mercredi 29 février 2012

Dujardin, Hugo Cabret, Mathilde Seigner... il s'est passé quoi aux César et aux Oscars ?

Cette année, je n’ai pas regardé les Oscars. Non que la retransmission soporifique de l’année dernière (merci encore James Franco, on s’en souviendra longtemps !) m’ait définitivement découragé de jamais revoir une cérémonie des Oscars (quoi que…), mais le timing n’a pas été le bon cette année. Dommage, ma part chauvine aurait aimé assisté en direct au triomphe de The Artist. Tant pis. Car cela ne m’empêchera pas de commenter quelques résultats de cette soirée, en plus bien sûr de soulever quelques points sur la cérémonie des César qui a eu lieu deux jours plus tôt. Alors, que retiendrais-je de ce dernier week-end de la saison des récompenses ?

La victoire de Terrence Malick aura été d’être nommé
Aucun Oscar n’est venu saluer la Palme d’Or 2011, pas même pour la somptueuse photographie d’Emmanuel Lubezki, pourtant la plus méritante de l’année probablement, délaissée au profit de celle d’Hugo Cabret de Martin Scorsese. Aux César, The Tree of Life n’était de toute façon même pas nommé dans la catégorie Meilleur Film étranger.

Hugo Cabret est le roi de la technique
Les cinq Oscars remportés par le film de Martin Scorsese sont à trouver au rayon technique, de la fameuse photographie à la direction artistique. Le plus étonnant ? L’Oscar des Meilleurs effets spéciaux gagné au nez et à la barbe de La Planète des singes : les origines. Sur cette dernière récompense, on frise le scandale, mais bon.

Pour une fois, un grand film remporte l’Oscar du Meilleur Film étranger
Il est presque rare que les favoris remportent cette distinction, mais Asghar Farhadi n’a pas failli, et remporte coup sur coup César et Oscar du Meilleur Film étranger, un an après son Ours d’Or à Berlin. Si dans cette catégorie, les César déçoivent rarement (on se souviendra que Gran Torino l’avait emporté alors que le film d’Eastwood n’avait même pas eu une seule nomination aux Oscars…), les Oscars ont le chic pour ne pas valoriser le bon film. Cette année, français et américains étaient d’accord sur la question.

Drive n’aura eu ni César ni Oscar
Les chances étaient minces des deux côtés de l’Atlantique avec seulement une nomination dans chaque cérémonie, Meilleur montage sonore aux États-Unis et Meilleur Film étranger en France. Mais l’espoir était tout de même là pour la bombe de Nicolas Winding Refn. En vain.

Qui a dit qu’on ne riait pas aux César ?
Antoine de Caunes incrusté dans Polisse, c’est drôle. Tout comme Julie Ferrier qui imite François Damiens, Valérie Lemercier sur un éléphant ou Michel Gondry qui parle du décolleté de Kate Winslet avec son accent frenchy. Laurent Lafitte a parachevé le travail.

Mathilde Seigner ne sera plus jamais invitée à remettre un César
L’actrice française nous a rejoué le scénario de Kanye West aux Grammy d’il y a quelques années, et alors qu’elle remettait le César du Meilleur second rôle masculin remporté avec beaucoup de mérite par Michel Blanc (à l’image des trois prix attribués à L’exercice de l’État), Seigner s’est mise à dire « J’aimerais bien que Didier [Joey Starr] monte sur scène quand même… Je vous aime bien [en se tournant vers Michel Blanc, livide], mais quand même, Didier… ». Panique sur scène pour Antoine de Caunes qui tente de lui faire comprendre que ça ne se fait pas et qu’elle doit quitter la scène. Elle insiste, de Caunes insiste par-dessus, Blanc, qui avait fait un bon discours, est pris en otage par le toupet de Mathilde Seigner qui finit par quitter la scène quand elle comprend qu’elle n’aura pas gain de cause. La  bêtise est sans limite chez Mathilde Seigner.

Joann Sfar a fait une entrée remarquée dans le cinéma français.
L’année dernière, César du Meilleur premier film pour Gainsbourg, vie héroïque. Cette année, César du Meilleur Film d’animation pour Le chat du Rabbin. Et l’année prochaine ?

Mathieu Kassovitz était là.
Contre toute attente, le cinéaste français ayant largement fait savoir son mécontentement de ne pas voir L’ordre et la morale figurer en bonne place parmi les nommés était tout de même là vendredi soir pour remettre un prix. Moment de flottement dans la salle devant l’apparition de Kassovitz… qui a un peu plus tard vu le César du Meilleur Scénario adapté, sa seule nomination, être emporté par Carnage de Polanski.

