samedi 21 novembre 2009

Bruce Willis et son clone pour s'éloigner de l'Asie...

Après une cure de films coréens, plusieurs envies m’assaillent. Si faire des nuits plus longues que cinq heures est sans hésitation l’une d’entre elles, rattraper ce qui est sorti pendant ma parenthèse enchantée demeure incontournable. Pendant ces deux semaines au cours desquelles je n’ai parlé que de films coréens, je suis tout de même allé voir quelques films, dont je ferai très bientôt un petit compte-rendu.

En attendant, juste avant le début du festival, j’étais allé voir le Clones de Jonathan Mostow avec quelques attentes. A la vision du film, une question m’a assailli : peut-on raconter une telle histoire en 1h30 ? A n’en pas douter, cette durée sied parfaitement au genre comique, à l’animation, ou aux films très chiants devant lesquels on n’a pas envie de traîner plus de deux heures. Il ne suffit pourtant pas à tous les films de 90 minutes pour exploiter tout leur potentiel. Les polars futuristes sont rarement aussi courts. Cela ne semble pas avoir inquiéter les mains et cerveaux se cachant derrière Clones… à tort.

Bruce Willis y incarne un agent du FBI dans un présent différent du nôtre. L’être humain ne sort presque plus de chez lui, et vit à travers un clone modelé à sa convenance, relié à lui par une technologie révolutionnaire. Le clone est un deuxième corps, plus beau, plus résistant. Ce nouveau système de fonctionnement a considérablement réduit la criminalité, et ne trouve qu’une poignée d’opposants vivant à l’écart des autres, sans machines pour vivre à leur place. Dans ce climat où le clone est réputé sans danger pour son utilisateur, l’agent Greer (Bruce, donc), se voit confier l’enquête sur un meurtre étrange. Alors que la mort d’un clone n’entraîne généralement pas la mort de son utilisateur, voilà que deux personnes sont mortes en même temps que leurs avatars.

Si je détaille autant le résumé, c’est pour vous montrer à quel point le film avait sur le papier un certain potentiel, avec un sujet à enjeux forts (le clonage, l’intrusion dominante du virtuel dans le réel) et à ramifications multiples (la résistance, les complots, l’enquête…). Or la possible densité narrative de Clones n’est jamais vraiment mise en valeur. Jamais totalement exploitée. Au lieu de cela, on nous offre sur un plateau un thriller tendance SF proposant de l’action et un chouïa de réflexion, mais se contentant du minimum syndical, ni plus ni moins.

Le pire c’est que l’on pressent qu’à l’origine, les ambitions étaient plus grandes. Est-ce le studio Disney, distributeur, qui a demandé à Jonathan Mostow (réalisateur des solides Breakdown, U571 et Terminator 3) de couper et ne pas faire traîner l’intrigue ? Car des coups de ciseaux ont forcément été donnés, tant les raccourcis sont nombreux, les personnages peu épais, et les explications expéditives. Tout cela sent la bride, et c’est bien dommage. Avec de l’audace et au moins une bobine de plus, Clones aurait pu ressembler à un bon thriller futuriste, ce à quoi, en l’état, il ne peut absolument pas prétendre.

En 2010, Willis sera à l’affiche d’une autre adaptation de comic book (oui, Clones en est une) que l’on espère autrement plus réussie. Le tournage de Red est imminent, et la distribution fait déjà rêver : autour de l’ami Bruce en ancien agent de la CIA obligé de sortir de sa retraite paisible pour contrer un dangereux assassin, on trouvera Morgan Freeman, Helen Mirren, Brian Cox, John C. Reilly, Mary-Louise Parker, Richard Dreyfuss, Ernest Borgnine et Julian McMahon. Rendez-vous dans un an.

jeudi 19 novembre 2009

Le rideau se baisse sur le Festival Franco-Coréen du Film…

Toutes les bonnes choses ont une fin, et celle du Festival Franco-Coréen du film a résonné hier soir dans la grande salle de l’Action Christine. Après ces quinze jours vécus à l’heure cinématographique coréenne, et alors que le manque de sommeil rattrape ceux qui comme moi ont été présents quotidiennement sur la manifestation, c’est l’heure du bilan et de la question « Que retenir du Festival ? ».

