mardi 31 août 2010

Poetry peut-il séduire les spectateurs français ?

Si j’ai pensé un moment que le cinéma coréen tenait peut-être avec Poetry un possible succès public en France, je n’en suis désormais plus sûr du tout. Je pensais qu’un prix à Cannes, celui du Meilleur scénario, et une presse à peu près unanimement enthousiaste suffirait à porter le film vers un résultat sortant le film de la confidentialité cinéphile. Bien sûr je ne pensais pas le film capable d’aller titiller le million d’entrées, mais après tout, 200 ou 250.000 entrées ne semblait pas si irréalistes que cela.

Si la sortie du film a finalement fait chanceler mon espoir, ce n’est pas tant les premiers chiffres du box-office que les réactions de mon entourage après avoir vu le film de Lee Chang-Dong qui en sont la cause. Nous étions sept à être allés voir ensemble Poetry, et à la sortie, seuls deux d’entre nous étions sous le charme, emportés par la conviction d’avoir vu là un beau film. Les cinq autres étaient amplement déçus, un ratio peu encourageant pour la carrière du film.

Je n’ai pas toujours aimé le cinéma de Lee Chang Dong. Peppermint Candy, son second long-métrage, est l’un des tous premiers films coréens que j’ai vu en salles, il y a plus de huit ans, et je me souviens clairement en être ressorti déçu. Ennuyé par un film au ton si étrange, au rythme cassé, qui ne seyait pas du tout au spectateur que j’étais alors. Mon aversion pour Peppermint Candy m’a tenu à l’écart d’Oasis, le film suivant de Lee Chang-Dong, malgré les nombreux prix collectés à l’époque par le long-métrage à la Mostra de Venise. Mais les goûts évoluent, ils sont en mouvement perpétuel.

Il a fallu que je tombe plus globalement amoureux du cinéma coréen (en 2004) pour repartir sur de nouvelles bases avec Lee Chang Dong. Il a fallu que je voie Secret Sunshine en 2007, le déchirant drame du cinéaste auréolé du Prix d’interprétation féminine à Cannes, pour comprendre que j’étais enfin prêt pour son cinéma, prêt à voir Oasis que j’attrapai lors d’un festival coréen à la Filmothèque du Quartier Latin.

Et aujourd’hui Poetry. Je suis entré en salles avec plus de conviction et d’envie que huit ans plus tôt. Je suis entré en connaissant Lee Chang Dong, son cinéma, son sens du récit à la fois mesuré dans son rythme et puissant dans son discours. J’y suis entré en sachant que ce ne serait pas un film simple et conventionnel. Je ne peux en vouloir à mes amis de ne pas avoir adhéré à Poetry comme moi j’y ai adhéré. Je suis moi aussi passé par là avec Lee Chang Dong, passé par l’ennui et l’incompréhension. Peut-être changeront-ils d’avis un jour.

Peut-être trouveront-ils ce que j’ai trouvé dans le film de Lee Chang Dong. Un regard acerbe et amer sur la société coréenne à travers le destin de cette grand-mère devant affronter les prémices d’Alzheimer sur un front, et les conséquences de la participation du petit-fils qu’elle élève seul à une série de viols sur une collégienne sur un autre front. Et c’est dans la poésie, dans l’aspiration à savoir écrire quelques vers, que Mija, la grand-mère, va trouver les ressources pour tenir debout.

La recherche de la poésie est la lumière qui guide l’héroïne, ce qui la pousse et l’élève au-dessus de la mêlée. Au-dessus d’une société machiste qui cherche la solution la plus rapide aux problèmes, la solution la moins gênante et encombrante. Dans Poetry, Lee Chang Dong dépeint des pères se souciant plus de l’honneur de leur famille et de l’avenir de leur fils que de l’horreur qu’ils ont pu commettre. Un directeur de collège craignant plus la possible atteinte à la réputation de son établissement que la tragédie réelle qui s’est déroulée au nez et à la barbe de tous. Des adolescents reprenant facilement le cours de leur existence faite de télé et de jeux vidéos après avoir commis un acte révoltant. Des hommes passant outre le malheur d’autrui pour mieux s’occuper de leur propre confort.

Et au milieu il y a cette grand-mère, errante, confuse, un mélange de honte et d’insouciance lui collant à la peau, ayant bien du mal à comprendre ce que l’on attend d’elle. Lee Chang Dong brosse le portrait de cette femme avec patience et finesse, le portant à maturation au travers de ses rencontres, avec les pères désespérant, avec cette mère portant le poids de sa famille et de ses morts sur les épaules, avec ce flic droit et déconneur trouvant dans la poésie ce qu’elle cherche désespérément.

Lee Chang Dong n’a pas peur de faire un film long, il n’a pas peur de ne pas s’apitoyer sur le malheur de ses personnages, il ne cherche pas l’empathie à tout prix. Il se contente de bien écrire, de bien décrire, de bien filmer, et d’être lucide sur les hommes, les femmes, les mères, les grands-mères, les enfants de son pays. Son film est autant un hommage à la poésie qu’un froid constat sur ce qui ne tourne pas rond dans la société coréenne.
Il m’a fallu plus d’un film pour apprécier à sa juste valeur le cinéma de Lee Chang Dong. J’espère que les spectateurs français sauront l’apprécier, par ce film ou le prochain, et finiront par embrasser son œuvre.

dimanche 29 août 2010

Pas de bronca pour Gentlemen Broncos

De nature partageur dans mon enthousiasme cinématographique, je regrette facilement qu’un film me faisant palpiter d’impatience n’ait droit qu’à une pauvre sortie technique, mais soupire de soulagement en découvrant que « Ouf ! », au moins il passe dans une salle à Paris en VO, et donc Ouf ! au moins je ferai partie des rares à pouvoir le voir. Mais lorsque ma propre satisfaction cinéphile égoïste n’est pas remplie, j’ai envie de taper du poing sur la table et de crier « SAPERLIPOPETTE !!! », ou quelque chose d’approchant dans l’idée (mais un peu plus vulgaire).

Cette semaine je pars donc en croisade. Non, le terme est mal choisi. Cette semaine je pousse un coup de gueule à l’encontre de 20th Century Fox France. Depuis des mois, la filiale française du studio hollywoodien avait planifié la sortie en salles de Gentlemen Broncos, la troisième réalisation de Jared Hess après Napoleon Dynamite et Super Nacho. Pour le moment on peut dire que le cinéaste américain est un peu maudit en France, avec aucune sortie digne de ce nom en trois films, et ce n’est pourtant pas faute de faire des films attrayant ou au potentiel culte. Son premier film, Napoleon Dynamite, est une œuvre incontournable du paysage cinématographique américain des années 2000, révélation du Festival de Sundance en 2004 et carton indépendant du box-office US dans la foulée. Pourtant, six ans plus tard, nulle trace du film dans l’hexagone, ni au cinéma ni en DVD zone 2 (heureusement que les imports existent !).

Son second film, Super Nacho, était en revanche sorti en salles, mais en plein été et avec une confidentialité tout ce qu’il y a de plus technique. Je ne me faisais donc aucune illusion sur Gentlemen Broncos, le troisième film de l’auteur, qui contrairement aux deux précédents n’avait pas déplacé les foules lors de sa sortie aux États-Unis l’automne dernier. Un petit bide. Nulle raison donc de penser que le film allait avoir droit à autre chose qu’une sortie dans 10 salles en France.

Mais oh bonne nouvelle, le Publicis annonçait depuis plusieurs semaines la diffusion du film dans une de ses salles à partir du 25 août. Finalement, il serait possible de le voir dans les meilleures conditions qui soient (ma part égoïste prenait le dessus quelques instants à cette nouvelle). Pourtant, patatra, la joie s’est effondrée à la veille de la sortie, lorsque le Publicis annonçait via sa page Facebook que Gentlemen Broncos serait programmé en VF en son sein. Mon sang n’a fait qu’un tour face à ce coup de tonnerre (oui je sais je suis un peu excessif dans ces moments), et j’en ai fait part au Publicis via cette même page Facebook, exprimant ma profonde déception d’apprendre que ce cinéma que je respecte et fréquente assidûment fasse ce choix rédhibitoire à mes yeux.

Le jour de la sortie, je constatai avec amertume qu’effectivement le film était bien annoncé en VF au Publicis, mais surtout que la salle des Champs-Elysées était la seule de Paris à programmer le film de Jared Hess. Malgré tous mes bons souvenirs d’enfance avec les VF des films, j’ai abandonné depuis longtemps les films doublés au cinéma (à la télé ça peut passer), et mon désir de voir Gentlemen Broncos sur grand écran s’éteignit aussitôt.

