mercredi 16 septembre 2009

J'ai marché sur la Lune avec Sam Rockwell

L’Étrange Festival, dernière. La salle amphithéâtre du Forum des Images aurait difficilement pu être plus pleine que samedi après-midi, pour l’un des films évènements de la manifestation. Quelques semaines après sa sortie américaine, et longtemps avant qu’on puisse le revoir sur un écran hexagonal, Moon a à l’évidence attiré une flopée de curieux, probablement aimantés par une réputation en béton armé glanée par le film depuis ses débuts à Sundance en janvier dernier.

Les places étaient chères pour qui ne voulait pas se retrouver sur les côtés, chacun se ruant sur les sièges les mieux placés (moi le premier rang de l’amphi du Forum me convient donc aucun souci), comme ont pu amèrement le constater Jean-Michel Jarre et Anne Parillaud (ils sont encore ensemble ceux-là ?), exilés dans un coin de la salle.
Mais quel est donc ce petit film de science-fiction déchaînant la curiosité cinéphile ? Le héros se prénomme Sam. C’est un astronaute stationné sur la Lune où, dans un futur proche, l’homme a enfin construit une base spatiale fournissant une énergie essentielle à la Terre. Sam est seul sur le satellite de la planète bleue depuis bientôt trois ans. Dans 15 jours, il sera relevé et pourra rentrer chez lui. Mais quelque chose d’inattendu va modifier son plan de travail…

La science-fiction est un genre aussi codifié qu’il est incontournable. Il est facile de le prendre pour acquis, dès lors il devient indispensable de surprendre le spectateur par une approche originale. Ce que réussit Moon de façon remarquable. Première réalisation de Duncan Jones (pseudonyme qui cache le fils de David Bowie), ce long-métrage qu’on pourrait qualifier de minimaliste dans sa forme (tout le film se déroule dans la base lunaire) ne nous emmène pas là où on l’attend.

De ce que j’avais vu et lu de Moon, je voyais déjà le film suivre un schéma classique pour ce genre de pitch : hypothèse A, l’homme seul dans un espace confiné pète les plombs et a des hallucinations, ou hypothèse B, l’homme seul se trouve confronté à une entité inquiétante. Pourtant il n’en est rien. Duncan Jones explore une autre facette du genre, une facette inattendue, en semant des fausses pistes. Oui, Sam, seul là haut, semble être en train de péter les plombs. Oui, ce drôle d’ordinateur de bord répondant au nom de Gerty rappelle le HAL de 2001 et ne semble pas franchement honnête.

Mais non. Moon, ce n’est pas ça. En même temps, difficile d’en parler sans dévoiler justement la fraîcheur du sujet, même si tout est dévoilé assez rapidement. Il ne s’agit pas d’un film à grands effets, tiroirs et twist final. Moon est une sobre et délicate réflexion sur l’identité. Sur ce qui fait de nous un être humain. Ce qui nous différencie, ou non, les uns des autres. A l’heure du virtuel, et de nos questionnements sur notre rapport à l’espace et au temps, Moon pose un regard fascinant sur un des possibles aspects de l’avenir de l’humanité.

Je ne dévoilerais pas ici le mot clé qui déflorerait trop le plaisir que l’on a à découvrir le film. Il me suffit de mentionner l’irréprochable maîtrise formelle du sujet avec un budget réduit, le remarquable souci du scénario de se tenir loin d’effets inutiles et de sensationnalisme. Il me suffit de mentionner l’extraordinaire performance de Sam Rockwell, seul devant la caméra pendant 1h30, et faisant montre d’une capacité à canaliser son habituelle intensité avec une force incroyable.

Moon fait partie de ces petits films préférant le potentiel philosophique et émotionnel de la science-fiction à l’action et l’aventure. On ne peut que l’en remercier tant le résultat est probant.

mardi 15 septembre 2009

L'Australie sauvage et armée à l'Etrange Festival

L’étrange Festival, deuxième. Avec un peu de retard, mon compte-rendu de la manifestation (déjà close) continue… Après le clinquant Japon féodal, direction les antipodes, avec un film que l’on croyait oublié (pour l’Hexagone). Car si le western australien The Proposition est bien inédit chez nous, et ne sortira en salles qu’en décembre, il date de… 2005 ! Peut-être doit-on ce soudain intérêt français pour ce film à la sortie imminente du nouveau film de son réalisateur, John Hillcoat, dont la très attendue transposition de « La Route » sortira dans quelques semaines. Quelle que soit la raison de cette sortie tardive, on s’en réjouit, car elle est amplement méritée.

