vendredi 14 octobre 2011

Festival Franco-Coréen du Film 2011 : première journée marathon !

Lorsque je me suis cassé la tête la semaine dernière à dresser mon emploi du temps pour la sixième édition du Festival Franco-Coréen du Film (une torture quand on se rend compte qu’on ne pourra pas tout voir !), j’ai constaté que je ne pourrais pas échapper aux journées à quatre films. Entre les longs-métrages de la section « Paysage », les films du réalisateur invité, les avant-premières, les courts-métrages, et les classiques, difficile de tisser un agenda léger pour en voir un maximum en huit jours. Du coup, rien entre jeudi et dimanche, ce sont 14 films qui sont à mon programme.

Jeudi 13 octobre, troisième jour du festival, était donc la première journée marathon à quatre films. Levé à 11h30 après avoir écrit jusqu’à plus de 3h du matin, je me suis finalement vite retrouvé devant le St-André des Arts, sandwich dans une main, ticket pour Come, Closer dans l’autre. Ma journée entière prendra place au FFCF, de 14h à minuit, lorsque je sortirai de la salle 2 et trouverai Yoo Dong Suk, le directeur du festival, attendant la fin d’une journée bien remplie.

Mais je m’avance. Dix heures plus tôt, j’entamais donc la journée avec Come, Closer, long-métrage de la section « Paysage ». Un premier long nous apprend Pierre Ricadat, un des programmateurs du festival, d’un cinéaste s’étant amplement fait la main sur le format court. Et cela se voit à l’écran, tant le film ressemble presque à un film à sketches. Le film traite en plusieurs panneaux des relations amoureuses. Un garçon qui quitte son compagnon pour une fille, une jeune femme qui harcèle son ex-petit ami, ou deux amis de sexes opposés qui dialoguent de leurs vies sentimentales.

L’une des premières scènes, où un garçon et une fille se font face dans une pièce, n’osant s’approcher l’un de l’autre alors que le désir réciproque est palpable, fait forte impression dans sa durée. Elle s’étire sur une vingtaine de minutes peut-être, au cours desquelles les deux personnages sont subtilement croqués, où l’on devine les hésitations, la curiosité, la timidité, avant qu’ils ne se jettent dessus à même un bureau. Cette séquence a placé haut mes espoirs pour le film, avant que finalement tout tombe très vite à plat. Car avec l’heure qui suit, le réalisateur Kim Jong-Kwan se contente finalement de dialogues sans relief, de situations éculées, et d’une mise en forme qui ne ressemble à rien de mieux qu’à un bout à bout de courts-métrages.

Heureusement, le film reprend des couleurs dans son dernier segment, celui d’une chanteuse et d’un guitariste qui se baladent vers Namsan Tower, lui la charriant elle sur sa vie amoureuse tout en dragouillant des jeunes femmes qu’ils croisent. Ce personnage masculin enjoué apporte enfin un peu de vie dans le film, quand l’encéphalogramme restait désespérément plat depuis plus d’une heure. La bonne nouvelle qu’a apporté en revanche Come, Closer, c’est que le public parisien est bel et bien présent pour le FFCF, même en pleine semaine aux séances d’après-midi.

Après cette entame de journée trop morne à mon goût, le baromètre de la bonne humeur a affiché une santé radieuse avec le second film, Castaway on the Moon. Le film de Lee Hae-Jun avait connu un beau succès en Corée, quelques semaines avant que j’y débarque en 2009. Vue la bonne humeur qui s’est dégagée de la projection du film au FFCF, c’est amplement mérité. Le film s’ouvre sur l’un des ponts franchissant le fleuve Han à Seoul. Un homme en costard cravate s’y tient au-dessus du vide, au bout du rouleau, prêt à se jeter dans à l’eau pour en finir. Mais monsieur Kim, c’est son nom, se rate, et au lieu de ne jamais se réveiller, il rouvre les yeux sur l’île de Bam, une île déserte parsemée d’arbres se trouvant au milieu du fleuve en plein Seoul. Tout d’abord paniqué, ne sachant pas nager pour rejoindre la ville, Kim finit par trouver son compte à avoir quitté la civilisation et à vivre sa vie tranquillement sur son île.

Dans cette première partie, Castaway on the moon rappelle assez nettement Seul au monde de Robert Zemeckis, sauf que l’une des plus grosses mégapoles du monde est à portée d’yeux du protagoniste et qu’il prend plaisir à faire bande à part. Bourré d’humour (la scène où le naufragé essaie de faire du feu est un régal), le film doit beaucoup à son acteur Jeong Jae-Yeong, qui tient à merveille le rôle du suicidaire esseulé et bientôt misanthrope. Le scénario aurait pu avoir du mal à tenir sur la longueur toutefois s’il s’était contenté de ce personnage. Or Castaway on the moon introduit un second personnage qui fait rebondir le film judicieusement. Une jeune femme hikikomori sur les bords (même franchement), n’étant pas sortie de sa chambre depuis trois ans. Sa chambre justement donne sur l’île où notre naufragé a échoué. Elle qui ne s’intéresse pas aux autres et au monde extérieur va remarquer sa présence et se prendre de passion pour cet homme étrange, avec lequel elle va tenter de rentrer en communication.