Le Publicis, en réponse à l’expression de ma déception sur leur page, me fit alors savoir que cette malheureuse programmation en VF était due au fait que le distributeur du film, 20th Century Fox France, ne mettait que cette version à la disposition de la salle. Pas de VO, choix de la Fox. Saperlipopette !!! Comment faut-il prendre ce choix délibéré de la Fox d’exclure la VO pour Gentlemen Broncos ? Une semaine plus tôt, le distributeur avait fait le même choix pour le film Marmaduke, pas de VO. Si le principe de VF pour ce dernier film pouvait se défendre, son caractère le destinant assez clairement aux enfants, il paraît étrange qu’un distributeur affiche un tel mépris pour le public potentiel d’un film comme Gentlemen Broncos. Mais est-ce du mépris, du je-m’en-foutisme, de l’incompétence ?

Mettent-ils donc dans le même panier un Marmaduke et un Gentlemen Broncos ? Que diraient-ils si un tel coup de gueule les intéressait vraiment ? Que ce n’est qu’une sortie technique et qu’ils ont mieux à faire ? Dans ce cas ils seront gentils de ne pas annoncer des mois à l’avance la sortie en salles de leur film. Qu’ils aient la décence de le balancer à la dernière minute, que l’on n’ait pas le temps de nourrir du désir pour le film.

Moi je voulais le voir, Gentlemen Broncos. Je voulais voir cette histoire d’un ado geek écrivant de la science-fiction qui se fait piquer un de ses manuscrits par un auteur star en panne d’inspiration. J’avais envie de voir Sam Rockwell en héros incarné du récit dérobé. Je voulais voir Jemaine Clement en auteur SF veule et dépassé. Mais voilà, à la Fox, on se dit qu’un film sur un chien qui parle ou un film geek du réalisateur de Napoleon Dynamite, c’est la même chose, le public s’en fout de le voir en VF. En six ans, le studio n’a pas été capable de sortir ne serait-ce qu’en DVD Napoleon Dynamite, ce qui ne l’empêche pas de laisser la mention « Par le réalisateur de Napoleon Dynamite » dans la bande-annonce du film, une ironie à mourir de rire. Car après tout, les seuls spectateurs qui auront vu le premier film de Jared Hess auront été le chercher en ligne, ou l’auront chassé en zone 1, comme je l’ai fait, et l’auront vu en VO. Gentlemen Broncos est un film de niche pour public averti. Un public qui aime en nette majorité voir son film en VO.

Je voulais voir Gentlemen Broncos en VO au cinéma. Je verrai Gentlemen Broncos en VO. Je ne le verrai pas au cinéma. Merci 20th Century Fox France.

vendredi 27 août 2010

The Expendables, le film qui porte bien son titre

Stop, arrêtez, n’en jetez plus, calmez-vous les gars. Voilà quelques jours que j’ai vu la tant attendue (j’exagère, mais bon) nouvelle réalisation de Sylvester Stallone, le fameux The Expendables : Unité Spéciale, et il me fallait absolument coucher quelques lignes sur le morceau. J’avais beau ne pas être un fan de Stallone dans mon enfance / adolescence, j’ai tout de même grandi avec les films de l’interprète de Rocky et je n’ai pu résister à l’envie de voir à quoi elle ressemble, cette réunion des gloires anciennes et présentes des films de gros bras.

Même si je ne savais trop quoi en attendre, je croyais sincèrement que je pouvais m’éclater devant Expendables. Je pensais sincèrement que cela pouvait être haletant, jouissif, drôle, musclé, bref un bon petit trip ciné. Quel naïf j’ai été. Le film de Stallone n’est ni plus ni moins qu’un gros nanar pas bon. Et par gros nanar pas bon, j’entends un nanar qui n’a même pas le charme des films tellement à côté de la plaque qu’ils sont réjouissants. J’entends un nanar qui n’a même pas conscience d’en être un. J’entends juste un film raté. Un mauvais film.

Rétrospectivement, je me dis que ce cher Jean-Claude Van Damme, qui m’avait déçu à l’époque en refusant d’apparaître dans le film (certains disent qu’il ne voulait pas se faire botter les fesses par Jet Li, d’autres qu’il pensait que le scénario était faiblard et que Stallone ferait mieux de jouer un prêtre sortant les jeunes de la drogue…), eh bien il avait raison. Il avait raison, JCVD, de ne pas vouloir apparaître dans le film (même si depuis le carton au box-office, il serait enclin à apparaître dans la suite… Aaaah, Jean-Claude…), parce qu’effectivement, Expendables donne l’impression d’avoir été écrit sur un coin de table entre le dessert et le café.

Stallone joue le chef d’une bande de mercenaires acceptant un job sur une île d’Amérique Latine « gouvernée » d’une main de fer par un militaire dictateur. Lui et son équipe, un anglais, un chinois, et deux armoires à glace, ont pour mission d’aller tout faire péter dans le palais présidentiel, à commencer par le dictateur. En soit, le pitch n’est pas mauvais pour un film d’action du genre. C’est classique certes, et ça sent le réchauffé des années 80, mais après tout c’est cela qu’on attend, un bel hommage à ces films d’action disparus des écrans.

Mais qui dit hommage dit également œil neuf. Recul. Second degré. Car il est impossible – du moins sans intérêt – de réaliser en 2010 un film avec une synopsis pareil sans second degré. C’est pourtant l’erreur monumentale que commet Stallone. Expendables, c’est peu ou prou un film de Chuck Norris de 1986, qualitativement parlant, que ce soit au niveau du scénario ou de la mise en scène. Sans déconner. Certes Stallone a plus de budget, mais pas beaucoup plus de talent. Par où commencer le listing de ce qui tombe à l’eau ?

Parlons du second degré, car j’en entends déjà dire « Nan mais tu déconnes, c’est bourré de second degré ce film, c’est génial ». Non. Expendables n’est pas bourré de second degré. Il est bourré de premier degré. Le second degré, ce n’est pas faire des clins d’œil aux anciennes gloires du genre, en mettant Bruce Willis et Schwarzenegger dans une scène commune en cameo avec une ligne de dialogue (horriblement pas drôle, faisant référence à leur passé). Quelques petites vannes et clins d’œil ne font pas du second degré. Le second degré doit être inscrit dans l’ADN du film. Il doit se balader tout du long, il doit être présent même lorsqu’on ne le sent pas (pensez Night and Day, la récente parodie de film d’espionnage / action ultra plaisante de James Mangold).

Or, Expendables ne veut jouer la carte du second degré que lorsque ça l’arrange. Le reste du temps, c’est lourd, lourd et re-lourd, sans arrière pensée. C’est Jason Statham qui tire la tronche parce que sa nana s’est collée au lit avec un gros balourd qui la cogne, qui va donc s’en prendre une en représailles. C’est la jolie contacte sur place qui a des couilles et fait craquer le Sly même si elle a l’âge d’être sa petite fille. C’est le gros méchant gringo de la CIA qui fait pousser sa drogue dans les champs du pauvre dictateur qui en fait n’est pas si méchant que ça, c’est pas tant sa faute que ça si il est instrumentalisé.

Lorsque Stallone a l’opportunité de glisser un point de vue intéressant, de prendre du recul, il le massacre tout seul sans l’aide de personne. Comme dans cette scène qui aurait pu être excellente où Mickey Rourke, un ancien de la bande qui donne dans le tatouage désormais, se remémore avec amertume un épisode de leur passé. Mais l’amertume est diluée dans une réalisation pataude de la séquence, où Rourke est filmé en archi –gros plan à moitié de travers avec la caméra qui ne veut pas se fixer sur lui. C’est laid, et ça tue la scène.

Bon évidemment, il serait facile de tirer sur la qualité de l’interprétation. On sait bien qui l’on vient voir en entrant dans la salle, on sait que Daniel Day-Lewis ne tient pas de rôle, que Philip Seymour Hoffman ne va pas faire une apparition, que Casey Affleck ne tiendra pas le flingue. Mais tout de même, on était en droit d’attendre autre chose de la distribution. La faute, à n’en pas douter, à des dialogues plats et des personnages sans aucun relief. Mais cela n’aide pas d’avoir des anciens catcheurs qui ne savent pas jouer, un Stallone essoufflé qui ne sait pas quoi faire de son personnage, et des seconds rôles qui font de la figuration plus qu’autre chose.

Non, décidément, je n’ai pas envie de défendre Expendables, je n’ai pas envie de défendre Stallone. L’intention était louable, le projet fun, mais il ne suffit pas de prendre une poignée d’acteurs bastonneurs, un vague synopsis déjà vu cinquante mille fois, et d’ajouter de la pyrotechnie, pour rendre un hommage fun et vibrant à ce genre en désuétude qu’est le film d’action à gros bras.
Ah, Chuck ! Que n’étais-tu pas là pour conseiller Sly de rajouter de-ci de-là quelques dialogues bien léchés qui m’auraient tordu de rire sur mon siège !

mardi 24 août 2010

Se prendre une claque cinématographique de quarante ans d'âge

Aller voir un classique sur grand écran ne fournit pas toujours les mêmes sensations, à l’image de n’importe quel film récent. Quand bien même le film n’est pas nouveau à nos yeux, il est possible de se prendre une claque. La semaine dernière, je suis allé voir un classique que j’avais déjà vu, et je me suis pris une claque.

