mercredi 7 avril 2010

Ces anonymes sympathies éphémères...

Au cinéma, contrairement au DVD que l’on regarde dans son salon, il n’y a pas que le film. L’expérience ne consiste pas uniquement en un tête-à-tête avec une œuvre. Celle-ci se partage et se vit avec d’autres. La plupart du temps, je dois bien avouer que voir son film en ermite a du bon. Pas de seau de pop corn exploré bruyamment par son propriétaire (ça c’était Shutter Island samedi dernier), pas de gamin tenant difficilement en place et se levant toutes les 20 minutes pour aller s’aventurer aux toilettes (Alice au pays des merveilles dimanche soir), et pas de p’tit vieux qui s’endort et ronfle à côté de soi (ça… non ça ne m’est pas arrivé cette semaine, mais bien assez d’autres fois).

Forcément on ne peut pas totalement en vouloir à ceux qui préfèrent rester bien au chaud chez eux, sans ces désagréments notoires, pour déguster les films dans des conditions de calme qu’ils peuvent maîtriser. Mais avant de pénétrer dans la salle, au cinéma, il y a aussi des petits à-côtés étonnants, pour le meilleur et pour le pire. La confrontation entre spectateurs en dit long sur les relations humaines. J’aime ces sympathies fortuites que l’on peut créer en quelques instants avec des inconnus que l’on ne reverra jamais, ces petites étincelles où l’on partage un rien qui nous fait sourire.

Mardi soir, j’étais à l’UGC Ciné Cité les Halles en compagnie d’une amie. Notre choix du soir s’était porté sur Dragons, le nouveau film d’animation de Dreamworks (parfait pour éviter les gamins et obtenir la VO). Alors que l’on attendait l’entrée en salles avec des spectateurs d’une salle adjacente, un mouvement s’est créé lorsqu’il fut annoncé que l’accès à l’une des deux salles se faisait. Encore un peu de patience, ce n’était pas la nôtre. A ma gauche, un couple, fin de la trentaine, n’a pas compris si c’était leur salle qui s’ouvrait. Le mec se tourne vers moi.

« C’est quelle salle qui entre ?
- La 21.
- Ah bah c’est nous. Vous allez voir quoi vous ?
- Dragons.
- [avec le sourire]Oh ? Vous allez voir ça vous ?
- [rendant le sourire] Eh ouais, je vais voir ça ! Vous allez voir quel film vous ?
- [se marrant] Je sais même pas ! Y a écrit « Kitchen » sur le ticket !
- Aaaah, Soul Kitchen !
- C’est ça ! Vous l’avez vu ?
- Oui je l’ai vu, c’est très sympa.
- C’est drôle hein ? Parce que moi j’ai envie d’un truc léger !
- Oui oui c’est une bonne comédie, bien légère.
- Tant mieux. Bon bah vous n’entrez pas en salle vous ?
- Non non, faut attendre encore un peu pour Dragons.
- Bon bah nous on y va !
- Bon film alors !
- Merci vous aussi ! »

Je ne saurais jamais si ce mec relax et sa compagne ont apprécié le film de Fatih Akin, mais quelques jours après avoir vu un homme et une femme se traiter de « connasse » et de « pédé » à une caisse de cinéma pour je ne sais quelle raison triviale, partager une éphémère discussion anonyme mais joviale en attendant d’entrer en salle, cela fait partie des petits plaisirs que ne parviendra jamais à offrir une soirée DVD, contrairement à une salle de cinéma.

