samedi 3 septembre 2011

"Confessions" choc pour débuter L’Étrange Festival 2011

Le soir de la cérémonie d’ouverture de la dix-septième édition de L'Etrange Festival, à 21h et des poussières, le Forum des Images paraît vide. Pas un spectateur aux caisses pour acheter un billet, cinq ou six mecs qui attendent dans les fauteuils en bas, personne à l’horizon dans l’escalier menant vers les salles. Si les premières projections ont commencé quelques deux heures plus tôt, la cérémonie d’ouverture, elle - qui draine probablement toute l’attention ce soir et fait sans nul doute le plein de spectateurs – est en cours dans l’amphithéâtre. Au programme, The Divide de Xavier Gens, que je verrai en fin de festival.

Forcément, lorsque le premier soir du festival, on privilégie un film annexe à la soirée de lancement, on se trouve dans des couloirs plus calmes. Ce qui ressemble à une équipe de film papote à l’étage pendant que les festivaliers attendent que les portes de la salle 100 s’ouvrent pour aller découvrir Confessions. Pour l’occasion, ce n’était pas la foule des grands soirs, qui donc s’était sûrement calée sur The Divide, mais bon an mal an, la salle a fini par se montrer quasi pleine. L’ambiance de L’Étrange Festival est revenue comme si l’édition 2010 s’était achevée hier. L’ami Guillaume d’1kult qui me raconte El Infierno qu’il a vu juste avant et compare avec moi son agenda de projections prévues au cours du festival, une cinémaniaque un peu plus à droite qui parle toute seule et fait craindre qu’elle commentera peut-être le film en le visionnant (ouf, elle s’est retenue), Douglas Buck, présent le lendemain en tant que réalisateur d’un sketch de Theatre Bizarre, se trouve un fauteuil de libre, et une présentation en règle du film du soir, sur le ton de la connivence, avant qu’un court métrage plutôt fun, Viva Las Possum (australien vu les accents) ne nous déride avant le plongeon dans le grand bain.

Le grand bain en question donc, c’était Confessions, du cinéma japonais ayant glané une belle réputation ces derniers mois en Asie (et sur le web), assez loin du film pour lequel on connaît son réalisateur Tetsuya Nakashima en France, le coloré Kamikaze Girls, sorti à l’Orient Express il y a quelques années. Confessions commence dans la salle de classe d’un lycée japonais. Une prof essaie de se faire entendre de ses élèves qui mettent un joyeux bordel en cours. Personne ne prête franchement attention à elle alors qu’elle leur fait un long speech, au cours duquel elle décide finalement d’attirer leur attention en leur racontant un épisode intime et tragique de sa vie, la mort de son enfant… avant de révéler que les responsables de cette disparition se trouvent dans cette salle.

Cette séquence dans la salle de classe s’étire avec une audace étonnante. Non contente de poser le cadre, les personnages et l’intrigue, le cinéaste y reste encore tandis que d’autres en seraient déjà sortis depuis longtemps. Le discours de l’enseignante rebondit, la réaction des élèves évolue, des flash-backs viennent nourrir le récit, mais la salle de classe reste là. Et avec elle, un regard impitoyable sur la jeunesse japonaise, insouciante, mais d’une insouciance sombre, un monde à part dans lequel le respect n’existe pas et les moqueries, la violence physique et morale constantes. Le regard est fort, dur. Le propos de Nakashima sera, à l’aune de ces premières minutes, implacable, cela semble acquis.

Pourtant il y a assez vite quelque chose de gênant dans Confessions. Dès cette première partie dans la salle de classe, qui occupe un bon tiers du film et affiche une nette tendance du réalisateur à esthétiser à la limite de l’outrance, on frise l’exercice de style narratif. Ce jeu sur les sons, cette musique lancinante revenant continuellement, ces flash-backs incessants, tout cela fait naître une fascination inévitable mais tendant toujours vers la lassitude. Devant cette rengaine stylistique qui semble éternelle, une bourrasque n’aurait pas été désagréable. Une bourrasque qui finalement intervient, détournant de la salle de classe, multipliant les points de vue, les narrateurs. Le film s’emporte, un peu n’importe comment mais avec panache, sur une pente mélancolique se trahissant depuis les premières minutes par ces couleurs grises et mornes, et trouvant son paroxysme dans des séquences sous la pluie, au ralenti, avec du Radiohead en fond sonore. Beau ? Pas mal oui… Cliché ? Facile ? Pas qu’un peu.

Confessions se veut un film choc, jusqu’au-boutiste, enfonçant la société japonaise là où elle doit, selon le cinéaste, être pointée du doigt, sur les relations parents/enfants, profs/élèves, élèves/élèves. La violence est partout, et ses conséquences sont sévères. Le résultat est fort, mais trop noyé dans le désir d’esthétisme visuel et narratif, trop freiné par des longueurs accentuées par le bordel ambiant. Une entrée en matière mordante pour L’Étrange Festival, à défaut d’être emballante.

mardi 30 août 2011

L'Étrange Festival 2011, ou le casse-tête de l'emploi du temps

Les meilleurs festivals de films sont ceux qui déclenchent en nous la plus grande frustration avant même qu’ils se soient ouverts. Je ne vous parle pas de Cannes, Venise, Berlin ou ces grands festivals dont les simples mortels comme vous et moi ne peuvent que rêver tant ils sont loin et inaccessibles. Bien sûr qu’elles sont frustrantes ces manifestations où l’on aimerait parfois nous aussi poser les pieds pour découvrir tous ces grands films alléchants. Mais la frustration ultime, et donc l’attachement le plus certain que l’on peut éprouver pour un festival, c’est celle qui concerne les festivals qui sont à notre portée.