J’ai toujours pris plaisir à aller voir des « vieux » films sur grand écran, mais pendant longtemps ce désir était très erratique chez le spectateur que j’étais. Je me contentais très facilement de les voir à la télé, en VHS ou en DVD. Depuis quelques mois, ils prennent une part de plus en plus importante dans mes errances en salles obscures. Parfois ce sont de vieilles copies, d’autres fois des copies restaurées qui présentent les films sous leur meilleur jour. Le bal des vampires, Crime passionnel, Marathon Man, Les moissons du ciel, Du silence et des ombres, Elle et lui… Ces dernières semaines, une spirale m’entraîne, et j’en redemande.

La semaine dernière, j’ai jeté mon dévolu sur Il était une fois dans l’Ouest de Sergio Leone. Il ne s’agissait pas d’une découverte, comme a pu l’être l’année dernière Il était une fois la Révolution, mais l’avoir vu à la télé il y a une dizaine d’années et le revoir aujourd’hui, avec une copie impeccable, dans la salle Henri Langlois du Grand Action, ce sont bien deux expériences différentes. C’est découvrir le film comme si je ne l’avais jamais vu. Je me souviens bien qu’à l’époque de son visionnage à la télévision, le western de Leone m’avait un peu déçu comparé à la réputation qu’il affiche.

Quelques années plus tard, je reconnais mon erreur de jeunesse qui n’en est pas vraiment une. Mon erreur bien pardonnable aura été de découvrir le film sur petit écran, et le voir quasi flambant neuf sur un bel écran courbe, c’est voir un nouveau film. Voir un film qui mérite sa place au panthéon du cinéma. Voir un film à la mise en scène éblouissante, où la caméra se déplace en des mouvements d’une évidence limpide. Voir un film qui n’a pas peur d’étirer ses séquences, les faire durer jusqu’à explosion, un trait de cinéma qui aujourd’hui a été repris avec brio (et plus de dialogues…) par Quentin Tarantino. Un film où rien n’est laissé au hasard, aucun mot, aucun regard, aucun plan.

Voir Il était une fois dans l’Ouest sur grand écran, c’est absorber la sournoiserie parfaite de Henry Fonda, la sympathie éclatante de Jason Robards, le charisme indéniable de Charles Bronson, grand acteur devenu ring’ à la manière d’un Alain Delon, tellement magnétique (et mutique) à l’époque. Bien sûr, c’est aussi retomber amoureux de Claudia Cardinale, dont le sex-appeal a rarement été égalé depuis.

J’ai revu Il était une fois dans l’Ouest, et j’ai découvert un monument écrasant et fascinant. C’est bon de se prendre une baffe vieille de plus de quarante ans.

jeudi 19 août 2010

Les cinéastes asiatiques doivent-ils répondre aux sirènes d'Hollywood ?

Il y a quelques jours, le blog The Playlist relayait une rumeur ciruculant depuis peu sur la toile : JJ Abrams, créateur de la série Lost et réalisateur de Star Trek, aurait rencontré Bong Joon-Ho en vue de produire un futur long-métrage que réaliserait le cinéaste coréen. La rumeur ne va pas plus loin. Bien sûr, tant qu’une quelconque confirmation ou information supplémentaire ne fera pas surface, les extrapolations seront futiles. Ce qu’il est possible de dire d’emblée, c’est qu’une telle nouvelle ne serait pas franchement étonnante en soi. L’intérêt que les cinéphiles du monde entier portent à Bong Joon-Ho n’est plus à prouver, et il ne serait pas surprenant qu’Abrams, véritable producteur autant que réalisateur, soit un fan de l’œuvre du cinéaste coréen, de Memories of murder, de The Host, de Mother. L’intérêt de l’américain pour le coréen est on ne peut plus crédible. La vraie question, c’est « Veut-on voir Bong Joon-Ho aller réaliser un film à Hollywood ? ».

L’intérêt qu’Hollywood porte aux cinéastes asiatiques n’est pas nouveau. Bong Joon-Ho ne serait pas le premier, ni certainement le dernier, à se voir proposer de réaliser un film pour un studio américain. C’est justement ce passif, ces déjà nombreuses expériences de réalisateurs d’Extrême –Orient ayant tenté leur chance en langue anglaise avec des acteurs occidentaux, qui poussent à la réflexion. Car en jetant un coup d’œil dans le rétro, on se rend vite compte que les réussites de cinéastes d’Asie à Hollywood sont quasi inexistantes.

Ce qu’on oublie assez facilement, c’est que le premier à avoir tenté de faire percer les cinéastes asiatiques aux États-Unis parmi la vague en cours ces vingt dernières années, c’est Jean-Claude Van Damme. Sérieusement. Aussi étrange que cela puisse paraître, Van Damme a insisté pour travailler avec la crème du cinéma d’action made in HK. C’est ainsi qu’on le voit en tête d’affiche des premiers films Hollywoodiens de John Woo (Chasse à l’homme), Tsui Hark (Double Team) et Ringo Lam (Risque maximum). Bien sûr le résultat n’est pas ce que les bonshommes ont fait de plus excitant dans leurs carrières respectives. Et si ses collaborations avec Van Damme ont finalement fait fuir Tsui Hark (retour à Hong Kong) et réduit Ringo Lam à réaliser pour le marché dvd plus qu’autre chose, John Woo s’est plus durablement installé aux États-Unis.

A l’origine, l’idée de voir ces maîtres du cinéma asiatique débarquer aux États-Unis a pu sembler séduisante, voire excitante, mais force est de constater que seul Volte/Face, dans la carrière Hollywoodienne de Woo, vaut ce qu’il a réalisé dans les années 80 et début 90 à Hong Kong. Que Tsui Hark a choisi de tourner Knock Off à Hong Kong (Piège à Hong Kong) pour reprendre ses repères. Et que les films de Ringo Lam ne sortent même pas en salles aux États-Unis.

Kirk Wong, avec The Big Hit, leur emboîtera le pas le temps d’un film, tout comme les frères Pang qui réaliseront un pitoyable remake américain de leur déjà bien faible Bangkok Dangerous original. Chaque nouvelle tentative semble être un échec couru d’avance, et ce n’est pas Andrew Lau qui avancera le contraire. Le co-réalisateur de Infernal Affairs a débarqué à Hollywood pour concocter le polar The Flock interprété par Richard Gere. Après des mois à être balancé d’un bout à l’autre du calendrier des sorties, le film finira par apparaître directement en DVD, sans passer par la case ciné.

Le cinéma de Hong Kong n’est pas le seul à avoir fait des envieux à Hollywood. La vague de cinéma fantastique japonais qui a soufflé à partir de Ring à la fin des années 90 a évidemment bien vite fait germer l’idée au sein des studios américains de faire venir les responsables pour leur faire reproduire leurs succès asiatiques. Hideo Nakata est ainsi venu réaliser le remake de son Dark Water ainsi que Le Cercle 2, la suite du remake de Ring. Il fut assez rapidement suivi par Takashi Shimizu qui vint, lui, refaire sa saga The Grudge au pays de McDonald’s. Difficile de dire qu’ils ont bien fait de répondre aux sirènes américaines.

Certains argueront peut-être que Ang Lee est un bel exemple de réussite d’un cinéaste asiatique aux États-Unis, mais le taïwanais est un cas à part, ayant vécu plus longtemps en Amérique du Nord qu’en Asie. Et même ses premiers films sont déjà des coproductions américaines. Lee était en réalité un artisan du cinéma indépendant américain avant d’exploser à l’international avec Tigre et Dragon. Même Lust, Caution, son beau film chinois avec Tony Leung et Tang Wei ayant fait scandale à Pékin et remporté le Lion d’Or à Venise, est une coproduction américaine.
Il serait également tentant de citer Wong Kar Wai s’étant malheureusement essayé à l’export avec My Blueberry Nights, mais si les États-Unis donnent au film son cadre (et une partie de ses comédiens), ils ne sont intervenu ni artistiquement, ni monétairement.