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la bonne ambiance. L’humeur amicale générale, l’envie ressentie par tous d’en découvrir le plus possible de ces films coréens, et de le faire au milieu de cinéphiles plus passionnés, abordables et cool les uns que les autres. Pas de place pour le formalisme, mais une ouverture et une motivation qui pousse chaque jour à enchaîner les films avec plaisir.

Le second point, c’est la diversité qui a régné pendant le festival. Une sélection officielle partagée équitablement entre courts et longs métrages, et elle-même ouverte à tous les genres : fiction, documentaire, animation, polar, drame, comédie, sport… il y en avait pour tous les goûts. Parallèlement, les Regards Croisés entre courts français et coréens sur la thématique de l’homosexualité, l’instauration d’une section de films classiques (pour la première édition sous le signe du film de propagande), ou l’hommage rendu au cinéaste Lee Myung Se (je reste sceptique sur le choix de ce réalisateur, mais ses films furent pour le moins… instructifs) attestent de la richesse de l’offre proposée cette année.

C’est ce ressenti global qui a également rendu savoureuse la soirée de clôture. Le Jury Étudiant (autre nouveauté cette année) a choisi de récompenser, dans la section courts-métrages, le déstabilisant Too Bitter to Love. Pour avoir assisté à leurs délibérations, je peux vous assurer que les débats furent âpres pour attribuer le Prix 2009 à l’intéressant long-métrage Potato Symphony, qui doit cette récompense à l’acharnement avec lequel les garçons du jury ont défendu le film de Jeon Taek. Les filles poussaient de leur côté le décevant My Friend and His Wife, ce qui lui a finalement valu une mention spéciale.

Excellente initiative des organisateurs, les jurés avaient chacun préparé une question pour les cinéastes vainqueurs, qui ont été contactés quelques heures avant la cérémonie pour y répondre par téléphone, réponses écoutées et traduites dans la salle.

La soirée officielle s’est finalement conclue par la projection du grand classique coréen de l’animation Robot Taekwon V. Je vous rassure, classique en Corée du Sud, mais plutôt inconnu en France. Le film, dans une version restauré de belle qualité, nous a offert un beau moment de comédie. A l’évidence influencé par Goldorak, Robot Taekwon V s’intéresse à un robot géant, piloté par un champion de taekwondo, qui défend la Terre des méchants robots lancés par un vilain scientifique tout petit à la grosse tête (littéralement).

La saveur comique du film est irrésistible, dans sa propension éhontée et hilarante à exacerber le sentiment patriotique par touches amusantes : les méchants arborent une étoile rouge très… communiste, les gentils coréens sont beaux, alors que les étrangers sont plus laids les uns que les autres (mention spéciale au japonais au nez crochu et dents proéminentes !)... C’est kitsch et souvent jubilatoire, belle manière de baisser le rideau sur le Festival.

Un Festival qui certes n’aura pas su m’offrir ailleurs qu’en ouverture, avec Breathless, un vrai film coup de cœur m’ayant retourné, d’autant que celui-ci m’avait déjà retourné en juillet dernier. Mais la manifestation a montré suffisamment de bons films, proposé assez de rencontres stimulantes, et offert un visage suffisamment humain pour qu’une hâte m’assaille : remettre ça l’année prochaine.


mardi 17 novembre 2009

Norwegian Woods : fuyez si vous tenez à votre foie !!

Lundi, avant-dernier jour du Festival Franco-Coréen du Film, un psychopathe a été aperçu se baladant dans les travées de l’Action Christine. Enfin, bon… d’accord… c’était à l’écran. Dernier film de la sélection officielle que je n’avais pas vu, Norwegian Woods hésitait niveau réputation entre la petite perle comico-gore et le film d’horreur sans prétention vite oubliable.

