Voilà plus d’un an que je cours après « Room
237 », le documentaire consacré aux interprétations de
« Shining » de Stanley Kubrick par une poignée d’amoureux du
classique. Le film de Rodney Ascher était présenté à Cannes à la Quinzaine
des Réalisateurs en mai 2012. J’ai failli le voir à la reprise du Forum des images quelques jours après la présentation
cannoise… avant de le rater… puis j’ai de nouveau eu l’occasion de le voir en
septembre suivant à l’Étrange Festival…
pour le rater une fois de plus. Les mois ont passé, et enfin un jour de juin
2013, le distributeur Wild Bunch a sorti le film dans les salles
françaises.

Jusqu’à ce que le documentaire me rattrape sans prévenir,
au détour d’une consultation de Pariscope alors que je cherchais un film à
caser du côté du Quartier Latin avant d’aller voir « Les Sept
Samouraïs » à la Filmothèque un peu plus tard dans la soirée. C’est là que
je suis tombé sur le programme du MK2 Hautefeuille et que j’y vis apparaître le
titre « Room 237 ». « Bon sang, Room 237, je l’avais zappé, je
l’ai toujours pas vu !! ». Nous étions mardi soir, et dès le
lendemain, le risque était grand que le film disparaisse de la salle, et
peut-être des écrans parisiens. J’étais
dans le métro, impossible d’aller consulter Internet pour vérifier si le film
serait toujours à l’affiche le lendemain, et la séance était dans moins de 30
minutes. Bien, ce serait donc « Room 237 » avant « Les Sept Samouraïs »,
sans l’ombre d’une hésitation, pas besoin de chercher un autre film.
Le film évoque donc « Shining » de Stanley
Kubrick et la fascination que le film exerce sur les cinéphiles. « Room
237 » s’attache à interroger une poignée de fans absolus du classique de
Kubrick pour qu’ils nous livrent leurs interprétations (souvent très
personnelles) de l’adaptation du livre de Stephen King. Ces passionnés n’apparaissent
jamais à l’écran, on ne fait qu’entendre leurs voix commentant les images du
film de Kubrick. Les interprétations défilent, parfois élucubrations, parfois d’une
acuité confondante (du moins le pense-t-on). Le film n’offre jamais rien d’officiel
quant à ce que Kubrick a voulu faire avec Shining, il s’agit d’offrir la parole
à quelques amateurs obsédés par l’œuvre et ayant un degré d’observation et d’interprétation
particulièrement poussés.

Mais Rodney Ascher va plus loin. Au-delà des témoignages
autour de Shining, c’est bien un portrait de Kubrick qui se dégage, une mise en
lumière du maniaque du détail qu’était Kubrick, de cet as de la mise en scène
qui pensait chaque plan dans les moindres détails. Quel que soit le degré de
vérité des interprétations, il est impossible de regarder « Room 237 »
et de penser que tout n’est qu’un hasard et que « Shining » n’est qu’un
film d’épouvante adapté d’un best-seller, à regarder au premier degré. Sous son
apparente simplicité narrative se trouve une telle densité de détails et d’informations
que le film étale une puissance incroyable. Il est d’autant plus fascinant à
décortiquer, analyser et interpréter qu’il est un film parfaitement regardable
et appréciable au premier degré.

Le cinéma naît d’un scénariste, ou d’un cinéaste, ou d’un
producteur, mais quel que soit celui qui a la paternité d’un film, une fois qu’il
se trouve sous les yeux d’un spectateur, celui-ci le fait sien et le modèle
selon celui qu’il est. Il se persuadera que sa vision est la bonne, celle du
cinéaste. Mais au fond, il existe autant d’interprétations qu’il existe de
spectateurs.
5 commentaires:
Je suis tout à fait d'accord avec l'idée que le public s'accapare l'oeuvre pour la faire sienne. C'est justement ce que je trouve fascinant dans l'art. J'ai l'impression que, chez certains artistes plastiques, le public EST l'oeuvre, même, tant ce qui est créé est sujet à interprétations diverses.
Je n'ai pas vu "Shining", dis donc ! C'est une lacune qu'il me faut réparer, mais, côté Kubrick, c'est "2001" qui m'est tombé le plus récemment sous la rétine. Faute d'avoir vu "Shining", donc, je ferai forcément l'impasse sur ce "Room 237", mais qui sait si je ne finirai pas par le voir, un jour ? Je trouve le concept plutôt sympa.
--------
Autre chose. J'espère que tu nous raconteras ton expérience de programmateur du Festival du Film Coréen de Paris !
Autre autre chose. "Les sept samouraïs" sur grand écran, c'est énorme, hein ?
Assez d'accord avec toi David. Même si j'ai trouvé le documentaire un peu redondant dans sa forme et un peu trop touffu. J'avais l'impression qu'on en mettait le plus possible. (ils auraient pu faire des impasses)
Sinon, j'espère que tu(vous) nous prépares une bonne sélection pour le festival du film coréen. (notamment ne pas mettre "The Berlin file" qui sera au festival de l'étrange)
Voilà une belle lacune à corriger Martin, avec Shining. Moi je le verrais bien sur grand écran, je ne l'ai vu qu'à la télé.
Quant au Festival du Film Coréen, Nyal, nous préparons une sélection du tonnerre, bien sûr. Et bien sûr, The Berlin File et Confession of Murder, sélectionnés à L'Etrange, n'en feront pas partie, ne t'en fais pas ;)
Perso', je me demande si le FFCP, édition 2013 programmera le très bon "New World" ou l'intriguant "Jiseul"... ;)
Tu verras... ;)
Enregistrer un commentaire