Le cas du moment, qui déboule dans quelques jours, se nomme L’Étrange Festival, cuvée 2011. J’ai cru un temps que l’excitation était le sentiment qui caractérisait le plus évidemment mon ressenti face aux festivals que j’aime à fréquenter. Or au fil des ans, je me rends compte que la frustration est un sentiment aussi fort et important que l’excitation. Alors que l’Étrange Festival s’ouvre dans quelques jours, la frustration s’oppose à l’excitation.

L’excitation se trouve dans la liste des films appelés à être projetés durant les neuf jours que durera la manifestation, du vendredi 2 au dimanche 11 septembre. Une liste étourdissante de films de genre allant de la SF à l’horreur en passant par le fantastique et le polar. Du vieux, du neuf, du rare, de l’exclusif. Neuf jours au cours desquels le cinéma de genre sera roi pour les cinéphiles parisiens. L’excitation sera bien sûr également présente dans la salle, lorsque la lumière s’éteindra dans une des salles du Forum des Images pour laisser apparaître à l’écran ces films qui sur le papier nous faisaient trépigner et que l’on pourra enfin découvrir, des films que pour la plupart nous savions avoir peu de chance d’être distribués dans les salles françaises. Des occasions uniques, presque, en somme.

C’est ici qu’apparaît la frustration. Car avec plus d’une soixantaine de longs-métrages programmés pendant neuf jours, certains n’étant projeté qu’une unique fois, il faut faire des choix. Lorsque j’ai navigué sur le programme de l’Étrange Festival, j’ai repéré plus d’une vingtaine de films attisant ma curiosité. Hobo with a shotgun, le fameux film Grindhouse qui n’aura droit en France qu’à une sortie en DVD ! Tucker & Dale vs Evil ! Super ! Take Shelter ! The Unjust ! Kill List ! Plusieurs films de Sono Sion ! Un hommage à Rutger Hauer en sa présence ! Et ce petit film SF belge dans lequel un flic traque un terroriste dans un monde parallèle ! Et c’est quoi ce Bollywood qui ressemble à Goldorak ?! Tiens, et ils passent même The Man from Nowhere, le film qui avait dynamité l’ouverture du Festival Franco-Coréen du Film l’année dernière !

Mais comment diable fait-on pour tout voir ? Et pourquoi les films des nuits (une nuit Grindhouse et une nuit Sushi Typhoon) ne passent-ils pas une seconde fois, en solo ? Ce n’est déjà plus la peine d’y penser. Le festival arrive, il est là et m’attend, avec son lot de satisfactions, de révélations et de déceptions. Cette année, je verrai au moins une dizaine de films, c’est certain. Je vais laisser des films de côté au profit d’autres, c’est certain. Je vais parfois le regretter, c’est certain. Je vais être fasciné, effrayé, dégoûté. Ce sera le chemin à suivre pour découvrir les dignes héritiers de Moon, The Proposition, Dream Home ou Monsters. Excitation et frustration, un délicieux mélange qui accouchera, je l’espère, d’aventures cinéphiles inoubliables. C’est même certain.

vendredi 26 août 2011

Mais qu'est-il arrivé à Josh Hartnett ?

C’était hier, ou tout comme. Il était une belle gueule populaire du cinéma américain. Un jeune premier plein d’avenir à Tinseltown. Il avait même fini par réussir à s’extraire de son carcan de beau gosse lisse, tourné la page, et s’était imposé comme un premier rôle crédible et apprécié dans le cinéma de genre de premier plan. Pourtant où est-il aujourd’hui ? Aujourd’hui… il enchaîne les films de seconde (voire troisième…) zone n’ayant droit qu’à des sorties en DVD. Mais bon, sang, qu’est-il arrivé à Josh Hartnett ?

Mon premier souvenir du comédien me transporte dans une salle de l’UGC Ciné Cité Bercy alors que j’avais 17 ans. C’était la Fête du Cinéma 1999 et je venais de passer le bac quelques jours plus tôt. La salle était bondée de lycéens qui comme moi se détendaient en attendant les résultats devant une délicieuse série B américaine pas chère (les cartes illimitées n’existaient pas encore), The Faculty. Hartnett y campait le beau gosse mystérieux du film de Robert Rodriguez, plus charismatique que les autres. Je me souviens m’être régalé devant cette invasion extraterrestre dans un lycée américain, même si le soulagement de voir le bac derrière moi a certainement joué (ironiquement, le film était distribué par Bac Films, et à la vision du logo de la compagnie à l’écran, une partie de la salle avait hurlé « Naaaaaan, c’est finiiiiiiii ! »).