A la lumière de ce coup d’œil dans le rétro, il n’y a donc pas de franche excitation à l’annonce de cette rumeur associant potentiellement Bong Joon-Ho à JJ Abrams. Pour le moment, Hollywood ne s’est pas trop intéressé aux cinéastes coréens. Le cas particulier de cette rumeur est tout de même bien différent des exemples abordés plus haut. Nul doute que Abrams ne viendrait pas chercher Bong pour contrecarrer l’expression et la créativité du cinéaste sud-coréen. Ni doute non plus, sans vouloir amenuiser les talents des cinéastes chinois et japonais mentionnés, que Bong Joon-Ho affiche pour le moment un talent sans ombre et une filmographie remarquable. On voit mal le réalisateur se vendre et se plier à des règles qui ne lui conviendraient pas (ce n’est pas Van Damme qui vient le chercher après tout).

Le réalisateur de Mother est à l’heure actuelle un des tous meilleurs cinéastes en activité, et s’il y a bien un cinéaste asiatique qui serait capable d’apporter quelque chose même en changeant de langue et de pays, c’est bien lui. Il suffit de voir son bijou de court-métrage réalisé pour Tokyo ! pour s’en convaincre. Il est de toute façon déjà prévu que Bong s’internationalise l’année prochaine avec une adaptation de la bande dessinée française « Le transperceneige », réalisée par ses soins et produite par son compatriote Park Chan-Wook. Gros budget et casting international en vue pour ce film post apocalyptique dans lequel un train traversera une Terre meurtrie et ensevelie sous la neige, à bord duquel un groupe de survivants se battra pour s’en sortir.

Le tournage du Transperceneige est prévu pour 2011. Bong Joon-Ho travaille dessus depuis quatre ans. Même si la rumeur d’une collaboration JJ Abrams/Bong Joon-Ho est vraie, elle devra attendre un peu. Et ce n’est pas plus mal. Les cinéastes asiatiques ne sont jamais meilleurs qu’en Asie.

mercredi 18 août 2010

Ben Affleck chez Terrence Malick ?

C’est l’annonce la plus inattendue de l’année (n’ayons pas peur des mots). Ben Affleck chez Terrence Malick. Honnêtement, tant que cela n’est pas confirmé officiellement, c’est une nouvelle que tous ceux qui s’intéressent de près aux arcanes d’Hollywood prendront avec suspicion. Il faut dire que le pote de Matt Damon a une fâcheuse tendance à se faire descendre dans les critiques pour son travail d’acteur, alors forcément, voir un cinéaste aussi grand que Malick s’intéresser à lui, ça en intrigue plus d’un. Je vous avouerai que ça m'amuse bien, parce que moi, je l'aime bien le Ben. Mais avant d'attendre ça avec impatience, il faut rester mesuré. Après tout, c’est de Terrence Malick dont on parle. L’homme qui après avoir remporté le Prix de la Mise en scène à Cannes en 1979 n’a plus fait de film pendant près de vingt ans. En même temps si tous les cinéastes réalisaient un film de la teneur de La ligne rouge après avoir disparu de la circulation pendant deux décennies, je conseillerais à pas mal de cinéastes de prendre du recul.

Après cette longue ellipse professionnelle, on peut donc considérer que Malick tourne à un rythme frénétique ces dernières années. Pensez-donc, il a mis deux films en boîte depuis La ligne rouge en 1998. Sa relecture du mythe de Pocahontas, Le Nouveau Monde, en 2005, et The Tree of Life en… en… Bon en fait ce dernier n’est pas encore terminé. Attention, le tournage est fini depuis deux ans, mais Malick n’est pas du genre à se presser en salle de montage. C’est pourquoi depuis deux ans, à l’approche de chaque grand festival, tout le monde cinéphile retient son souffle, attendant de lire le titre du film de Malick parmi les longs-métrages sélectionnés. En vain. L’épisode a encore eu lieu il y a quelques semaines, à l’annonce des longs-métrages sélectionnés à Venise et Toronto. Pas de Tree of Life en vue.

Il y quelques mois, alors que l’on guettait une éventuelle sortie de Tree of life, cette nouvelle ahurissante est donc tombée : Terrence Malick a déjà un nouveau film en préparation, et des acteurs ont été approchés pour y participer : Christian Bale (qu’il a déjà dirigé dans Le nouveau monde), Rachel McAdams, Javier Bardem et Olga Kurylenko. QUOI ?! Déjà !? L’homme qui nous a depuis des années habitué à ne pas tourner deux films à moins de quatre ans d’écart est déjà paré à retourner sur un plateau alors qu’il est en pleine post-production d’un film ? Non, le projet va forcément tomber dans les limbes pense-t-on vite.

Pourtant, après des mois sans nouvelles, des mois à guetter The Tree of life, voici que ce nouveau projet de Malick a refait parler de lui ces derniers jours. Rachel Weisz a officiellement confirmé avoir été engagée sur le film, et la rumeur court sur Internet, sans confirmation pour le moment, que Ben Affleck fait lui aussi désormais partie du casting, probablement en lieu et place de Christian Bale. Affleck aurait même été vu dans la ville où Terrence Malick est censé démarrer le tournage cet automne, en Oklahoma. Evidemment, l’annonce que Ben Affleck pourrait remplacer Christian Bale chez Malick ne suscite pas l’enthousiasme. Mais j’ai déjà vu Affleck bien dirigé et je sais qu’avec un bon directeur d’acteur, il est capable de sortir une grande performance. L’acteur n’avait pas volé son Prix d’Interprétation à la Mostra de Venise en 2006, pour Hollywoodland. Plus important encore, j’ai confiance en Terrence Malick, chez lequel je n’ai encore jamais été déçu par une performance d’acteur. Martin Sheen dans Badlands, Richard Gere dans Les moissons du ciel, Jim Caviezel dans La ligne rouge, Colin Farrell dans Le nouveau monde sont autant de preuves que Malick est capable de tirer des performances rarement égalées chez ses comédiens.

Ben Affleck n’a jamais fait l’unanimité, mais s’il s’avère que Malick l’a bien choisi pour son prochain film, il va falloir s’attendre à être surpris. En attendant, deux films pourraient bien commencer à faire pencher la balance en faveur d’Affleck aux yeux des cinéphiles. Sa deuxième réalisation The Town, dans lequel il s’offre également le rôle principal, et The company men, premier long-métrage de John Wells. Le premier est un polar bostonien avec une distribution impeccable, Jeremy Renner, Jon Hamm, Chris Cooper. Le second est une comédie dramatique sur fond de crise économique globale avec une distribution impeccable (je me répète c’est fait exprès), Tommy Lee Jones, Kevin Costner, Chris Cooper (encore lui).

De The Town, j’attends déjà qu’il confirme toutes les qualités de cinéaste qu’Affleck a dévoilé avec Gone Baby Gone. Et s’il montrait aussi que Ben Affleck a l’étoffe pour être dirigé par Terrence Malick ?

mardi 17 août 2010

Les coréens ont finalement pu rencontrer le Diable !

Suite de l’affaire I Saw the Devil (J’ai rencontré le Diable) - si tant est que je puisse l’appeler ainsi. La semaine dernière, je mentionnais la sentence rendue sur la classification du nouveau film de Kim Ji-Woon pour sa sortie dans les salles coréennes. Son jeu du chat et de la souris entre un agent et le tueur de sa fiancée s’était vu apposé une interdiction aux moins de 18 ans en raison de l’extrême violence du film.
Afin d’éviter de ne se retrouver à l’affiche d’aucune salle de Corée du Sud, Kim Ji-Woon a donc consenti à couper à peu près une minute et trente secondes de plans du film, ce qui a au final suffi à convaincre la commission d’atténuer la restriction liée au film et lui permettre ainsi de sortir en salles.

Malgré le buzz qu’a pu déclencher ce bras de fer avec la censure, la réputation du réalisateur de Le bon, la brute, le cinglé, et la présence en haut de l’affiche des stars Lee Byung Hun et Choi Min Sik, I saw the Devil n'est pas parvenu à prendre la tête du box-office coréen lors de sa sortie le week-end dernier. Il a dû se contenter d’une solide seconde place (plus de 500.000 entrées en trois jours tout de même !), la première place restant dévolue, pour la deuxième semaine consécutive, au film The man from nowhere avec Won Bin et la jeune Kim Sae-Ron, vus respectivement cette année dans les salles françaises grâce à Mother de Bong Joon-Ho et Une vie toute neuve d’Ounie Lecomte. Ce film, où il est question d’un homme affrontant des trafiquants de drogue pour sauver une fillette, entre action et drame, cumule déjà 2.3 millions de spectateurs en dix jours et est parti pour être le gros succès de l’été en Corée.