Entre celui qui ne peut plus voir ses semblables en peinture et celle qui a abandonné le reste du monde de son plein gré, Castaway on the Moon s’est trouvé deux personnages divins pour le palais cinéphile, des handicapés de la société pour qui le monde se résume à un pré carré dont ils sont les seuls maîtres. Dès lors, sans oublier la folie qui le caractérise de bout en bout par ses détails scénaristiques (j’ai un faible pour les minis robots qui aident la jeune femme à détourner l’attention du gardien de son immeuble), une tendresse s’empare du regard du cinéaste pour ses anti-héros déphasés mais fougueux. C’est cette corrélation savoureuse qui fait le sel du film et le pare de cette énergie jubilatoire. Avec la pêche que m’a donné Castaway on the Moon, c’est certain, je finirai ma journée marathon sans ciller ni trembler !

A la sortie du film, alors que j’hésite à m’attraper à manger (il est près de 19h, la prochaine séance est à 19h30, et mon prochain créneau pour grignoter ne se présentera pas avant 21h30…), je tombe sur des amis du site Mirae récemment rentrés de Corée ayant mille choses à me raconter pour mon plus grand plaisir… mon estomac attendra donc, car en un rien de temps, il est temps de retourner en salle 2 pour aller découvrir Eunuch, version 1986. Le film fait partie de la section KOFA Classiques présentant de vieux films coréens. Cette année, la thématique liant les films, après les films d’action l’année dernière, est le remake, le festival projetant des vieux films et leurs remakes des années 80. Eunuch est donc le remake d’un film du même titre datant de 1968 et passé quelques heures plus tôt dans la journée.

Le long-métrage prend place à la cour du roi, où les seuls hommes admis sont des eunuques, afin de s’assurer que les nombreuses concubines auront l’attention du seul souverain. Mais l’un de ces eunuques est justement amoureux (et c’est réciproque) d’une des nouvelles concubines du roi, et les deux amants vont tout faire pour s’enfuir ensemble du palais. Intrigues de cour, passion amoureuse interdite, Eunuch ne s’interdit rien pour faire souffler un air d’aventure et de romance dans un cadre que l’on pourrait pourtant attendre guindé. Or sa belle facture visuelle, ses comédiens dans le ton (Ahn Sung Ki dans sa jeunesse !) et son sens de la tragédie en font un film qui vieillit bien. Dommage que nous étions peu nombreux dans la salle pour le constater, les spectateurs ayant préféré aller rencontrer le cinéaste Yoon Sung-Hyun venu présenter ses courts métrages dans la salle voisine.

Plus qu’un film, et la journée marathon serait terminée. L’ami Guillaume d’1kult a cherché à me couper l’appétit en amenuisant les qualités de Castaway on the Moon comparées à celles de Sunny, et surtout en balayant d’un geste la grandeur de Poetry de Lee Chang Dong alors que nous attendions la dernière entrée en salle de la journée, mais c’est aussi pour ce genre de conversation semblables à des duels que j’aime le festival (d’autant qu’il avait tort, et moi raison… évidemment !). Tandis que la queue était monstre sur le trottoir pour la seconde projection de Sunny, qui verrait le réalisateur répondre aux questions des spectateurs à l’issue du film, nous étions un comité beaucoup plus restreint décidé à aller voir Re-encounter, un nouveau film de la section « Paysage ».

Pendant 1h20, j’ai cru que je tenais déjà LA révélation du festival. Une petite merveille de film où la douceur et l’amertume s’entrechoquent avec grâce. Pendant 1h20, le film fait presque un sans faute. Il noue l’histoire de Hye-Hwa, une jeune femme recueillant les chiens errants chez elle et travaillant chez un vétérinaire. Un jour, son ancien petit ami refait surface, à son grand désarroi. Elle voudrait qu’il disparaisse, mais lui revient vers elle, et lui apprend que la petite fille qu’ils avaient eu cinq ans auparavant est toujours en vie, contrairement à ce qu’ils pensaient, et qu’elle aurait été adoptée. Sans fausse note, avec une maîtrise esthétique remarquable pour un si petit film, le jeune réalisateur Min Yong-Keun parvient à donner vie à ses personnages avec un beau réalisme. On est loin de la platitude de Come Closer vu quelques heures plus tôt. Ici, le réalisateur parvient à donner un corps et une âme à ses personnages, ils sont filmés au plus près, parlent la douleur, l’absence, l’incompréhension avec une réelle épaisseur. Avec finesse et subtilité, Re-encounter se fait drame sur la difficulté à surmonter l’absence et le manque, malgré les affections de substitutions. Les questionnements et doutes des personnages sont abordés avec sensibilité.