Le western, genre immédiatement associé à l’imaginaire hollywoodien, réserve parfois de belles surprises hors des frontières américaines. Oubliez un instant la conquête de l’Ouest, et projetez-vous « Down Under » comme ils disent, à la fin du 19ème siècle. L’Australie est toute fraîche pour les européens exilés sur cette terre sauvage où l’ordre a bien du mal à régner. Deux des frères Burns, redoutables criminels insaisissables, sont attrapés par le Capitaine Stanley, représentant de l’ordre d’un coin paumé. Mais celui-ci s’intéresse plus au troisième frère Arthur, le leader de leur gang, qui vit caché dans la montagne. Il passe alors un marché avec Charlie, un des deux frères arrêtés. S’il tue son sanguinaire frère aîné avant Noël, son jeune frère sera épargné et relâché.

The Proposition ressemble assez peu à un western traditionnel - si tant est qu’une telle chose existe encore de nos jours - malgré un énorme gunfight en ouverture qui met notre instinct sur une mauvaise piste. En réalité, le film de Hillcoat a plusieurs facettes. La première, la plus réussie, est offerte par le rôle du Capitaine Stanley, campé par l’anglais Ray Winstone. Un personnage qui de prime abord semble être une ordure de première, pourri jusqu’à la moelle, alors qu’au fil du film, malgré son aspect rustre, il va peu à peu s’affirmer comme le personnage apportant le plus d’humanité au récit (malgré lui tout de même). En défendant avec force le jeune Burns contre les vautours de la ville, il agit plus par peur des représailles que par conviction humaniste.

La seconde facette du film, plus risquée mais trouvant un parfait équilibre avec l’autre, est celle d’un western tendant plus vers le naturalisme. Il s’agit du personnage de Charlie Burns, interprété par Guy Pearce. Un criminel ayant quitté son frère aîné par dégoût pour les actes de ce dernier, et forcé de le tuer pour sauver son plus jeune frère. Cette quête, elle se fait dans le désert, la montagne, les paysages grandioses, sans pour autant chercher la contemplation. Si ce versant du film lorgne vers un western style Jeremiah Johnson ou L’Assassinat de Jesse James (réalisé par le compatriote australien Andrew Dominik), l’âpreté et la violence demeurent.

Elles demeurent tant et si bien que le film offre un goût de pessimisme profond dans son exploration de l’âme humaine, d’une noirceur évidente sous l’œil de sa caméra envers les hommes et femmes qui ont bâti l’Australie de l’époque. Si l’on ne peut s’empêcher parfois de penser à l’Australia de Baz Luhrman (tourné après) pour ses espaces et certains personnages (ou le rôle miroir de David Wenham), on est loin de l’image plus politiquement correct de la superproduction hollywoodienne.

A quelques semaines de la sortie de La Route, The Proposition montre en tout cas à quel point John Hillcoat est un cinéaste bien choisi pour porter à l’écran le chef-d’œuvre littéraire de Cormac McCarthy, auquel les adjectifs âpre et noir collent aussi parfaitement.

mercredi 9 septembre 2009

Goemon, plongée dans un Japon féodal flamboyant

A quoi reconnaît-on la meilleure programmation cinéphile que l’on puisse trouver à travers Paris ? Bien sûr à ce petit instinct geek, cette conviction personnelle qu’un film médiéval japonais par le réalisateur de Casshern, sorti seulement dans son pays d’origine, est forcément un évènement immanquable. Mais il y a aussi la concentration cinéphile que l’on aperçoit faisant la queue pour la projection. Et croyez-moi, ils étaient nombreux en ce mardi soir, à se presser au Forum des Images pour la 15ème édition de l’Étrange Festival, et en l’occurrence la projection exceptionnelle de Goemon.

