lundi 6 septembre 2010

Mutant Girls Squad lance mon Étrange Festival 2010

Chaque année, à la rentrée, c’est le rendez-vous incontournable. Le festival qu’il ne faut pas manquer lorsqu’arrivent les premiers jours de septembre. Pendant que les stars défilent à Venise (oui, non, ce n’est pas de la Mostra que je parlais…), à Paris, on s’engouffre dans Les Halles pour s’installer au Forum des Images où L’Étrange Festival prend ses quartiers pendant près de dix jours. L’année dernière, j’avais arrêté mon choix sur trois films : le western australien The proposition, l’aventure féodale japonaise Goemon, et l’évasion lunaire Moon. Ces deux derniers sont par la suite sortis directement en DVD, et en ce qui concerne Moon, c’est une honte indicible tant le premier film de Duncan Jones est un bijou de science-fiction comme on en voit peu.

Enfin, laissons l’édition 2009 dernière pour se concentrer sur l’édition 2010. Que je ne trouve pas 2 ou 3 films me faisant me pourlécher les babines à l’avance, cela n’arrive jamais avec L’Étrange Festival. Cette année ne fait pas exception, et mon programme se décline déjà en six films. Un japonais, un coréen, un chinois, un serbe, un suisse, et un britannique. L’éclectisme géographique est total !

J’ai donc ouvert mon Étrange Festival samedi soir à 22h, entourés de geeks fans de cinéma fantastique japonais, avec Mutant Girls Squad. Ambiance étrange (ça tombe bien) pour cette projection, présentée par un type qui semblait être de la rédaction de Mad Movies et était tout enthousiaste à l’idée de voir le film avec nous (eh oui car il ne l’avait pas vu !), espérant qu’on serait plus, qualitativement parlant, du côté du génial Machine Girl plutôt que du pourri Samourai Princess (ce sont ses mots, moi je ne les ai pas vus ces films, le genre n’est pas ma spécialité).

Ce que je regrette, c’est que ce gars de Mad Movies ne soit pas revenu à la fin de la projection pour nous révéler si finalement Mutant Girls Squad était à ranger du côté des ratés du genre ou des perles. Pour le profane que je suis, le film s’est apparenté à un bon gros nanar. Une série Z cheap faisant passer un film de Uwe Boll pour une superproduction à 100 millions de dollars (je parle du budget bien sûr, pas de la qualité du film). Le film suit le destin d’une lycéenne nipponne qui découvre du jour au lendemain qu’elle n’est en fait qu’à moitié humaine. Son père est en effet un HILKO, une race présente sur Terre bien avant les hommes, dotée de pouvoirs (et d’attributs) hors du commun. Elle est alors recrutée par d’autres HILKO pour défendre leur cause contre ces humains qui cherchent à les anéantir.

Et c’est parti pour 1h30 d’effets spéciaux ridicules, de dialogues bidons, de mise en scène grossière, et d’intrigue écrite à l’arrache. Bien sûr, l’ensemble est tellement hallucinant de pauvreté qu’il s’en dégage un charme certain par moments, un charme qu’étaient à l’évidence venus chercher les spectateurs connaisseurs présents dans la salle 500 du Forum des images, qui n’ont pas arrêter d’applaudir le film 1h30 durant. Sont-ce les têtes qui explosent, les bras katanas, les fesses agrémentées d’une tronçonneuse (si si) qui les ont rendus ainsi hystériques ? Sûrement, et ce n’est pas méchant (même si parfois un peu long, notamment lorsque notre héroïne dézingue des humains pendant 10 minutes avec monotonie).

Cela m’a rappelé qu’à l’édition 2005 de l’Étrange Festival, j’avais vu le sympathique Cutie Honey d’Hideaki Anno, moins cheap et autrement plus réussi. Quel que soit mon avis, la salle a chaudement applaudi Mutant Girls Squad. Tant mieux pour eux, mais pour moi, l’entame du Festival 2010 a donc été laborieuse quoiqu’originale. Demain, rendez-vous avec un polar coréen…

vendredi 3 septembre 2010

Miracle, Zack et Miri font un porno en France !