I saw the Devil n’aura pas de mal lui non plus à atteindre les 2 millions d’entrées, même si, dixit mon correspondant presque permanent à Seoul Pierre K, le film de Kim Ji-Woon fait passer Hostel pour un film pour enfants. Et il ne s’agit que de la version « allégée »…

lundi 16 août 2010

Casey Affleck ressort de l'ombre

Je me souviens de la première fois que j’ai vu Casey Affleck. C’était sur grand écran, au ciné 104 de Pantin, vers Noël 1995. J’avais 14 ans, lui dix de plus, et il faisait un peu chien fou à côté de Joaquin Phoenix (son futur beau-frère tiens) dans Prête à tout de Gus Van Sant. Le chien fou, il l’a encore fait la seconde fois que je l’ai vu deux ans plus tard, dans Will Hunting du même Gus Van Sant. Les rares films visibles qu’il a tourné les quelques années qui ont suivi auraient difficilement pu présager que le p’tit frère de Ben Affleck serait aujourd’hui l’un des acteurs les plus mystérieux et fascinants de sa génération. Le chien fou a depuis longtemps disparu.

S’il l’a encore portée au cours de la trilogie Ocean’s Eleven, il a depuis laissé la panoplie du déconneur derrière lui, et s’est imposé en quatre films (ni plus, ni moins) comme un grand acteur, sortant de l’ombre de son frère (dont je parlerai également plus tard dans la semaine...). Gerry, une troisième collaboration avec Gus Van Sant, en 2002, Lonesome Jim de Steve Buscemi en 2005, L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford d’Andrew Dominik et Gone Baby Gone de son frangin Ben, tous deux en 2007. Quatre films qui ont grandi Affleck, quatre films ayant révélé une présence insaisissable. Il y a une étrange tristesse chez l’acteur que ces quatre cinéastes ont su capter et canaliser dans des rôles puissants. Après avoir frôlé le Prix d’Interprétation à Venise pour Jesse James (finalement remis au seul Brad Pitt pour le même film), Affleck a décroché une nomination à l’Oscar du Meilleur acteur dans un second rôle pour son portrait de Robert Ford.

Bizarrement, Casey Affleck n’a pas capitalisé sur cette exposition soudaine sur sa carrière, due aux sorties conjuguées du film de Dominik et de son frère, tous deux largement salués par la critique. Non, au lieu de cela, le comédien a pris du recul, a suivi son beauf Joaquin Phoenix dans son drôle de délire musical en signant le documentaire I’m still here (qui sortira peut-être un de ces quatre en France), et n’a retrouvé les plateaux que l’année dernière pour The killer inside me réalisé par le prolifique Michael Winterbottom. Inutile de préciser qu’après un hiatus de près de trois ans dans sa carrière, l’adaptation du roman de Jim Thompson est un vrai petit évènement cinématographique (au moins à mes yeux).
D’autant que le rôle qu’a choisi Affleck pour son retour n’est pas consensuel : c’est celui de Lou Ford, shérif d’une petite ville du Texas des années 50. Un shérif bien sous tous rapports, fiancé, un bon p’tit gars du sérail, serviable, fils de docteur. Mais un shérif torturé, qui a une part d’ombre, se transformant à l’insu de sa petite communauté en tueur lorsque la mort d’autrui peut arranger son propre sort.

L’ellipse de trois ans dans la carrière de Casey Affleck m’a probablement fait placer trop d’espoir dans The Killer inside me, un film précédé d’une réputation sulfureuse depuis sa présentation à Berlin en février dernier. Un film auquel nombreux sont ceux à avoir reproché une violence gratuite. La violence est effectivement bien là, insistante, dérangeante. Lorsque Ford s’acharne à coups de poings sur sa maîtresse, difficile de garder les yeux à l’écran sans remuer sur son siège.

Pourtant le problème de The Killer inside me ne se situe pas là, mais bien dans le scénario. Le film de Winterbottom m’a surpris, car je ne m’attendais pas à un film aussi hésitant. D’un côté le film semble accorder une vraie attention à son intrigue, à son côté polar. Le film est très bavard pour bien nous expliquer les différents enjeux et nous plonger dans cet engrenage de violence dans lequel s’engage Lou Ford.

Mais d’un autre côté, Winterbottom ne semble pas se donner la peine de nous offrir les clés de son personnage central, des clés nécessaires à comprendre les enjeux de l’intrigue. Comment le film peut-il être une exploration du personnage si les flashbacks restent vagues ? Comment le mécanisme mis en branle par Lou Ford peut-il être assimilé s’il ne nous est jamais dit pourquoi le personnage agit ainsi, tout en suggérant qu’il y a pourtant une cause très précise aux évènements dépeints ? Winterbottom préfère tout laisser entendre, en suspens, sans vraiment nous tenir au fait. C’est peut-être ce qu’il pense être l’essence du film noir, mais le résultat est un détachement général pour l’intrigue et les personnages. On voit la direction empruntée, sans jamais savoir d’où l’on est parti et pour quelle raison. C’est embêtant, et dommage, car le réalisateur s’était entouré d’une belle distribution de seconds couteaux pour peupler son film, mais les personnages sont si difficiles à cerner qu’on a du mal à comprendre quel est leur rôle précis, en particulier ceux campés par Elias Koteas, Simon Baker et Bill Pullman (au passage, bien trop rare à l’écran ces dernières années).

Winterbottom semble avoir retenu du film noir que l’on se fout un peu de l’intrigue, que l’on n’est pas sensé tout comprendre, et qu’une ou deux actrices sexy, ici Jessica Alba et Kate Hudson (Alba l’emporte haut la main pour ce qui est de la température qui monte dans la salle), emballent l’affaire. Cette base qu’il pose tue, à mes yeux, son film.
Et Casey dans tout cela ? Mi-ange mi-démon, il est plus troublant et glaçant que jamais, à défaut de l’être dans un excellent film comme il nous y avait habitués avant son hiatus. Je lui pardonne volontiers, et attend le prochain avec impatience.

dimanche 15 août 2010

Une nouvelle tête

Et de 200 ! Je sais que j’ai parfois un peu tendance à me relâcher et à laisser filer les jours entre deux billets, mais ces dernières semaines, je tiens le bon rythme, et voici aujourd’hui le 200ème billet de L’impossible blog ciné. Pour l’occasion j’ai bien pensé faire un super méga génial post spécial, du style enfin publier mes films préférés de la décennie récemment écoulée (il serait temps…) ou « 200 aphorismes personnels sur le cinéma » qui aurait été de circonstance, mais je me suis dit que 200, ça faisait beaucoup quand même. Et après tout, on est le week-end du 15 août, à tous les coups les internautes sont pas nombreux au poste aujourd’hui… Ca sera donc pour une autre occasion, quand vous serez là pour lire.

Et puis je me suis dit, pourquoi ne pas plutôt en profiter pour s’offrir un nouveau look ?

vendredi 13 août 2010

"Djinns" méritait-il de sortir dans plus de salles ?

Jeudi soir je me suis engouffré au dernier sous-sol des Halles pour voir Djinns dans l’une des deux seules salles parisiennes à diffuser le film de Hugues et Sandra Martin. A l’époque où le film avait été annoncé, je n’imaginais pas qu’à sa sortie, le choix pour le voir serait restreint au cinéma du 1er arrondissement et au Gaumont Aquaboulevard, et que seuls une vingtaine de cinémas projetteraient le film dans le reste de la France. Un film de genre français avec Grégoire Leprince-Ringuet, Thierry Frémont et Saïd Taghmaoui mêlant la présence française en Algérie et le surnaturel, je ne le voyais pas finir en plein été à la limite de la sortie technique.

Alors quoi, SND, on ne croit pas au film de genre français ? On regrette d’avoir mis la main sur le film ? Est-ce donc un scandale que Djinns soit condamné à être vite oublié au milieu de l’été ? Les deux premières questions ce n’est pas à moi d’y répondre, mais je veux bien tenter ma chance sur la troisième. Est-ce un scandale ? Djinns est-il un énième film de genre français qui mérite bien plus que l’exposition qu’on lui offre ? Sur le principe, je suis pour qu’on donne un coup de pouce au cinéma de genre hexagonal. Il est en général bien trop mal traité par les distributeurs et les spectateurs, ne nous voilons pas la face, pour ne pas l’encourager et le faire exister, même s’il n’est pas toujours à la hauteur des attentes que l’on peut placer en lui.

Malheureusement, après avoir vu Djinns, je n’ai pas particulièrement envie de gueuler « Merde, un super film fantastique français piétiné par son distributeur !! Bande de gougnafiers !! ». Non, honnêtement, je n’ai pas envie de hausser le ton (et encore moins d’utiliser le terme gougnafiers). Ce que je dois absolument reconnaître à ce premier film, c’est une maîtrise formelle remarquable compte tenu du petit budget avec lequel il a été conçu. En d’autres termes, Djinns a de la gueule. Visuellement, le film n’a pas grand-chose à envier aux productions américaines réalisées avec des dizaines de millions de dollars de plus. Les décors sont soignées, la photo est belle, il n’y a pas, techniquement, de laisser-aller.