La déception pointe pourtant dans la dernière demi-heure, lorsque le réalisateur, par ses choix scénaristiques, ne parvient pas à maintenir cette délicatesse dans son sujet. Il s’embourbe un peu dans le fantasque pour ce qui est des réactions de ses personnages. Quelle aurait été mon émotion si j’avais trouvé jusqu’au bout cette justesse ? Au lieu de cela, un regret va s’associer au film, tant les promesses étaient belles, et même plus que des promesses tant le film subjugue presque tout du long. Malgré cet accroc final, nul doute que Re-Encounter fait partie des films importants du festival, et que la délicatesse de la jeune comédienne Yoo Da-in m’a touché.

J’en suis sorti à minuit, trouvant le directeur du festival attendant que le réalisateur de Sunny en ait fini avec ses spectateurs parisiens. Mais cela je vous l’ai déjà raconté n’est-ce pas ? L’air était doux, la journée marathon achevée. Quelques heures pour la coucher sur papier et dormir, avant de remettre ça le lendemain.

jeudi 13 octobre 2011

Festival Franco-Coréen du Film 2011 : coming out, ellipses et sous-titres en folie...

FFCF 2011, deuxième jour. C’est maintenant que les choses sérieuses commencent. Le bonbon sucré offert en ouverture est dans le rétroviseur, et il est désormais temps de partir à l’aventure vers des sentiers moins balisés. Pour l’occasion, les projections du jour quittent la salle de la tranquille rue Git-le-Cœur pour investir celles donnant directement sur la rue Saint-André des Arts, promettant le feu des projecteurs au Festival après la tranquille rue Christine des éditions précédentes.

Est-ce cette nouvelle position stratégique ou une réelle curiosité grandissante des cinéphiles parisiens ? Il nous faut peu de temps avec mon comparse ID de Made in Asie pour remarquer qu’il commence à y avoir une jolie petite file d’attente devant le cinéma pour la salle projetant Miracle on Jongno Street. Hormis les têtes habituelles que je reconnais, il semble effectivement que le FFCF commence déjà à attirer de nouveaux amateurs. Les rangs sont loin d’être vides, ce qui n’était pas gagné d’avance pour un documentaire traitant de l’homosexualité en Corée du Sud.

Le cinéaste Lee Hyuk Sang, lui-même gay, suit quatre hommes homosexuels dans leur quotidien, entre coming out, vie sociale, rapport à la sexualité… Pour ceux qui avaient assisté à l’édition 2009 du Festival Franco-Coréen du Film, 3xFTM leur reviendra sûrement en mémoire à la vision de ces quatre portraits coréens. Un réalisateur galérant pour monter ses films tournant autour de l’homosexualité, un activiste des droits des homosexuels ayant du mal à distancer sa vie personnelle et sa vie professionnelle, un cuisinier craignant de faire son coming out et trouvant son bonheur dans le chant, et un activiste dans la lutte pour la reconnaissance des droits des séropositifs.

Quatre portraits qui sont l’occasion de s’immiscer dans le versant queer de la Corée qui reste assez méconnu, et donc curieux et passionnant. Il y a chez chacun de ces hommes assez de vérité, de doutes, d’interrogations, d’espoir et de désillusions pour rendre le documentaire intrigant. Ce qui semble un peu regrettable, c’est la forme sous laquelle Lee Hyuk Sang a choisi de brosser ces histoires, à savoir quatre portraits successifs et distincts, quatre chapitres de près de trente minutes chacun, à découvrir l’un après l’autre. Or il y avait peut-être mieux à offrir dans la forme pour mettre le fond du film plus en valeur. Casser un peu ce montage propre et lisse pour faire s’entrechoquer ces destins, mettre ces portraits en parallèle plutôt que les aligner en quatre blocs massifs qui tendent trop vers la longueur. Le réalisateur a sûrement voulu les mettre ainsi sur un pied d’égalité, voulant éviter que l’un polarise l’attention.

Les vérités, qu’elles soient murmurées ou assénés dans Miracle on Jongno Street, ont tout de même suffisamment de poids pour rendre le film fort. Les coulisses du cinéma indépendant gay sont parfois édifiantes, le combat des séropositifs pour se voir accorder des droits élémentaires est inspirant, et le destin de ce cuistot chantant et dansant à travers le pays est des plus touchant, surtout lorsqu’il laisse échapper des phrases lourdes de sens sur ses contradictions par rapport à son homosexualité et sa relation avec ses proches auxquels il n’ose avouer son homosexualité. « Je ne peux pas l’avouer à mon grand frère, il ne l’accepterait, et je le comprends, moi-même si j’étais à sa place je ne l’accepterais pas ».