La rentrée est fertile en films inédits débarquant directement en DVD en France. Une nouvelle adaptation du fameux Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, portée par Ben Barnes et Colin Firth. Un film écrit par Brett Easton Ellis et interprété (entre autres) par Mickey Rourke, The Informers. Un remake afro-américain du british Joyeuses Funérailles (rebaptisé pour l’occasion Panique aux funérailles). Les rayons des magasins spécialisés vont voir ces films enrichir leurs stocks dans les jours qui viennent.

Mais ce ne sont pas ces films dont la sortie en DVD risque de m’émouvoir. Il en est un autre, au contraire, dont l’apparition sur le calendrier des sorties a coupé quelques instants ma respiration, de surprise. Un film qui semblait perdu à jamais dans l’Atlantique, dans ces limbes maritimes éloignant l’Amérique de l’Europe, retenant les longs-métrages n’ayant pas droit de cité en France, que ce soit dans les salles obscures ou sur petit écran acheté légalement. Et puis non, finalement, deux ans après sa sortie aux États-Unis, voici que Zack et Miri font un porno débarque en DVD zone 2 dans quelques semaines.

Pour ceux qui n’ont jamais entendu parler du film, le titre doit faire un peu peur. Les autres savent de quoi il s’agit. Non, mon blog n’est pas devenu consacré aux films pornos, rassurez-vous (désolé pour les déçus), Zack et Miri font un porno est une comédie de Kevin Smith réalisé entre le savoureux Clerks 2 et le gentiment mollasson Top Cops, tous deux sortis en salles en France. Mais si l’on m’avait demandé mon avis, j’aurais préféré que l’on sorte Zack et Miri font un porno plutôt que Top Cops. Je me contenterai avec plaisir du DVD.

Zack et Miri sont deux amis, fin de la vingtaine, un garçon et une fille, qui décident de régler leurs problèmes d’argent en réalisant leur propre film X. Lorsqu’on connaît la verve des scripts de Kevin Smith, le voir s’atteler à un projet promettant de mettre son amour du potache en avant avec tant de possibilités est forcément alléchant. Ca l’est encore plus grâce à la distribution que Smith a rassemblée pour l’occasion. Dans les rôles titres, le réalisateur du New Jersey a convié Seth Rogen et Elizabeth Banks, dont on se souvient avec plaisir qu’ils s’étaient croisés sur 40 ans toujours puceau de Judd Apatow (et pas dans les rôles les plus sages !).

Autour des deux têtes d’affiche, des comédiens qui ont toutes les chances de soulever les rires : Craig Robinson, Justin Long, Brandon Routh (oui oui, Superman), ainsi que des habitués de l’univers Viewaskew de Kevin Smith, Jason Mewes et Jeff Anderson notamment. Nul doute qu’avec une telle brochette d’acteurs et un pitch aussi prometteur en cocasserie et gags en dessous de la ceinture, Zack et Miri font un porno a tout pour être du bon Kevin Smith. Réponse début octobre.

Sinon ce n’est pas un inédit en salles, mais il est si peu passé (sur Paris, une seule copie !) lorsqu’il était sorti en février dernier qu’il faut absolument le rattraper ou le revoir en DVD : Black Dynamite, un régal d’hommage aux films de blaxploitation et de kung fu. Il se murmure qu’une suite est à l’étude, et je n’ai qu’une chose à dire à cela : « DYNAMITE ! DYNAMITE ! ».

jeudi 2 septembre 2010

"Salt" ou "Night and Day", lequel est un divertissement estival réjouissant ?

Lundi soir, 00h16. Je viens de mettre la dernière touche à mon billet sur Poetry, et la raison voudrait que je me glisse sous les draps, mais ce soir j’ai vu Salt. Et à peine le film se concluait-il par le panneau « Directed by Philip Noyce » que je mourais d’envie d’écrire tout le bien que je pense du film. C’est irrépressible, il est bien trop tard pour commencer à écrire mais il me faut absolument taper tout ce que je ne veux pas oublier d’ici demain.

