrir en avant-première le nouveau film du cinéaste culte, Max et les Maximonstres, qu’il était venu présenter lui-même, accompagné de son jeune acteur principal Max Records.

Décontract’ et moustachu, Jonze le quadra nous a présenté son troisième long-métrage, le plus accessible de sa filmographie et pourtant celui qui aura été le plus compliqué à mener à son terme d’après ce que les rumeurs en disent. Il faut dire que Max et les Maximonstres a été tourné il y a plus de trois ans maintenant, que sa production a été émaillée de nombreuses difficultés techniques, et que le cinéaste a été en conflit avec deux studios différents (d’abord Universal, qui a lâché le film, puis Warner, qui a obligé Jonze à revoir sa copie).

L’œuvre de Maurice Sendak, dont ce film est adapté, est un classique de la littérature enfantine en Amérique du Nord. En France, elle est nettement moins connue. Peu d’enfants (petits ou grands) sont familiers de Max, cet enfant à l’esprit débordant d’imagination de parents divorcés, vivant avec sa mère et sa grande sœur. Un jour, après une énième dispute avec sa mère, Max s’enfuit et s’imagine plonger dans un monde peuplé de drôles de créatures habitant une île éloignée. Ces créatures, les fameux maximonstres, sont grandes, fortes, mais déboussolées. Max, haut comme trois pommes, va devenir leur roi et les guider.

Max et les Maximonstres est un film bien plus riche que le titre français le laisse entendre. Si c’est sur l’aspect aventureux et enfantin que le film est avant tout perçu, le sujet qui se trouve au cœur du film est la famille et ses désagréments lorsque l’on est enfant et que l’on a du mal à s’intégrer au monde qui nous entoure. Film sur l’enfance, Max et les Maximonstres est aussi un film sur l’explosion de l’unité familiale.

La force du film de Jonze est de parfaitement creuser ces thèmes lorsque l’on bascule dans la fantaisie. Max s’enfuit de son foyer familial branlant pour s’en créer un nouveau, fun et équilibré à première vue pour l’enfant, lequel va bientôt se rendre à l’évidence qu’il est difficile de vivre harmonieusement et que la perfection n’est pas de mise dans les relations humaines. Chacun est faillible, lui le premier.

Spike Jonze filme cette vision de l’enfance avec une énergie peu habituelle pour des longs adressés au jeune public, ce qui classe Max dans un coin à part dans l’univers des films pour jeune public. Avec sa caméra à l’épaule et sa vivacité, Jonze ne déroge pas à son style vibrant et s’intéresse finalement plus à faire un film sur l’enfance pour des adultes qu’à un film sur l’enfance pour les enfants.

On ne peut nier toutefois que le film souffre d’une inégalité de rythme, que dans sa vivacité, il traîne parfois un peu des pieds et menace souvent de tourner en rond. Jonze se dépêtre de ce piège en ne délaissant pas l’univers visuel, puissant, et l’humour qui éclaire régulièrement le récit avec un goût savoureux pour le décalé. Cet univers visuel et ce ton décalé, c’est dans les Maximonstres que Jonze les trouve. Leur univers est à la fois dépouillé et fascinant, et leur allure respire la bonhomie tout en bénéficiant à l’évidence d’un savoir faire technique discret mais palpable (ont dirait d’immenses peluches aux expressions terriblement humaines).

Jonze excelle par ailleurs dans sa tâche consistant à imprimer à chaque personnage, chaque Maximonstre, une personnalité propre. C’est à travers eux, à travers Alexander l’incompris, Ira le tout mou KW l’amie des chouettes ou Douglas le bras droit que Max et les Maximonstres fournit ses moments les plus chaleureux, les plus tendres, les plus drôles, les plus inattendus.

Étrangement, malgré tous ces compliments que j’ai pour lui, Max et les Maximonstres ne m’a pas libéré dans un état d’intense fascination, plutôt de gentille satisfaction. Jonze n’avait pas réalisé de long-métrage depuis 2002 et Adaptation. Toutes ces années d’attente m’ont peut-être joué un tour. J’y ai tout de même vu un beau film, offrant à James Gandolfini son plus beau rôle au cinéma, celui permettant d’étaler toute la finesse de son jeu trop souvent mal exploitée sur grand écran, même si on ne fait finalement ici qu’entendre sa voix, celle de Carol, le leader des Maximonstres. Mais c’est amplement suffisant pour capter le talent monstre de l’acteur.
A voir en salles le 16 décembre.

samedi 28 novembre 2009

Roland Emerich fait-il du cinéma d'auteur, ou comment de drôles d'idées peuvent traverser l'esprit à 1 heure du matin...