Et Dragons, me demanderez-vous ? Une réussite visuelle qui sait se montrer éblouissante, au service d’un univers de vikings chasseurs (ou dresseurs) de dragons, où les forts accents scottish adultes (Gerard Butler, Craig Ferguson) et ceux adolescents américains (Jonah Hill, Christoph Mintz-Plass) dessinent une atmosphère générale forçant la sympathie. Parfait pour un ciné de semaine.

mardi 6 avril 2010

Perdu au Pays des merveilles

La journée avait commencé dans le malaise. Un film mexicain joliment mais froidement maîtrisé, Daniel y Ana, comparé ici et là au cinéma de Michael Haneke, vu dans la crispation qui sied bien au MK2 Beaubourg. Bienheureux celui qui ne se sentira pas mal devant ce frère et cette sœur kidnappés et menacés de mort s’ils n’acceptent pas de se laisser filmer en plein acte sexuel.

Peut-être m’aurait-il fallu un film exceptionnel après cette plongée douloureuse dans les ravages psychologiques faisant suite à cet acte forcé. Cette sœur bouleversée faisant l’effort de remonter la pente et de surmonter cet épisode traumatisant. Ce frère plus en retrait, tiraillé entre la culpabilité et un sentiment qu’il a dû mal à contenir. Cette douleur sourde qui découle de cet acte imprime l’image, et laisse clairement entrevoir des conséquences comportementales irrémédiables sur ces protagonistes. Le malaise ronronne avant de rugir avec évidence, conduisant vers un dénouement inexorablement perturbant mais par trop prévisible.
Daniel & Ana est une mise en bouche amère pour une journée cinématographique, et m’aventurer dans la version Burtonienne d’Alice au Pays des Merveilles après le malaise mexicain offrait au moins la perspective d’une évasion bienvenue.

Si Tim Burton m’a un jour séduit, amusé, emballé, ce jour est lointain. En y réfléchissant c’est étrange car mon rapport au cinéaste américain est peu ou prou similaire à celui du japonais Kitano que j’ai relaté il y a quelques jours. Des années 90 fantastiques, des années 2000 décevantes. Dans le cas de Burton, la poésie sombre et mélancolique d’Edward aux mains d’argent ou l’humour corrosif et débridé de Mars Attacks ! ont laissé la place à des univers de pacotilles, grandiloquents mais désespérément creux.
Le remake inutile de La planète des singes, l’univers acidulé tournant mollement en rond de Charlie et la chocolaterie, le ridicule d’un Sweeney Todd faussement sanglant mais véritablement niais, m’ont fait largement oublié qu’à une époque, Tim Burton représentait autre chose qu’un instrument de studio sans âme.

Je me suis rendu à Alice aux Pays des Merveilles sans conviction, et sans franche envie. Mais certains noms du cinéma continuent à laisser espérer qu’un jour la flamme reviendra. Un semblant de flamme traversait Big Fish il y a quelques années, mais hormis ce film, le dernier Burton à m’avoir séduit était bien Mars Attacks ! il y a… bientôt 15 ans ! Le dernier Burton en date, Sweeney Todd, m’a pratiquement fait hurler d’horreur, et pas au sens où le cinéaste l’entendait. Je n’attendais donc pas énormément d’Alice. Heureusement, car dans le cas contraire, je serais tombé de haut.

Bien sûr, si l’on a beaucoup parlé d’Alice au pays des merveilles ces dernières semaines, c’est parce qu’il s’agit du premier film majeur à sortir en 3D après le triomphe planétaire d’Avatar. Ils seront nombreux les films à surfer sur la vague 3D, dans les mois et années à venir, mais pour le moment il ne s’agit pas là de films pensés pour la 3D, et tournés comme tels. Le film de Burton a été tourné comme un film « 2D », et customisé pour la 3D. Je me suis donc rendu sans scrupule ni regret aucun à une projection du film sans la brûlante 3D.

Je ne doute pas que j’ai bien fait, tant cette version « plate » m’a déjà trop encombré les papilles visuelles de superflu et de fourbi lassant. L’œuvre de Lewis Carroll, j’ai grandi avec, entre l’écrit et ses adaptations animées, du long-métrage de Disney à la série. Burton a choisi de s’en écarter pour imaginer une suite à « Alice au pays des merveilles ». Une suite dans laquelle Alice retourne au Pays des merveilles des années après sa première visite, et doit de nouveau se frotter à la Reine Rouge, au Chapelier fou et au Chat invisible.