Salt est un navet. Désolé pour la promptitude de la conclusion qui ne devrait peut-être pas apparaître avant quelques paragraphes (désolé aussi pour la fausse piste des premières lignes), mais pas la peine de tourner autour du pot sur l’appellation non contrôlée. J’aurais aimé entretenir le suspense, chercher à arrondir les angles par respect pour ce grand acteur qu'est Liev Schreiber, mais c’est inutile. Ma surprise a été telle devant Salt qu’il est futile de retenir trop longtemps mon sentiment à propos du film.

Bien sûr je n’attendais pas grand-chose du long-métrage de Philip Noyce. Mes amis me l’ont proposé, j’ai dit « Banco ! », et nous y étions. Ca sentait le blockbuster hollywoodien d’été standard, carré, efficace et sans grande surprise, et quelque part, c’est bien ce qui nous a été servi sur un plateau. La surprise, c’est que les petites mains qui ont conçu Salt ont porté le caractère standard de leur création et du genre cinématographique qu’il incarne - le film d’action / espionnage - à un paroxysme tel que le film dépasse sa condition de simple soldat faisant son job pour devenir un robot déréglé reproduisant tous les clichés du genre. Il n’y a aucune trêve dans Salt, la nullité s’invite dans chaque scène.

Angelina Jolie incarne Evelyn Salt, espionne pour le compte de la CIA de son état, qui va se trouver accusée par un russe, devant ses collègues, d’être en réalité un agent de l’ex bloc soviétique infiltré depuis son enfance aux États-Unis. Ni une ni deux, Eve (comme son collègue préféré aime à l’appeler) armée de talons hauts et d’une culotte bien utile quand il s’agit de prendre la poudre d’escampette, fausse compagnie à quelques dizaines d’agents de la CIA et prend la fuite. « Tu vois qu’elle est coupable », dit un agent du contre-espionnage au collègue préféré de Salt. « Bah non mais forcément elle a eu peur », lui répond le collègue préféré (ce fameux Liev, au passage).

Alors, coupable ou innocente piégée, la Salt ? Très honnêtement, au moment où la question est supposée se dessiner dans la tête du spectateur, j’ai déjà perdu tout intérêt dans le sujet. Evelyne est tellement forte, son collègue est tellement gentil, et ce mec du contre-espionnage est tellement borné, qu’il n’est pas difficile de deviner quel rôle chacun va jouer et quelle direction le film va prendre. La direction, puisque vous me posez la question, c’est ni-vu-ni-connu-je-t’embrouille-allez-hop un coup qu’elle est gentille, un coup qu’elle est pas gentille la Angie (fautes de français voulues ça sonne tellement bien pour Salt).

 
Mais quelle que soit sa vraie nature, elle court inlassablement,échappant à quelques dizaines de super agents super entraînés, bricolant des armes incongrues à partir d’objets du quotidien (nan franchement la culotte c’était osé les gars), et jamais elle ne souffle, jamais elle ne dort, jamais elle ne mange, jamais elle ne va aux toilettes la Salt. Elle est comme ça. Elle n'a pas que ça à faire après tout, il faut déjà démasquer des agents, assassiner un président, retrouver son mari, sauver un autre président, retrouver son chien… Ah non tiens, on ne sait pas si elle le récupère, son chien. Même Chuck Norris et James Bond, ils prennent le temps de faire l’une de ces choses vitales dans leurs aventures insensées.

Trêve de plaisanterie, Salt m’a beaucoup amusé car il arrive en salles un mois après Night and Day de James Mangold. Pour ceux qui ne l’auraient pas vu, Night & Day, avec Tom Cruise et Cameron Diaz, est une réjouissante parodie des films d’action / espionnage. Attention, il ne s’agit pas d’une parodie au sens ZAZ du terme. Pas d’humour poussé ou poussif, mais une lecture au second degré du genre, jouant à fond la carte de l’aventure, de l’action et de l’espionnage, mais avec un ton, un recul, et une lucidité cinématographique ressemblant à gros clin d’œil nous interpelant : « Regardez ce qu’on est capable de vous faire gober à Hollywood, c’est pas dingue ?! ». C’est drôle et ça marche, Night and Day est un véritable modèle de second degré.