Moi qui pensais passer une partie de ma soirée à la laverie automatique, me retrouver à 1 heure du matin sur le point de débattre avec moi-même de la possibilité que Roland Emmerich cache derrière son cinéma gros sabot une âme d’auteur est étrange. Oui car en fait d’expédition linge sale, c’est au cinéma que je me suis laissé entraîné ce vendredi soir pour aller découvrir (il était temps) la nouvelle fantaisie gigantesque du cinéaste allemand.

Ce sont M et C qui m’ont appelé pour me proposer de me joindre à eux pour aller voir 2012 au Gaumont Parnasse en leur compagnie. Si vous lisez régulièrement ce blog, vous saurez que je suis détenteur d’une carte illimitée et non d’un pass Gaumont, mais ce cher M a proposé de me passer une place (que je compte bien lui rendre un de ces quatre) me permettant de ne pas dépenser 10€ pour aller voir le film (mais pourquoi je donne tant de détails !?).

Cela devait bien faire dix ans que je n’étais pas entré dans une salle du Gaumont Parnasse (mon dernier souvenir mémorable, Las Vegas Parano de Gilliam à l’été 98 avec mon père et ma tante réunionnaise, partis avant la fin, écœurés). Le maniaque du confort offert par une salle que je suis ne peut s’empêcher de noter que dans cette salle 3 du complexe de Montparnasse, on se serait cru dans une fournaise tant il faisait chaud. Quant aux sièges, il leur manquait un peu de rembourrage dans la partie supérieure, si je n’avais pas calé mon écharpe sous ma nuque, j’aurais eu la tête inclinée à 45° pendant 2h40. Rien à redire à la qualité de l’écran courbe en revanche, impeccable (non, sans déconner, pourquoi tant de détails !?).

Mais revenons à nos moutons. Notre mouton. Un mouton de plus de 2h30 donc, placé sous le signe de l’Apocalypse. Emmerich y plonge notre bonne vieille Terre dans un chaos monstre. La fameuse prophétie Maya annonçant la fin du monde pour l’an 2012 s’y vérifie, mettant l’espèce humaine (et par là comprenons une poignée d’américains) en proie à divers séismes, éruptions volcaniques, tsunamis et autres cataclysmes dévastateurs.

2012, vous l’aurez compris, ne fait à priori pas dans la dentelle. La situation est très vite posée, les scientifiques d’emblée paniqués, les politiciens rapidement alarmés, et monsieur tout-le-monde vite dépassé. Emmerich, ses scénaristes et ses responsables des effets visuels, s’en donnent à cœur joie. Petit avion se faufilant dans les airs entre les tours de Los Angeles qui s’écroulent, super volcan du Parc de Yellowstone se réveillant, montagnes de l’Himalaya submergées par les eaux… Le désir fou de super destruction du réalisateur n’a ici pas de limite.

Est-ce un gros blockbuster hollywoodien ayant coûté 200 millions de dollars et offrant ses leçons de bravoure et d’humanité, ses moments de suspense et d’émotion ? Oui. On pourrait même y voir une certaine forme ultime du film catastrophe, tant tout est déchaîné dans 2012. Un peu de Deep Impact par-ci, un peu de l’Aventure du Poséidon par-là…
Pourtant on aurait sûrement trop vite fait de ranger Roland Emmerich dans la catégorie des faiseurs au service du système ne cherchant que l’adrénaline à offrir sur un plateau aux spectateurs.

Petit rappel pour ceux ne s’étant jamais penché sur la carrière du bonhomme, Emmerich, allemand attiré par les sirènes hollywoodiennes voilà de nombreuses années maintenant, s’est fait connaître du public du cinéma d’action avec Universal Soldiers en 1992. Mais c’est Stargate, puis surtout Independence Day en 1996 qui en ont fait un véritable « über director ».

Godzilla, Patriot, Le Jour d’après et 10,000 ont façonné les dix dernières années de sa carrière. Y a-t-il un enseignement à tirer autre que le simple constat que sa filmographie est à moitié composée de films peu (voire pas) recommandables ? Peut-être bien. Car derrière ses blockbusters « en veux-tu en voilà », il semble se dégager une véritable obsession chez Emmerich. Celle de confronter l’être humain à une situation extraordinaire, et d’observer comment ce changement de contexte va affecter son caractère et sa destinée. L’humanité face à une invasion extraterrestre. L’humanité face au réchauffement climatique. L’humanité face à l’Apocalypse. Cela fait beaucoup d’humanité, mais Roland aime voir grand, donc pourquoi se contenter de peu… ?