L’idée aurait pu être bonne, si l’univers qu’a imaginé Burton était pourvu de sens et de légitimité. Or, narrativement ou visuellement, son Alice est à la ramasse. Un récit précipité qui montre très vite ses limites, hésitant entre la réinvention et l’acquis. Burton semble incapable de se décider entre l’hommage et le détournement, entre une ligne Disneyenne light et un univers sien plus enlevé. Son Alice picore dans les deux tons avec fadeur.

Visuellement, c’est le pompon. Le cinéaste a eu cette idée farfelue pas vraiment lumineuse de laisser aux ordinateurs le boulot, et qu’on le ressente parfaitement à l’écran. Si c’est un hommage à l’univers animé d’Alice avec lequel on a grandi, c’est peine perdue. Le rendu est criard et loin du merveilleux. Quant aux décors, Burton et son équipe donnent l’impression de se reposer sur ce qui a été fait dans l’heroic fantasy cinématographique ces dernières années… en moins bien. Comment ne pas reconnaître dans ces palais tour à tour lumineux et sombres, dans ces champs de batailles désolés et ces ruines l’influence très prononcée du Seigneur des Anneaux et du Monde de Narnia ? Comme si le réalisateur s’était dit « Les gens ont adoré le mélange de merveilleux et de médiéval qu’on trouve dans ces films, c’est ce qu’il faut faire avec Alice au pays des merveilles ! ». L'apothéose tient dans une danse que nous offre Johnny Depp en fin de film, sur une musique moderne. Un instant de ridicule affligeant prêtant plus à la consternation qu'au rire.

Tim Burton sera président du jury au Festival du Film de Cannes en mai prochain. Espérons qu’il saura faire preuve de plus de discernement au moment de remettre la Palme d’Or. Pour le moment, il semble perdu.

mercredi 31 mars 2010

Coup de foudre à Bercy

A vous qui découvrez ce titre en pensant que je vais vous conter comment j’ai eu un coup de foudre amoureux au cours d’une séance, vous vous méprenez. Il s’agit de l’autre coup de foudre, non métaphorique, à prendre au pied de la lettre. Les projections perturbées le sont régulièrement de manière diverses et variées, mais alors que l’engueulade entre spectateurs, les problèmes de son, ou la bande de jeunes qui commentent le film en live sont presque monnaie courante, j’ai expérimenté lundi soir une perturbation inédite.

C’était à l’UGC Ciné Cité Bercy, devant le film Blanc comme neige de Christophe Blanc. Petit polar d’inspiration "Coenienne", le film est tout à fait mineur et n’est pas promis à une pérennité durable d’un point de vue artistique. Pourtant je me souviendrai longtemps de la projection. Celle-ci s’est déroulée normalement pendant plus d’une heure. Peut-être faudrait-il que je vous dise en quelques lignes de quoi il retourne dans le film de Christophe Blanc. François Cluzet y incarne un riche vendeur de voitures qui, suite au décès pas franc du collier de son associé, découvre que ce dernier magouillait avec des mafieux finlandais. Mafieux qui demandent désormais des comptes au personnage de Cluzet, qui va mobiliser ses frères, campés par les excellents Olivier Gourmet et Jonathan Zaccaï, pour se tirer de ce mauvais pas, sans que sa femme ne se doute de la délicatesse de la situation.

Je disais donc que pendant plus d’une heure, la projection de Blanc comme neige s’est déroulée sans accroc. Puis tout à coup, au cours d’une séquence assez tendue durant laquelle la femme, incarnée par Louise Bourgoin, découvre que les trois frangins détiennent un des mafieux, blessé et caché dans un chenil sombre, le temps s’est suspendu dans la salle. A l’écran, le mafieux souffle avec difficulté à Louise Bourgoin : « Allume… allume ! ». Et à cet instant précis, la lumière se rallume dans la salle, et l’écran devient blanc. Un moment de flottement traverse les rangées… que se passe-t-il… comment se fait-il qu’au moment exact où l’un des personnages murmure « Allume », la lumière se fait dans la salle ? Est-ce une blague ?