Lorsque j’ai pour la première fois entendu parler du film, je me suis demandé s’il avait à voir avec le roman du japonais Haruki Murakami (paru en France sous le titre « La ballade de l’impossible »), dont je savais qu’une adaptation était déjà en cours par le cinéaste Tran Anh Hung. Or il est clair que le film du coréen No Zin-soo est tout à fait étranger à l’œuvre nipponne.

Ici, point d’amour impossible et de suicides adolescents, mais une montagne où différents groupes de personnages se trouvent, chacun vaquant à des occupations différentes : des hommes de main cherchant à enterrer un cadavre, des étudiants venus se défoncer et un couple adultère s’adonnant à leurs ébats. Chaque groupe va bientôt se rendre compte qu’un étrange randonneur arpente lui aussi les bois, armé d’une faucille et éventrant à tout va.

Certes amusant, Norwegian Woods ne laisse pas un souvenir impérissable, pas plus qu’il n’empêche de dormir la nuit. Sur un ton effectivement décalé lorgnant plus vers Evil Dead que The Descent, le long-métrage s’apparente à un divertissement fauché ponctué de gags faisant sourire, et de personnages suffisamment gratinés et appuyés pour se prendre au jeu, sans pour autant, toutefois, voir dans ces « bois norvégiens » autre chose qu’un petit nanar sympathique.

L’arrachage de foie et autres empalements ne nous sont pas épargnés, mais sont filmés de façon à faire rire plutôt que frémir, ce qui est une bonne chose. Mais les évolutions scénaristiques et les réactions ineptes de certains personnages rabaissent les qualités que l’on peut trouver au film (franchement, la tentative de fuite à travers les portières de la voiture plutôt qu’en la contournant rapidement est digne d’un scénariste de 12 ans). Le festival aura offert pire, mais surtout meilleur tout de même que cette farce mineure.

Ce soir, le festival se clôt avec le palmarès et en clôture le film d’animation entièrement restauré Robot Taekwon V datant des années 70…

lundi 16 novembre 2009

Quand les résistants à l’invasion communiste succèdent aux caïds de campagne, c'est toujours le Festival Franco-Coréen du Film

A l’approche de la fin du Festival Franco-Coréen du Film (snif), le désir d’en profiter au maximum ne s’éteint pas. Dimanche donc, malgré la fatigue, le programme s’est dédoublé, enchaînant l’avant dernier film de la sélection officielle avec un vieux film de propagande d’Im Kwon-Taek. Une programmation pour le moins variée et agréable.

Les jours qui ont suivi sa première projection mercredi dernier, Potato Symphony fut accompagné d’une réputation flatteuse lui allant plutôt bien. Prenant pour cadre une petite ville de province, le réalisateur Jeon Taek s’y attache à un groupe d’amis approchant de la quarantaine. Semblant tous mécontents de la façon dont leur vie a tourné après les années lycée, ils voient d’un œil ravi le retour en ville après des années de disparition de Baek, l’ancien chef de leur bande. Dans leur jeunesse, ils s’étaient ensemble frottés à Jin-Han et sa clique, qui les avait battus et a depuis pris le contrôle de la ville comme un caïd. Avec le retour de Baek, les amis entrevoient la possibilité de corriger les injustices du passé.

Amitiés masculines, vieilles rancœurs, gangs rivaux, les thématiques abordées par Potato Symphony ne sont pas étrangères à certaines obsessions du cinéma asiatique, pour ne pas dire coréen. Mais en fait de déjà vu, on trouve dans le film de Jeon Taek un je-ne-sais-quoi de séduisant qui parvient à le hisser au-dessus du tout va. Moins que les personnages, c’est le cadre dans lequel ils s’inscrivent qui fait la force de Potato Symphony.