Mon problème avec Djinns, c’est que je n’ai pas grand-chose de plus à dire pour soutenir le film. J’aimerais dire qu’il est mystérieux, haletant, flippant, étonnant, intrigant, détonnant. J’aimerais pouvoir utiliser n’importe lequel de ces adjectifs, mais j’en suis bien incapable. Djinns est une belle coquille vide. Pour attiser le spectateur potentiel, on pourrait dire que le film prend place en Algérie en 1960. Qu’une section de militaires français est chargée de partir explorer le désert pour retrouver un avion porté disparu, et que sur le chemin du retour, ils tombent sur des créatures fantastiques décidées à causer leur perte. Oui, on pourrait le présenter comme cela.

Le problème, c’est qu’à l’écran, on est loin d’avoir un film aussi excitant qu’on l’attendait. Les réalisateurs semblent n’avoir rien à raconter. Le contexte algérien est-il intéressant ? Non, il n’est pas du tout exploité (non non, même cette fin-là ne donne pas un film sur l’Algérie). L’intrigue fantastique est-elle prenante alors ? Pas plus. Le temps est long, entre deux trois répliques bien trouvées. Le fin mot de l’histoire est prévisible, les créatures ne font pas peur, (rien ne fait peur en fait), il n’y a aucune tension, aucune empathie pour les personnages, qui sont tous des caricatures sans surprises (il y en a même un dont on ne sait pas ce qu’il advient en cours de route…). Rien. Le scénario avance sans que l’on se prenne jamais de passion pour l’histoire qui nous est racontée, sans que l’on frissonne jamais devant le danger encouru. Au bout du compte, la question se pose. Que voulaient faire les réalisateurs avec Djinns ? Car là je ne vois pas, le film ne marche à aucun niveau. Aucun genre abordé ne fonctionne. En plus les réalisateurs laissent Thierry Frémont partir en roue libre, et ça, ce n’est jamais bon…

Je crois au mélange des genres. Je crois dans le cinéma de genre français audacieux, sachant faire coexister du fantastique et de l’historique. Je crois en Hugues et Sandra Martin, qui montrent de belles aptitudes à mettre en image. Mais je crois aussi que Djinns est un film raté dont le scénario n’est pas le moins du monde à la hauteur de ses qualités visuelles. Il faudra aux réalisateurs se remettre de l’échec programmé du film, et s’appuyer sur un scénario plus solide pour leur second. Rendez-vous est pris.

mercredi 11 août 2010

"Droit de passage" : exercez-le, ne vous arrêtez pas devant !

Il y a quelques jours, je mentionnais la lente mais quasi inexorable autodestruction de la carrière d’Harrison Ford, ex-gloire du cinéma américain qui ne prend décidément pas assez soin de sa filmographie depuis quelques années. Tous les éléments allaient contre Droit de passage, dernier film en date au générique duquel figure Harrison à sortir dans les salles françaises. Deux ans dans les tiroirs avant de nous parvenir. Sean Penn ayant demandé à être coupé au montage. Un film remanié contre l’avis de son réalisateur. Un bouche-à-oreille mauvais.

Parce que j’ai toujours laissé leur chance aux films d’Harrison Ford (même cette horreur de Firewall, c’est dire…), j’y suis tout de même allé, à moitié curieux. A la sortie de la salle, si je m’étais appelé Janice j’aurais certainement crié « OH, MY, GOD ! » avec le ton de la désolation pour signifier au mieux ce que je pensais du film de Wayne Kramer. Ses précédents Lady Chance et La peur au ventre m’avaient bien plu, mais là, je ne trouve rien de bon à dire à l’encontre de ce film, qui il faut l’admettre ne bénéficie pas du montage souhaité par le cinéaste (satané Harvey Weinstein, qui a encore fait parler ses fameux ciseaux…).

Comment décrire Droit de passage… Disons qu’il s’agit d’une tentative de film choral sur la question de l’immigration aux États-Unis un peu à la manière de Collision de Paul Haggis. Sauf que la copie n’atteint jamais le modèle, qui à défaut d’être un grand film abordait la question de l’intégration et de la tolérance avec justesse. Droit de passage se contente lui d’une démagogie de bas étage nous expliquant ce que c’est que d’être américain, ce que ça fait d’être américain, ce qu’on doit ressentir quand on a la chance d’être américain, ce qu’il ne faut pas faire si on veut être un bon américain. Sans rire.

Le film se veut un hymne à la tolérance, mais est tellement lourd et centré sur les bienfaits de la bannière étoilée qu’il se fait parfois insultant, souvent ridicule dans son discours. Les personnages musulmans sont particulièrement mal traités, entre la lycéenne voilée au discours inintelligible et agaçant sur les attentats du 11 septembre, et la famille iranienne qui maltraite la plus jeune sœur parce qu’elle est trop américaine, le film s’enfonce dans la caricature mal décrite. Les personnages se voient accordés si peu de temps que les traits sont grossiers et pas crédibles pour un sou. Ray Liotta passe du gros dégueulasse forçant une clandestine australienne à être son esclave sexuel à l’amoureux incompris d’une scène à l’autre. Dans ces moments-là, on sent que le film a été largement amputé en salle de montage.

Heureusement, Droit de passage est un tel n’importe quoi qu’on parvient parfois à se marrer. Mais je ne saurais dire ce qui est le plus drôle entre Harrison Ford s’escrimant à parler espagnol avec les yeux du type qui ne comprend pas grand-chose à ce qu’il dit et cherche son texte, ou un chanteur américain nommé Phil Perry qui magnifie (je rigole) l’hymne de l’Oncle Sam avec émotion à la cérémonie de naturalisation géante, devant un immense drapeau américain avec quelques scènes de coupe où l’on voit le dénouement d’une des intrigues, censée être touchante je crois (je crois…).

Il reste bien le petit jeu du « Mais dans quelle série je l’ai vu celui-là ?! ». Pas mal comme film, Droit de passage, pour ce petit jeu. « Oh ! Ranjit, le chauffeur de taxi de How I met your mother !! Oh ! Sarah Shahi, la partenaire de Damien Lewis dans Life ! Oh ! Il jouait pas dans Les 4400 lui ? Et lui !! Il était génial dans Band of Brothers !! ». Sinon en dernier recours, il reste toujours la magnifique plastique d’Alice Eve, vue récemment dans Trop Belle ! mais pas aussi dévêtue qu’en clandestine dans Droit de Passage.

Non mais quand même, au bout du compte, je pense que les gargouillis d’Harrison Ford en espagnol, c’est ce qu’il faut retenir de Droit de passage. Quand j’y repense, le sourire me vient aux lèvres. Finalement, ça valait le coup de le voir ce navet !

mardi 10 août 2010

"City of life and death" : un peu de vie, beaucoup de mort(s)

« La vie est plus pénible que la mort ». Au fin fond de l’été, dans une poignée de salles parisiennes, on en arrive à comprendre cet aphorisme qui résonne avec force au bout de City of Life and Death. Il est souvent bien difficile d’apprécier un film objectivement lorsque celui-ci traite d’un sujet aussi délicat et révoltant que le massacre de Nankin, cet épisode plus que sanglant de la Guerre Sino-Japonaise précédant la Second Guerre Mondiale.

En décembre 1937, les troupes japonaises sont entrées dans Nankin après avoir vaincu l’armée chinoise. Les autorités chinoises fuirent, laissant quelques troupes et des centaines de milliers de civils face aux forces japonaises qui prirent le contrôle de la ville. En l’espace de quelques semaines, quelques jours, 300.000 chinois furent tués, des milliers de femmes violées. Aujourd’hui encore, le massacre de Nankin pèse lourd dans les relations sino-japonaises.

Le film de Lu Chuan, intitulé Nanjing ! Nanjing ! en version originale, prend ainsi pour cadre ces quelques semaines entre la prise de pouvoir de Nankin par les japonais et le départ de John Rabe de la Cité. Rabe, homme d’affaire allemand installé à l’époque en Chine, membre du Parti Nazi, mit en place une zone de sécurité dans laquelle l’espérance de vie était plus élevée pour les chinois face aux soldats japonais. City of life and death n’est pas un récit classique des évènements, mais plutôt une suite de chapitres de ce triste épisode de l’Histoire. Le fil rouge du récit est un soldat nippon, Kadokawa, qui va traverser chaque tableau peint par le film : la prise de contrôle finale de la ville, l’annihilation des restes de l’armée chinoise, la vie au sein de la zone de sécurité…

Le parti pris esthétique du film est intéressant car il se veut à la fois beau et brutal. Le noir et blanc donne une facture historique autant qu’il apaise la brutalité. Il confère au récit un paradoxal échange entre lyrisme et froid réalisme. Face à la saisissante violence des évènements, c’est un choix audacieux, et souvent admirable.
Certains voudront sûrement reprocher au réalisateur de dresser une vibrante peinture du courage chinois face à l’ignominie japonaise, mais ce serait nier la réalité de l’Histoire. A ce titre, Lu Chuan a fait le choix intéressant de prendre comme personnage central un soldat japonais emporté malgré lui dans l’horreur, une horreur à laquelle il ne s’attendait pas, face à laquelle il ne sait comment réagir. D’une grande innocence la plupart du temps, il apporte de la nuance au portrait qui est fait de l’armée japonaise qui perpétue le massacre. En plaçant ce japonais au cœur du récit, il parvient à traiter de la place de l’homme dans un conflit, du soldat dans la guerre.

