mardi 17 janvier 2012

Balade vers le premier film de Spielberg à la Cinémathèque

Steven Spielberg. Un nom qui à lui seul évoque un imaginaire cinématographique riche comme peu de cinéastes peuvent se targuer d’avoir créé. Une filmographie Hollywoodienne presque sans équivalent, dont on a tous vu une bonne partie au fil des ans. Je fais partie d’une génération qui a grandi en considérant Spielberg comme le grand réalisateur américain de son temps. Celui dont le nom est synonyme de Hollywood par essence. Celui dont il fallait voir les films pour être à la page, que ce soit ceux qu’il réalisait ou ceux qu’il produisait. Celui dont on regardait les films en boucle sur le magnétoscope, jusqu’à ce que la VHS rende l’âme.

Combien de ses films ont ainsi égayé la télévision du salon dans mon enfance et mon adolescence ? Combien de fois ai-je regardé Indiana Jones et le Temple maudit en cachant mes jeunes yeux lorsque la scène du sacrifice arrivait et que le cœur était arraché ? Combien de fois ai-je cauchemardé que les dinosaures revenaient à la vie ou que les requins me guettaient dans l’Atlantique ? Si Spielberg est un cinéaste de l’enfance par les thèmes de ses films (d’une large partie en tout cas), c’est aussi le cinéaste de mon enfance. Alors qu’une rétrospective intégrale lui est consacré en ce moment à la Cinémathèque Française, je me suis demandé quel était donc le premier de ses films que j’avais vu au cinéma. Ai-je vu sur grand écran à l’époque Indiana Jones et la Dernière Croisade ? Peut-être Always ?

Le plus vieux dont je me souvienne avec certitude, j’en ai déjà parlé dans les pages de ce blog, c’est Hook, ou la revanche du Capitaine Crochet. Le seul que je n’ai pas vu au cinéma depuis, c’est La Liste de Schindler, en même temps j’avais douze ans à sa sortie, pas forcément l’âge idéal pour être le spectateur d’un drame sur la Shoah de plus de trois heures en noir et blanc. Voici donc que la Cinémathèque Française m’offre (façon de parler, mon porte-monnaie va devoir parler) ces jours-ci de pouvoir découvrir sur grand écran les films de Spielberg que je n’ai vu qu’à la télé, et si je le souhaite de revoir aussi les autres. Donc de pouvoir ressentir ce que procure le fait de voir les films qu’il a réalisés avant Hook dans une salle de cinéma (bon Rencontres du 3ème Type, je l’ai déjà vu deux fois au cinéma, je pourrai m’en passer).

Mais avant de partir sur les traces de l’Arche perdue avec Indiana Jones ou d’appeler la maison avec E.T., il est un film qui me tenait particulièrement à cœur de voir : le seul long-métrage réalisé par Spielberg que je n’avais jamais vu, ni en salles ni à la télé, son tout premier (si l’on considère Duel comme un téléfilm) : The Sugarland Express. Ce millésime 1974 avait pour héroïne une toute jeune Goldie Hawn faisant évader son mec de prison pour qu’ils aillent récupérer leur bébé confié à une famille d’accueil, avec un flic en otage et toute la police du Texas leur collant aux basques.

Dans le hall de la Cinémathèque, je croisai l’homme au chronomètre, et si la grande salle Langlois n’était pas loin d’afficher complet, je m’étonnais de ne pas y trouver l’homme aux sacs plastiques (il devait être en salle Franju !). En découvrant le film, je me rendis compte que je connaissais à peine son pitch. Un an avant de créer le blockbuster d’été avec Les dents de la mer, Spielberg gambadait à travers le Texas avec ses fugitifs, qui au lieu d’être des criminels à abattre comme c’était régulièrement le cas dans le cinéma de l’époque (Badlands, au hasard...) n’étaient que de grands adolescents peu conscients de leurs actes et embarqués dans une cavalcade dont ils ont du mal à garder le contrôle (quoi qu’on pourrait résumer ceux le parcours de ceux qui tuent de la même façon…).