Maïwenn a utilisé deux paquets de mouchoirs pour s’éponger après ses pleures suite au César du Meilleur Montage.
On me dit qu’elle en a utilisé quatre de plus à la fin lorsqu’elle n’a rien récolté personnellement, elle, celle qui est censé toujours briller parce que c’est elle le centre du monde nan mais franchement ils n’y connaissent rien aux César !!!! Message informatif : ceci était une réflexion fictionnelle et ne reflète en rien les opinions de l’auteur de ce blog. Qui, lui, est ravi que Maïwenn et son égo démesurés n’aient pas été récompensés.

Bérénice Bejo  s’est fendue de la plus belle émotion de la soirée des César en acceptant celui de la Meilleure actrice.
Omar Sy n’était pas loin derrière. Christophe Barratier dira lui sur Internet des choses regrettables sur le fait que Sy ait remporté le César aux dépens de Dujardin. Serait-il cousin avec Mathilde Seigner ? Jean Dujardin, à l’image de The Artist, aura tout de même été la star du week-end, devenant le premier français à se voir remettre l’Oscar du Meilleur Acteur. Les américains seraient avisés de se préparer à bien prononcer « Dujardin ». 

mardi 28 février 2012

La vie d'une autre, celle de ma voisine dans la salle

Dimanche après-midi, je suis allé voir La vie d’une autre de Sylvie Testud. Je sais, les critiques le concernant frôlaient le désastreux, et les chances étaient minces que le film soit à la hauteur de son pitch prometteur : Marie, une jeune femme à l’avenir plein de promesses, rencontre un homme et passe la nuit avec lui un soir de 1996. Quand elle se réveille le lendemain matin, elle est dans un appartement luxueux avec vue sur la Tour Eiffel, est mariée avec l’homme avec lequel elle vient de passer la nuit, ils sont parents d’un jeune Adam et au bord du divorce. Quinze ans viennent de s’écouler, mais Marie n’en a aucun souvenir.

Je suis allé voir La vie d’une autre malgré la réputation peu glorieuse taillée par la presse. Parce que le principe du film me plaisait, parce qu’il s’agit de la première réalisation de Sylvie Testud, et parce qu’après L’ordre et la morale, j’avais envie de revoir Mathieu Kassovitz devant une caméra. Voilà pourquoi je suis allé voir La vie d’une autre, un film parfois enthousiasmant, parfois confondant de maladresse, mais qui vaut mieux que ce que la plupart des critiques en ont dit. Mais il semble que tout le monde ne soit pas allé voir les aventures amnésiques de Juliette Binoche pour les mêmes raisons que moi.

Ma voisine de gauche dans la salle, pour ne citer qu’elle, avait l’air d’avoir des raisons tout à fait personnelles n’ayant rien à voir avec les miennes. J’ai vite réalisé que ce qui intéressait particulièrement cette spectatrice dans le film de Testud, c’était le fait qu’il ait été tourné en partie à la Défense. Dès que le quartier d’affaires de la banlieue parisienne est apparu à l’écran, ma voisine s’est agitée dans son fauteuil, soudain très alerte et commençant à commenter pour l’amie qui l’accompagnait ce qu’elle voyait à l’écran. « Alors là sur la droite si tu continues un peu… ». « Oh tu vois là, la tour EDF ? Eh bah nous on est juste derrière »… et quelques descriptions de plus nous faisant bien comprendre même si l’on s’en contrefoutait (je plaide coupable) que madame travaillait elle aussi à la Défense.

J’ai trouvé cela formidable, absolument passionnant. Une vraie mine d’informations inattendues qui ont presque transformé La vie d’une autre en documentaire sur le microcosme de la Défense, avec voix-off incorporée… (l’ironie est passée ?) Pfff. Certains viennent au cinéma voir un film. La plupart des spectateurs j’imagine, j’espère. D’autres viennent s’amuser de voir le quartier dans lequel ils (elle !) bossent passer sur grand écran, et tiennent absolument à partager cette proximité avec quelqu’un, sans réaliser qu’au cinéma, on n’est pas dans son salon et que les autres spectateurs profitent eux aussi de ces commentaires futiles. S’il vous plait, si c’est votre cas, rendez-vous compte de la situation et ne le faites plus. Les autres s’en balancent, personne n’a envie de savoir pendant le film si vous bossez dans le quartier. Gardez l’info pour la sortie de la projection, vos voisins de salle s’en porteront mieux, et l’information n’aura pas perdu en validité.