Bien sûr, City of Life and Death est un film sur le massacre de Nankin. Mais c’est aussi, et c’est important, un film sur l’atrocité de la guerre. Un film sur le traumatisme de la guerre. Que nous reste-t-il après avoir vécu cela ? Après avoir survécu à cela ? Après avoir commis cela ? Le choix du cinéaste de terminer son film en dehors des remparts de Nankin, entre deux délivrances différentes, la vie et la mort, est beau. Il nourrit le caractère interrogatif et amer de ce récit historique au cours duquel l’atrocité ne nous est pas épargnée. Tant mieux.

lundi 9 août 2010

Petits suicides entre amis sur les Champs-Elysées

J’en suis presque sûr, je n’avais jamais vu autant de monde assister à une projection au Publicis. Arrivé près d’un quart d’heure avant le début de la séance dans la salle, il y avait déjà plus d’une quinzaine de personnes installées (un taux de remplissage inhabituel). Au moment où le film a commencé 25 minutes plus tard, la salle était presque à moitié pleine (et c’était la grande salle !). De mémoire de spectateur du Publicis, du jamais vu.

Mais quel est donc ce film qui attire tant de monde au Publicis ? Un petit film indépendant américain datant de 2006 figurez-vous. Wristcutters : a love story, intitulé en français Petits suicides entre amis. Le film, projeté pour la première fois au Festival de Sundance en janvier 2006, a été présenté dans bon nombre de festivals avant de sortir aux États-Unis à l’automne 2007. En France, le voici qui débarque enfin grâce à CinéMadness, une société de distribution spécialisée dans le film de genre, proposant aux internautes un rôle participatif en misant sur les films que CinéMadness distribue. Le système est original, les films faisant le tour de quelques salles à travers la France à la manière d’un festival de films de genre itinérant. Oui, car Petits suicides entre amis n’est pas le seul film à être distribué cette semaine par CinéMadness au Publicis. Il est accompagné de trois autres longs-métrages, Grace, Donkey Punch et Confession d’un cannibale (et le prochain opus de CinéMadness est déjà annoncé, dont l’alléchant film à sketches The Ten !), que je n’ai pu voir.

Voilà, ce sont donc ces Petits suicides entre amis qui ont attirés tant d’amateurs au Publicis samedi après-midi. Il faut dire que les films ne bénéficient pas de séances tous les jours, il ne fallait donc pas traîner si l’on tenait à les voir. Moi je tenais à voir celui-là. Anecdote amusante d’ailleurs, l’homme aux sacs plastiques a délaissé sa chère cinémathèque pour lui aussi attraper ce long-métrage. Mais vu comme il a détalé comme une flèche à peine sorti du cinéma, courant plus vite que Christophe Lemaître à Barcelone pour descendre les Champs-Élysées, nul doute qu’il avait une autre séance qui l’attendait incessamment sous peu, ailleurs…

Revenons à nos moutons. Les suicidés de Petits suicides entre amis. Il a eu beau traîner plus de quatre ans sans distributeur en France, en voilà un qui valait largement d’être vu. Derrière ses airs de p’tit film qui casse pas trois pattes à un canard, le film américain du croate Goran Dukic s’est révélé éminemment agréable. Sa grande qualité, c’est son imaginaire simple mais tout à fait fou. Le héros du film est Zia, un jeune homme qui se taille les veines. Après sa mort, le voici coincé dans un autre monde, un monde réservé aux suicidés. Un monde qui ressemble au nôtre sans être le nôtre. On y croise donc que des morts dans un décor déprimant, où tout semble cassé ou à peine rabiboché. Tout le monde tire un peu la tronche, déçu de constater qu’il y a une vie après la mort, et que celle-ci est encore plus déprimante que celle qu’ils avaient délibérément choisi de quitter. Zia est comme les autres, jusqu’au jour où il apprend que sa petite amie Desirée, qu’il avait laissé parmi les vivants et qui lui manque, s’est suicidée elle aussi, peu après lui. Avec son pote Eugene, un rockeur russe mort sur scène, et Mikal, une jeune femme tenant absolument à trouver les instances dirigeantes de ce monde parce qu’elle n’est pas censée être là, Zia s’embarque donc sur les routes à la recherche de Désirée.

Petites suicides entre amis, c’est donc un road movie existentiel, dans lequel les personnages roulent au petit bonheur la chance, dans une quête au cours de laquelle ils trouveront peut-être des réponses à leurs questions. Et à défaut, ça les occupera, car hein, ils ont quoi de mieux à faire dans leur purgatoire éternel ? C’est ça le charme du film de Dukic. Ce ton tragicomique hésitant entre le glauque et le surréalisme. Au début, c’est déroutant et on se demande un peu dans quoi on s’est embarqué. Et finalement, la sauce prend. Le surréalisme prend le dessus sur le glauque. Des personnages joliment déglingués apparaissent, et ils ont les traits de Tom Waits, Will Arnett, John Hawkes. Des têtes qu’il fait bon voir traîner dans des seconds rôles.

Bizarrement, cette ballade m’a rappelé Tout est illuminé, sans le côté bouleversant mais avec du fantastique en plus. Le road movie réalisé par Liev Schreiber avait ce même esprit loufoque et existentiel. Peut-être est-ce aussi dû au personnage d’Eugene, le pote russe rocker qui secoue et déride Zia, et nous fait profiter d’un humour et d’une musicalité qui rappelle celle d’Eugene Hutz, un des acteurs de Tout est illuminé (également musicien avec son groupe Gogol Bordello, présent sur la bande originale de Petits suicides entre amis...).
Quelle que soit la raison, ça valait le coup d’attendre quatre ans.

dimanche 8 août 2010

J'ai rencontré le Diable... enfin non, pas encore...



Ca bouge beaucoup ces jours-ci pour le film coréen le plus attendu de l’été. Depuis quelques mois, on savait que I saw the Devil allait sortir en août dans les salles coréennes. Et en l’espace de quelques jours, le nouveau film de Kim Ji Woon a suscité l’attention en Amérique du Nord, l’inquiétude en Asie, et la déception à Paris (chez moi en particulier). Voilà pourquoi.

Tout d’abord un petit briefing pour ceux qui n’auraient pas encore entendu parler de I saw the Devil. Il s’agit du sixième long-métrage réalisé par Kim Ji-Woon, découvert en France avec le sous-estimé Deux Sœurs, mais surtout révélé grâce à deux films passés par le Festival de Cannes en leur temps : le stylé A bittersweet life et l’ébouriffant Le bon, la brute et le cinglé. Ce dernier, porté par trois des plus grandes stars masculines du cinéma coréen (Song Kang-Ho, Lee Byung-Hun et Jung Woo-Sung) et dévoré par plus de 7 millions de spectateurs locaux a consacré le cinéaste en son pays. Et fait de son nouveau projet un film intensément scruté et attendu.

Ce nouveau film lance Lee Byung Hun (son troisième film de suite avec Kim Jee-Woon) dans la peau d’un agent des forces de l’ordre décidé à mettre la main sur le serial killer qui a massacré sa compagne. Sous les traits du psychopathe, on retrouvera Choi Min-Sik, que l’on avait plus vu au cinéma depuis Lady Vengeance de Park Chan-Wook (il n’a tourné qu’un autre long-métrage en cinq ans, inédit en France).

Un synopsis qui laisse apparaître la possibilité d’un film sombre et violent… ce que vient de confirmer la commission coréenne de classification des films. A quelques jours de la sortie, programmée à l’origine le 11 août prochain, le site Hancinema.net annonce que la commission a apposé au long-métrage une classification « Restricted », l’équivalent d’une interdiction aux moins de 18 ans en France, signifiant indirectement l’impossibilité d’exploiter le film tel quel. En effet, impossible de promouvoir un film ainsi classé, et aucune chance de trouver une salle acceptant de le programmer.