Déambulation plus comique que tragique à travers la campagne texane, The Sugarland Express se teintait de mélancolie lorsque la réalité policière rattrapait ce couple idéaliste et naïf qui n’était pas armé pour aller jusqu’au bout de leur quête folle.
Alors c’est comme ça, que tout a commencé avec Spielberg… Bien pensé, drôle, fin et très ancré dans son époque, Sugarland Express a beau être des moins célèbres films de son réalisateur, il n’en est pas moins une œuvre consciente et ludique qui laissait présager une belle carrière. Même si une carrière comme celle de Spielberg défie l’imagination et que personne probablement ne se doutait à l’époque que ce jeune réalisateur de moins de 30 ans deviendrait le plus populaire de sa génération. Mon voyage à travers la carrière de Spielberg ne fait je l’espère que (re)commencer à la Cinémathèque. Je m’y baladerai encore quelques fois, c’est certain…

14 commentaires:

I.D. a dit…

Spielberg ! Je suis mitigé à son sujet mais je dois avouer qu'on a effectivement tous plus ou moins une relation singulière avec le bonhomme et ses films. Enfin, sans doute plus les personnes de notre génération (un peu plus et un peu moins âgé). C'est le premier cinéaste que je pouvais citer. "Les Aventuriers de l'Arche Perdue" est la première VHS que nous (ma famille) avons eu après l'achat du magnétoscope au début des années 90. J'ai eu les posters de "Indiana Jones et la Dernière Croisade" et de "E.T. l'extra-terrestre" que je n'appréciais pourtant pas plus que ça sur les murs de ma chambre. Bref. Y en aurait encore à dire. "1941" est l'un des films que j'ai le plus vu avec les Indiana Jones.

Ce qui est marrant, c'est que j'ai toujours pensé que "Duel" était un film et non un téléfilm. Je l'ai toujours perçu comme ça. Je dois te lire ici pour me rendre compte que je me trompais à ce sujet.

Plus que "Sugarland Express" qui m'intrigue du coup c'est son court-métrage "Amblin'" que j'aurai voulu voir ainsi que le film qu'il a réalisé adolescent, "Firelight". Ce dernier qui avait déjà un peu de "Rencontres du troisième type" en lui...

David Tredler a dit…

Les Indiana Jones font partie des films qui ont le plus tourné sur mon magnétoscope à l'époque. 1941, en revanche, je ne l'ai vu qu'une ou deux fois.
"Duel" est perçu comme un film ciné en France parce que le film y a été primé en festival, et tout simplement qu'il y est sorti en salles oui, et pourtant... ;)
Moi aussi j'aimerais bien voir ses films de jeunesse à Spielberg !

I.D. a dit…

"1941", j'ai une relation particulière à ce film. Ma mère l'avait enregistré à son passage télé. Je ne sais pas si je l'apprécierai aujourd'hui de la même façon. Pour le coup, ce film me faisait vraiment voyager en me transportant littéralement. A côté E.T., "Rencontres du troisième type", "Hook" ça me gavaient. Moi je voulais être Belushi ! ^^ Je voulais mâchouiller du cigare ! :)
Les Indiana Jones, je pense qu'on a tous bousillé de la bande et des bobines de magnéto'. ;) 'Tain, j'ai été déçu quand même du dernier volet... :(

La Cinémathèque aurait été très forte si elle était parvenu à dégoter ses films de jeunesse... ouais, je sais. On ne peut tout avoir dans la vie mais quand même.

David Tredler a dit…

Ca serait peut-être l'occasion pour toi d'aller voir sur grand écran 1941 et voir ce qu'il t'en reste ? A moins que tu préfères garder les souvenirs gravés de ton enfance, les deux choix se comprennent.
C'est vrai que ça aurait été fort, mais une intégrale comme ça, c'est déjà réjouissant (l'occasion de voir un épisode de Colombo sur grand écran tiens !), mais si le dernier Indy, on s'en passera avec joie ;)

I.D. a dit…

Ah ouais... "1941" sur grand écran pourquoi pas. Ça pourrait le faire mais d'un autre côté... les souvenirs dont tu causes. Je ne sais pas. Je vais y réfléchir.

A titre d'exemple, ce que j'avais trouvé pas mal lors de la rétro Kitano au Centre Pompidou, c'était d'avoir ressorti des vieilleries télévisuel du sieur. C'était intéressant de le voir dans des rôles télé où il interprétait entre autre un leader d'une secte ou bien un tueur en série qui défraya les chroniques nippones. Un jour nous aurons sans doute la même pour Spielberg.

Tiens dis, y a pas une masterclass de Spielberg justement ? Tu vas tenter d'y participer ?

A cette occasion c'est quoi ton Spielberg préféré ? Par la même occaz, je pose également la question aux habitués des lieux (Nyal, Phil Siné, Martin K, Michaël, Pierre et j'en passe). En ce qui me concerne, c'est pas un mais les 3 premiers Indiana Jones. ;)

David Tredler a dit…

Bah là c'est un peu ça pour Spielberg quand même, il n'y a pas que ses réalisations ciné, il y a aussi les téléfilms / épisodes de séries qu'il a tourné pour le petit écran.