Ce cadre c’est celui d’une Corée du Sud provinciale, campagnarde, vivant au ralenti, à moitié figée dans un passé qu’elle ne parvient pas à dépasser. Tout le petit monde dépeint vit selon une hiérarchisation de sa société établie quelques années plus tôt et dans laquelle il semble empêtré. Le pouvoir montré dans le film, la vision de la « mafia », est loin de cette organisation huilée qui peut être si souvent traitée sur grand écran.

Il en découle des personnages, au choix losers ou petits maîtres manquant vite d’envergure, formant une combinaison qui étonne. Du coup le film a beau souffrir de longueurs et d’embrouilles scénaristiques, il laisse une impression séduisante qui tient dans ce regard intéressant sur une certaine Corée bloquée dans le passé.

L’enchaînement avec Testimony de Im Kwon-Taek n’en est que plus amusant. L’un des quatre films de propagande datant de la dictature de l’ère Park Chung-Hee (en l’occurrence ici 1973), le long-métrage aborde le conflit coréen, et plus particulièrement, en 1950, l’invasion de Seoul par les Nord-Coréens. Le film s’attache tout particulièrement à Soon-ha, la fiancée d’un officier de l’armée Sud-Coréenne, qui cherche désespérément à fuir la capitale pour rejoindre Daegu, en province.

Après Six Daughters qui cherchait à vanter à tout prix les vertus de l’industrie et des valeurs sud-coréennes dans l’après-guerre, Testimony s’atèle lui à se poser en brûlot anti-communiste. Il ne fait pas bon être fervent défenseur du régime nord-coréen et de l’endoctrinement communiste devant la caméra d’Im Kwon-Taek, face à la bravoure et au sens du sacrifice de l’armée sud-coréenne.

Comme d’habitude pour ce genre de film, le recul venant avec les années transforme souvent un tel discours en farce comique, accentuée par un jeu très (trop) appuyé des comédien, desservis par des dialogues spécifiquement écrits pour abonder dans le sens du discours général (et déclenchant facilement les rires eux aussi, demandez à l’amie coréenne qui m’accompagnait au film).

Pourtant Testimony a la qualité incontestable d’être réalisé par le grand maître du cinéma sud-coréen, qui malgré la propagande ne se départit pas de sa capacité à manier la caméra, offrant au passage de beaux moments de mise en scène dans ce film de guerre daté. Ca valait le coup de rester tard au Festival.

dimanche 15 novembre 2009

Triangle amoureux mal inspiré au Festival Franco-Coréen du Film


Même les soirs de match de l’équipe de France, les amoureux du cinéma coréen répondent présents. Samedi soir, alors qu’une bonne partie de la France avait les yeux rivés sur l’Irlande, nous étions aussi nombreux que les autres soirs pour découvrir My Friend and His Wife de Shin Dong-il à l’Action Christine (pas moins en tout cas).

A trois jours de la fin du festival, je suis toujours à la recherche d’un grand coup de cœur parmi les films de la sélection officielle. Il y a eu de bons films, mais il me manque encore un film qui domine largement les autres à mes yeux (comme a pu le faire Breathless hors compétition). J’attends donc beaucoup de Norwegian Woods lundi soir, et surtout de Potato Sympahony tout à l’heure, dont on m’a vanté particulièrement les mérites.

Car je ne peux que constater que My friend and his wife n’a pas fait chavirer mon cœur samedi soir. J’irai même jusqu’à dire « loin de là ». Pourtant l’entame du film était assez séduisante. Un couple populaire mais heureux attend un enfant. Le meilleur ami du mari trader roule quasiment sur l’or. Le triangle trouve un juste équilibre jusqu’à la naissance de l’enfant, lorsque les relations se délitent un peu. Le couple perd de l’argent, le meilleur ami n’a pas beaucoup de temps à consacrer à son ami.

On ne sait pas trop où le réalisateur veut nous embarquer, mais il créé des personnages dans la justesse, sans effets. Un portrait qui se dessine de l’époque, avec crise économique en profil et rapport difficile à l’argent (l’ami trader a un passé d’activiste de gauche).