Avec un différent montage, le film m’aurait certainement fait très grande impression, malgré quelques portes ouvertes bien enfoncées par le film, à moins qu’à l’échelle de la Corée, ces portes-là étaient-elles désespérément fermées…

Tout au long de Miracle on Jongno Street, les protagonistes du documentaire semblent en train de manger ou cuisiner, et à la sortie de la salle, l’estomac crie famine, et ce n’est qu’après l’avoir calmé avec autorité qu’une opération file d’attente se met en place jusque devant le « Théâtre Superérotique Chochotte » voisin pour aller se poser devant le second film du soir, Bleak Night. Si Miracle on Jongno Street était un des long-métrages en compétition, Bleak Night est le premier long-métrage du jeune cinéaste Yoon Sung Hyun, invité du FFCF 2011 pour lequel il rencontrera le public parisien samedi soir. Écrire sur ce long-métrage n’est pas chose aisée après la projection de mercredi soir, tant celle-ci m’a été douloureuse sans que la qualité du long-métrage en soit la cause.

J’ai souffert tout du long à cause… du projecteur de sous-titres. Je sais cela semble idiot, mais je n’ai jamais caché… comment dire… ma maniaquerie dans une salle de cinéma, et il y a certaines choses qui me sortent totalement d’un film. Parmi elles, la lumière. Souvent, celle-ci se matérialise sous la forme de Smartphones que leurs propriétaires allument en cours de film pour checker leurs emails ou lire un sms (je milite ardemment pour le bannissement des salles de cinéma de tels individus !). Mercredi soir, la lumière est apparue dans la salle 1 du Saint-André des Arts, donc, sous la forme d’un projecteur à sous-titres.

J’étais assis deux rangs derrière cette machine ô combien précieuse pour nos offrir des sous-titres bienvenus, mais une machine projetant une lumière vive insupportable sur le siège situé devant elle. Et moi, cette lumière reflétée sur le siège était là, dans mon axe de vision, broyant l’ombre de la salle pour se faire une place entre les têtes, sous l’écran. Elle était là, tâche insupportable et difficilement évitable, crânant sous mes yeux, détournant trop souvent mon attention de l’écran. Car au lieu de suivre les dix premières minutes du film, je cherchais la position idéale pour que ce maudit éclair lumineux ne reste pas dans mon champ de vision pendant la projection. Bien droit dans mon siège, affalé sur le côté gauche, tassé sur moi-même, penché en avant, appuyé sur mon voisin de droite, je me suis remué dans tous les sens tout du long du film, en fonction des mouvements des têtes me séparant de la lumière.

Comment donc me concentrer sur Bleak Night en même temps ? Ce fut dur, ce qui est d’autant plus regrettable que le film n’est pas du genre linéaire et simple, mais un drame complexe et nuancé, s’appuyant sur des ellipses, des flashbacks, des non-dits, des arrière-plans… Bref un film qui nécessite une attention de tous les instants, luxe que je n’ai pu m’offrir. Cette histoire d’un père interrogeant les camarades de classe de son fils lycéen récemment décédé pour tenter de comprendre ce qui s’est passé recèle à l’évidence une belle richesse dans le traitement de ses personnages. Ma concentration diminuée ne m’a pas empêché d’y distinguer l’ambition d’un jeune cinéaste cherchant à échapper aux schémas classiques de la narration, à ne pas laisser ses personnages se complaire dans le manichéisme ou la simplicité, à ne pas prendre le spectateur par la main pour tout lui montrer, tout lui expliquer.

Yoon Sung Hyun joue, il nous égare, dessine plusieurs visages à ses protagonistes, floute nos rapports au temps. Il préfère l’évocation à l’étalage, rendant son film intrigant et défiant, bien que trop long. Bien sûr tout ceci n’est peut-être que l’extrapolation d’un spectateur aveuglé par la lumière, d’autant que pendant Miracle on Jongno Street, les sous-titres étaient si faibles qu’ils étaient à peine lisibles, et que pour Bleak Night, ils étaient assez peu coordonnés avec les dialogues coréens, ce qui a le don de dérouter. Avec quatre films au programme le lendemain, espérons que les sous-titres et moi ferons la paix, sous peine de défaillance physique.

mercredi 12 octobre 2011

Le Festival Franco-Coréen du Film 2011, c'est parti !

L’amateur de cinéma coréen que je suis est toujours heureux lorsque l’automne pointe le bout de son nez. Car si les sorties de films coréens se sont faites rares dans les salles françaises le reste de l’année, comme cela a été le cas en 2011 avec seulement trois longs-métrages à se mettre sous la dent (Ha Ha Ha, J’ai rencontré le Diable et The Murderer), le Festival Franco-Coréen du Film rectifie le tir et nous offre huit jours durant un panorama éclectique de ce que mijotent les cinéastes sous le 38ème parallèle.

Cette année, le FFCF nous arrive plus tôt (merci Père Noël), alors réveillez-vous car si vous n’étiez pas encore au courant, la sixième édition du seul festival de films coréens de Paris a débuté hier soir avec, excusez du peu, le film qui jusqu’à il y a encore quelques jours était le champion 2011 du Box-office coréen, Sunny (il vient de se faire doubler de quelques entrées par Arrow - The Ultimate Weapon, plus de 7.3 millions de spectateurs chacun, tout de même).