Au programme : la seconde réalisation de Kazuaki Kiriya qui avait divisé il y a quelques années avec le trip SF Casshern mais qui nous en avait mis, quoiqu’on en pense, plein la vue. Dans la salle, ils étaient tous là. Fans absolus de cinéma asiatique, cinémaniaques plus ou moins anonymes mais reconnaissables entre tous, ou encore Christophe Gans, le réalisateur du Pacte des Loups étant lui-même un inconditionnel du 7ème Art venu d’Extrême-Orient.
(mon pote Michaël, présent lui aussi pour Goemon, m’a suggéré de consacrer un post sur ce blog à ces spectateurs que je nomme « cinémaniaques », pour que ceux n’en ayant jamais croisés comprennent de quoi je parle… Ca viendra un de ces jours…)

En attendant, avec 20 bonnes minutes de retard, le noir s’est fait dans l’amphithéâtre presque plein du Forum des Images pour nous dévoiler Goemon, épopée située dans le Japon féodal, au 16ème siècle, entre seigneurs, samourais, ninjas, et paysans. Le héros en est Goemon, « maître voleur » comme il aime à se faire appeler, brigand distribuant à la populace les richesses dérobées aux grands. Mais Goemon n’a pas volé toute sa vie. Le passé qu’il préfère cacher est celui d’un redoutable ninja au service d’un grand seigneur. Un nouveau méfait de Goemon va le mettre sur le chemin de vieilles connaissances, et de complots menaçant une paix fragile. Malgré lui, Goemon va devoir faire resurgir le guerrier qui sommeille en lui…

Comme Casshern avant lui, Goemon est un film numérique, tourné en studio avec un énorme travail de postproduction pour incruster les acteurs dans les décors presque entièrement créés par ordinateur. La liberté créatrice offerte ainsi au cinéaste est bien sûr décuplée, Kiriya ayant toute latitude de créer des séquences impossibles avec un tournage en décors naturels. Car si le pitch du film pourrait être celui d’un film en costume « standard », Goemon est bel et bien une œuvre à l’atmosphère visuelle plus proche d’un film d’action ou de science-fiction, avec des effets visuels repoussant les limites du crédible.

L’entrée en matière du film laisse assez craintif, la nature de l’intrigue et des personnages nous lançant sur une fausse piste, ou plutôt ne laissant pas tout de suite entrevoir la densité du scénario. Lorsque celle-ci est dévoilée, que le voleur de grand chemin devient ce ninja torturé solitaire, le film prend une dimension bien plus intéressante, les intrigues se font plus claires, et le récit emporte sans retour possible.

Comme Casshern, Goemon est trop souvent brouillon, pas assez concentré et souvent à la limite du trop plein visuel. Le bouillonnement du film peut facilement se retourner contre lui. Mais il s’en dégage une telle énergie, un tel désir de plonger le spectateur dans un univers fascinant, dangereux, complexe, et empreint d’une richesse narrative indéniable, qu’il est facile de passer outre les défauts qui émaillent le film.

Par bien des aspects scénaristiques, le film d’animation Sword of the Stranger vient à l’esprit à la vision de Goemon. Mais rien d’étonnant à cela, tant le film de Kiriya est empreint de personnages emblématiques d’histoire et légendes nipponnes, dans lesquelles les samouraïs et ninjas maniant le sabre en solitaire sur les routes du Japon sont légions. Si l’on se plait à regarder cette épopée, c’est également grâce à une distribution impeccable, le cinéaste ayant réuni des comédiens de talent devant la caméra, certains venant du cinéma d’auteur japonais (certains habitués de Kitano notamment).

Goemon ne fait pas partie de ces films transcendant leur qualité de divertissement pour se muer en un film indubitablement mémorable, bien que Kiriya traverse assurément son film de réflexions sur le pouvoir, la responsabilité et le sacrifice de soi. Mais la mythologie qu’il parvient à créer vaut bien des films plus maîtrisés, et justifie pleinement sa présence à l’Etrange Festival, qui a travaillé dur pour obtenir à temps une copie du film 35mm avec sous-titres anglais qui était 3 jours plus tôt… dans un festival en Australie.