Mais un rebondissement fait basculer le récit. Tout à coup, à la fin de la première demi-heure, l’enfant du couple décède dans des conditions particulières qui vont bouleverser les rapports entre les trois personnages. Et embarquer le film dans un triangle amoureux étrange, où les travers des protagonistes se montrent évidents, où la surprise n’a pas de véritable place, et où le récit traîne la patte.

La mise en scène manque elle de la délicatesse qui marquait la première partie du film. Tout semble basculer dans une sorte d’amorphie plombant l’ambiance et le film. S’il n’y avait eu une audacieuse mise en avant des corps des comédiens Hong So-hee, Park Hee-soon et Jang Hyeon-seong, comme dans aucun des films vus depuis le début du festival, la projection aurait pu tourner à la léthargie. Il faut tout de même contrebalancer cet avis en précisant qu’un problème technique lors de la projection, au niveau du sous-titrage, a souvent rendu difficile l’implication en tant que spectateur.
Mais même sans cette difficulté de compréhension, je ne pense pas que la différence aurait été grande pour ce qui est de l’appréciation globale de My Friend and his wife.

vendredi 13 novembre 2009

Changement de sexe et femme cougar sous le 38ème parallèle

En ce neuvième jour de Festival Franco-Coréen du Film, le sexe était au cœur des débats, sous deux formes très différentes. La première, un documentaire sur la transsexualité, la seconde une comédie sur l’histoire d’amour entre un trentenaire et une quinquagénaire. Deux thèmes universels vus sous un angle coréen...

Le titre 3XFTM m’avait semblé bien énigmatique lorsqu’il y a quelques semaines, je découvrai le programme du FFCF. Non, il ne s’agit pas d’un remake coréen de THX1138 de George Lucas, mais bien du portrait croisé de trois femmes devenues hommes, en anglais « female to male », ou FTM.

Le sujet est assurément délicat mais non moins intéressant. Surtout au sein d’une société coréenne réputée pour être machiste. Comment donc sont acceptés les transsexuels là-bas ? La motivation de leur changement de sexe tient-elle aux mœurs qui caractérisent leur nation ? A travers ces trois personnes s’esquisse la difficulté d’insertion de ces hommes nés femmes. Des hommes qui vivent dans l’angoisse permanente d’être démasqués et rejetés, alors que le but même de leur opération est de se sentir enfin bien dans leur peau.

Un paradoxe qui montre le cheminement à parcourir pour eux, cheminement que se propose de suivre la réalisatrice. Elle le fait avec rigueur et liberté, et signe un documentaire au sujet fort. Pourtant il semble manquer quelque chose à 3XFTM. Si le thème est bien cerné, et les trois protagonistes suivis avec attention, un sentiment de répétition se fait vite jour. Le documentaire est long (près de deux heures), et semble souvent tourner quelque peu en boucle. La problématique est bien posée, les personnalités des hommes observés également, mais trop souvent le film paraît être une superposition de discours et situations se répétant. Il semble manquer un mouvement continuel, un véritable moteur qui permettrait d’aller plus loin encore dans la rencontre avec les trois protagonistes, et dans l’observation de la société qui en découlerait. Mais cela n’enlève rien à l’intérêt évident du sujet.

Le second film de la journée s’intitulait Viva ! Love. Un film qui annonce la couleur dans le titre : légèreté et amour se devinent, et se confirment vite. On ne peut pas dire que j’allais voir ce film de Oh Jeom Kyun avec de grandes espérances, peut-être en partie du fait de l’avis de mes amis de Made in Asie.
Force est pourtant de constater que j’ai pris un vrai plaisir à voir Viva ! Love. La protagoniste en est une quinquagénaire vivant avec son mari et sa fille, louant des chambres à des étudiants et gérant un nolaebang (le karaoké coréen) avec son époux. Lorsque sa fille laisse son fiancé sur le carreau et part sans crier gare, notre héroïne tombe peu à peu amoureuse de son ex-futur gendre, qui tombe lui aussi sous le charme de belle-maman. Lorsqu’elle tombe enceinte, le scandale se profile dans le quartier…