Évidemment non, au bout de quelques secondes, il paraît clair que quelque chose cloche… Un spectateur du fond de la salle sort (faut assumer de préférer se mettre dans les derniers rangs !)… puis revient quelques instants plus tard avec un employé du cinéma, qui fait l’annonce la plus inattendue qui soit : « Mesdames et messieurs, désolé de cette interruption due à l’orage, la foudre est tombée et a causé une coupure de courant, le film redémarrera dans quelques instants »… Pardon ?? La foudre a frappé le cinéma et a entraîné l’interruption des projections ?! Car je suppose que notre salle n’était pas la seule touchée, toutes les salles se sont certainement trouvées baignées de lumière en pleine projection. Il ne m'était jamais venu à l'esprit jusqu'ici qu'un orage pouvait perturber les projections de films, et je l'ai découvert de façon brutale (et étrangement surréaliste grâce à la réplique qui coïncidait parfaitement).

En vivant cette drôle de situation, je me suis rappelé un autre incident du même acabit, survenu six ans plus tôt dans ce même UGC Ciné Cité Bercy, pour la projection du Sourire de Mona Lisa. A l’époque, le cinéma avait subi une alerte incendie, qui avait causé l’interruption de toutes les séances au son retentissant d’une sirène, entraînant du même coup l’évacuation des salles. Un beau bordel qui avait duré quelques minutes avant que nous ne regagnions nos places et que le film reprenne. Heureusement il s’agissait déjà alors d’un film passable (avec Julia Roberts celui-là).

Mais si la foudre n’a pas entraîné une évacuation aussi grandiloquente que celle du Sourire de Mona Lisa, elle a assurément causé un de ces moments de grâce totalement inattendus que l’on croirait sortie d’un film… « Allume… Allume ! ». Et la lumière fût. Laissant l’écran blanc comme neige.

mardi 30 mars 2010

Un rêve en deux langues

Il n’y a encore pas si longtemps, Kim Ki-Duk était LE cinéaste incontournable de la Corée du Sud aux yeux de la cinéphilie parisienne. Pourtant l’enthousiasme n’est plus franchement de mise à l’égard du travail du cinéaste, malgré la sélection en compétition de son précédent (et pas mal) Souffle. Dream, son nouveau long-métrage (façon de parler, il date de 2008…), est une nouvelle envolée mystérieuse qui n’a plus grand-chose du fascinant qui a pu caractériser son cinéma à une époque.

Déjà, Time, sorti en France en 2007, marquait un clair essoufflement dans l’inspiration du cinéaste, explorant maladroitement la thématique du double, avec ces personnages changeant d’identité en même temps que de visage grâce à la chirurgie esthétique. Ici il est toujours question de dualité, à travers les personnages de Jin et Ran. Lui fait d’étranges rêves qui se produisent au même moment dans la réalité. Elle est somnambule et accomplit les rêves de Jin contre son gré. Les deux sont liés, alors que les rêves de Jin se font de plus en plus violents.

Que Dream soit vaporeux et un peu mou pendant 1h15, et carrément désagréable dans son dernier quart d’heure, ne me gêne finalement pas plus que cela, tant je n’en attendais finalement pas grand-chose. Quelque chose me laisse par contre particulièrement perplexe dans le film de Kim Ki-Duk. Quelque chose d’incongru, et digne de se gratter la tête d’incrédulité : Dream est un film bilingue. C’est un film coréen, qui se déroule en Corée, peuplé de personnages coréens. Pourtant, la moitié des dialogues du long-métrage sont en japonais.