C’est vraiment con à dire, et à la vue du résultat global de ses œuvres, on ne peut pas dire que cette obsession tire forcément Emmerich vers le haut qualitativement parlant. Néanmoins Emmerich insiste, revisite son obsession comme un grand (façon de parler) et mine de rien affine sa vision et densifie son propos de film en film (si on enlève ses daubes intitulées Godzilla ou 10.000, et oui même Patriot allez). Independence Day était une ode au dépassement de soi certes, mais c’était tout de même un bon gros film patriotique dans lequel la bannière étoile flottait à tout bout de champ et le Président des États-Unis concourait à sauver l’humanité.

Dans Le Jour d’après, l’air de rien, le changement de ton était presque radical : le président était tué par la catastrophe, les américains étaient réduits à tenter de franchir illégalement la frontière mexicaine dans l’espoir de survivre… Dans 2012, Emmerich creuse le sillon. La bureaucratie gouvernementale américaine, symbolisée par le personnage incarné par Oliver Platt, symbolise l’hypocrisie et l’arrivisme dans toute sa splendeur, glissant à travers lui un message s’adressant à la population : ne vous fiez pas aux politiques, jusqu’au bout ils essaieront de vous entuber. Mieux vaut encore écouter les marginaux !

Toujours adepte de symboles forts, Emmerich, qui avait fait de l’Amérique latine le lieu salvateur dans Le jour d’après, s’amuse à faire de l’Afrique, le continent malaimé par excellence, en proie aux plus grands maux de la planète, l’espoir de l’humanité.

Bien sûr, il est tout de même difficile de voir en 2012 un brûlot tout à fait couillu, car les ficelles du film catastrophe sont souvent connues, et les bons sentiments familiaux inhérents au genre ne sont pas laissés de côté, loin de là. Mais rendons à Emmerich ce qui lui appartient : cette volonté de tirer la langue à l’establishment à travers son énorme blockbuster. On serait bien en peine d’en dire autant de certains autres réalisateurs de blockbusters hollywoodiens… D’autant qu’Emmerich a la bonne idée de réunir devant sa caméra des comédiens de la trempe de John Cusack, Chiwetel Ejiofor, Danny Glover ou Oliver Platt.

Le cinéma de Roland Emmerich est-il du cinéma d’auteur ? Faut pas pousser, mais enfin, après tout…

jeudi 26 novembre 2009

Séances de rattrapage : la compétition cannoise investit les salles

Une semaine après la fin du Festival Franco-Coréen du Film - quinze jours de films et peu de sommeil - il est temps de reprendre le rythme cinéphile de croisière. Ce qui n’est pas rien en cette période automnale où les films attirant se succèdent, à défaut d’être tous palpitant. Mon ardoise de films vus depuis tout ce temps est bien remplie… Commençons par une recollections d’instants cannois…

Un ruban blanc. Il aura suffi de ce si simple objet pour nier à un cinéaste français la Palme d’Or pour la deuxième année consécutive. Si l’exploration fascinante du milieu carcéral par Jacques Audiard dans Un prophète a dû « se contenter » du Grand Prix cannois, c’est au bénéfice du Ruban Blanc de l’autrichien Michael Haneke.

Il me faut confesser que j’ai tardé à aller voir la Palme 2009 (un mois après sa sortie), et qu’il est fort probable que s’il n’avait pas glané la suprême récompense je n’eusse jamais eu le courage de m’installer 2h30 durant devant Le Ruban Blanc. Il faut dire que le cinéma de Michael Haneke, à la base, ce n’est pas franchement ma tasse de thé… Ce qui se rapproche le plus d’un film m’ayant plu, dans sa filmographie, est sans doute Caché, malgré son dénouement décevant à souhait.

Le Ruban Blanc est un ambitieux film plongeant dans une Allemagne sur le point de déclencher les premières hostilités de 14-18. Dans un petit village campagnard, une série d’accidents perturbe la sérénité locale. S’il est vite évident que ces chères petites têtes blondes apparemment si innocentes n’y sont pas étrangères, ce qui intéresse Haneke n’est pas d’expliquer ces accidents, mais plutôt de montrer, à travers le comportement des adultes d’un côté et des enfants de l’autre, comment un peuple a pu, deux décennies plus tard, être amené à suivre avec conviction un petit leader moustachu aux idées nauséabondes.

L’examen est plus qu’intéressant, et le noir et blanc pour lequel a opté le cinéaste est splendide. Le Ruban Blanc demeure tout de même à mes yeux un objet bien long, bien austère, et bien maniéré. Mais il ne fait aucun doute qu’il marque la rétine bien après la sortie de la salle. La Palme n’est absolument pas scandaleuse, même si elle n’aurait pas dépareillé dans les mains de Jacques Audiard…

Au moment du palmarès cannois justement, de nombreuses voix se sont élevées lorsque le Jury présidé par Isabelle Huppert a décerné un Prix Exceptionnel à Alain Resnais et ses Herbes Folles. « Quoi ? Mais c’est quoi ce faux prix ?! Pfff, ils n’ont pas osé lui offrir la Palme alors qu’il la méritait !! ».