Non, Viva ! Love ne sera pas, en fin de festival, le petit bijou immanquable. Non, Viva ! Love ne fera pas non plus partie des grands films coréens dont je me souviendrai en priorité à la fin de l’année. Pourtant il y a quelque chose d’absolument charmant dans ce film. Il y a un cadre, cette vie de quartier conçue avec soin, avec ses personnages truculents et attachants auprès desquels on se sent vite bien. Il y a une mise en scène juste, qui n’en fait pas des tonnes dans sa mise en avant de l’humour et sait simplement le souligner avec sobriété.

Il y a surtout en toile de fond de vraies touches de sujets de société parvenant à poser la comédie dans un environnement moderne. Une époque où le chômage s’invite facilement à la fête, où les femmes osent chercher le bonheur pour elles-mêmes et ne se contentent pas de fermer les yeux sur le comportement adultère de leurs époux. Où celles-ci se mettent même à fricoter avec des hommes ayant quasiment l’âge d’être leur fils, ce fameux phénomène de la « femme cougar » dont la presse, les séries et les films aiment à s’emparer.

La réussite de Viva ! Love tient aussi dans la volonté du cinéaste de faire baigner son film dans une atmosphère quelque peu surréaliste, surtout à mesure que le scénario progresse. On peut même dire que le film choisit la fantasmagorie dans son épilogue. Un ton audacieux qui sied parfaitement à l’œuvre.
On en sort avec le sourire aux lèvres, ce même sourire qui ne nous a pas quittés tout au long du film. Un signe qui ne trompe pas.

jeudi 12 novembre 2009

La Corée fait la sourde oreille et court en tous sens

Le Festival Franco-Coréen du Film entame sa deuxième semaine à l’Action Christine. Si les années précédentes, les séances s’étalaient toute la journée pendant une semaine seulement, la 4ème édition fait sa petite révolution en concentrant les projections en fin de journée et en doublant la durée de la manifestation. On ne s’en plaint pas, il est ainsi bien plus facile d’en profiter…

Mercredi j’ai donc entamé cette nouvelle semaine par un long-métrage de fiction de la sélection officielle, suivi de l’un des programmes de courts-métrages coréens.
Je suis allé voir le long, intitulé A.U.D.I.T.I.O.N., après avoir lu et entendu des avis peu emballés. J’en suis ressorti assez agréablement surpris. Le film, réalisé par le duo Kim Seong-Jun et Lee Je-Cheol, narre la rencontre entre Hyun-Ji et Won Joon. Elle est malentendante et vit seule avec son père depuis la mort de sa mère. Il danse dans un groupe de B-Boys qui rêve de percer grâce à une audition importante, et se trouve fasciné par le langage des signes grâce auquel Hyun-Ji communique.

Ce qui séduit dans A.U.D.I.T.I.O.N., c’est sa recherche de simplicité. Certes le film n’exploite pas le fonds social d’un tel sujet, que ce soit ces jeunes qui rêvent de musique ou ces pères élevant seuls leur enfant. Il y avait bien sûr matière à plus approfondir le contexte. Mais du coup, les réalisateurs brossent ces deux jeunes gens avec touché, lui fort en gueule et cachant son bon fond, elle curieuse mais craintive du monde extérieur.

Ce qui séduit c’est cet aspect humain assez universel qui parvient longtemps à éviter l’écueil du mélo. Malheureusement il n’y parvient pas tout du long, et se jette trop facilement dedans dans le dernier acte. C’est un trait récurrent du cinéma coréen que de parfois verser trop facilement dans la recherche facile de l’émotion, on peut donc pardonner au film ce défaut dont il ne s’exempt pas. D’autant que le regard posé sur les rapports humains d’une personne sourde et muette (particulièrement en Corée du Sud) n’est pas inintéressante, ces coups d’œil en biais, cette méfiance, cette mise à l’écart assez naturelle.