Cette aberration est trop facilement mise sur le compte de l’étrangeté du cinéma de Kim Ki-Duk, repoussant les barrières du réalisme. Si l’on était dans un film clairement fou et barré, cette caractéristique linguistique aurait certainement son rôle à jouer dans le film, et son charme. L’acteur principal de Dream est Jô Odagiri (prochainement à l’affiche du beau film de Kore-Eda Hirokazu Air Doll), japonais donc, et le comédien s’exprime uniquement dans sa langue natale. Sans aucune justification scénaristique. Sans aucun souci dans la cohérence de l’interaction avec les autres personnages. Jin parle en japonais, et tout le monde le comprend sans problème, sans sourciller, lui répondant en coréen.

Kim Ki-Duk aurait dû introduire beaucoup plus d’éléments étranges, mystérieux, loufoques, pour que ce parti pris osé ne dérange pas. A un spectateur qui ne sait faire la différence entre les langues japonaises et coréennes, peut-être ce détail n’est-il pas gênant, moi je n’ai entendu que cela tout au long du film, sans vraiment parvenir à focaliser mon attention sur autre chose. Imaginez un film français dont le protagoniste s’exprimerait uniquement en allemand à tous les autres personnages, sans aucune justification narrative, et sans que cela présente une gêne de compréhension auprès des interlocuteurs français. Le tout dans un cadre 100% français qui ne nécessiterait aucunement un personnage s’exprimant en allemand (mais jouant en apparence un français)... Vous suivez là ? Personne ne tiquerait, à votre avis ?

dimanche 28 mars 2010

Acteur sérieux pour série B ou acteur de série B pour film sérieux ?

Si le sujet abordé ou le talent du cinéaste derrière la caméra sont des moteurs déterminants dans le désir que l’on éprouve à voir un film, les acteurs sont une incontournable vitrine, parfois le petit plus qui nous aide à faire nos choix, d’autres fois l’argument principal de notre envie. Prenez mon week-end ciné. Deux des films que j’ai vu ce week-end, Legion de Scott Stewart et White Material de Claire Denis, n’auraient peut-être pas fait partie de mes intentions cinéphiles du moment (quoi que certains aient du mal à voir une marque de cinéphilie dans le désir de voir Legion) s’ils n’avaient comptés à leur générique deux comédiens qui me tiennent à cœur.

En y réfléchissant, j’aurais probablement de toute façon vu Legion - l'armée des anges, parce qu’une série B dans laquelle l’ange Michael désobéit aux ordres du Tout-Puissant de propager l’Apocalypse sur Terre, préférant se cramer les ailes et descendre défendre l’humanité symbolisée par un petit groupe hétéroclite de beaufs dans un bouiboui du désert américain, ça plait à l’amateur d’atmosphères de fin du monde que je suis. D’autant que la bande annonce nous vendait un affrontement monstrueux entre Michael et sa poignée de protégés contre l’obéissant ange Gabriel, en armure, l’air mauvais, et accompagné en masse.

Bref un programme de série B bien sympa, qui était sur mon radar dès l’annonce de la mise en chantier du film par la simple présence au générique de Dennis Quaid, qui fait partie de ces acteurs dont je vais voir tous les films quels qu’ils soient. Y a des acteurs comme ça, ça ne s’explique pas forcément, et pour moi Quaid en fait partie. Je n’ai raté aucun de ses films en salles depuis 10 ans, et pourtant croyez-moi, le bonhomme a fait des films bien dispensables (Une famille 2 en 1, Les Cavaliers de l’Apocalypse et GI Joe, c’est vous que je regarde !)…