C’est dans cette mouvance de série B léchée et trippante que Josh Hartnett s’est montré le plus convaincant dans sa carrière jusqu’ici, dans le polar, dans la SF, dans le fantastique. The Faculty, donc, mais aussi Sin City (toujours de Rodriguez), Slevin, 30 jours de nuit. Et même Le dahlia noir de Brian de Palma, pas vraiment une série B, et pas vraiment un film réussi, mais du noir, du mystère et de la séduction dans lesquels Hartnett évoluait plutôt bien même s’il était trop jeune pour le rôle. C’est le Josh Hartnett de ces films là que j’apprécie le plus. Bien sûr il n’a pas fait que ces films-là. On l’a aussi vu dans des comédies oubliables (Potins mondains et amnésie partielle, 40 jours et 40 nuits, Hollywood Homicide), et Hollywood a évidemment voulu en faire un membre de la A-list en lui offrant des premiers rôles de blockbuster guerriers, Pearl Harbor et La chute du faucon noir, dans lesquels Hartnett est loin de s’être révélé à l’aise. Mais ce n’est pas parce qu’une belle gueule n’a pas les épaules pour les blockbusters que sa carrière est foutue, et depuis 2005 et Sin City, Hartnett semblait enclin à explorer le film noir et un cinéma de genre qui lui sied bien.

C’est à cette période qu’il se révèle le meilleur. Pourtant depuis 30 jours de nuit en 2007, Josh Hartnett a plus ou moins disparu de la circulation. Il a tourné dans l’arlésienne I come with the rain de Tran Ahn Hung, dont on attend une sortie en France depuis trois ou quatre ans. En vain. Finalement, c’est comme si ce film que l’on ne voit pas venir symbolisait la carrière d’Hartnett depuis qu’il l’a tourné. L’acteur n’a pas pris de retraite anticipée, il est là, il continue à tourner malgré ce qui semble avoir été une pause de deux ans en 2008/2009. Mais c’est comme si plus personne ne faisait attention à lui. Je viens écrire cela alors que je ne me suis jamais vraiment attaché à cet acteur, mais son absence, lui qui semblait tout de même promis à une carrière intéressante, surprend. Depuis 30 jours de nuit, il ne joue plus que dans des films qui ne sortent que confidentiellement aux États-Unis, et pas vraiment ailleurs.

Le signal d’alarme a été déclenché lorsque j’ai carrément vu son nom apparaître au générique d’un film, qui devrait prochainement entrer en tournage, dont les autres rôles principaux sont tenus par… Christophe Lambert et Billy Zane. Et ce dernier y campe même le Diable himself. Josh Hartnett dans une série B avec Billy Zane en Diable. J’ai beau adorer Christophe Lambert, on sait bien que ses films américains sont des plaisirs coupables et rien d’autre, alors il y a quelque chose qui cloche dans la présence de Hartnett sur ce projet. Comme si quelque chose était mort. Une étincelle qui s’est éteinte. Je me souviens de Josh Hartnett et sa coupe 70’s dans Virgin Suicides de Coppola. Je me souviens de son élégance toute sombre de Sin City. Peut-être Bunraku, qui a l’air totalement fou et sort bientôt aux États-Unis, réveillera-t-il ce qui s’est éteint dans la carrière d’Hartnett. Peut-être le film avec Billy Zane l’enterrera-t-il définitivement. Bon sang, que t’est-il arrivé, Josh ?

mercredi 24 août 2011

La comédie américaine file un mauvais coton cet été

L’année 2011 n’avait pourtant pas mal commencé. Entre les facéties maritales d’Adam Sandler aux accents de vieille comédie hollywoodienne (pour la trame plutôt que pour les gags, très contemporains) dans Le Mytho – Just go with it et la buddy comédie des Farrelly Bon à Tirer, les explosions de joie et d’hilarité étaient prometteurs pour la comédie made in USA, cuvée 2011. Aux portes de l’été, à vue de nez, les mois qui allaient suivre s’annonçaient encore plus riches, encore plus fous, encore plus drôles. L’intuition fut pourtant mauvaise. C’est tout le contraire qui se passe depuis quelques semaines. La comédie américaine se prend les pieds dans le plat de film en film.

Cela a commencé avec Very Bad Trip 2, fin mai, à l’heure où selon les comptes hollywoodiens, l’été a déjà commencé. Non qu’il y ait eu de quoi tomber de haut avec cette suite du carton surprise de 2009, mais l’on s’est en revanche vite rendu compte que ces nouvelles aventures du désormais fameux trio Bradley Cooper / Zach Galifianakis / Ed Helms n’était jamais qu’un remake du premier opus simplement déplacé en Thaïlande quand le premier prenait pour cadre Las Vegas. Ce qui en soit n’avait rien de déshonorant puisqu’en fin de compte les rires étaient plutôt au rendez-vous, mais il y a forcément une lassitude à revoir le même film que la première fois.