La masterclass, c'était la semaine dernière ! Méga blindée of course, je n'y étais pas.

QUant à mon Spielberg préféré, j'espère bien en parler plus en détail dans un prochain billet à l'occasion de la rétro de la Cinémathèque... mais sans hésitation, c'est la trilogie Indiana Jones, avec une affection particulière pour La Dernière Croisade ^_^

Michael a dit…

Dans sa critique du film de l'époque (qui se trouve dans ses chroniques américaines), Pauline Kael dit de Spielberg qu'il peut devenir le plus grand entertainer des années à venir... ;)

"He isn’t saying anything special in The Sugarland Express, but he has a knack for bringing out young actors, and a sense of composition and movement that almost any director might envy. Composition seems to come naturally to him, as it does to some of the young Italians; Spielberg uses his gift in a very free-and-easy, American way—for humor, and for a physical response to action. He could be that rarity among directors—a born entertainer—perhaps a new generations’ Howard Hawks. In terms of the pleasure that technical assurance gives and audience, this film is one of the most phenomenal debut films in the history of movies."

David Tredler a dit…

Impressionnante la Pauline ! Spot on ! Incroyable qu'elle ait écrit ça à l'époque ! Merci de partager cette critique Michael ;)

Nyal a dit…

Je suis assez mitigé sur Spielberg. Je vous conseille la lecture de la très bonne biographie de Baxter "Citizen Spielberg" (rupture chez nouveau monde malheureusement). Ce livre explique très bien le besoin de reconnaissance du Mr. ainsi le rapport à son enfance (retrouve dans tout ces films).
Puis bon, c'est une bio à l'américaine, c'est super documenté (peu de lyrisme). (L'histoire sur la série twilight zone vaut le coups. Il a échappé au pire. La façon dont ils ont rigolé suite à l'écoute de la musique de John Williams sur jaws. L'histoire du château de sable...)

David Tredler a dit…

Je note ta recommandation littéraire, Nyal, d'autant plus que j'adore lire les biographies de cinéaste et que je n'en ai jamais lue consacreé à Spielberg.

Martin K a dit…

Merci de me demander mon avis, I.D. Là, il est tard :) J'étais parti dans l'idée de lire les dernières chroniques de David, je suis trop fatigué pour prendre le temps de te faire une vraie réponse sur mes références (et préférences) spielbergiennes. Je vais y réfléchir et livrerai le fruit des mes cogitations, peut-être à l'occasion d'un autre post de notre hôte ;-)

Ce que je peux dire sans attendre, c'est que j'ai encore pas mal de Spielberg à découvrir, que j'ai d'ailleurs plus ou moins décidé de m'y atteler quand l'occasion se présentera et que j'ai envie de me tourner vers les plus vieux - enfin, ceux des plus vieux que je n'ai jamais vus, disons.

Le truc rigolo, c'est que, parmi les tout derniers DVDs que j'ai achetés, il y a justement "The Sugarland express".

Bon, d'une manière générale, et un peu pour la même raison que toi, I.D., et toi aussi, David, j'aime bien "Tonton Steven". Je crois comme vous que c'est générationnel. L'homme a ses limites et ses faiblesses, mais je crois qu'il restera longtemps comme un très grand dans l'histoire du cinéma. Le nombre des films qu'il a réalisés, produits ou défendus m'impressionne. Même si je n'aime pas tout de la même façon (j'y reviendrai donc à tête reposée), j'aime beaucoup l'idée de cet impressionnant ensemble.

Voili voilou. Suite au prochain épisode ;-)

David Tredler a dit…

On attend la suite au prochain épisode alors Martin ;)

Phil Siné a dit…

j'avais vu ce film à la télé y'a longtemps, mais il ne m'avais pas laissé un souvenir impérissable je crois... faudrait-il que je m'y risque à nouveau ?
un film que j'ai très envie de revoir parce qu'il m'avait bcp marqué et que je l'ai jamais revu, c'est "l'empire du soleil"...
ce matin, j'ai revu "les dents de la mer", pour la 1ere fois sur grand écran et en VO... et c'était très classe ! :)

David Tredler a dit…

Je trouve que Sugarland Express vaut d'être vu, Phil !
Tu l'as vu à la Cinémathèque, Les Dents de la Mer ?

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