Après une pause au cours de laquelle j’ai vraiment eu l’impression qu’effectivement, mon opinion sur A.U.D.I.T.I.O.N. est loin d’être majoritaire, retour en salle pour une sélection de court-métrages (la sélection numéro 1) dans l’ensemble d’assez bonne tenue. Les deux meilleurs s’intitulent Stop et Hybrid.

Stop, un film d’animation très court (6 minutes), se déroule en voiture, sur un pont. Un homme conduit sa mère, lorsqu’un camion roulant sur la mauvaise file entraîne un accident au cours duquel tout à coup, le temps s’arrête autour de l’homme conduisant sa mère. C’est cette montre à son poignée. Elle s’est déréglée, et dès qu’il pose la main dessus, il évolue dans un monde en mode pause. Cela tombe bien car sa mère et la voiture sont en train de basculer dans le vide.
La qualité première de Stop est d’être drôle et ludique. Le trait est basique et en noir et blanc, mais le personnage y est croqué avec une bonhomie communicative.

L’autre excellent court de ce programme s’intitule Hybrid. Un français y semble un peu égaré en pleine campagne coréenne. Faisant du stop, il est pris par un étrange camionneur peu bavard et passant son temps à se désaltérer et pisser dans des bouteilles en plastique. Visuellement soigné, Hybrid convainc par son ton totalement décalé et d’un rocambolesque sobre. Le seul personnage qui parle, c’est le français, en français, pour lui-même puisque l’autre ne comprend pas et ne répond pas. Ce qui donne au court un côté presque burlesque, surtout lorsque l’on découvre l’utilisation qui est faite de l’urine du camionneur. En 15 minutes, le réalisateur créé un mini univers qui fonctionne et qui séduit.

Les trois autres courts sont un ton en dessous. Fish, qui ouvrait le bal, se montre le plus long et ambitieux sur le papier, en mettant en parallèle le travail d’une lycéenne dans un PC bang et la découverte d’un cadavre dans une petite rivière à l’extérieur de la ville. L’idée était intéressante, mais on comprend si vite que le cadavre retrouvé est celui de notre lycéenne que l’on se demande où veut en venir le réalisateur en 30 minutes. Car il n’en vient pas à la résolution de l’énigme « comment finit-elle dans la rivière, et par l’impulsion de qui ? ». Cette énigme reste totale. Le film aurait été beaucoup plus intéressant si le cinéaste s’était concentré sur la partie de la découverte du corps par ce vieux pêcheur et pris en charge par ces deux flics attendant des collègues qui n’arrivent pas. Dommage.

Le programme réservait également deux petits films « choc ». Cold blood voit un automobiliste se livrer à une vraie petite guerre avec une jeune cycliste ayant failli causer un accident. Intéressant au premier abord, le film lasse assez vite, se révélant une course poursuite sans réelle finalité, puisque lorsque l’on croit que le film va être une métaphore de la violence de la société et des difficiles rapports intergénérationnels, il tourne en eau de boudin, flanchant au dernier moment dans une conclusion mollassonne. Mais après tout, peut-être cela fait-il partie de la métaphore…

Le dernier court-métrage projeté fut Too bitter to love, commençant avec légèreté et pudeur, montrant un couple de lycéens se retrouvant en secret pour faire l’amour pour la première fois. Le film change de ton et devient dérangeant lorsque le garçon s’absentant faire une course, la fille est violée par un voisin débarquant sans prévenir. Le film met mal à l’aise sans pour autant provoquer la réflexion.

A noter que le programme de court-métrages a attiré plus de spectateurs que la plupart des autres séances du festival jusqu’ici. Serait-ce donc à chaque fois qu’un membre de l’équipe du film est invité, puisqu’ici le comédien français de Hybrid (et également compositeur du film) Christophe Ruggi était présent, comme avant lui Lee Myeong Se et Yang Ik-June ? Ou les parisiens s’intéressent-ils simplement de plus en plus au cinéma coréen ?
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