Le lieu des festivités a changé, adieu l’Action Christine, bonjour le Saint-André des Arts (les connaisseurs remarqueront que le déménagement n’est pas trop dépaysant). Dès 19h, d’assidus amateurs s’alignaient déjà devant le cinéma afin d’acheter un billet pour la cérémonie d’ouverture. Dans cette petite rue perpendiculaire à la rue Saint-André des Arts, finalement, la rue était à nous, les coréanophiles. Entre les spectateurs attendant de pouvoir acheter leurs places, les invités, les accrédités, et bien sûr les membres du staff, l’atmosphère du festival s’est vite mise en place. Des connaissances retrouvées, des amis croisés, de nouvelles têtes pour des signatures connues, ce premier soir au FFCF – pour les intimes - avait le goût de retrouvailles agréables, en attendant que les portes du cinéma ne s’ouvrent à nous. Le film du soir ne pouvait donc mieux tomber.

De mon septième rang, j’ai vu devant moi se lever l’un après l’autre les invités de la soirée, parmi lesquels l’Ambassadeur de Corée du Sud à Paris et le réalisateur du film lui-même, Kang Hyeong Cheol, chacun venu se fendre d’un petit discours devant la salle. Deux personnes qui donnent du standing à ce festival qui à l’évidence après cette première soirée montre toujours plus d’ambition, et l’on guettera dans les prochains jours si les spectateurs parisiens répondent présent à cet appel plus audible que jamais.

En attendant, les stars de la soirée étaient sur l’écran hier, sept amies qui de nos jours se sont perdues de vue, près de 30 ans après leurs années collèges. Lorsque l’une d’elles se retrouve à l’hôpital avec un pied dans la tombe, les souvenirs de leur jeunesse vont revenir à la surface tandis qu’elles vont chercher à toutes se réunir une dernière fois. Un film comme Sunny en ouverture du Festival Franco-Coréen du Film, c’est l’occasion assez rare de voir sur grand écran un exemple de cinéma populaire coréen quand les spectateurs français que nous sommes ont plutôt l’habitude de voir le cinéma coréen soit par son versant noir comme l’encre, soit par son versant art et essai (voire les deux en même temps).

Alors à quoi ressemble donc un film qui a fait plus de sept millions d’entrées en Corée ? Parfois un peu à n’importe quoi, certes, car entre le va-et-vient constant entre les époques, l’humour quasiment parodique et les bons sentiments nostalgiques, Sunny s’éparpille beaucoup. Ce sont surtout les bons sentiments un peu trop dégoulinants qui ont tendance à se faire trop voyant, même si ce n’est pas une surprise lorsqu’il est posé dès le départ que l’un des personnages se meurt d’un cancer et que ses copines vont tenter de se réunir auprès d’elle une dernière fois. Avec ce point de départ, difficile d’être surpris par le pathos. Mais finalement, cela ne gâche en rien le film. Après tout, cela fait presque partie intégrante de ce genre d’épopée amicale entre deux époques, souvent l’occasion de souligner le temps qui passe et la désillusion des rêves d’enfance non exaucés (c’est exactement le cas ici).

La bonne humeur du film parvient à prendre le pas sur ses exagérations sentimentalistes. On l’aime cette bande de copines grandissant en révérant l’amitié et en faisant les 400 coups ensemble, avec leurs caractères exacerbés et leur humour explosif. Elles s’éclatent et nous avec, autant dans leur jeunesse 80’s bercée de tubes de l’époque (le plus étonnant dans le film reste probablement les clins d’œil assumés à La Boum de Claude Pinoteau, l’héroïne se prenant assez nettement pour la Vicky de Sophie Marceau et le tube « Reality » résonnant plus d’une fois…) qu’aujourd’hui, quadras plus amères qui se découvrent une seconde jeunesse et constatent que malgré les époques et les régimes qui diffèrent, la jeunesse reste la jeunesse.

La joie est suffisamment présente dans Sunny pour qu’on en sorte avec le sourire et qu’on lui pardonne ses excès de guimauve, qui finalement fait aussi partie du charme du film. C’est cela aussi, un panorama éclectique du cinéma coréen, et c’est ce que nous a promis le Festival Franco-Coréen du Film pour cette sixième édition. Alors autant lâcher les violons d’entrée, et réunir le public autour d’un film populaire, comme l’avait déjà fait dans un genre plus musclé The Man from Nowhere l’an passé.
Voilà, le FFCF 2011 est lancé. Prochain film au programme, un documentaire sur l’homosexualité... Vous avez dit grand écart ?

lundi 10 octobre 2011

Drive, quelques lignes suffisent aussi...

Un bolide fonçant à travers la nuit de Los Angeles. A son volant, un homme, gants aux mains, cure-dents en bouche, scorpion brodé sur le dos. Les lumières de la ville se déploient à mesure que la nuit s’installe. Les notes d’un morceau rappelant les années 80 se font entendre. Le pouls de Drive bat fort dès les premiers instants. En fait c’est mon pouls qui bat en rythme avec celui du film, tantôt haletant, tantôt lancinant.