lundi 7 septembre 2009

Si, ma mère, je suis allé danser


Cette semaine j’ai lu dans « Les Inrocks » le long entretien avec le cinéaste Christophe Honoré, à l’occasion de la sortie de son nouveau long-métrage, Non ma fille, tu n’iras pas danser. Malgré mes difficultés avec un certain cinéma d’auteur français, Honoré reste à l’écart de ces metteurs en scène dont le seul nom me crispe d’avance et me fait aller à reculons vers leurs films. Pourtant dans cet entretien accordé à l’hebdo culturel, Honoré avait le malheur de citer Desplechin et Assayas comme les deux cinéastes qu’il admire le plus dans le paysage cinématographique actuel. Deux parfaits exemples de cinéastes français que je redoute hautement.

Qu’importe l’entretien et la référence, seul le film compte. Lorsque je me suis rendu aux Halles pour le voir samedi après-midi, j’ai craint un instant que le film me serait gâché par mon voisin de gauche, que j’ai tout de suite reconnu lorsqu’il s’est assis à côté de moi comme étant un cinémaniaque particulièrement bruyant lors des projections, celui-ci par son rire strident s’enclenchant plus systématiquement que celui du commun des spectateurs (et pourtant croyez-moi, je n’ai pas le rire discret en salle). Heureusement, mon voisin a décidé au dernier moment que le 5ème rang à mon côté ne lui convenait pas et a préféré descendre deux rangs plus bas (même si Non ma fille… n’est pas franchement une comédie, les pointes d’humour du film ont permis à son rire démoniaque de se déployer).

Revenons au film. Christophe Honoré est un cinéaste prolifique, ayant réalisé quatre films en quatre ans. Comme dit plus haut, malgré sa claire « appartenance » à une mouvance d’un cinéma d’auteur français moderne dans la lignée d’Assayas et Desplechin, son cinéma me parle plus que celui de ces deux références, surtout grâce à Dans Paris et Les Chansons d’amour, ses meilleurs films.
Les 45 premières minutes de Non ma fille, tu n’iras pas danser sont excellentes. Une étude familiale plus proche des rires que des larmes, équilibrée, bien écrite, qui laisse augurer d’un film à la Desplechin (effectivement) mais sans l’austérité, sans l’agacement, sans l’ennui.

C’est alors que surgit l’inattendu. L’impossible. La déception. Christophe Honoré tue le film délibérément, même si ce meurtre est un ressenti bien sûr tout à fait personnel (tout de même partagé par mon pote Michaël présent avec moi à la projection). Le cinéaste insère au milieu de son film une légende bretonne racontée par un personnage, interrompant ainsi le récit pendant un petit quart d’heure. Cet interlude casse totalement le rythme du récit. Au-delà du fait qu’en lui-même, il ennuie sec, l’interlude légendaire brise le film en deux de façon totalement inutile, mettant bien en peine de rattraper le cours narratif du film.

Je me suis trouvé totalement détaché du long-métrage, incapable de raccrocher les wagons, incapable de retrouver jusqu’à la fin du film ce qui avait fait le sel de la première partie, à l’exception de quelques dialogues bien sentis. Pire, cette coupure ne me semblait plus mettre en évidence que la parfaite incapacité à trouver le moindre personnage attachant. Tous autant qu’ils sont, les personnages me sont soudain apparus d’une antipathie cinglante, rapprochant tout à coup sous un jour bien sombre à mes yeux le film d’Honoré à ceux de Desplechin. Dès lors, ma seule hâte était de voir le film se terminer.

Ce n’est pas la première fois que je trouve dans un film de Christophe Honoré un quart d’heure déplacé, inutile, menaçant de tuer son film. Dans Paris comptait en son sein ce même énorme défaut, mais dans ce film, le quart d’heure inapproprié se trouvait en prologue, laissant augurer du pire, avant de finalement laisser place avec brio au trio Duris/Marchand/Garrel. Le problème de Non ma fille…, c’est que le quart d’heure tueur se trouve en plein milieu du film.