Devant ce coup d’arrêt, la sortie du film a été repoussée en Corée. Le producteur du film a beau vouloir défendre « l’intégrité artistique » du travail de Kim Ji-Woon, le fait est que s’ils veulent sortir le film en salles, des coupes seront nécessaires pour atténuer la violence (selon la commission, certaines séquences du film « mettent à mal la dignité des valeurs humaines », rien que ça). Un vrai coup dur pour le film évènement de l’été en Corée du Sud.

Dommage, car il y a quelques jours, I saw the Devil avait été sélectionné pour être projeté au Festival International du Film de Toronto, le plus grand festival de cinéma du continent américain. Il n’y a en revanche pas de raison que le film ne soit pas projeté dans sa version actuelle (intégrale) à Toronto, les coupes ne devant certainement toucher que l’exploitation en salles.

Qu’en sera-t-il en France ? Chez nous, ce sera ARP Sélection qui distribuera I saw the Devil, qui s’était déjà chargé de Le bon, la brute, le cinglé, à priori sous le titre J’ai rencontré le Diable. Ce qui a un peu miné mon moral cette semaine, c’est la découverte justement que le film avait pour le moment une date de sortie française fixée au… 27 avril 2011 !!! Je sais bien que A Bittersweet Life, à l’époque, avait mis lui aussi une année à nous parvenir, mais le savoir si tôt, c’est déprimant. Bien sûr, ARP a le temps de changer d’avis et d’avancer la sortie en salles. Ca ne coûte rien d’espérer.

vendredi 6 août 2010

Mandy Lane et Kenji Endô se faufilent en DVD…

C’est bien connu, pendant l’été, les distributeurs aiment sortir en catimini les films dont ils veulent se débarrasser (essayez de voir L’éclair noir sorti la semaine dernière, c’est quasi impossible). Sachez que les éditeurs de DVD aiment aussi cette technique. Je suis certain qu’il y en a d’autres passant sous le radar, mais deux films sortant cet été directement par la case home video retiennent particulièrement mon attention.

Le premier est un véritable épouvantail. All the boys love Mandy Lane. Une bizarrerie comme le monde du cinéma aime à en accoucher. Je ne parle pas du film, que je n’ai pas vu, mais de son modèle de diffusion. All the boys love Mandy Lane, c’était LE film hype de 2006/2007. Celui dont le titre était sur toutes les lèvres du monde geek et cinéphile. Le petit film que tout le monde voulait voir et que les festivals s’arrachaient. C’était le premier long-métrage réalisé par Jonathan Levine, qui a par la suite concocté The Wackness, qui lui est sorti en salles il y a deux ans.

Mais pendant que tout le monde parlait de All the boys love Mandy Lane, aucun distributeur ne le sortait. En tout cas ni en France ni (plus étonnant) aux États-Unis. La rumeur du film culte continuait à enfler sans qu’une sortie en salle ne se profile. Mandy Lane, cette lycéenne que tous les garçons du bahut cherchent à dépuceler une nuit où un tueur sème la panique, débarque tout à coup sur les rayonnages de DVD en plein mois d’août 2010. Il est enfin temps de découvrir ce fameux film pour lequel plus aucune illusion ne restait quant à son sort, la sortie directe en DVD étant toute tracée.

Ce n’était pas forcément le cas du troisième volet de la trilogie 20th Century Boys, baptisée 20th Century Boys – Chapitre Final : Reprenons notre symbole. J’avoue que celui-là, je comptais encore sur un passage par les salles obscures. Un vain souhait qui a été brisé cette semaine lorsque j’ai découvert que le film était en fait en vente depuis près d’un mois en DVD.
Le premier chapitre de cette adaptation du célèbre manga avait été un de mes coups de cœurs de l’année 2009, une aventure épique aux allures de série B sortie discrètement dans une poignée de salles, un sort également réservé à sa suite quelques mois plus tard. Des sorties techniques qui n’avaient pas dû coûter bien cher à leur distributeur Eurozoom. Les salles qui les avaient diffusés (le Publicis pour le premier, l’UGC Orient Express pour le second) affichaient un fort taux de remplissage.

Cela n’aura pas suffit à nous offrir un passage sur grand écran pour ce dernier volet. C’est bien dommage. Je sais ce qu’il me reste à faire.

jeudi 5 août 2010

Un vieux Cary Grant sur grand écran ? Avec plaisir !


Je ne me souviens plus quel film m’a le premier introduit au charme cinématographique de Cary Grant. Il s’agissait sûrement d’un film vu à la télé avec ma mère quand j’étais ado, plus ou moins forcé de regarder parce que ma mère n’aura pas voulu rater ça. J’ai certainement soupiré un bon coup, avant de me laisser entraîner et de le trouver cool, finalement, ce vieil acteur. Peut-être était-ce La mort aux trousses. Peut-être était-ce La main au collet. Je ne saurais dire. Ce que je sais c’est que Cary Grant, depuis que je le connais, ne m’a jamais déçu et s’est tranquillement installé parmi mes acteurs préférés.

En même temps il faut bien avouer que depuis que je m’intéresse déraisonnablement au cinéma, j’ai toujours adoré ce genre dans lequel il s’est révélé le plus talentueux des comédiens, la screwball comedy. Ces comédies loufoques aux répliques fusant plus vite que l’Aston Martin de James Bond, Cary Grant en était le roi, de La dame du vendredi à Arsenic et vieilles dentelles en passant par L’impossible monsieur bébé, Grant a excellé dans le genre sous les yeux experts de Howard Hawks, Frank Capra, George Cukor et quelques autres.

Ces films, je me souviens les avoir dévorés, après avoir lu avec fascination la passionnante biographie de Howard Hawks par Todd McCarthy, ou en attrapant une rétrospective Cukor. Si Alfred Hitchcock a fait de Grant la grande star qu’il a été, et qu’il lui a offert des rôles plus troubles que ceux des comédies qui l’ont révélé, mes souvenirs les plus vifs de Cary Grant resteront toujours ceux de l’acteur comique. Ce n’est pas un hasard s’il apparaît au générique de la plupart de mes comédies américaines classiques préférées.

Combien de films avec Cary Grant suis-je allé voir au cinéma juste pour lui ? Il est probablement mon acteur préféré de l’âge d’or Hollywoodien, parce que Seuls les anges ont des ailes, parce que Indiscrétions, parce que Les enchaînés, parce que La mort aux trousses, parce que Charade. Parce que tellement d’autres encore où il est charisme, charme, humour, ambiguïté. On l’aime en un clin d’œil, un sourire, un geste. C’était ça, Cary Grant. Ca l’est toujours.

Le 28 juillet dernier est ressorti en copie neuve Elle et lui de Leo McCarey, un Cary Grant que je n’avais encore jamais eu l’occasion de voir. J’ai donc pris rendez-vous avec la salle rouge de la Filmothèque du Quartier Latin pour combler cette lacune et voir ce film dont j’avais entendu parler pour la première fois dans Nuit blanche à Seattle de Nora Ephron. Elle, c’est Deborah Kerr. Lui, c’est donc Cary Grant. Ils se trouvent à bord d’un paquebot reliant l’Amérique, au départ de l’Europe. Chacun a quelqu’un dans sa vie, mais au cours de cette traversée de l’Atlantique, ils vont tomber amoureux et se promettre de se retrouver six mois plus tard au sommet de l’Empire State Building.

Elle et lui est l'archétype du mélo amoureux. La rencontre, les piques, l’amour, la romance impossible, les promesses, la séparation, les retrouvailles dans les larmes… Le film suit un schéma depuis éprouvé mais qui ne l’était pas à l’époque, et offre une efficacité narrative qui rend le film émouvant sans que l’on s’y attende. Si le charme débonnaire de Cary Grant est présent, il s’inscrit dans un cadre qui le change grandement de chez Hawks, Hitchcock ou Cukor. Ici, les pleurs recherchés par le scénario ne sont pas de rire mais bien d’émotion, et vu le nombre de mouchoirs déployés à la fin du film, je dirais que le film a fait son effet, principalement (exclusivement ?) auprès du public féminin.

Le fan de Cary Grant que je suis se réjouit d’avoir découvert un nouveau film du comédien, mais Elle et lui m’apparaît tout de même comme un film mineur. Mais bon, oui, j’avoue, la dernière scène dans l’appartement de Deborah Kerr alors qu’elle est assise dans son canapé m’a fait sourire, car je sentais l’émotion poindre en moi, et je savais que Leo McCarey, à la manière d’un Douglas Sirk, avait atteint son objectif.

Il me reste des films à explorer dans la filmographie de Cary Grant. Des meilleurs qu’Elle et lui peut-être. J’espère simplement que je pourrai les voir sur grand écran, comme j’avais découvert Seuls les anges ont des ailes ou Charade. Et sinon tant pis, je retournerai voir ceux qui m’ont déjà charmé.

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