Mais il s’agissait finalement d’une suite, et c’est dans la nouveauté que l’attente se matérialisait le plus, avec un triplé de comédies US prometteuses : Bad Teacher, Mes meilleures amies et Comment tuer son boss ?.
J’étais quasiment sûr d’aimer Bad Teacher. Les chances me paraissaient infimes qu’en fin de compte, le film me déçoive. En premier lieu parce que le réalisateur Jake Kasdan, à défaut d’avoir réalisé de grandes comédies jusqu’ici, reste associé dans mon esprit à La méthode Zero, un film méconnu avec Bill Pullman et Ben Stiller que je n’ai pas revu depuis le ciné mais qui m’avait fait une belle impression à l’époque. Et que par ricochet, il me semblait peu probable que le film soit aussi mauvais, ou du moins décevant que le bouche-à-oreille le laissait entendre sur Internet. J’ai eu tort.

Malgré la promesse d’un film irrévérencieux avec cette prof superficielle courant après l’argent mais haïssant son job et ses élèves, Bad Teacher s’est révélé parfaitement prévisible et au mieux sympathique. Diaz a beau incarner la garce à la perfection (peut-être parce qu’elle m’agace naturellement), la trame est cousue de fil blanc, les personnages masculins – Justin Timberlake en prof riche et tellement gentil qu’il en est niais, Jason Segel en prof de gym faisant vainement la cour à Diaz – totalement délaissés alors qu’essentiels à l’intrigue. L’écriture est fainéante, se contentant de petits gags à peine élaborés en espérant qu’ils décrocheront des sourires.

Après cette déconfiture, il me semblait au contraire acquis que Mes meilleures amies (Bridesmaids en VO) allait me faire trembler de joie et de rires. Produit par Judd Apatow, écrit et interprété par Kristen « Saturday Night Live » Wiig, le film est sorti en salles en France auréolé du statut de carton de l’été au box-office américain, et traînant dans son sillage la réputation d’être la comédie de l’année. Patatras. Contre toute attente, je ne m’éclate pas. J’en entends d’ici dire « Il faut être une femme pour comprendre » ou « Il faut avoir une sensibilité féminine que tu ne dois pas avoir » avec un haussement d’épaule dédaigneux. Franchement ce dédouanement ne me convaincra pas le moins du monde, d’autant qu’à chaque fois que je pleure devant Sur la route de Madison de Clint Eastwood, je me dis que je dois avoir une part féminine indéniable.

Mais celle-ci n’a pas le moins du monde été éveillée par Mes meilleures amies, ou les tribulations affectives d’Annie, jeune femme célibataire qui voit son amie d’enfance se marier et, nommée demoiselle d’honneur, se voit attribuée la charge d’organiser une bonne partie des festivités. J’étais prêt à tomber sous le charme d’Annie, à me régaler de sa concurrence affective avec Helen, l’autre meilleure amie de la mariée, de leurs défis perpétuels pour s’imposer comme LA meilleure amie. J’étais prêt à trouver une délicieuse candeur dans ce portrait de femme hésitante et un peu paumée. A exploser de rire, tout simplement, devant une comédie féroce. Or il n’en a rien été. Je n’ai retenu qu’un film sympathique, avec un gag scatologique hilarant et un second rôle, Melissa McCarthy, qui dynamite le film et vole toutes les scènes dans lesquelles elle pointe le bout de son nez. Le reste est passé inaperçu à mes yeux. Une intrigue amoureuse absolument révoltante d’académisme et de niaiserie, un scénario cousu de fil blanc qui, hormis le scato et McCarthy, ne surprend jamais vraiment. Ou plutôt si, lorsqu’il arrive enfin à surprendre, il en profite trop, comme cette séquence de discours entre Wiig et Byrne, étirée pour notre plus grand plaisir, avant d’être usée jusqu’à l’usure, comme si le réalisateur sentait qu’il tenait enfin une idée poilante et ne voulait pas la quitter.

J’en suis sorti en étant capable de compter mes explosions de rire (sur les doigts d’une main), et pour ce genre de films, c’est un signe funeste. Alors forcément, lorsque je me suis rendu une semaine plus tard dans une salle pour voir Comment tuer son boss ?, alors qu’habituellement la perspective de voir une comédie américaine me motive au plus haut point, je ne pouvais m’empêcher d’être méfiant. De me dire que l’été 2011 était peut-être maudit pour mon amour du genre. Et la crainte s’est malheureusement vérifiée. Le long-métrage de Seth Gordon n’a été qu’un brouhaha comique partant dans tous les sens, sans cohérence, sans cohésion, sans étincelle. Mes meilleures amies avait au moins pour lui un grand moment d’hilarité et un second rôle faisant mouche à chaque réplique. Comment tuer son boss ? n’avait même pas ça. Juste une succession de saynètes sans grande consistance, sans grande saveur. Juste une petite aventure sympathique par moments, drôle à d’autres, fade et inoffensive dans l’ensemble, malgré la moumoute martiale de Colin Farrell et le rare comportement de garce de Jennifer Aniston.