Un mois plus tard arrive donc Salt, premier degré de la première à la dernière seconde, enfilant les clichés du premier au dernier plan, des personnages éculés, des dialogues sentant le réchauffé, des séquences d’action passe-partout. Plus le film avance, plus il s’enfonce, et moins il a à offrir cinématographiquement. Il ne parvient même pas à se rattraper sur la fin, il embrasse le ridicule jusqu’au bout.

Ce qui est drôle, c’est qu’il y a plus ou moins deux ans, le scénario de Salt qui circulait à Hollywood avait pour héros un homme et non une femme, et Tom Cruise devait l’interpréter. Finalement, l’acteur a préféré s’engager sur Night & Day à la place, le scénariste Kurt Wimmer a réécrit l’espion pour en faire une espionne et Angelina Jolie s’est installée dans la peau de Salt. Night & Day a subi un semi-échec au box-office américain (75 millions de dollars de recettes), lorsque Salt a passé la barre des 100 millions et s’est affiché comme un clair succès. Pourtant nul doute que Cruise a fait le bon choix.

Petite parenthèse, lorsque j’ai découvert au cours du générique de fin que le scénariste de Salt n’était autre que Kurt Wimmer, j’ai eu un sourire, découvrant là le nom du réalisateur d’un des plus mauvais films qu’il m’ait été donné de voir dans ma vie de spectateur, le magnifiquement nul Ultraviolet avec Milla Jovovich. Comme quoi, parfois, il n’y a pas de mystère.

mercredi 1 septembre 2010

Des DVD de "Green Zone" à gagner, ici, maintenant

Huit mois se sont déjà écoulés en 2010, et le niveau global du cinéma américain sur cette période est étonnamment décevant. Si je devais aujourd’hui dresser un Top 10 des meilleurs films de l’année, il n'y en aurait pas la moitié à être de nationalité américaine. Mais s’il y en a bien un que je n’attendais pas là avant de le voir, c’est Green Zone de Paul Greengrass. Peut-être la meilleure œuvre produite par Hollywood sur l’intervention américaine en Irak, le film vient de sortir en DVD en France. Si le long-métrage n’a pas rencontré le succès qu’il méritait en salles, j’espère que les cinéphiles sauront donner sa chance à cet intense et intelligent moment d’adrénaline pure qu’est Green Zone.

Afin de m’assurer que quelques uns aient l’opportunité de voir le film si ce n’est pas déjà fait, j’ai une poignée de DVD du film à vous offrir, cinq pour être exact, qui n’attendent que votre lecteur pour prendre vie et vous convaincre qu’il s’agit là d’un des meilleurs films de l’année. Pour ce faire, rien de plus simple, envoyez-moi un mail à limpossibleblogcine@gmail.com en indiquant « DVD Green Zone » en objet et vos noms et coordonnées postales dans le message, et les cinq premiers recevront le sésame quelques jours plus tard.

Alors à vos messageries, prêt, partez !

mardi 31 août 2010

Poetry peut-il séduire les spectateurs français ?

Si j’ai pensé un moment que le cinéma coréen tenait peut-être avec Poetry un possible succès public en France, je n’en suis désormais plus sûr du tout. Je pensais qu’un prix à Cannes, celui du Meilleur scénario, et une presse à peu près unanimement enthousiaste suffirait à porter le film vers un résultat sortant le film de la confidentialité cinéphile. Bien sûr je ne pensais pas le film capable d’aller titiller le million d’entrées, mais après tout, 200 ou 250.000 entrées ne semblait pas si irréalistes que cela.

Si la sortie du film a finalement fait chanceler mon espoir, ce n’est pas tant les premiers chiffres du box-office que les réactions de mon entourage après avoir vu le film de Lee Chang-Dong qui en sont la cause. Nous étions sept à être allés voir ensemble Poetry, et à la sortie, seuls deux d’entre nous étions sous le charme, emportés par la conviction d’avoir vu là un beau film. Les cinq autres étaient amplement déçus, un ratio peu encourageant pour la carrière du film.

