vendredi 9 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris : carton pour le rideau !


Dernière attente dans le froid. Dernière incertitude qui n’en est pas vraiment une. Il y avait tant de monde pour la cérémonie d’ouverture, et j’ai réussi à m’y faufiler, il n’y a pas de raison que je n’y parvienne pas quand il y a manifestement moins d’invités présents pour assister à la clôture. Vingt minutes avant l’heure officielle, le trottoir de la rue Gît-le-cœur n’est pas franchement garni pour la projection « invités et accrédités » de « The Thieves », contrairement à l’autre salle pour les spectateurs achetant leur place. Malgré la certitude que l’accès à la salle va bel et bien se faire ce soir, l’attente s’étire plus de 30 minutes devant le ciné, le temps de voir le réalisateur Choi Dong-Hoon et l’un des acteurs du film du soir, Lee Jung-Jae, arriver et entrer.

Finalement, lorsque la rue fut aussi déserte que dans un patelin de western avant l’affrontement final, alors que la cérémonie semblait avoir commencé, on fit enfin signe aux derniers, dont je faisais partie, d’entrer et de prendre place (ce sera au troisième rang, en plein milieu, idéal pour profiter de la cérémonie, et même du film). Ouf, la cérémonie n’avait pas commencé. Comme chaque année, un discours de l’équipe, suivi de celui du directeur d’Asiana Airlines, dont la publicité aura tourné pendant tout le festival avant chaque film pour notre plus grand plaisir (si si) et qui parraine le Prix remis par le jury au meilleur court-métrage de la sélection. Avec mes réarrangements d’emploi du temps de dernière minute pour voir les films de Kim Kyung Mook sur grand écran, je n’aurai même pas eu le temps, cette année, d’aller voir un seul court-métrage de la sélection. Ce qui est apparemment bien dommage si j’en crois Made in Asie qui m’en ont dit beaucoup de bien.

L’attraction de la cérémonie de clôture sera tout de même la présentation de « The Thieves », le film de clôture, par son réalisateur Choi Dong-Hoon, sa productrice, et l’un de ses acteurs, Lee Jung-Jae, qui laissera deviner en filigrane de son discours sa surprise de voir ce film ayant battu le record historique d’entrées au box-office coréen jouer dans une salle de moins de 200 places dans laquelle il restait ici ou là des fauteuils libres. Bon, il ne l’a pas dit, mais son étonnement à voir la salle était manifeste. Bah, ne t’inquiète pas, Jung-Jae, vu le succès grandissant du festival, un jour ou l’autre, les films seront projetés dans une plus grande salle, j’en suis sûr.

En attendant, c’était donc l’heure du dernier film de ce 7ème Festival du Film Coréen à Paris, et donc ce fameux long-métrage ayant dépassé d’une courte tête cette été le record d’entrées d’un film coréen au box-office local (détenu jusqu’ici par « The Host »), un peu plus de 13 millions de spectateurs dans un pays qui compte moins de 50 millions d’habitants. Ça pose le succès. Si en France, les plus grands cartons du box-office sont des comédies, les coréens ont montré ces dix dernières années leur goût pour le cinéma de genre. Bien sûr, l’humour n’est jamais très loin dans le cinéma coréen, et il est même très présent dans « The Thieves », qui n’en est pas moins un caper, un film de casse que l’on pourrait rapprocher d’un Ocean’s Eleven coréen. L’intrigue suit des cambrioleurs coréens et chinois recrutés pour dérober un diamant inestimable dans un casino de Macao. Jusqu’à ce que l’ombre du passé vienne semer le trouble au sein de l’équipe et tout faire dérailler, le tout avec légèreté, quand même.