Malgré les qualités que je trouve au début du film, j’en suis sorti avec la frustration et l’agacement de sa seconde moitié, me laissant avec un indéniable goût de désillusion dans les papilles cinéphiles. Il m’en faudra bien plus pour adopter la Technikart attitude (le mensuel tire systématiquement à boulets rouges sur le cinéaste), mais au prochain rendez-vous cinématographique avec Honoré, je serai bien plus méfiant. S’il garde le rythme, ça ne devrait pas être bien long…

jeudi 3 septembre 2009

La course à l'arnaque, ou comment rajouter une salle à son répertoire de spectateur


Ce qui est épuisant avec un retour de vacances, c’est que cela implique une soif de rattrapage pour compenser les trois semaines que l’on a pu passer loin de Paris. Quand je rentre de vacances, c’est toujours la même chose, je m’attèle vite à courir à travers Paris pour voir les films sortis pendant mon absence que je ne veux absolument pas rater. Bien sûr, je finis quand même par en laisser quelques uns de côté.

Cette année j’avais été bien prévoyant et nettoyé l’ardoise des films à voir avant de partir. Ce qui ne m’a pas empêché de me trouver avec une liste d’une quinzaine de films à rattraper. Une mission tout à fait surmontable lorsque l’on a le plus grand cinéma de Paris à deux pas de chez soi et des amis cinéphiles prêts à vous accompagner à quelques séances par-ci par-là.

Ce genre de mission de rattrapage a parfois aussi d’heureuses conséquences, comme ce fut le cas mardi soir pour l’opération « Dernière chance pour voir Une Arnaque Presque Parfaite ! ». Depuis le temps que j’arpente les salles parisiennes, il me semble parfois toutes les avoir fréquentées au moins une fois dans mon parcours de spectateur assidu. Or de temps en temps, je tombe sur un cinéma dont les sièges ne portent pas encore la trace de mon jean, et bizarrement, ça m’enchante. L’année dernière, la quête de Hamlet 2 m’avait conduit vers l’inconnu (de moi) L’Épée de Bois, où il s’était avéré que j’étais le seul à m’intéresser à ce film.

La semaine dernière, lorsque je suis rentré de vacances, j’étais persuadé d’être passé à côté d’Une arnaque presque parfaite. Quelle ne fût pas ma surprise lorsque j’ai découvert qu’il restait un cinéma à Paris à projeter le film de Rian Johnson, et qui plus est qu’il s’agissait d’une salle acceptant la carte illimitée que je n’avais jamais fréquenté auparavant, le Saint-Lazare Pasquier (celui qui a deviné tout seul que le cinéma se trouve du côté de la gare mérite un bon point).

Un petit cinéma à trois salles avec caissière presque sur le trottoir. Le film passait en salle 3, à l’étage, pour ses derniers moments à l’affiche dans la capitale française. Une petite salle qui ressemble bien à un ancien balcon d’une plus grande salle, transformé en salle supplémentaire. Quatre rangs de douze fauteuils, plus quelques fauteuils en rab’ en haut à gauche de la salle, le tout faisant face à un écran tout en largeur. Quatre personnes déjà installées au moment où je pénétrais dans la salle aux troisièmes et quatrièmes rangs (les deux derniers rangs quoi !). Moi qui déteste être trop loin de l’écran, dans une salle si petite avec un écran petit, je ne réfléchis pas longtemps avant d’aller m’installer confortablement au premier rang, en plein milieu de la rangée. Avec l’espèce de petite scène montant vers l’écran, c’est parfait pour étendre ses jambes tranquilles comme si j’étais sur mon canapé chez moi. J’ai suffisamment décrit pour que vous imaginiez la scène ?

Le film, dans lequel j’avais placé de beaux espoirs cinéphiles par amour pour le précédent (et premier) film du cinéaste Rian Johnson, Brick, s’est avéré sympathique mais relativement décevant par rapport à ce que j’en attendais. De bons acteurs (Mark Ruffalo, Adrien Brody), des personnages un peu tordus et attachants, mais finalement le scénario joue au malin avec insistance et s’étire trop pour vraiment m’emballer. Après la bouffée d’air enthousiasmante qu’était Brick, c’est un pas en arrière pour Johnson. Ce qui est dommage, d’autant que le film est traversé de beaux morceaux de cinéma, entre la folie douce-amère de Wes Anderson et l’humour noir d’Hal Ashby.