Je n’ai pas toujours aimé le cinéma de Lee Chang Dong. Peppermint Candy, son second long-métrage, est l’un des tous premiers films coréens que j’ai vu en salles, il y a plus de huit ans, et je me souviens clairement en être ressorti déçu. Ennuyé par un film au ton si étrange, au rythme cassé, qui ne seyait pas du tout au spectateur que j’étais alors. Mon aversion pour Peppermint Candy m’a tenu à l’écart d’Oasis, le film suivant de Lee Chang-Dong, malgré les nombreux prix collectés à l’époque par le long-métrage à la Mostra de Venise. Mais les goûts évoluent, ils sont en mouvement perpétuel.

Il a fallu que je tombe plus globalement amoureux du cinéma coréen (en 2004) pour repartir sur de nouvelles bases avec Lee Chang Dong. Il a fallu que je voie Secret Sunshine en 2007, le déchirant drame du cinéaste auréolé du Prix d’interprétation féminine à Cannes, pour comprendre que j’étais enfin prêt pour son cinéma, prêt à voir Oasis que j’attrapai lors d’un festival coréen à la Filmothèque du Quartier Latin.

Et aujourd’hui Poetry. Je suis entré en salles avec plus de conviction et d’envie que huit ans plus tôt. Je suis entré en connaissant Lee Chang Dong, son cinéma, son sens du récit à la fois mesuré dans son rythme et puissant dans son discours. J’y suis entré en sachant que ce ne serait pas un film simple et conventionnel. Je ne peux en vouloir à mes amis de ne pas avoir adhéré à Poetry comme moi j’y ai adhéré. Je suis moi aussi passé par là avec Lee Chang Dong, passé par l’ennui et l’incompréhension. Peut-être changeront-ils d’avis un jour.

Peut-être trouveront-ils ce que j’ai trouvé dans le film de Lee Chang Dong. Un regard acerbe et amer sur la société coréenne à travers le destin de cette grand-mère devant affronter les prémices d’Alzheimer sur un front, et les conséquences de la participation du petit-fils qu’elle élève seul à une série de viols sur une collégienne sur un autre front. Et c’est dans la poésie, dans l’aspiration à savoir écrire quelques vers, que Mija, la grand-mère, va trouver les ressources pour tenir debout.

La recherche de la poésie est la lumière qui guide l’héroïne, ce qui la pousse et l’élève au-dessus de la mêlée. Au-dessus d’une société machiste qui cherche la solution la plus rapide aux problèmes, la solution la moins gênante et encombrante. Dans Poetry, Lee Chang Dong dépeint des pères se souciant plus de l’honneur de leur famille et de l’avenir de leur fils que de l’horreur qu’ils ont pu commettre. Un directeur de collège craignant plus la possible atteinte à la réputation de son établissement que la tragédie réelle qui s’est déroulée au nez et à la barbe de tous. Des adolescents reprenant facilement le cours de leur existence faite de télé et de jeux vidéos après avoir commis un acte révoltant. Des hommes passant outre le malheur d’autrui pour mieux s’occuper de leur propre confort.

Et au milieu il y a cette grand-mère, errante, confuse, un mélange de honte et d’insouciance lui collant à la peau, ayant bien du mal à comprendre ce que l’on attend d’elle. Lee Chang Dong brosse le portrait de cette femme avec patience et finesse, le portant à maturation au travers de ses rencontres, avec les pères désespérant, avec cette mère portant le poids de sa famille et de ses morts sur les épaules, avec ce flic droit et déconneur trouvant dans la poésie ce qu’elle cherche désespérément.

Lee Chang Dong n’a pas peur de faire un film long, il n’a pas peur de ne pas s’apitoyer sur le malheur de ses personnages, il ne cherche pas l’empathie à tout prix. Il se contente de bien écrire, de bien décrire, de bien filmer, et d’être lucide sur les hommes, les femmes, les mères, les grands-mères, les enfants de son pays. Son film est autant un hommage à la poésie qu’un froid constat sur ce qui ne tourne pas rond dans la société coréenne.
Il m’a fallu plus d’un film pour apprécier à sa juste valeur le cinéma de Lee Chang Dong. J’espère que les spectateurs français sauront l’apprécier, par ce film ou le prochain, et finiront par embrasser son œuvre.