Alors oui, le film est long, trop sans doute, surtout vers cette fin qui semble ne jamais vouloir venir. Mais cela ne gâche pas le plaisir de cette aventure enlevée, alliant avec joie action et humour, et distillant même une touche sexy agréable en la personne de Jun Ji-Hyun (qui se fait appeler Gianna Jun depuis qu’elle a tenté une carrière internationale…). L’humour ici ne se contente d’ailleurs pas de faire sourire, il sait provoquer quelques éclats de voix (et d’ailleurs, tout comme le sex-appeal, Jun Ji-Hyun n’est pas étrangère à la réussite comique du film, en plus du caméo de Shin Ha-Kyun). Kim Yun-Seok, dont le nom apparaît avant tous les autres au générique, semble de prime abord incarner un personnage un peu en retrait et afficher une performance en demi-teinte, mais ce n’est qu’un leurre, car dans la seconde partie du film, celui qui était déjà le héros de « Tazza » du même réalisateur, prend le pas sur les autres personnages, et l’acteur, révélé en France dans « The Chaser », fait enfin montre de son talent (mais bon, on n’est pas non plus dans « The Chaser », on reste dans du divertissement).

Comme Masquerade à l’ouverture, le FFCP a su nous offrir un film léger mais affichant une belle dose de savoir-faire, pour laisser une belle impression. De retour dans la rue, ce fut le dernier débriefing post-projection (où l’on découvrit d’ailleurs que monsieur Filmosphère, déjà arrivé sur le fil, n’avait pas tout suivi pendant le film…), les dernières impressions, les dernières vannes. Ciao, FFCP 2012. J’ai déjà tellement de souvenirs qui me viennent en tête… que je me garde le plaisir de vous offrir, comme l’année dernière, un dernier billet revenant sur les moments phares de cette 7ème édition. A découvrir très bientôt…

mercredi 7 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris 2012, 7ème jour : ça renifle à tout va !


Avec le retard que j’ai pris, à l’heure où vous lirez ces lignes, c’en sera terminé de l’édition 2012 du Festival du Film Coréen à Paris. Quand on a le nez dedans de 14h à minuit, chaque jour ou presque, ça passe à une vitesse folle. Lundi, c’était le dernier marathon de films à aligner. Trois films. Le premier, j’aurais pu ne pas le voir si finalement j’étais allé voir « War of the arrows » samedi au lieu de « Talking Architect », que j’aurais alors calé ce lundi après-midi en lieu et place du premier film du jour (vous voyez un peu le genre de jonglage à faire dans l’emploi du temps pour essayer de sortir la meilleure programmation possible au cours du festival ? Vous n’avez rien compris ? C’est pas grave). Mais ce premier long-métrage de la journée n’en étais pas un, c’était en réalité un double programme de moyen-métrages, « Dr Jump » et « Yosemite & I ».

L’association de ces deux courts films n’est pas évidente, d’autant qu’ils laissent une impression assez contrastée. Le premier suit un drôle de coach sportif qui cherche quelqu’un à entraîner au saut à la perche, et il semble si désespéré que n’importe qui fera l’affaire, même cette fille de 25 ans incapable de sauter plus haut que 20 centimètres en prenant de l’élan. Le second, « Yosemite & I », s’apparente à un documentaire mais n’en est pas tout à fait un, et suit la réalisatrice Kim Ji-Hyun (dont « Mountain in the Front » avait été présenté au Festival en 2009) dans la relation qu’elle entretient avec son vieil ordinateur des années 90. Les films ont cela en commun que leur style rappelle le documentaire sans franchir complètement la ligne, mais l’aspect doux et dingue de « Dr Jump » séduit plus aisément que le laid « Yosemite & I ».

Plus attendu était « Silenced », projeté juste après (à peine le temps de sortir qu’il faut y retourner), et qui fut très bien reçu samedi après-midi lors de sa première projection. Il y avait du monde pour les deux séances de ce long-métrage qui fut un grand succès au box-office coréen à l’automne 2011 avec 4,6 millions d’entrées. Bien sûr à première vue, le film de Hwang Dong-Hyuk n’a pas grand-chose à offrir cinématographiquement. L’histoire est assez prévisible et offre très peu de surprise, la mise en scène est on ne peut plus classique, on comprend vite que l’on n’a pas affaire au film de l’année.