vendredi 24 février 2012

Pourquoi j’aime le cinéma

C’est étrange une passion. Cela vous tombe dessus sans crier gare. C’est tellement fort que l’on pense être le plus passionné au monde. Cela ne s’explique pas, et pourtant on pourrait citer mille raisons pour lesquelles la passion nous a un jour pris à la gorge. C’est l’effet que me fait le cinéma depuis un petit paquet d’années maintenant. Quelque chose d’irraisonné, parce que la raison n’a rien à voir là-dedans. Il y a des jours où je me dis que je pourrais passer ma vie à aller voir des films et cela suffirait à me rendre heureux. D’autres où je me dis que si je ne finis pas Délégué Général du Festival de Cannes, c’est que le monde ne tourne décidément pas rond. Et surtout, tous les jours, depuis tant d’années, de nouvelles raisons se font jour et viennent entretenir ma passion.

Il y a quelques semaines, je découvrais ce billet sur un site américain, dans lequel un autre passionné listait toutes les raisons pour lesquelles il aime le cinéma. Et évidemment, en lisant cela, je me suis dit que c’était une des meilleures idées que le monde ait jamais porté (oui je sais j’ai toujours des petites tendances à l’excès dans mon enthousiasme). Seulement voilà, je me connais. Je sais que si je me lance dans un billet somme comme celui-ci, je ne le finirai jamais. Je passerai des années à l’alimenter jusqu’à ce que je me réveille en 2016 en me disant « Oups, il serait peut-être temps que je le mette en ligne ce billet qui fait désormais 467 pages…

Du coup j’ai décidé de m’y prendre autrement. Comme cela reste la plus grande idée que le monde ait porté et que je n’ai pas envie de m’enliser dans un billet que je n’arriverais jamais à conclure, pourquoi ne pas en faire un billet récurrent ? Régulièrement, écrire quelques raisons pour lesquelles j’ai le cinéma dans la peau. Et c’est aujourd’hui que cela commence. Alors, pourquoi j’aime le cinéma ?

Parce qu’aller au cinéma en sortant de l’école, c’est quand même mieux que faire ses devoirs, même pour voir un film d’auteur en VO alors qu’on n’aime pas ça.

Parce que si tout Hollywood voulait jouer dans La ligne rouge, moi j’aurais tué père et mère pour le voir avant tout le monde. Et comme je ne pouvais pas, j’ai regardé la bande-annonce 78 fois (à peu près).

Parce que quand j’étais gamin, je pensais que Charles Bronson était un gros ringard. Et puis un jour j’ai vu Il était une fois dans l’Ouest.


Parce que Peter Sellers se lève d’une chaise roulante en criant « Mein Fuhrer, I can walk ! ».

Parce que « La chanson d’Hélène », c’était pas au Club Dorothée, c’était Les choses de la vie.

Parce que personne ne se risquerait à manger un poulpe vivant pour de vrai.

Parce qu’à 88 miles à l’heure, la DeLorean retourne vers le futur. Ou vers le passé. Sur terre ou dans les airs. Avec du plutonium, ou un éclair. Et même avec les ordures de la poubelle.

Parce que c’est le seul endroit où je peux croiser Gong Li.

Parce que j’espère toujours que Meryl va ouvrir la portière et rejoindre Clint, même si cela tuerait le film.

Parce que j’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C briller dans l’ombre de la porte de Tannhauser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli, comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir.


Parce que Tony Leung murmure son amour impossible entre deux pierres, et que c’est le geste le plus beau et le plus triste qui soit.

Parce qu’aller voir le nouveau Disney de Noël au Grand Rex tous les ans avec la Féérie des Eaux quand on est haut comme trois pommes, ça met des rêves plein la tête.

Parce que quand la fanfare de la 20th Century Fox retentit, je bas la mesure sur mes cuisses comme si j’étais seul dans la salle.

Parce que jusqu’ici, tout va bien.

jeudi 23 février 2012

Une Désintégration dans le froid

Je déteste la salle 1 du Saint-Lazare Pasquier. Un mauvais souvenir y était déjà associé, et voici que je viens de vivre un remake – presque en pire – de cette séance malheureusement mémorable de Biutiful. Quand je pense que j’ai longtemps hésité sur le film que j’irai voir ce soir-là – mardi soir oblige, avec les changements de films le lendemain – puis sur la salle dans laquelle voir le film choisi, je me dis que j’avais finalement mieux à faire que sélectionner la séance de 17h20 du Saint-Lazare Pasquier pour La désintégration de Philippe Faucon.