dimanche 29 août 2010

Pas de bronca pour Gentlemen Broncos

De nature partageur dans mon enthousiasme cinématographique, je regrette facilement qu’un film me faisant palpiter d’impatience n’ait droit qu’à une pauvre sortie technique, mais soupire de soulagement en découvrant que « Ouf ! », au moins il passe dans une salle à Paris en VO, et donc Ouf ! au moins je ferai partie des rares à pouvoir le voir. Mais lorsque ma propre satisfaction cinéphile égoïste n’est pas remplie, j’ai envie de taper du poing sur la table et de crier « SAPERLIPOPETTE !!! », ou quelque chose d’approchant dans l’idée (mais un peu plus vulgaire).

Cette semaine je pars donc en croisade. Non, le terme est mal choisi. Cette semaine je pousse un coup de gueule à l’encontre de 20th Century Fox France. Depuis des mois, la filiale française du studio hollywoodien avait planifié la sortie en salles de Gentlemen Broncos, la troisième réalisation de Jared Hess après Napoleon Dynamite et Super Nacho. Pour le moment on peut dire que le cinéaste américain est un peu maudit en France, avec aucune sortie digne de ce nom en trois films, et ce n’est pourtant pas faute de faire des films attrayant ou au potentiel culte. Son premier film, Napoleon Dynamite, est une œuvre incontournable du paysage cinématographique américain des années 2000, révélation du Festival de Sundance en 2004 et carton indépendant du box-office US dans la foulée. Pourtant, six ans plus tard, nulle trace du film dans l’hexagone, ni au cinéma ni en DVD zone 2 (heureusement que les imports existent !).

Son second film, Super Nacho, était en revanche sorti en salles, mais en plein été et avec une confidentialité tout ce qu’il y a de plus technique. Je ne me faisais donc aucune illusion sur Gentlemen Broncos, le troisième film de l’auteur, qui contrairement aux deux précédents n’avait pas déplacé les foules lors de sa sortie aux États-Unis l’automne dernier. Un petit bide. Nulle raison donc de penser que le film allait avoir droit à autre chose qu’une sortie dans 10 salles en France.

Mais oh bonne nouvelle, le Publicis annonçait depuis plusieurs semaines la diffusion du film dans une de ses salles à partir du 25 août. Finalement, il serait possible de le voir dans les meilleures conditions qui soient (ma part égoïste prenait le dessus quelques instants à cette nouvelle). Pourtant, patatra, la joie s’est effondrée à la veille de la sortie, lorsque le Publicis annonçait via sa page Facebook que Gentlemen Broncos serait programmé en VF en son sein. Mon sang n’a fait qu’un tour face à ce coup de tonnerre (oui je sais je suis un peu excessif dans ces moments), et j’en ai fait part au Publicis via cette même page Facebook, exprimant ma profonde déception d’apprendre que ce cinéma que je respecte et fréquente assidûment fasse ce choix rédhibitoire à mes yeux.

Le jour de la sortie, je constatai avec amertume qu’effectivement le film était bien annoncé en VF au Publicis, mais surtout que la salle des Champs-Elysées était la seule de Paris à programmer le film de Jared Hess. Malgré tous mes bons souvenirs d’enfance avec les VF des films, j’ai abandonné depuis longtemps les films doublés au cinéma (à la télé ça peut passer), et mon désir de voir Gentlemen Broncos sur grand écran s’éteignit aussitôt.

Le Publicis, en réponse à l’expression de ma déception sur leur page, me fit alors savoir que cette malheureuse programmation en VF était due au fait que le distributeur du film, 20th Century Fox France, ne mettait que cette version à la disposition de la salle. Pas de VO, choix de la Fox. Saperlipopette !!! Comment faut-il prendre ce choix délibéré de la Fox d’exclure la VO pour Gentlemen Broncos ? Une semaine plus tôt, le distributeur avait fait le même choix pour le film Marmaduke, pas de VO. Si le principe de VF pour ce dernier film pouvait se défendre, son caractère le destinant assez clairement aux enfants, il paraît étrange qu’un distributeur affiche un tel mépris pour le public potentiel d’un film comme Gentlemen Broncos. Mais est-ce du mépris, du je-m’en-foutisme, de l’incompétence ?