Pourtant à mesure que le récit progresse, le réalisateur parvient à insuffler une force indéniable à ce drame contant l’arrivée d’un nouveau professeur dans un institut pour enfants sourds et muets, professeur qui va y découvrir de graves abus commis à l’encontre de certains des jeunes pensionnaires. C’est lorsque le film se transforme en suspense procédurier, et qu’il s’attaque à l’inertie de la société coréenne et de son système judiciaire, que le film s’emballe. L’injustice est un convecteur d’émotion, et celle qui a fini par envahir la salle était palpable. Les yeux de nombreux spectateurs étaient rouges lorsque la lumière s’est rallumée, bien que, s’il m’arrive de pleurer au cinéma, les miens soient restés secs. A l’écran, il fut agréable de retrouver Jung Yumi (en ce moment à l’affiche de « In Another Country » d’Hong Sang Soo), qui fut l’objet de toutes les attentions masculines l’an passé, lorsqu’elle était l’invitée du Festival.

A peine le film terminé, je dus me faufiler entre les gens mouchant leur émotion pour me frayer un chemin jusqu’à la caisse et prendre au plus vite ma place pour « Nameless Gangster » qui commençait dans moins de cinq minutes. Hors de question de rater le film de Yoon Jong-Bin qui fit lui aussi grand bruit au box-office coréen il y a quelques mois (4,6 millions de spectateurs, exactement le même score que Silenced), ce qui me poussa à faire le malotru, disant tout juste « Salut ça va ? »  aux amis que je croisais, avant de foncer vers le film. Je croisai ID de Made in Asie, auquel j’essayai de taxer quelque chose à grignoter, n’ayant même pas le temps d’aller m’acheter un sandwich. N’étais-ce donc pas un paquet de chips qui dépassait de la poche arrière de son jean ? Non, m’assura-t-il, rien à m’offrir, pas même un vieux granola. Tant pis, je mangerais à la sortie du film, à 23h30.

L’un de mes plus vieux souvenirs du Festival du Film Coréen à Paris remonte à la découverte de « The Unforgiven » lors de l’édition 2007, la même année où j’y avais vu « Family Ties ». Qui eut cru à l’époque que le réalisateur de « The unforgiven », Yoo Jong-Bin, se retrouverait en 2012 aux commandes d’un des plus gros films de l’année, avec l’acteur principal de son premier film, Ha Jung-Woo, devenu depuis l’une des grandes stars du cinéma coréen, dans l’un des deux rôles principaux… Le même Ha Jung Woo vu quelques jours plus tôt au festival dans « Love fiction » (et quelqu’un m’a murmuré à l’oreille que l’acteur était à deux doigts d’être l’un des invités du FFCP cette année, mais que ses demandes de diva avaient refroidi le festival…).

Mais si l’excellent Ha Jung-Woo est un peu sous-exploité dans « Nameless Gangster », Choi Min-Sik n’a pas à se plaindre, tirant toute la couverture à lui grâce à son interprétation over-the-top jubilatoire qui apporte tout l’humour à cette histoire de gangsters dans le Busan des années 80, ou l’ascension dans le milieu d’un petit fonctionnaire des douanes qui se découvre un lien de parenté avec un jeune parrain local qui lui doit le respect par hiérarchie familiale. Si le film a du mal à être plus qu’un bon divertissement, réussi mais probablement peu marquant, il doit en tout cas beaucoup à l’acteur de « J’ai rencontré le Diable » (un ami proche, qui vient souvent pour un barbecue à la maison, comme le prouve la photo ci-contre).