En arrivant à la caisse, à mon « Une place pour La désintégration s’il vous plait », l’homme caché dans sa cabine me dit en désignant un panneau affiché sur sa vitre « Vous avez vu, on n’a pas de chauffage dans la salle 1 ». Ayant couru ces 45 dernières minutes pour arriver juste à l’heure à cette séance pour laquelle j’avais longuement hésité, je répondis sans sourciller « Ah. Ok » avant de m’enfoncer dans la salle. De toute façon, il fera moins froid que dehors, me dis-je. Les quelques personnes déjà installées dans la salle me semblaient même un peu ridicules, calées au fond de la salle sans avoir enlevé leurs manteaux.

Je tiquai par contre à l’instant où je mis un pied dans la salle, y reconnaissant immédiatement celle où j’avais (donc) vu un an et demi plus tôt Biutiful. Les spectateurs étaient rares, la séance sur le point de commencer, c’est bon, je ne devrais pas être trop dérangé pendant le film cette fois-ci. Peu avant que la salle ne s’éteigne, une grand-mère toussant s’installa le rang derrière moi pendant que sa petite-fille qui l’accompagnait, la vingtaine, lui disait que non, elle ne savait pas quand le téléfilm dans lequel elle venait de jouer allait passer et que de tout façon elle ne voulait pas que sa grand-mère le regarde car c’était trop mauvais, comme tous les téléfilms français.

Mais non, la toux de la grand-mère n’a pas perturbé ma séance. Ni finalement ce grand mec de près de 2 mètres qui alla s’installer au second rang au même niveau que moi, mais dont la grande taille cachait, malgré les 3 rangs d’écart, une sacrée portion du bas de l’écran (ouf, il se tassa vite !). Non, en revanche, ce qui me resta en travers de la gorge fut ce spectateur qui, arrivant en retard alors que le film était commencé depuis deux ou trois minutes, vint s’asseoir exactement devant moi, alors que le rang sur lequel il s’installa était aussi vide que le mien. Après avoir lâché un nom d’oiseau et avoir donné un petit coup bien senti dans son dossier pour lui faire comprendre qu’il avait quelqu’un juste derrière lui, j’analysais, devant sa flagrante indifférence, mes possibilités de repli. Si mon rang était vide, celui de derrière ne l’était pas. A ma gauche, la grand-mère toussant et sa petite-fille actrice. A ma droite, un couple arrivé en même temps que moi. Me décaler pour éviter le mec de devant reviendrait à leur imposer ma présence. M’y refusant, et constatant que le retardataire s’était tout de même suffisamment tassé dans son fauteuil pour que seule une mèche déborde sur l’écran, je décidai de rester à ma place.

Il faut bien préciser qu’avec sa pente ascendante, la salle 1 du St-Lazare Pasquier laisse peu de confort à une salle qui se remplit, les têtes devant soi devenant vite une ombre envahissante sur l’écran. Mais bon, il m’apparut que celle-ci serait finalement discrète. En revanche, une fois que mon attention pu enfin bien se recentrer sur le film, je me mis petit à petit à me souvenir du détail de l’absence de chauffage dans la salle. Car au fil des minutes, il apparaissait de plus en plus clair que j’allais sérieusement me cailler les miches, comme tous mes cospectateurs, devant La désintégration. Vite, faire de son manteau une couverture dans laquelle se blottir. Okay. C’est bon. Ca marche… quelques minutes. Car désormais ce sont les jambes qui commencent à dépérir. Je ne peux pas à la fois sérieusement me blottir dans mon manteau et me couvrir les gambettes. L’écharpe ! Je peux toujours me réchauffer les cuisses avec mon écharpe ! C’est parti ! Pas mal. Ca marche à peu près.

Mais bientôt ce sont les pieds, et là, les solutions sont épuisées. Mes pieds gèlent. Lentement, mais sûrement. Il ne manque plus que, de temps en temps, une remontée de tête devant moi, qui m’oblige à me redresser, et du coup à déplacer mes couvertures de fortune, et donc à me réinstaller correctement en replaçant bien mon manteau et mon écharpe pour maximiser mon chauffage brinquebalant. Quelle gymnastique !