Quaid m’a donc entraîné au Publicis pour voir Legion, dans lequel l’acteur texan campe le propriétaire du bouiboui dans lequel débarque Michael, quinqua usé et désabusé qui sied étrangement mal à Quaid qui en fait des tonnes dans le rôle. La bonne surprise du film, que j’avais presque oublié, c’est la présence de Paul Bettany sous les traits de l’ange déchu. L’anglais frêle au physique à la fois doux et inquiétant fait partie d’une espèce d’acteurs très rare, ceux qui sont bons quoi qu’ils fassent. Quelle que soit le film dans lequel ils apparaissent, du film de luxe à la plus insignifiante série B (dans laquelle ils sont généralement ce qu’il y a de mieux dans le film), ils assurent. Ce n’est vraiment pas donné à tout le monde, et c’est ce qu’apporte toujours Bettany. Je me souviens d’ailleurs qu’il était déjà la seule chose que j’avais apprécié dans le premier film que j’avais vu avec lui, l’inepte Un homme d’exception de Ron Howard.

Dans Legion, Paul Bettany est bien ce qu’il y a de mieux. Il serait un peu fort de dire la même chose de l’acteur qui m’a poussé à aller voir White Material ce week-end. Car le film de Claire Denis est un bon film en soi, contrairement à Legion qui n’est qu’une petite série B. Isabelle Huppert joue la gérante d’une exploitation de café dans un pays d’Afrique en pleine explosion rebelle, menaçant l’exploitation et tout ceux qui y travaillent. Film sensoriel, joliment éclaté dans la forme, économe de mots et juste sur le fond, White Material séduit malgré l’entêtement d’Huppert à camper des personnages souvent peu appréciables, ici froide, peu sympathique et dont l’apparente force cache une déconnexion totale avec la réalité. Elle est une femme aveuglée par son quotidien et ses habitudes, si aveuglée qu’elle ne prend pas conscience que son monde s’effondre, malgré le comportement inquiétant de son fils, malgré les avertissements de son ex-mari.

L’ex-mari, justement, c’est lui qui m’a attiré dans la salle. Christophe Lambert, l’homme qui aimait tant les séries B et tente ces derniers temps de les troquer contre des films plus pointus. L’ancien espoir international du cinéma français, mué au fil du temps en acteur à nanars, a toujours eu mon affection sur grand écran, et c’est avec plaisir que je me délectais de le voir dans un rôle plus ambitieux, bien que secondaire, que ceux dans lesquels il s’était enfermé ces 15 dernières années. Et qui plus est pour une cinéaste française marquée du sceau du cinéma d’art et essai.

En ex-mari d’Huppert, protecteur, les pieds sur terre, mais inquiet, Lambert est irréprochable. Le personnage, sympathique de prime abord car d’apparence plus posé, révèle des failles que l’acteur incarne avec justesse. Si Dennis Quaid ferait bien de délaisser un peu les séries B futiles dans lesquels il s’affiche un peu trop depuis quelque temps, Christophe Lambert serait bien avisé de continuer à afficher sa présence dans un cinéma français qui a certainement de beaux rôles à lui offrir, mêmes secondaires. Réfléchissez-y messieurs…

mercredi 24 mars 2010

Kick Ass : quand le geek devient justicier masqué

C’était inévitable. Depuis le temps que les comic books et leurs divers dérivés font rêver les geeks, un jour ou l’autre ces mêmes geeks allaient forcément être transformés en justiciers dignes de leurs héros préférés. Ils (on) en rêvaient, Mark Millar et Matthew Vaughn l’ont fait. Le premier en créant le comic book Kick Ass, le second en le transposant sur grand écran. Le 21 avril, se faire botter les fesses sera un programme réjouissant…