Mettent-ils donc dans le même panier un Marmaduke et un Gentlemen Broncos ? Que diraient-ils si un tel coup de gueule les intéressait vraiment ? Que ce n’est qu’une sortie technique et qu’ils ont mieux à faire ? Dans ce cas ils seront gentils de ne pas annoncer des mois à l’avance la sortie en salles de leur film. Qu’ils aient la décence de le balancer à la dernière minute, que l’on n’ait pas le temps de nourrir du désir pour le film.

Moi je voulais le voir, Gentlemen Broncos. Je voulais voir cette histoire d’un ado geek écrivant de la science-fiction qui se fait piquer un de ses manuscrits par un auteur star en panne d’inspiration. J’avais envie de voir Sam Rockwell en héros incarné du récit dérobé. Je voulais voir Jemaine Clement en auteur SF veule et dépassé. Mais voilà, à la Fox, on se dit qu’un film sur un chien qui parle ou un film geek du réalisateur de Napoleon Dynamite, c’est la même chose, le public s’en fout de le voir en VF. En six ans, le studio n’a pas été capable de sortir ne serait-ce qu’en DVD Napoleon Dynamite, ce qui ne l’empêche pas de laisser la mention « Par le réalisateur de Napoleon Dynamite » dans la bande-annonce du film, une ironie à mourir de rire. Car après tout, les seuls spectateurs qui auront vu le premier film de Jared Hess auront été le chercher en ligne, ou l’auront chassé en zone 1, comme je l’ai fait, et l’auront vu en VO. Gentlemen Broncos est un film de niche pour public averti. Un public qui aime en nette majorité voir son film en VO.

Je voulais voir Gentlemen Broncos en VO au cinéma. Je verrai Gentlemen Broncos en VO. Je ne le verrai pas au cinéma. Merci 20th Century Fox France.

vendredi 27 août 2010

The Expendables, le film qui porte bien son titre

Stop, arrêtez, n’en jetez plus, calmez-vous les gars. Voilà quelques jours que j’ai vu la tant attendue (j’exagère, mais bon) nouvelle réalisation de Sylvester Stallone, le fameux The Expendables : Unité Spéciale, et il me fallait absolument coucher quelques lignes sur le morceau. J’avais beau ne pas être un fan de Stallone dans mon enfance / adolescence, j’ai tout de même grandi avec les films de l’interprète de Rocky et je n’ai pu résister à l’envie de voir à quoi elle ressemble, cette réunion des gloires anciennes et présentes des films de gros bras.

Même si je ne savais trop quoi en attendre, je croyais sincèrement que je pouvais m’éclater devant Expendables. Je pensais sincèrement que cela pouvait être haletant, jouissif, drôle, musclé, bref un bon petit trip ciné. Quel naïf j’ai été. Le film de Stallone n’est ni plus ni moins qu’un gros nanar pas bon. Et par gros nanar pas bon, j’entends un nanar qui n’a même pas le charme des films tellement à côté de la plaque qu’ils sont réjouissants. J’entends un nanar qui n’a même pas conscience d’en être un. J’entends juste un film raté. Un mauvais film.

Rétrospectivement, je me dis que ce cher Jean-Claude Van Damme, qui m’avait déçu à l’époque en refusant d’apparaître dans le film (certains disent qu’il ne voulait pas se faire botter les fesses par Jet Li, d’autres qu’il pensait que le scénario était faiblard et que Stallone ferait mieux de jouer un prêtre sortant les jeunes de la drogue…), eh bien il avait raison. Il avait raison, JCVD, de ne pas vouloir apparaître dans le film (même si depuis le carton au box-office, il serait enclin à apparaître dans la suite… Aaaah, Jean-Claude…), parce qu’effectivement, Expendables donne l’impression d’avoir été écrit sur un coin de table entre le dessert et le café.

Stallone joue le chef d’une bande de mercenaires acceptant un job sur une île d’Amérique Latine « gouvernée » d’une main de fer par un militaire dictateur. Lui et son équipe, un anglais, un chinois, et deux armoires à glace, ont pour mission d’aller tout faire péter dans le palais présidentiel, à commencer par le dictateur. En soit, le pitch n’est pas mauvais pour un film d’action du genre. C’est classique certes, et ça sent le réchauffé des années 80, mais après tout c’est cela qu’on attend, un bel hommage à ces films d’action disparus des écrans.