Je ne peux même pas dire que je ne comprends pas comment toutes ces comédies prometteuses n’ont pas su allumer la flamme du rire chez moi cet été. Je le sais, film par film, je l’ai amèrement constaté. L’humour US n’était tout simplement pas assez à la hauteur cet été, quand le cinéma indépendant nous régalait avec Minuit à Paris et Beginners, ou que le cinéma britannique se montrait délicieux avec Submarine, The Trip ou Attack the block. Deux comédies de l’été américain ne nous arriveront que cet automne, The Change Up et 30 minutes or less. Et avant cela, Danny McBride déboulera avec James Franco dans Votre Majesté. Espérons que ceux-là me couperont le souffle et m’étaleront par terre. Contrairement aux quatre autres, ces derniers en attente ont tous été des bides au box-office américain… finalement un bon signe ?

lundi 22 août 2011

Bollywood au Brady, une Inde aux sonorités parisiennes

Dans le 10ème arrondissement, Paris peut prendre des allures de ville indienne. Entre Strasbourg St-Denis et Château d’Eau, la capitale fourmille de restaurants et épiceries dont les goûts, les couleurs et les senteurs renvoient à la Nation de Gandhi. Ou plutôt la Nation de Shah Rukh Khan, tant le quartier est aussi un bon endroit pour mettre la main sur les DVD de films indiens. Mais grâce au Brady, le cinéma de quartier il n’y a encore pas si longtemps détenu par un Jean-Pierre Mocky parti s’installer dans le Quartier Latin, le cinéma de Bollywood n’est pas cantonné aux DVD à Paris.

Il faut bien reconnaître que si la capitale française est aussi celle de la cinéphilie mondiale, Bollywood est en revanche une de ses lacunes, préférant laisser à Londres l’honneur en Occident de déchaîner les passions pour les stars indiennes du grand écran. Le dernier Bollywood à être officiellement sorti en salles en France reste Saawariya (si l’on excepte My name is Khan, un Bollywood pour le grand public occidental), et cela se compte désormais en années. Pour les amateurs du genre, il n’y a donc d’autre choix que de se contenter du petit écran pour découvrir les films de Preity Zinta et Rani Mukherjee… et heureusement, les festivals. Et justement chaque été, le Brady, idéalement situé à quelques pas du Passage du même nom regorgeant de restaurants indiens, programme un festival de films Bollywood.

Depuis le temps que je me clame amateur du genre, il était temps que j’aille faire un tour estival au Brady, et sous la chaleur écrasante de Paris, je me suis donc réfugié dans la salle du boulevard de Strasbourg pour Fanaa, l’un des gros succès indiens de l’année 2006, qui n’a évidemment jamais pointé le bout de son nez dans les salles françaises. Bien sûr, il s’agit d’une tragique et épique histoire d’amour. L’héroïne en est Kajol, dont la renommée n’est plus à faire chez les amateurs de Bollywood (en France, on l’a vue dans le culte La famille indienne, ou plus récemment dans My name is Khan). Elle incarne Zoomi, une jeune femme aveugle qui quitte ses parents protecteurs pour Dehli, où elle doit avec des amies participer à une grande soirée consacrée à la Fête Nationale. Lors de sa visite de la capitale, Zoomi rencontre Rehan, guide touristique de son état, charmeur, blagueur, et poète à ses heures perdues (interprété par Aamir Khan, le héros de Lagaan). La jeune femme tombe vite amoureuse alors que les sentiments de Rehan sont plus secrets.

Fanaa, comme tout Bollywood qui se respecte, dure près de trois heures, et l’on se doute vite que la situation n’en restera pas à cette histoire d’amour évidente. Le propre d’un Bollywood, ce sont les retournements de situations, les surprises, les obstacles placés sur la route des héros. Ici, cela se traduit par un changement de ton et de genre brutal au bout d’1h30, qui fait basculer le film dans le thriller avec terrorisme, courses-poursuites, et rebondissements. Une aventure tout à fait invraisemblable ponctuée comme il se doit de numéros musicaux soudains et entraînants. Fanaa n’y va pas avec le dos de la cuillère pour nous balader.

Et dans cette salle 2 du Brady, il n’a pas été de tout repos de se plonger dans le film de Kunal Kohli. Mais le tout petit écran haut perché ne fut pas le plus perturbant lors de cette projection. Ni finalement le fait que Fanaa nous était projeté en DVD, avec ce que cela entraîne de pertes de netteté et de luminosité. Ce ne fut pas non plus les quelques spectateurs poussant la porte de la salle pendant le film, soit confondant avec la salle 1, soit pour voir ce qui passait dans la nôtre, allumant presque la salle avec la lumière du couloir tant la salle 2 est petite et la porte proche de l’écran. Et puis non, le plus perturbant ne fut même pas non plus ces bruits incessants de téléphone, tout au long du film, cette petite sonnerie annonçant certainement l’arrivée d’un sms, à peu près toutes les 10 ou 15 minutes.