Rêver d’être un super héros, c’est humain. C’est même presque banal. C’est ce qu’on se dit en voyant le pitch de Kick Ass, et c’est ce que se dit Dave, ce lycéen new-yorkais qui commence à en avoir marre de se faire racketter et d’être invisible aux yeux des filles (enfin, de LA fille). Dave est un avide lecteur de comic books qui traîne tout le temps dans une boutique spécialisée avec ses deux meilleurs potes. Dave se dit qu’après tout, il n’est pas nécessaire d’avoir des pouvoirs pour être héroïque. Un costume commandé sur Internet, une page Myspace, et un nom cool, pourquoi pas Kick Ass, tout cela fera l’affaire. Et un peu de cran, bien sûr. C’est ainsi que Dave se lance dans sa carrière de justicier, bien plus dangereuse qu’il ne l’imaginait. Heureusement pour lui, Dave n’est pas seul. Il fait la rencontre d’un père et de sa fille même pas ado qui font déjà régner la justice dans la ville, avec une dextérité bluffante dans le maniement des armes (du simple couteau à la sulfateuse) : Big Daddy et Hit Girl.

Tout est dans le ton. Une fois celui-ci trouvé, nombre de films trouvent leur sens. Matthew Vaughn trouve rapidement celui de Kick Ass. Imaginez une parodie non moqueuse, proche de l’hommage, aux films Marvel, Spiderman en particulier. Un jeune héros en pleine quête d’identité. Des salauds à combattre, une fille à conquérir, des sidekicks à effets comiques, des alliés précieux. Tout est là, mais avec un tranchant appuyé, que ce soit dans l’aspect sombre (les morts sont nombreux, le sang gicle plus d’une fois) ou le versant humoristique (la vie sociale de ces geeks fait bien rire). Noir et comique à la fois, le mélange aurait vite pu être indigeste sans les qualités de conteur de Matthew Vaughn. Pour ceux qui ont vu Stardust, sa fantaisie joliment 80’s, ce ne sera pas une surprise.

Qui dit talentueux conteur dit personnages réussis, et ceux de Kick Ass ne déçoivent pas. C’est essentiellement par eux que la jubilation fait son apparition. Mais ce n’est pas forcément pour Dave et son alter ego Kick Ass que l’on s’éprend du film. C’est de temps en temps pour les deux potes geeks s’assumant comme tels. C’est de temps en temps pour Chris d’Amico, fils du bad guy, gosse de riche geek esseulé campé par Chritopher Mintz-Plasse (le McLovin de Supergrave bien sûr). C’est surtout, constamment, pour Big Daddy et Hit Girl. Ce père et sa fille immergés dans leur désir de justice. Un père inculquant à sa fille tout ce qu’il sait des armes, tout ce qu’il sait du combat. Une gamine tuant sans hésitation des criminels lorsque d’autres prennent leur goûter.

Big Daddy et Hit Girl sont les vraies stars de Kick Ass, personnages qui apparaissent décalés à première vue, avant de se révéler fiévreux et habités, drôles mais désenchantés et fascinants. Nicolas Cage a rarement été aussi bon ces dernières années qu’en Big Daddy, et la jeune Chloe Moretz dévore la pellicule malgré son jeune âge (elle était déjà l’un des rares éclairs de réussite de (500) jours ensemble). Si Kick Ass est un film si fun et rafraichissant, c’est principalement grâce à ces deux là. Est-ce d’ailleurs lorsqu’on les quitte trop longtemps que le film s’essouffle parfois quelques instants ? Toujours est-il que l’énergie jouissive que nous procure Kick Ass n’est pas constante. Quelques petits coups de mou l’émaillent. Rien qui empêche de s’éclater, mais une pointe de déception dans la capacité du film à maintenir l’allure qu’il atteint parfois avec flamboyance.

Mais c’est un défaut si minime, face à l’excitation que nous procure le film de Matthew Vaughn. Ne m’écoutez pas faire la fine bouche, et allez vous faire botter les fesses le mois prochain !

lundi 22 mars 2010

J'ai goûté au cinéma bulgare

Cinéma coréen, américain, français, japonais, australien, chinois… Un coup d’œil dans le rétro, et je me rends compte que le cinéma européen se fait très occasionnel dans ces pages, comparé aux autres… Peut-être n’en vois-je pas assez. Sûrement. La frilosité me guetterait-elle lorsqu’il s’agit de s’aventurer dans les cinémas de mes voisins d’Europe ? Si c’est le cas, le meilleur remède contre ce genre de comportement, c’est d’en voir un bon. Plusieurs c’est encore mieux bien sûr, mais en voir ne serait-ce qu’un, de temps en temps... Pour éprouver du désir pour le cinéma européen. Ca tombe bien je viens d’en voir un. Un très bon. Un qui donne envie d’oublier la frilosité.