Heureusement, comme la veille 10 hivers à Venise, La désintégration transcende aisément ce qui peut bien se produire dans la salle. Et cette exploration posée et pourtant explosive de cette jeunesse se laissant convaincre qu’elle n’a pas sa place dans la société française et dès lors manipuler vers un extrémisme implacable laisse une empreinte forte sur la rétine. J’en ai même oublié que j’aurais pu parfaire ma protection hivernale d’intérieur en sortant mon bonnet et mes gants. Je tâcherai d’y penser si je retourne au St-Lazare Pasquier dans les jours qui viennent.

mardi 21 février 2012

Les hivers à Venise sont gris mais beaux

C’est un lundi en fin d’après-midi. Paris est sec, froid, mais coloré. Au sous-sol de l’Élysée Lincoln, je suis un des rares à avoir moins de 60 ans dans cette salle qui se remplit. Dans la queue à l’extérieur déjà, les voix bruissaient du désir de partir sur la lagune vénitienne. Une fois installé dans mon fauteuil du 5ème rang, d’autres langues se déliaient sur la motivation des spectateurs du jour. « J’espère qu’on va bien voir Venise. Il paraît qu’il y a aussi des scènes à Moscou ».

C’est une romance italienne au long cours que je suis venu voir, mais j’ai bien l’impression que nombre d’entre mes camarades cinéphiles du jour se déplacent surtout parce que la ville de Venise est présente dans le titre du film de Valerio Mieli, 10 hivers à Venise. Je me suis pour ma part laissé attirer par quelques critiques qui m’ont donné envie de découvrir ce film dont je n’avais pas entendu parler deux semaines plus tôt.

C’est avec une pointe de déception que j’ai laissé s’installer à mon côté, tout contre moi, un vieux couple qui aurait pu nous laisser plus d’espace. J’étais encore plus déçu lorsque monsieur assis à ma droite s’est mis à jouer des coudes régulièrement, ou dès la scène d’ouverture à commenter à voix haute à l’intention de madame. Puis ce fut ce rideau malencontreusement tiré dans la salle de projection qui fit s’abattre exactement sur moi le rayon d’une lumière venue de la cabine pendant un bon quart d’heure.

Mais c’est un film qui fait oublier ce genre de désagréments que j’ai vu ce lundi-là. L’histoire d’un garçon et d’une fille, devenant homme et femme, observés le temps de dix hivers alors qu’ils se croisent, se décroisent et se recroisent à Venise. Ils se rencontrent jeunes étudiants dans un vaporetto un soir de 1999, et c’est chaque hiver que nous allons les retrouver, parfois le temps de quelques minutes, d’autres fois sur plusieurs jours. Toujours dans le gris et le froid. De la flamme inassouvie du premier regard naîtra cette relation tantôt faite d’amitié, tantôt de désir chaste ou de désamour. Et l’amour dans tout cela, arrivera-t-il un jour ?

C’est une comédie romantique versant plus dans la mélancolie du désir inassouvi que dans la joie de l’amour partagé, comme un croisement étrange entre Quand Harry rencontre Sally et Un jour, le tout avec pour cadre quasi unique, si l’on excepte effectivement une ou deux escapades moscovites, une Venise hivernale, froide, incarnée à l’opposée de son image d’Épinal. Le temps passe, les caractères se forgent, les sentiments murissent.

C’est un film que je ne serais peut-être pas allé voir un autre jour. C’est un film que nous serons certainement peu à avoir vu en salles. Pourtant qu’ils sont beaux, ces hivers à Venise.

mardi 14 février 2012

Une dernière croisade avec Indy à la Cinémathèque

“Water ?
- Oh no thank you sir, no. Fish make love in it”.
En revoyant dimanche à la Cinémathèque Indiana Jones et la Dernière Croisade, j’ai découvert que cette réplique culte, discrète mais hilarante de Marcus Brody, personnage emblématique de la saga imaginée par George Lucas et Steven Spielberg, n’était pas traduite dans le sous-titrage français du film. Une réplique digne des Monty Python couvée dans un film d’aventures de Steven Spielberg, passée sous silence pour le public français. En la revoyant, je me suis alors demandé si cette réplique existait dans la VF du film, mais il semblerait bien qu’elle ait également été évacuée dans le doublage.