Non, le plus perturbant lors de la projection de Fanaa se trouvait au plafond. Une bouche d’aération qui semble-t-il reliait directement la salle au hall du cinéma, à l’étage au-dessus. Une bouche d’aération par laquelle nous avons entendu pendant tout le film ce qui se passait dans le hall, les spectateurs achetant des places pour l’autre salle, le caissier discutant avec les clients, et même, dès que quelqu’un entrait ou sortait du hall, les bruits du boulevard de Strasbourg, les scooters, les klaxons, les crissements de pneus entrant dans la salle et se mélangeant aux sons de l’Inde que nous offrait Fanaa. Entre Paris et Dehli, je ne savais pas toujours où je me trouvais. Le film était bien assez mineur pour que je ne m’en offusque pas plus que cela, peut-être heureusement.

En sortant du film, j’ai retrouvé les bruits de la rue qui ne m’avaient pas quittés pendant près de trois heures, j’ai emprunté le Passage Brady pour retrouver ce mélange Paris / Dehli encore quelques instants, en me disant que finalement, cette expérience Bollywood là avait malgré tous ces petits désagréments été plus agréable que les fameuses projections du Festival Cinérail au printemps dernier. Même si décidément, les meilleurs Bollywood récents restent à voir, et toujours dans de meilleures conditions.

dimanche 21 août 2011

Green Lantern, vers le nanar et au-delà !


J’ai failli ne pas aller voir Green Lantern. Il y a quelques mois, il ne faisait pas de doute dans mon esprit que le film de Martin Campbell serait sur mes tablettes à l’été 2011, ratant rarement un film de super-héros en salles. Bien que ne connaissant pas le moins du monde le comic book de l’écurie DC, l’histoire d’un pilote de chasse transformé en super-héros intergalactique pour protéger, non seulement la Terre, mais une bonne partie de l’univers, contre tout type de bad guy, c’est tout à fait ma came sur le papier.

Mais voilà, depuis sa sortie aux États-Unis mi-juin, pas un écho positif n’est parvenu des personnes (à travers le monde, pour faire modeste) ayant vu le film. De partout, le film a été taxé de daube ridicule. Et même avant cela, les images ne faisaient pas franchement envie. Alors forcément, quand on rentre de vacances, que le nombre de films à voir est nombreux et qu’il faut faire des choix, tout à coup la certitude d’aller voir Green Lantern flanche un minimum. Ca se comprend non ? Ryan Reynolds a beau être un acteur sympa, je ne vais pas voir un film juste pour lui. D’autant qu’il s’agit là une fois de plus d’un film en 3D, un de plus offert à bouffer par Hollywood qui a une nette tendance à envoyer ses films sous ce format dès que le long-métrage fait un peu fanboy sur les bords. Mon cinéma de prédilection le projetait donc sans surprise en 3D à sa sortie. L’excuse parfaite pour tirer définitivement un trait dessus, moi qui ai de plus en plus de mal à supporter la 3D à toutes les sauces.

Pourtant contre toute attente, dès sa seconde semaine, Green Lantern a basculé à une projection sans la fameuse 3D. En fait, en y jetant un œil, à l’UGC Ciné Cité Les Halles, un cinéma 100% numérique ayant la capacité de projeter de la 3D dans chacune de ses salles, la 3D semble impopulaire cette semaine. Sur six films sortis en salles au format 3D pour les salles équipées, un seul est effectivement montré dans ce format, Captain America – First Avenger (je vais donc attendre avant de m’y déplacer). Les cinq autres, Cars 2, Les Schtroumpfs, Conan, Harry Potter et les reliques de la mort 2 et donc Green Lantern, sont tous montrés en « 2D ». Tiens tiens… les spectateurs montreraient donc bien un clair signe de ras-le-bol et bouderaient la 3D au point de forcer le premier cinéma d’Europe à ne pas abuser du format ? L’idée me plait énormément. Un message fort envoyé à la profession.

Toujours est-il que voyant ainsi la fameuse « lanterne verte » lestée de son pénible relief, et ayant promis de voir plusieurs autres films avec mes proches, j’ai finalement posé mes fesses devant le film de Martin Campbell un soir où je voulais aller au cinéma. Et attention, voici le genre de petite phrase qui passera pour une hérésie : je n’ai pas regretté. Non que le film soit bon. Oh là non malheureux, ne vous méprenez pas, vous ne croyiez tout de même pas que j’allais dire que le bouche-à-oreille est faux, que Green Lantern est incompris, qu’il vaut de claquer une dizaine d’euros pour le voir (ouf, je ne l’ai pas fait) un soir d’été alors qu’il fait beau et qu’on a envie de flâner dans les rues de la capitale ?

Non, Green Lantern n’est pas un bon film. Certains ont dit que c’est une daube, et selon le degré d’attente du film, on peut même dire que c’est une daube. Allez, même sans l’attendre énormément. Martin Campbell, inspiré par le super héros de l’espionnage qu’est James Bond (Golden Eye, Casino Royale), semble être nettement moins à son aise avec un super héros pur et simple. Oh il n’est pas seul fautif, c’est bien une faute collective dont il s’agit là. La première faute qui saute aux yeux est l’esthétique mal maîtrisée. Se baladant aux quatre coins de la galaxie, Green Lantern se devait d’offrir un univers visuel fort quand il nous sert une soupe d’effets spéciaux qui puent le CGI dignes d’un jeu vidéo moyen. Les extraterrestres sont fades, les planètes visitées sans caractère.