Depuis le début du festival, j’avais passé les projections trop loin de la place de mon cœur, mais pour ce dernier jour marathon, seul, je suis retourné vers les premiers rangs que j’affectionne. Manque de pot devant « Nameless Gangster », je me suis retrouvé assis à côté d’un spectateur visiblement enrhumé qui passa tout le film à renifler bruyamment, et profitant même des séquences plus bruyantes pour me gratifier de véritables concerts de reniflements fort peu élégants. Pas grave, j’eus très vite la tête ailleurs, entre le film et ce petit pincement à réaliser que le lendemain serait déjà l’heure de la clôture…

mardi 6 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris 2012, 6ème jour : voilà Kim Kyung Mook...


A force de traîner mes guêtres au Festival du Film Coréen à Paris (remember que je vous en causais déjà en 2008, alors que mon blog avait deux jours et était lu par mon chat et moi ?), des visites discrètes et sporadiques d’il y a quatre ou cinq ans à aujourd’hui où je me permets de tutoyer le directeur du festival, faire des sourires au filles de l’équipe (mais bien sûr que non je ne me serais pas permis en 2008 !) et voir une vingtaine de films dans la semaine, les organisateurs se sont dits, quitte à ce qu’il soit là tous les jours celui-là, autant qu’il se rende utile. Alors quelques semaines avant le début du festival, le directeur (DongSuk Yoo pour ceux qui le connaîtraient pas, en même temps il a été quasi invisible cette semaine, occupé à fouetter les sous-titreurs pour qu’ils livrent leurs lignes en temps et en heure) m’a appelé et m’a proposé de faire partie des intervenants à la rencontre avec le réalisateur invité de l’édition 2012 du FFCP. Je ne savais pas qui c’était, je ne savais rien de ses films, mais la vie étant courte, je me suis dit que toute occasion pour frimer devant mes rivaux de Made in Asie et Kim Bong Park (vous ne croyiez tout de même pas qu’on était potes !) était bonne à prendre.

La rencontre avec Kim Kyung Mook, le fameux cinéaste invité, avait lieu le dimanche en fin d’après-midi. A l’origine, j’étais censé découvrir les films du monsieur (enfin, du jeune homme, il est né plus tard que moi, et comme moi, je me considère comme un jeune homme…) avant le festival, envoyé par les bons soins de l’équipe du festival. Finalement les films ont tardé à m’arriver, et à la veille de l’ouverture, j’ai découvert qu’avec mon problème récurrent d’ordi qui plante toutes les heures, il me serait difficile de télécharger les fichiers avant plantage habituel.  Zut, et moi qui me disais que ça me permettrait de libérer des cases pour voir plus de films pendant le festival… Mais ouf, Cassandre, cette attachée de presse  toujours aux petits soins, eut le temps de me faire un DVD avec le long-métrage de Kim Kyung Mook, « Stateless Things », plus le court « Sexless » et le quasi long « Faceless things » (oui, celui-là même dont je parlais hier). Je me crus en partie sauvé, mais le mauvais œil semblait décidément planer sur moi lorsque je découvris que le DVD en question ne voulait se lancer ni sur mon lecteur DVD, ni sur mon ordi, si sur celui de ma copine, qui se mit même à planter sous son effet.

« C’est un signe des Dieux ! » m’exclamai-je devant mon bureau, « un message divin pour me remettre sur le droit chemin de la cinéphilie : « Découvrir ces films sur un ordi, sérieux Dav’ ? » » (oui les Dieux se montrent un peu familier parfois). Non, non, c’est vrai, j’ai l’occasion de les voir sur grand écran, alors je les verrai sur grand écran, tant pis s’il me faut réarranger mon planning à la dernière minute pour cela. C’est ce que je fis, et c’est la raison pour laquelle je vis la première fournée de courts-métrages de Kim Kyung Mook le vendredi, la seconde fournée le samedi, et enfin, « Stateless Things » le dimanche, juste avant la rencontre avec le réalisateur.