Pourquoi donc commencer mon billet consacré à Indiana Jones et la Dernière Croisade à cette réplique iconoclaste du film ? Je n’en ai aucune idée, sinon qu’il me paraît tellement aberrant de passer sous silence un délice de réplique pareil que je me devais de l’exprimer. Et comme j’ai tendance à être tête en l’air, autant le mentionner d’emblée. Et voilà que je suis parti de travers sur mon récit à la Cinémathèque, un de plus pour redécouvrir un bijou de Spielberg sur grand écran. Il y avait tellement d’autres façons d’entamer ce texte.

J’aurais très bien pu vous dire que ce troisième volet des aventures de l’archéologue aventurier a toujours été mon préféré de la série, même si la noirceur du Temple maudit a marqué l’enfant que j’étais. Il était donc hors de question de passer à côté d’Indiana Jones et la Dernière Croisade à la Cinémathèque. Avec Hook et Jurassic Park, c’est probablement le Spielberg que j’ai le plus vu. Si je n’avais pas déjà vu plusieurs films lors de la rétro à la Cinémathèque, et donc su qu’il n’était pas besoin de venir trop longtemps à l’avance pour être bien placé, je serais certainement arrivé une heure avant le début du film afin d’être sûr de m’asseoir à la meilleure place de la grande salle.

J’aurais également pu commencer en énonçant mon regret de ne pas être un des nombreux enfants présents dans la salle ce jour-là, emmenés par leurs parents désireux de faire découvrir à leurs bambins (façon de parler) ce héros qui les a eux-mêmes fait rêver quand ils étaient à peine adultes pour la plupart. Découvrir Indiana Jones dans une salle de cinéma, quel effet cela doit faire. Mais comme pour les autres films de Spielberg redécouverts sur grand écran, notamment Les aventuriers de l’Arche perdue, la jubilation qui était mienne au moment où la lumière s’est éteinte valait toute la jeunesse du monde (on n’aurait pas l’impression que je suis un vieux croûton avec cette phrase par hasard ?).

J’aurais encore pu annoncer d’entrée de jeu que si cette fois je me suis rendu seul à la projection, et que si je n’y ai croisé aucune connaissance personnelle ni aucun ami blogueur, l’homme aux sacs plastique, lui, était fidèle au rendez-vous et s’est comme à son habitude étalé par terre au pied de l’écran pour voir Harrison Ford et sa cicatrice au menton d’encore plus près. J’en aurais profité pour préciser qu’à peine le générique de fin achevé, le spectateur le plus célèbre de la cinéphilie parisienne filait à toute allure vers la sortie, sans l’ombre d’un doute vers une nouvelle projection.

J’aurais évidemment pu attaquer bille en tête en clamant tout simplement mon amour pour le film. En m’extasiant devant l’émotion et l’exaltation que fut cette redécouverte sur grand écran d’Indiana Jones et la Dernière Croisade. J’aurais pu vous réciter les répliques apprises au fil des visionnages dans mon enfance. J’aurais pu chanter les louanges de la scène d’ouverture dans la jeunesse d’Indy où River Phoenix lui prête ses traits. J’aurais pu souligner tout de suite ce qui fait le sel de ce film, l’alchimie parfaite entre les Jones père et fils, Henry et Indy, Harrison Ford et Sean Connery. J’aurais pu vous mimer (mais là avec des mots ce n’est plus du mime…) la poursuite en vaporetto dans Venise, l’évasion du château nazi en Autriche, les épreuves pour atteindre le Graal à Alexandretta. J’aurais pu laisser mes mots s’entrechoquer sous l’excitation, mes phrases perdre tout sens à force de partir dans tous les directions de l’expression de ma joie.

Mais non. J’ai ouvert ce billet avec les mots de Marcus Brody, l’ami d’Indy, le gaffeur. L’homme qui s’est perdu dans son propre musée. Un personnage divin, croqué avec humour, campé avec une classe désinvolte et un brin ridicule par feu Denholm Elliott. Et si c’était Marcus Brody, finalement, mon personnage préféré d’Indiana Jones et la Dernière Croisade, cela ne vaudrait-il pas de commencer par lui ?

dimanche 12 février 2012

24 heures de la vie d'un cinéphile

Vendredi soir, quelques minutes avant 22 heures.
Je ne le sais pas encore, mais je m’embarque pour 24 heures intensives de cinéma. Et après une semaine exténuante, c’est au rayon de l’entertainment que je cherche mon programme du vendredi soir. A ce moment-là de la semaine, puiser dans un cinéma plus posé reviendrait à pousser celle qui m’accompagne dans les bras de Morphée comme elle en a trop souvent l’habitude dans les salles obscures. C’est donc vers Sherlock Holmes  et son Jeu d’ombres que nous nous tournons, visant ainsi un divertissement américain aux doux accents british qui soit capable de délivrer du spectacle comme Mission Impossible : Protocole Fantôme l’a si bien fait il y a quelques semaines.