Un pouls ébouriffant, une poussée d’adrénaline tout en luxe, calme et volupté sanglante. L’odyssée d’un super-héros du quotidien sombre et violent, chevalier moderne taillé dans le sang-froid et le mystère, rencontre improbable entre la plus extrême noirceur et la plus pure candeur.

Drive c’est un tempo, une caméra qui glisse sur la ville, une musique qui retentit toujours à l’instant qu’il faut, dans la tonalité la plus inattendue et enivrante. C’est une économie d’effets dans l’action, une économie de dialogues et d’hystérie. Malgré la violence qui se déchaîne, un calme règne. Drive c’est un personnage, surhomme réel, fort et romantique, increvable mais fatigué, dessiné par ses contours, des touches abstraites. C’est Ryan Gosling, minéral et magnétique.

Drive mérite que l’on noircisse des pages d’éloges à son propos. Mais parfois, les louanges les plus simples et courtes rendent tout autant hommage à la grandeur. Il y avait deux films américains à Cannes cette année en compétition. The Tree of Life et Drive. Probablement les deux films américains les plus importants de l’année.

mercredi 5 octobre 2011

Où je retombe en enfance au détour d'un zapping télé...

C’était un mardi soir trop ordinaire et pourtant pas vraiment comme les autres, entre lessive, courses et bureau de poste. A force de repousser les corvées, elles finissent par toutes se chevaucher en une même soirée. C’était un mardi soir où je n’avais décidé d’allumer la télévision que pour m’occuper les yeux le temps de manger, en attendant d’aller écrire mon billet sur Hobo with a shotgun. Je zappe alors, en quête d’un bout de programme agréable à regarder sans risque de rester accroché deux heures durant devant le poste.

J’ai zappé jusqu’à tomber sur le cheval ailé blanc de la Tristar annonçant le début d’un film sur la TNT. Tiens, Hook… En voilà un que je n’ai pas vu depuis longtemps, ça pourrait être marrant de regarder le premier quart d’heure, et après j’éteins. Quand j’ai commencé à regarder le film de Steven Spielberg, je ne doutais pas que j’avais assez vu cette relecture de Peter Pan pour parvenir sans difficulté à m’en détourner rapidement. Pourtant je n’ai éteint que plus de deux heures plus tard, un sourire aux lèvres et un petit frisson me traversant. Un frisson de souvenirs vieux de quinze ou vingt ans.

Le premier souvenir, c’était celui des bus en 1992, arborant tous sur leurs flancs une affiche de film promettant une aventure digne des rêves d’un enfant d’une dizaine d’années. Hook, ou la revanche du Capitaine Crochet. Le réalisateur d’Indiana Jones portant à l’écran Peter Pan, ce personnage qui est le héros de tous les enfants. Robin Williams, Dustin Hoffman, Julia Roberts, Bob Hoskins devant la caméra. En 1992, j’en rêvais de ce film.

Mon second souvenir prend place quelques semaines plus tard au Paramount Opéra. A l’époque, chaque déplacement dans une grande salle de cinéma parisienne est un émerveillement pour le gamin banlieusard que je suis, et le souvenir de mon entrée dans la grande salle du Paramount est indélébile. Nous sommes en retard, le film est déjà commencé depuis quelques minutes, ma mère nous presse, ma sœur et moi, et nous fait asseoir rapidement. Du haut de mes dix ans, la salle et l’écran me paraissent immenses. J’y découvre les aventures de ce Peter Pan ayant grandi et oublié qu’il est Peter Pan. Obligé de retourner au Pays imaginaire pour sauver ses enfants du crochet de son vieil ennemi pirate, Peter doit convaincre les enfants perdus, et lui-même, qu’il est bien Peter Pan. Et retrouver ses aptitudes au combat, pour aller défier Crochet. Une aventure dont on ne peut décoller les yeux lorsqu’on a dix ans.

Mon troisième souvenir est celui des visions répétées du film. La vidéo a souvent fait chauffer le magnétoscope au début des années 90. Une première fois pour découvrir ces premières minutes que nous avions ratées au Paramount Opéra. Et toutes les fois suivantes, pour le plaisir de voler vers le Pays Imaginaire au côté de Clochette, de manigancer avec Mouche, de rêver avec les enfants perdus. Aujourd’hui je ne regarde plus les films comme je le faisais enfant. Aujourd’hui je vois rarement les films plus d’une fois. Ma curiosité pour les films ne me laisse que peu de temps pour les revoir lorsque j’en ai tant à découvrir. Il y a quinze ans, l’envie de plonger encore et encore dans les univers cinématographiques qui me fascinaient était plus forte que la curiosité. C’est une caractéristique de l’enfance, sans doute. Voir et revoir les films nous plongeant dans l’aventure et le rêve.