A partir du moment où l’aspect visuel est raté (et il l’est d’emblée), il ne restait plus qu’à espérer que le scénario allait nous faire vibrer avec une aventure fantastique. Fausse route, une fois de plus. La trame est archi balisée : l’intrépide qui se voit assigné une haute responsabilité, découvre son nouvel univers, s’entraîne, se décourage, se reprend, combat, triomphe… un déroulement sans accro, sans surprise, sans étincelle. Le plus frustrant, c’est que même son connaître le comic, on devine dans cet univers une mythologie foisonnante propice à nous régaler d’aventures incroyables. On la devine entre les lignes, entre les plans, des références fugaces, des instantanés brefs, qui nous font rêver à un film de super-héros passionnant. Qui ne pointe jamais le bout de son nez. Ces gardiens immortels de l’univers, ces green lanterns protégeant tous êtres vivants, ces courses folles à travers l’espace, ces imaginations se matérialisant d’une pensée… Il y a un potentiel jubilatoire fou dans Green Lantern, un potentiel à peine esquissé par Martin Campbell et ses équipes, qui enchaînent rapidement les passages obligés du film de super héros sans trouver de voix propre à Hal Jordan et son alter ego Green Lantern. Ryan Reynold fait son beau gosse courageux, passe en vitesse sur la planète des gardiens, un p’tit entraînement avec le chef des Lanterns, on retourne sur Terre dragouiller la jolie Blake Lively, et on repart attaquer et triompher.

C’est tout ? C’est TOUT ? Bah oui, c’est à peu près tout. Pourtant je l’ai dit, je n’ai pas regretté de l’avoir vu. Pourquoi ? Outre le plaisir qui existe tout de même à découvrir cette mythologie gâchée, tout ce travail bâclé prend finalement des allures de nanar sympathique, excessif dans sa laideur et son manque d’ambition créative. Eh oui, c’est presque sympa de constater l’échec, à moins qu’il ne reste tout de même quelque chose de sympathique malgré le travail de sape…

Je me souviens de cette vidéo du Comic Con 2010, lorsqu’au cours du panel Green Lantern, un petit gamin américain avait demandé les yeux pétillants à Ryan Reynolds de réciter le serment du Green Lantern, le serment qu’il prête de combattre le mal où qu’il soit. Le serment du héros. Reynolds l’a fait, mettant le gamin les larmes aux yeux. Un an plus tard, je me demande ce qu’a pensé ce garçon de Green Lantern. Peut-être que lui en est sorti émerveillé et non frustré. Ca en ferait au moins un.

jeudi 18 août 2011

Une histoire d'Harry Potter

J’aurais pu faire partie de la génération Harry Potter. Ces garçons et ces filles devenus hommes et femmes au rythme de la lecture des romans de J.K. Rowling, transis d’admiration et dégustant chaque ligne lue, chaque plan vu à l’écran lorsque Hollywood s’est emparé du sorcier à la cicatrice. J’aurais pu, et je me demande même comment j’ai pu y échapper. Lorsque le premier ouvrage de Rowling est paru, je n’étais pas encore un adulte, et cette future saga était clairement ciblée pour ma génération, ou celle d’en-dessous.

J’étais un lecteur avide à l’époque, un peu plus qu’aujourd’hui, mais Harry Potter n’est jamais tombé entre mes mains, et au lieu de cela, je l’ai découvert au cinéma en décembre 2001. C’était certainement trop tard. Aujourd’hui, je viens de tourner ma page Harry Potter en allant voir le dernier film de la série, la seconde partie de Harry Potter et les Reliques de la Mort. Ave ce film c’est une saga cinématographique de dix ans et huit films qui se ferme, et contre toute attente, c’est un évènement à mes yeux aussi, ceux d’un non-fan.

J’ai découvert Harry Potter avec les films de Chris Colombus, soit deux films, Harry Potter à l’école des sorciers et Harry Potter et la Chambre des secrets, qui m’ont tout de suite paru trop enfantins. Ce n’est pas un défaut en soi puisqu’après tout, le film et le héros s’adressaient clairement plus aux 10 – 12 ans qu’au mec de 20 ans que j’étais alors. Celui-ci rêvait plus de la tant attendue transposition sur grand écran de la trilogie Le seigneur des anneaux de Tolkien que des aventures du sorcier taille enfant, qui plus est par le réalisateur des Maman j’ai raté l’avion (que j'adorais enfant, mais ce n'est pas la question) quand en face, c’était Peter Jackson qui se chargeait de donner vie aux écrits de Tolkien.