Mais au moins, ma curiosité cinéphile a été assouvie, et j’ai posé l’empreinte de mes fesses dans une salle de cinéma parisienne de plus. Il m’en reste de toute façon encore quelques unes à égrainer avant de toutes les connaître… et c’est tant mieux.

mardi 1 septembre 2009

Au ciné en Corée, la suite !!

Malheureusement, c’est dans le même cinéma que je suis allé à deux reprises à Seoul. Je n’ai pas eu l’occasion d’en voir d’autres que le CGV de Yongsan, un multiplexe situé dans un grand centre commercial. J’ai choisi en fonction du paramètre « sous-titres anglais » et des horaires, ce qui m’a conduit à deux reprises dans ce cinéma.

Mais malgré ma crainte de séances désagréables pleines de pop corn et de spectateurs agités, séances du vendredi soir et du samedi soir en mall oblige, les deux projections se sont déroulées agréablement, devant un public calme et attentif. Bonne nouvelle, les coréens savent se tenir devant un film, ça change de certains spectateurs français ! Parce que par contre, il est difficile de choisir sa place en fonction des spectateurs déjà installés dans la salle.

C’est le contre coup retors à une spécificité plutôt sympa du ciné en Corée : on choisit sa place dans la salle au moment où l’on achète son ticket en caisse. L’employé du cinéma nous montre un plan de la salle, et nous demande de choisir nos places. Ce qui évite quand même de se pointer bien en avance devant la salle pour être sûr d’avoir les places qu’on veut ! Si l’on ajoute que le prix de la place est assez dérisoire par rapport aux tarifs parisiens, avec un plein tarif à à peine plus de 5 euros, on peut quand même conclure que ça vaut le coup d’explorer les salles obscures coréennes.

Surtout lorsqu'il s'agit d'aller voir des films sympas. Comme je le disais hier, lorsque j’ai débarqué à Seoul, seul Haeundae était diffusé avec des sous-titres anglais. Et aucune nouveauté n’est ensuite sortie avec des sous-titres. En revanche, un film sorti une semaine avant mon arrivée, intitulé Take Off, qui jusqu’ici semblait uniquement projeté sans sous-titres, est devenu au fil des semaines la sensation inattendue du box-office, poussant apparemment les autorités cinématographiques à faire circuler des copies avec sous-titres anglais.

Contrairement à Haeundae qui était un blockbuster annoncé, personne n’a vu Take Off venir, cette petite comédie sportive sur l’improbable équipe de saut à ski coréenne s’entraînant pour les JO de Nagano en 1998. Une sorte de Rasta Rockett coréen, avec en toile de fond un sujet plus profond, celui des enfants nés en Corée, abandonnés et adoptés par des occidentaux, qui reviennent en Corée à la recherche de leurs racines, tel le personnage principal interprété par le toujours irréprochable Ha Jeong-Woo (le tueur de The Chaser, c’était lui).

Take Off est un vrai feel-good movie, apportant son lot de rires et d’émotion à travers le parcours iconoclaste de cette bande de skieurs du dimanche en route vers la transcendance sportive et humaine. J’y suis allé parce que le film passait avec des sous-titres, en craignant un simple film sportif, et j’y ai trouvé une histoire contée avec cœur et simplicité. Si l’aspect purement sportif du film n’est certainement pas novateur, le point de vue et le sujet très coréen qui prend le cœur du film font de Take Off un film ayant tout lieu d’être et de trouver son public.

Ce qui est déjà chose faite en Corée, où il est en train de devenir le phénomène de l’été au box-office. Après deux week-ends placé en seconde position au box-office local, juste derrière Haeundae, Take Off a ensuite enchaîné trois weekends de suite en tête du box-office coréen (dont le week-end dernier), cumulant 6 millions de spectateurs en un mois (!!). Les skieurs semblent avoir emporté l’adhésion du public, qui ne semble pas encore prêt à laisser s’éteindre la flamme autour du film.
En revanche inutile de se leurrer, il n’y a presque aucune chance que Take Off atteigne un jour les salles obscures françaises… En revanche bonne nouvelle pour les parisiens, l’excellent Breathless est programmé dans les jours qui viennent au Forum des Images dans le cadre de L’Etrange Festival, à ne pas rater !
Après ces expériences de spectateur en Corée, place aux séances de rattrapage dans les salles parisiennes…

lundi 31 août 2009

Au ciné en Corée !