Vendredi, minuit.
Perdu(e). Tandis que le fameux détective de Baker Street et son fidèle Docteur Watson s’échinent depuis 1h30 à concocter un spectacle ébouriffant, ma voisine préférée m’a depuis longtemps abandonné pour un sommeil constant. A l’évidence, l’affrontement entre Holmes et le Professeur Moriarty l’a laissée de marbre, et je ne peux lui en vouloir, tant Guy Ritchie s’égare avec cette suite poussive qui a le défaut de nombreux films d’aventures hollywoodiens de ces dernières années : un scénario mal ficelé tentant de créer l’illusion avec moult action partant dans tous les sens mais n’amenant que la lassitude au spectateur. Je m’imagine déjà deux jours plus tard tentant d’expliquer l’histoire du film à quelqu’un qui ne l’aurait pas vu… pas sûr que j’y parvienne. Ah ça, Guy Ritchie aime bien les ralentis anticipant les séquences d’action, mais si cela faisait le sel d’un film, cela se saurait… Heureusement qu'il a eu la bonne idée d'embaucher Stephen Fry pour jouer Mycroft, le frangin de Sherlock qui se balade à poil chez lui. Fry, lui, est toujours irrésistible.

Samedi, 11h10.
En me levant ce matin, le but était d’arriver à attraper un film à la séance d’11h en solo, car malgré la maigre offre de films depuis le début de l’année, les derniers jours m’ont fait accumulé un retard certain que mon emploi du temps des jours à venir ne me permettra peut-être pas de combler. Autant donc aller voir un maximum de films au cours de ce samedi à l’emploi du temps vierge. Et convaincu par une bande-annonce de toute beauté et quelques échos faisant état d’un film magnifique visuellement (merci France Inter…), l’objectif fixé s’intitule Félins. Séance affichée aux Halles : 11h15. Départ de chez moi : 11h10. Avec le gros quart d’heure de bandes-annonces et publicité, j’y serai les doigts dans le nez, en ratant les bandes-annonces (je déteste les rater, mais tant pis, on est samedi matin, je m’en remettrai !).

Samedi, 11h25.
Le film est commencé ? Comment ça le film est commencé ? Quand j’entre en salles, je fonce vers la première place qui s’offre à moi (comme il se doit…) au 4ème rang quand je me rends compte que les images passant à l’écran sont celles de lionnes et que si si, Félins est bien commencé alors qu’il n’est, comme me le confirme mon téléphone au moment où je l’éteins dès que je suis assis, que 11h25. Et puisque je n’ai droit à aucun logo Disney ou titre affiché à l’écran, le documentaire animalier doit être commencé depuis deux minutes au moins. Encore une chose dont j’ai horreur, rater le début d’un film. Mais bon, pour un film qui va suivre des guépards et des lionnes pendant 1h30 dans une réserve du Kenya, je suppose que c’est moins gênant que s’il s’agissait d’un film de Bong Joon-Ho. Dans la salle, beaucoup de parents qui ont emmené leurs enfants, et ils ne sont pas tous aussi sages que ceux, exemplaires, qui s’étaient trouvés juste devant moi le mois dernier pour la belle Colline aux Coquelicots de Goro Miyazaki.

Samedi, 14h50.
Après une pause okonomiyaki rue Sainte-Anne avec ma chère et tendre pour oublier l’ennui qui m’a gagné devant les félins, l’idée d’aller nous marrer devant JC comme Jésus Christ nous trotte dans la tête. Allez, pourquoi pas, n’écoutons pas les échos négatifs, et fions nous à ces teasers funs que nous avons vus en salles. Dans la queue, nous tombons par hasard sur Michaël, mon fidèle pote de Fun, Culture & Pop qui entame son après-midi ciné comme j’en ai tant partagé avec lui ces dix dernières années. Et si nous n’avons pas toujours partagé les même avis cinéphiles au cours de la dernière décennie, la première réalisation de Jonathan Zaccaï nous met d'accord : la déception prend le pas sur l’amusement de la première demi-heure, à la suite de laquelle il apparaît que JC comme Christ aurait fait un super court-métrage plutôt qu’un bon long, l’idée de base du faux  documentaire sur ce jeune surdoué de la caméra tournant vite dans le vide. Ma voisine préférée a de nouveau manifesté sa déception par le sommeil.