Mon histoire avec Harry Potter est partie de cette rivalité, ou du moins de cette comparaison avec l’autre saga en devenir dont le premier film sortait à Noël 2001. Harry Potter ne pouvait pas tenir la comparaison face à Aragorn, Gandalf et le Mordor. Je n’ai pas aimé Harry Potter à l’école des sorciers, tout comme je n’ai pas aimé un an plus tard Harry Potter et la chambre des secrets. Habituellement je ne donne pas plus de chances à une saga cinématographique dont les deux premiers épisodes m’ont lassé, comme ça a été le cas avec Pirates des Caraïbes quelques années plus tard. Si je suis allé voir le dernier film de la saga Harry Potter ce soir, c’est parce que sept ans plus tôt, les producteurs ont fait un choix radical qui m’a plu. Pour remplacer derrière la caméra Chris Colombus parti vaquer à d’autres occupations (ne me demander pas lesquelles), ils ont engagé Alfonso Cuaron, qui venait de réaliser Y tu mama también.

Après les deux films pour gamins qui avaient fait office d’entrée en matière pour Harry Potter, je ne m’imaginais pas le cinéaste mexicain cadrer dans cet univers. La curiosité l’a donc emporté et m’a conduit devant Le Prisonnier d’Azkaban, la dernière chance en salles. C’est ce film qui a charpenté mon appréciation de la saga Harry Potter. Quelque chose a pris forme grâce au film de Cuaron. Tout à coup, il y avait du potentiel dans cette saga fantastique, entre une histoire qui se faisait plus ambitieuse, permettant au scénario de tisser des méandres temporels absents jusqu’ici, et des personnages ambigus naviguant entre l’ombre et la lumière (qui plus est interprétés par des comédiens du calibre de Gary Oldman et David Thewlis). Avec Le Prisonnier d’Azkaban, Harry Potter m’a intrigué et emballé. Enfin.

C’est parce que je sais depuis ce film que Harry Potter a les moyens d’offrir du bon cinéma que je les ai tous vus en salles. Mon histoire avec la saga s’est écrite en dent de scie, de la fatigue des débuts aux promesses contrebalancées par des déceptions ou des fadaises. J’ai espéré que chaque film serait du niveau du Prisonnier d’Azkaban. Si j’avais lu les romans de J.K. Rowling, peut-être aurais-je été moins pointilleux, plus aveuglé par la passion, plus influencé par les mots de l’auteur. Mais il n’est pas besoin d’avoir lu les livres pour être séduit ou non par les longs-métrages, et pour juger de leurs qualités purement cinématographiques. En filigrane, peut-être est-il même plus facile de voir les défauts d’adaptation que si l’on avait lu les livres.

Il m’aura tout de même fallu attendre cinq ans et le sixième film, Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé, pour retrouver la qualité du troisième volet. Je commençais à désespérer, et à croire que la saga Harry Potter se résumerait finalement à un seul film de grande qualité. Entre temps, après un essai oublié de Mike Newell, David Yates s’était définitivement approprié le poste de réalisateur, une position qu’il justifierait pleinement avec Le Prince de Sang Mêlé. Visuellement, il s’agit du plus beau film de toute la saga. Un univers fort, une photographie somptueuse (du français Bruno Delbonnel, au passage). Mais si tout à coup, Harry Potter redevenait une série cinématographique passionnante, c’était parce qu’elle plaçait enfin en son cœur le meilleur personnage de la saga : Severus Snape, campé par l’immense Alan Rickman.

Absent ou presque de l’inepte première partie de Harry Potter et les reliques de la mort, Rickman et son air sombre se devait d’être une des grandes figures du dernier film. Il l’est. Ce dernier film n’est peut-être pas au niveau d’Azkaban ou du Prince de Sang-Mêlé, la faute à ce découpage en deux long-métrages qui rend le début du film peu agréable à regarder, entre un rapide plongeon dans l’action et la nécessité de raccrocher les wagons des souvenirs du précédent film (quand celui-ci aurait pu être réduit à 15 minutes et ne faire qu’un avec cette suite). Mais ce dernier film a le mérite de confirmer, même si trop brièvement, que Severus Snape (Rogue en VF) est la grande figure tragique de la saga Harry Potter. Si j’avais été Steve Kloves, scénariste de quasi tous les Harry Potter, j’aurais placé le personnage au cœur de ce dernier chapitre. Et surtout, j’aurais supprimé ce flash forward final vingt ans en avant qui confine presque au ridicule (et a déclenché des ricanements évidents dans la salle). Mieux valait finir sur les héros jeunes, épuisés, et promis à un avenir qui nous aurait été inconnu.

Je les aurais bien quittés sur ce pont, hagards comme on peut l’être en quittant une saga cinématographique de dix ans, commencée à l’aube de la vingtaine et conclue à la veille de la trentaine. Je m’imagine dans la peau des inconditionnels d’Harry Potter qui ont dégusté chaque page des romans et chaque plan des films, se retrouvant au lendemain de la dernière image de leur épopée culte. J’imagine leur mélancolie, tandis que je regrette seulement qu’avec tous ces films, tout ce potentiel, toutes ces aventures, tous ces grands acteurs, la saga Harry Potter n’ait pas pu être plus à mon goût. Mon palais s’en remettra, et gardera tout de même toujours cette saveur étrange d’un grand personnage qui n’aura jamais été reconnu à sa juste valeur par ses créateurs. Adieu Harry Potter, adieu Severus Snape.
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