Voilà, c’est fini. En un clin d’œil, les vacances se sont écoulées, et le retour à la case Paris s’est fait, trop rapidement bien sûr. Ce blog n’a pas pour vocation de vous raconter mes aventures en Corée du Sud, mais ce voyage au bout du monde m’a notamment permis d’explorer les salles obscures de Seoul à deux reprises. Pour voir quoi ? Dans quelles conditions ? Et c’était bien, d’abord ? Réponses…

A l’étranger, la tentation d’aller fouiner du côté des salles de cinéma est grande. J’aime savoir à quoi ressemblent les salles, combien ça coûte, comment se comportent les spectateurs locaux dans la salle, et bien sûr j’aime voir des films qui risquent de ne jamais sortir dans les salles françaises. Lorsque j’étais allé à San Francisco il y a quatre ans, j’avais vu six films au cinéma, en deux semaines de séjour.

Bien sûr, en Corée du Sud, le paramètre linguistique pose problème lorsqu’il s’agit de voir un film. J’ai beau être capable de comprendre des choses par-ci par-là, je suis tout à fait incapable de voir un long-métrage sans sous-titres, à moins de ne pas se soucier de la compréhension du film. Je tends donc tout de suite mon chapeau à celui ou celle qui s’est dit, quelque part dans un bureau de Seoul, « Et si on projetait certains films coréens avec des sous-titres anglais, histoire d’encourager les résidents étrangers à venir voir nos films et pas seulement les blockbusters hollywoodiens ? ».

Depuis quelques mois, certains films coréens sont ainsi sélectionnés pour être diffusés dans certaines salles avec des sous-titres anglais. Le choix semble se faire sur les longs-métrages ayant le plus fort potentiel populaire, comme en témoignent les deux films que j’ai vus à Seoul. Lorsque je suis arrivé en Corée, seul un film à l’affiche était programmé avec des sous-titres anglais, Haeundae, un film (ça tombe bien !) que je souhaitais absolument voir au cours de mon séjour, en amateur de films catastrophes que je suis.

Haeundae, c’est le nom de la plus célèbre plage de Corée du Sud, située à Pusan, la deuxième ville du pays. Le film suit le destin d’une demi-douzaine de personnages vivant dans le quartier, alors qu’un scientifique tente d’alerter les autorités sur les risques d’un tsunami géant dans la région. Evidemment tout le monde prend le scientifique pour un fou, et évidemment il avait raison et un « méga tsunami » déferle sur Pusan.

La mise en place des personnages (et l’arrivée du tsunami tant attendu) a beau être bien longue, Haeundae fonctionne parfaitement comme une parodie de films catastrophe, forçant les traits, accentuant à la fois l’humour et le drame jusqu’à l’extrême. Il n’est plus à prouver que les cinéastes coréens sont capables de s’attaquer à n’importe quel genre malgré des budgets souvent très réduits, et Yoon Je-Kyoon le montre certes maladroitement, mais avec une grande efficacité avec Haeundae. Le film ne joue pas dans la catégorie de The Host, qui était à la fois un gros budget, un film grand public, et un pur film d’auteur, mais Haeundae n’a à rougir d’aucune comparaison avec les blockbusters américains, loin de là (et avec un budget dix fois moindre). La scène du pont suspendu scotche au siège tout en faisant proprement rire.

Haeundae est déjà l’un des plus grands succès de l’histoire du box-office coréen, avec plus de 10 millions d’entrées au compteur (quand on sait qu’il y a moins d’habitants en Corée qu’en France, le chiffre est tout à fait remarquable), le 5ème film coréen à dépasser ce chiffre évocateur, après Silmido, Frères de Sang, Le Roi et le Clown, et le champion toute catégorie avec plus de 13 millions d’entrées, The Host. Il y a 8 jours, Haeundae était encore 2ème au box-office et attirait 500.000 spectateurs au cours de son 5ème week-end à l’affiche. Aura-t-il les jambes pour aller titiller le record de The Host ?

Rendez-vous demain pour la suite du Ciné en Corée…
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