Samedi, 16h50.
Michaël, qui hésitait avec La Taupe et Une bouteille à la mer, continue sa route avec nous pour un second film, El Chino. Après cet enchaînement de films décevants depuis la veille au soir, j’ai envie, j’ai besoin d’être remonté par un film tendre et drôle, et enfin, le film argentin m’offre ce plaisir. Certes le film est plus anecdotique que l’immense succès qu’il a connu sur ses terres le laisse deviner (quoique c'est souvent le trait des plus grands cartons du box-office…), mais son visage léger cache tout de même quelques doux brins de folie qui collent un grand sourire au visage. Ricardo Darin, LA star du cinéma argentin, y campe un quincailler solitaire dont la vie réglée au millimètre est  bouleversée par l’arrivée impromptue d’un chinois ne parlant pas un mot d’espagnol sur son chemin. Le plaisir est simple, mais il est entier (malgré une spectatrice très démonstrative aimant trop commenter le film au grand désarroi de son compagnon essayant de lui faire comprendre qu'elle dérangeait les autres spectateurs...), et alors que le samedi après-midi touche à sa fin en ce week-end jusqu’ici chiche en satisfaction cinéphile, cela suffit à me ravir.

Samedi, 19h30.
Après avoir fait un debriefing avec Michaël et quelque magasinage comme disent nos cousins québécois, l’heure est grave. Ma dormeuse préférée (qui n’a cette fois nullement fermé l’œil) et moi-même débattons avec gravité de la suite des opérations du samedi. La soirée est désormais entamée, le froid règne toujours sur la capitale, et il nous reste encore quelques films à voir que les jours qui viennent ne nous laisseront pas forcément loisir de découvrir. La soirée qui s’offre à nous libre de tout engagement est donc l’opportunité d’aller voir un dernier film ce jour, son troisième, mon quatrième. Et que faire ? Prendre des places parmi les 50 restantes pour La Taupe, dont la séance commence dans quinze minutes, au risque d’être mal placé ? Jeter son dévolu sur une des séances de 20h30 en mangeant sur le pouce ? Aller manger et revenir pour la séance de 22h (option vite écartée, il faut profiter de la dynamique du moment, sans quoi la fatigue nous rattrapera pendant le film choisi) ?

Samedi, 20h30.
Après avoir finalement grignoté un petit en-cas  faisant office d’apéritif avant un repas plus tardif, nous voici pénétrant parmi les premiers dans la salle 3 programmant Detachment de Tony Kaye. Quelques heures plus tôt, Michaël me révélait qu’il s’agissait de son film préféré de 2012 pour le moment derrière The descendants. Et comme ce dernier est également mon favori de ces premières semaines de l’année, cette appréciation ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Et il ne me faut pas plus de quelques minutes pour voir en Detachment un film ambitieux, passionnant, naviguant dans les chemins de traverse plutôt que dans l’attendu. Tant mieux. C’est également, malheureusement, un film versant parfois trop facilement dans la sentimentalité, et offrant trop peu de nuances dans son regard sur le monde de l’enseignement. Pourtant c’est un film fort, traversé de quelques moments de grâce cinématographique, inégal mais fascinant, permettant de nous faire regretter qu’Adrien Brody n’ait pas plus de beaux rôles au cinéma (Woody Allen nous l'avait déjà fait regretté en le transformant en Dali). Un véritable point d’orgue aux 24 heures cinéphiles qui viennent de s’écouler.

Samedi, 22h30.
Après l’effervescence de la fin d’après-midi et du début de soirée, le calme règne de nouveau sur le cinéma. Les caisses se sont éclaircies et les spectateurs ne seront pas nombreux à la dernière séance. Après avoir vu quatre longs-métrages, je sais que je ne ferai pas partie des spectateurs de la dernière heure. Cela me permet du même coup de finir sur une belle note, après une journée qui est finalement allée crescendo dans la qualité offerte par les films. La veille à la même heure, je commençais mon marathon de cinq films. Le lendemain dimanche, j’ai rendez-vous à la Cinémathèque Française avec Indiana Jones pour une dernière croisade. Cela suffira à remplir ma journée.
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