De tous les coins du cinéma d’Europe, celui de l’Est est celui qui inlassablement me fait le plus peur et échoue à me motiver. La critique a beau s’enflammer sur l’émergence du cinéma roumain, je n’ai pas eu le courage de croquer dedans. La dernière fois que je me suis aventuré (cinématographiquement) en Europe de l’Est, je crois que c’était pour Katyn, d’Andrzej Wajda. Je ne regrette jamais d’avoir vu un film, mais après coup je me suis tout de même dit que celui-là, si je l’avais raté, je m’en serais remis.

Pour la première fois depuis quelques mois, j’ai de nouveau éprouvé l’envie de voir un film d’un pays d’Europe de l’Est. C’est rare. Ce qui est encore plus rare, c’est que j’en suis sorti loin de la déception. Eastern Plays est un film bulgare, un pays peu représenté dans les salles françaises (certes leur rendement niveau production ne doit pas non plus être du niveau d’autres pays d’Europe). Un premier film, qui plus est. Bien sûr, être passé par le Festival de Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs (et y être bien reçu), aide à trouver par la suite un distributeur en France. Tant mieux.

Ce qui me rebute souvent dans le cinéma d’Europe de l’Est, c’est le caractère sombre, voire glauque du cadre dans lequel les cinéastes choisissent de poser leurs sujets. Et le traitement qui va avec. Le réalisateur Kamen Kalev nous envoie lui une plume plutôt qu’un poids, et esquisse son histoire pourtant peu joviale avec une certaine luminosité. Car en fait de glauque, le sentiment qui se dégage d’Eastern Plays est celui d’une profonde mélancolie.

La caméra s’attache à Christo, trentenaire, bossant pour une fabrique de meubles mais rêvant à une vie où il pourrait se consacrer pleinement à son art, la sculpture sur bois. Il a une petite amie auquel il n’est pas attaché, des parents qu’il voit peu et un frère qu’il voit se laisser entraîner vers la violence. Il glisse à travers la vie sans parvenir à y voir de la joie, et se noie dans l’alcool du matin au soir. Un éclair de lumière entre pourtant dans sa vie lorsque, une nuit, il défend une famille turque agressée par une bande violente.
Pour Christo, éprouver de l’empathie pour son prochain est une inconnue qu’il aimerait maîtriser. Il a beau être un brave gars serviable, il ne ressent rien. Paradoxe d’un rêveur qui ne croit pas en ses rêves, d’un artiste qui n’a pas le courage de goûter à l’aventure. D’un rebelle empêtré dans son quotidien et ses démons.

Le plus beau cinéma est celui qui sait se montrer lumineux. Il ne s’agit pas de mièvrerie, de bons sentiments ou de happy end. Il s’agit de transformer la noirceur en mélancolie. De transformer le noir en gris. De maintenir vivante, vibrante, l’étroitesse qui sépare la tristesse de l’espoir, un cocktail de désenchantement qui plonge un film entre chien et loup. Pendant 1h25, c’est à cela qu’Eastern Plays nous invite, à cet instant où le prisme de la société bulgare se trouve observée à travers le destin indécis et délicat de cette âme en peine à la recherche d’envie. Un instant inattendu où un certain cinéma européen se rappelle à mes goûts cinématographiques.

Petite parenthèse, l’acteur Christo Christov, apparemment très proche hors caméra du personnage qu’il incarne dans Eastern Plays, est décédé pendant le tournage. Comme si le film n’était pas suffisamment teinté de désenchantement…
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