Mais qui dit hommage dit également œil neuf. Recul. Second degré. Car il est impossible – du moins sans intérêt – de réaliser en 2010 un film avec une synopsis pareil sans second degré. C’est pourtant l’erreur monumentale que commet Stallone. Expendables, c’est peu ou prou un film de Chuck Norris de 1986, qualitativement parlant, que ce soit au niveau du scénario ou de la mise en scène. Sans déconner. Certes Stallone a plus de budget, mais pas beaucoup plus de talent. Par où commencer le listing de ce qui tombe à l’eau ?

Parlons du second degré, car j’en entends déjà dire « Nan mais tu déconnes, c’est bourré de second degré ce film, c’est génial ». Non. Expendables n’est pas bourré de second degré. Il est bourré de premier degré. Le second degré, ce n’est pas faire des clins d’œil aux anciennes gloires du genre, en mettant Bruce Willis et Schwarzenegger dans une scène commune en cameo avec une ligne de dialogue (horriblement pas drôle, faisant référence à leur passé). Quelques petites vannes et clins d’œil ne font pas du second degré. Le second degré doit être inscrit dans l’ADN du film. Il doit se balader tout du long, il doit être présent même lorsqu’on ne le sent pas (pensez Night and Day, la récente parodie de film d’espionnage / action ultra plaisante de James Mangold).

Or, Expendables ne veut jouer la carte du second degré que lorsque ça l’arrange. Le reste du temps, c’est lourd, lourd et re-lourd, sans arrière pensée. C’est Jason Statham qui tire la tronche parce que sa nana s’est collée au lit avec un gros balourd qui la cogne, qui va donc s’en prendre une en représailles. C’est la jolie contacte sur place qui a des couilles et fait craquer le Sly même si elle a l’âge d’être sa petite fille. C’est le gros méchant gringo de la CIA qui fait pousser sa drogue dans les champs du pauvre dictateur qui en fait n’est pas si méchant que ça, c’est pas tant sa faute que ça si il est instrumentalisé.

Lorsque Stallone a l’opportunité de glisser un point de vue intéressant, de prendre du recul, il le massacre tout seul sans l’aide de personne. Comme dans cette scène qui aurait pu être excellente où Mickey Rourke, un ancien de la bande qui donne dans le tatouage désormais, se remémore avec amertume un épisode de leur passé. Mais l’amertume est diluée dans une réalisation pataude de la séquence, où Rourke est filmé en archi –gros plan à moitié de travers avec la caméra qui ne veut pas se fixer sur lui. C’est laid, et ça tue la scène.

Bon évidemment, il serait facile de tirer sur la qualité de l’interprétation. On sait bien qui l’on vient voir en entrant dans la salle, on sait que Daniel Day-Lewis ne tient pas de rôle, que Philip Seymour Hoffman ne va pas faire une apparition, que Casey Affleck ne tiendra pas le flingue. Mais tout de même, on était en droit d’attendre autre chose de la distribution. La faute, à n’en pas douter, à des dialogues plats et des personnages sans aucun relief. Mais cela n’aide pas d’avoir des anciens catcheurs qui ne savent pas jouer, un Stallone essoufflé qui ne sait pas quoi faire de son personnage, et des seconds rôles qui font de la figuration plus qu’autre chose.

Non, décidément, je n’ai pas envie de défendre Expendables, je n’ai pas envie de défendre Stallone. L’intention était louable, le projet fun, mais il ne suffit pas de prendre une poignée d’acteurs bastonneurs, un vague synopsis déjà vu cinquante mille fois, et d’ajouter de la pyrotechnie, pour rendre un hommage fun et vibrant à ce genre en désuétude qu’est le film d’action à gros bras.
Ah, Chuck ! Que n’étais-tu pas là pour conseiller Sly de rajouter de-ci de-là quelques dialogues bien léchés qui m’auraient tordu de rire sur mon siège !

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