Lors de sa sortie en salles il y a quelques semaines, rebelote, presse dithyrambique louant la vivacité du film du vétéran du cinéma français. J’y suis allé convaincu que le pâle Cœurs, son précédent, n’aura donc été qu’un faux pas après cette décennie merveilleuse qui l’avait vu réaliser les grandioses Smoking / No Smoking, On connaît la chanson ou Pas sur la bouche (ce dernier étant mineur mais fort sympathique).

La vision des Herbes Folles m’a, contre toute attente, plongé dans une incompréhension totale. J’ai peiné, pendant toute la durée de l’œuvre, à y voir un grand film. A y voir un bon film. A y voir un film regardable. L’excitation a vite laissé la place à l’atterrement. Où se trouvaient la folie, l’inventivité, le tonus tant annoncés ? Oui Alain Resnais sait tenir sa caméra, il l’a toujours su et le saura jusqu’au dernier souffle. Mais venant d’un tel cinéaste, j’attends plus que quelques beaux plans.

J’attends une richesse scénaristique. J’attends des personnages palpables, dessinés de manière à ce qu’on ait envie de se plonger dans l’écran. J’attends que l’écriture soit au diapason de la réputation du cinéaste, et de ses qualités de metteur en scène. Or Les Herbes Folles n’apporte rien de tout ça. C’est un film maîtrisé visuellement, mais n’ayant aucune consistance. Les personnages sont plats, sans queue ni tête. Le scénario trace des ébauches d’intrigues et de traits qui ne vont jamais nulle part. Jamais, jamais, jamais je ne me suis intéressé à un seul personnage. Ils sont fades, comme écrits sur un coin de table, prétextes à une course dans tous les sens aboutissant au néant le plus total.

Si Resnais a voulu divertir, c’est raté. S’il a voulu raconter quelque chose, c’est raté. S’il a voulu dresser un quelconque portrait de son époque, c’est également raté. La déception fût le seul apport de ces Herbes Folles.

L’un des films reparti sans prix de la Croisette et qui a plus certainement souffert d’injustice s’intitule A l’origine. Bien sûr il est difficile de juger puisque la version sortie en salle en novembre est différente de celle présentée à Cannes en mai (le film a entre temps été raccourci). Néanmoins, il ne fait aucun doute que François Cluzet n’aurait pas volé un Prix d’interprétation, tant sa composition est saisissante. Le comédien incarne un escroc montant une arnaque dans une commune du nord de la France. Il fait croire à la communauté que la construction de l’autoroute qui avait été interrompue quelques années plus tôt va bientôt reprendre. Au départ, il pense seulement empocher des pots de vin de contractants locaux. Mais peu à peu, l’escroc se prend au jeu et met vraiment en branle les travaux.

Xavier Giannoli semblait se chercher jusqu’ici (Les corps impatients, Quand j’étais chanteur, bof), mais avec A l’origine, l’homme s’est trouvé un sujet lui offrant une carrure de cinéaste impressionnant. Son film fascine par ses deux points de vue. Le premier c’est celui de l’arnaqueur, un mec un peu paumé attirant à la fois la pitié et la sympathie, une figure de bandit un peu minable dont le cinéma aime tant s’amouracher. Le second c’est celui de la communauté, cette petite ville frappée de plein fouet par les maux sociaux actuels, vivotant, attendant le messie pour les sortir de leur marasme quotidien.

Le messie, c’est donc cet escroc, ce mec encore plus paumé qu’eux, en qui ils voient un leader. A l’origine peut se lire comme une parabole religieuse autant que politique, comme l’adoption d’un messie ou d’un leader presque charismatique. L’histoire que nous conte Giannoli, au plus près des visages et des corps, les mains et les yeux dans la boue, en alchimie parfaite avec cette frange de la société, c’est celle d’une population en proie à une situation de crise prête à confier ses vies au premier venu, du moment que celui-ci a une bonne tête et un beau discours. Tout comme Giannoli parvient à nous attirer et nous fasciner de bout en bout, nous contant un récit tellement énorme et pourtant terriblement réaliste.

Il y a parvient car devant sa caméra, homme fatigué et avide, dépassé et ambitieux, pathétique et obsessionnel, il a un comédien en adéquation parfaite avec son personnage, lui donnant corps avec une conviction absolue, François Cluzet. L’acteur nous avait déjà gratifiés il y a deux mois d’une performance remarquable dans Le dernier pour la route. La différence c’est qu’ici, c’est au service d’un film à la hauteur de son talent, et de tous ceux, formidables, qui l’entourent.
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