A cet âge-là, on se croit encore immortel, l’insouciance tourne à plein régime, et rien ne compte plus que voir ces histoires de héros et de bravoure. Un jour, c’était sûr, mon tour viendrait. Moi aussi je vivrais des aventures où il faudrait affronter des méchants, voler au secours des faibles, sauver une jolie fille en danger. Comme Peter, je resterais un enfant. Comme Peter je volerais. Alors inlassablement, la vidéo retournait dans le magnétoscope, Peter Pan oubliait qui il était, Crochet enlevait ses enfants, Clochette le ramenait au Pays Imaginaire, les Enfants Perdus acclamaient son retour, et il finissait par renfiler son collant vert et défier Crochet, en souvenir du bon vieux temps où il était cet enfant qui refusait de grandir.

Steven Spielberg trouvait les mots simples et naïfs pour parler à l’enfant qui verrait son film, c’est aujourd’hui évident à la vision du film. Les répliques sont trop sucrées, les effets spéciaux trop voyants, les couleurs trop criardes. Mais à l’époque, c’est ce qui me faisait vibrer. Les attentes de l’enfance sont différentes de celles de l’adulte. Sa façon de voir les films aussi. Enfant, je me jetais à corps perdu dans les films, je devais les vivre continuellement, les regarder chaque semaine jusqu’à les connaître par cœur, jusqu’à croire que c’était moi, le héros du film. C’était moi, Peter Pan. Et Indiana Jones. Et Marty McFly. Et Inigo Montoya. Et d’autres encore.

Je l’ai tellement voulu, je l’ai tellement cru qu’aujourd’hui encore, leurs paroles résonnent en moi. Les répliques fusent aussi vite dans ma bouche qu’à l’écran. Je ne m’y attendais certainement pas, car la dernière fois que j’avais vu Hook, je ne devais pas avoir plus de 18 ans. Comme si une fois devenu adulte, le monde des enfants qui ne voulaient pas grandir n’était plus fait pour moi. Mais en ce mardi soir de 2011, j’ai reconnu chaque visage, chaque voix, chaque réplique. Ils se sont tous bousculés pour me faire revivre un pan de mon enfance. Et après la lessive, les courses et le bureau de poste, j’ai retrouvé les rêves du garçon de dix ans que j’ai été. Bangarang !

mardi 4 octobre 2011

"Hobo with a shotgun" : de l’Étrange en DVD

Lorsque le programme de L’Étrange Festival était tombé au cours de l’été, le premier film dont le titre m’avait sauté aux yeux était Hobo with a shotgun. Instinctivement, on sait qu’un film comme celui-là n’a aucune chance de sortir en salles en France, alors le voir au planning d’un festival parisien promettant de le projeter dans l’amphi du Forum des images devenait vite un évènement majeur. Malheureusement le film de Jason Eisener faisait partie de ceux ne bénéficiant que d’une projection, lors de la Nuit Grindhouse. Long story short comme dirait Van Damme, je ne l’ai pas vu.

Quelques semaines plus tard le voici qui sort directement en DVD. A l’origine, Hobo with a shotgun est l’une des fausses bandes-annonces de Grindhouse la version double de Boulevard de la mort et Planète Terreur, sortis en un seul film aux États-Unis. Le jeune réalisateur canadien Eisener avait gagné le concours de fausses bandes-annonces Grindhouse au South by Southwest Film Festival, avec celle de Hobo with a shotgun. Quatre ans après Grindhouse, c’est la seconde bande-annonce à se voir transformée en long-métrage, après le réjouissant Machete l’année dernière.

Bien sûr, Hobo with a shot gun est très ancré dans le cinéma d’exploitation. Rutger Hauer y campe un SDF débarquant dans une ville gangrénée par la criminalité impunie, asservie à une famille d’allumés qui se permettent toutes les cruautés envers leurs concitoyens. Ce SDF qui n’est tout d’abord qu’un témoin passif de cette délinquance à outrance va peu à peu montrer sa désapprobation face aux évènements de la ville… jusqu’à attraper un fusil à pompe et faire le ménage dans les rues. A la base de Hobo with a shotgun, il y a son titre. Comme les autres fausses bandes-annonces Grindhouse, c’est d’abord le titre qui faisait le sel de l’œuvre. Le clochard et son fusil à pompe se révèlent être les héros d’un film se situant au croisement du vigilante et de la science-fiction tendance autarcique. Le politiquement incorrect hautement parabolique y côtoie le jouissif de la plus pure série B.

Le grain passé de l’image, cette Amérique profonde sans âge, ces bad guys diaboliques, cette demoiselle à sauver, Hobo with a shotgun joue avec les codes du cinéma d’exploitation, et plus généralement de la série B américaine. La violence y est déployée à outrance, ne laissant que des corps en charpie sur le passage de ceux qui s’affrontent. Étonnamment, c’est Gregory Smith, le gamin de Small Soldiers, dont j’avais presque oublié l’existence, qui campe l’un monstres sans états d’âmes qui croisent la route du SDF dézingueur. Une bouffonnerie inattendue qui ne fait qu’accentuer la stature de Rutger Hauer, lui qui a su par le passé conjuguer un charisme inquiétant avec une propension au tragique poétique.

Longtemps lorsque je pensais à Rutger Hauer, je le revoyais à genoux, sur un toit, la pluie glissant sur lui face à Harrison Ford, donnant vie à un monologue bouleversant d’humanité pour un replicant. "I have seen things you people wouldn’t believe…" La première fois que j’ai vu Rutger Hauer dans Blade Runner, je n’aurais jamais cru le voir un jour en SDF justicier des rues explosant les corps à coups de fusil à pompe. Pourtant, sur mon écran de télé à défaut d’une salle de cinéma, j’ai vu Rutger se noyer dans le sang et la folie (une fois de plus ?), avec ce troisième degré conférant au film un humour électrisant. Le replicant se serait bien marré.

lundi 3 octobre 2011

"Le Petit Prince" est-il taillé pour le court-métrage ?

Je commence à bien la connaître, la salle de projection de l’ESRA. Sur les bords de Seine, à quelques encablures de la Tour Eiffel, c’est ici que pour la troisième fois, la cinéaste en herbe Leah Marciano m’invite à la projection d’un de ses courts-métrages, après Dustland il y a un an et Paper Planes au début en janvier dernier. Voir des courts-métrages de jeunes diplômés en cinéma est toujours intéressant. C’est l’occasion de voir des univers se construire et peut-être des voix se créer.

Jusqu’ici, les deux courts-métrages vus de Ms Marciano ont eu des effets contrastés sur moi, et j’étais curieux de voir si son nouveau travail, une adaptation de l’œuvre emblématique de Saint-Exupéry, Le Petit Prince, pencherait plutôt vers la titubation de Dustland ou l’application ambitieuse de Paper Planes. Si ce nouveau court montrait de nouveaux progrès. Ce Petit Prince nouveau arrive sur Terre par une plage normande. Il déambule jusqu’à rencontrer le fameux renard et tenter de l’apprivoiser, tout en se remémorant la Rose qu’il a laissée sur sa planète. Le court-métrage est plutôt fidèle dans le texte et dans le déroulement des évènements au livre de Saint-Exupéry, tout en ayant un peu élagué le récit.

Choisir de porter à l’écran Le Petit Prince est à coup sûr une belle ambition, mais une ambition qui lève à la vue du film une question : Le Petit Prince est-il taillé pour le court-métrage avec acteurs ? Est-il possible, en 25 minutes, avec un acteur adulte, avec des êtres humains dans les rôles des animaux et des plantes, avec une France ordinaire en guise de décors, de rendre justice à l’œuvre originelle ? Si je pose la question c’est bien sûr que j’en doute.
On a tous lu « Le Petit Prince » quand on était gamin, à l’école. Ce qui fait la force du livre, c’est qu’on y trouve plusieurs niveaux de lecture. L’enfant le prend au premier degré, l’histoire fantastique et triste de ce petit garçon perdu dans un monde qui n’est pas le sien. L’adulte voit un peu plus loin entre les lignes. Mais c’est une œuvre qui en appelle à notre imaginaire. C’est le pouvoir de la littérature, cette possibilité d’imaginaire infinie.

Or au cinéma, l’imaginaire n’est pas infini. L’imaginaire est celui que le réalisateur veut bien offrir au spectateur. L’idée de transposer « Le Petit Prince » en film, avec des acteurs, est une belle idée, mais qui ne prend pas. On perd ce grain de magie que les mots permettent. On perd notre propre imaginaire. L’enfant devient un adulte, mais conserve les interrogations de l’enfant, ses répliques, ses doutes. Voir un homme jouer le Petit Prince avec la naïveté de l’enfance le rend trop simplet. Voir un homme aux traits un peu rebelle jouer le renard qui veut se laisser apprivoiser, tout en empruntant les mêmes répliques qu’un renard, nous détache du personnage.

La transposition est une belle idée, mais qui rend le film trop naïf, et aplatit son discours, sa profondeur, ses faces cachées. Leah Marciano trouve de jolis subterfuges pour imaginer le rêve au niveau d’un budget de court-métrage, mais ils ne font qu’accentuer la naïveté et la désuétude d’un tel conte. La belle réussite du film est d’avoir osé, de s’être frotté à Saint-Exupéry avec les moyens du bord. C’est ambitieux et l’ambition vaudra toujours mieux que la résignation. Son ambition se heurte malheureusement à un mur, tant « Le Petit Prince » semble ne pas être fait pour quitter les pages de son livre. L’animation est peut-être la seule à pouvoir rendre justice au ton et à l’imaginaire de Saint-Ex. Détail amusant de ce Petit Prince nouveau, puisqu’on parle d’animation : le narrateur du film est Jean-Claude Montalban, un acteur dont la voix emblématique à bercer nombre d’enfants des années 80 dont je fais partie. Chapeau d’être allé le chercher !
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