De « Stateless things », je crus un moment que j’allais devenir fan. La première partie du film, qui suit le destin chaotique de deux immigrés nord-coréens à Séoul, affiche une vitalité, un éclat hésitant entre réalisme brut et douce mélancolie, qui m’a rappelé le puissant « Breathless » de Yang Ik-June. Malheureusement cet éclat ne dure pas, et lorsque Kim Kyung Mook introduit une seconde intrigue en apparence totalement indépendante de la première, le film perd de son fil directeur fort. Il nous rejoue en partie « Faceless things » et sa relation entre un homme mûr et un mineur, avec certes plus d’espace mais pas grand-chose de neuf. Il revient ensuite par touche vers les nord-coréens du début, et finit par faire se rejoindre les deux intrigues, mais c’est trop tard, quelque chose de prometteur s’est rompu entre temps, malgré un sens esthétique bien plus raffiné que dans ses courts et une mise en scène offrant quelques plans magnifiques. Non, la déception est finalement au bout du chemin.

A la fin du film, pendant que les spectateurs remontaient, je restais dans la salle pour les préparatifs de la rencontre avec Kim Kyung Mook. Pierre Ricadat, chef programmateur du film, me présente Bastian, qui dirigera les opérations et le fil conducteur de la rencontre, pendant que l’on interviendra en parallèle en suivant le plan chronologique de l’entretien. A peine me serre-t-il la main que Bastian me tance directement d’un « Ah ! Fantasmagorique ! » en référence à une vidéo dans laquelle Gilles Collot, ce petit malin du FFCP, m’a demandé à la sortie de « The Empty Dream » ce que j’avais pensé du film de la section classique, à quoi j’ai eu le malheur de répondre que j’avais trouvé le long-métrage « fantasmagorique ». Depuis la vidéo tourne sur la page Facebook du FFCP, dans les couloirs du festival, on me ressort l’adjectif deux ou trois fois par jour au bas mot, et Bastian fut l’un de ceux qui me le sortirent dimanche. Gilles lui-même ne cacha pas sa joie de me le sortir une seconde fois lors du test micro « David tu peux dire « Fantasmagorique » ? ». Inutile de préciser que je ne lui fis pas ce plaisir.

Finalement ce fut l’heure. Les spectateurs étaient là, moins nombreux que pour découvrir le film une heure plus tôt. Des têtes familières fréquentées quotidiennement depuis le début du festival, certaines amicales. Pendant deux heures, nous avons brassé la carrière de Kim Kyung Mook, de ses courts de jeunesse à « Stateless things », face à ce public dans lequel ne se cachait pas une seule personne venue vilipender Kim Kyung Mook pour lui avoir mis un goût d’excrément dans la bouche suite à la vision de « Faceless things ». Je me retins de lui préciser d’ailleurs que j’avais été obligé de retenir mes hauts les cœur pendant ce film… En même temps il semblait si gentil, si curieux et si posé qu’à lui parler ainsi, j’avais peine à croire qu’il s’agissait là de l’homme qui avait pondu ces films perturbants que j’avais vus trois jours durant.

On apprit ainsi qu’il avait recruté « l’autrichien » de « Faceless things » (copyright Kim Bong Park) sur Internet, qu’il ne revoyait pas ses films et donc n’avait aucun souci à les assumer, même le fameux segment scato, que « Stateless things » avait été financé par la KOFIC à partir du scénario, et que la… hum… radicalité de ses jeunes œuvres n’avait donc fait tiqué personne au moment de signer le chèque. Il fut amusant de le voir, plié en deux sur sa chaise, osant à peine regarder l’extrait de « A Cheonggyecheon Dog » avec le berger allemand tant il riait à le revoir, et je fus pour ma part pris d’inquiétude lorsque je vis apparaître à l’écran le début du segment scato de « Faceless things ». « Mince, ils vont pas le passer là sans prévenir, quand même ? » Non, ça va, cela s’est arrêté juste à temps.

Pour ma part je passai plus de temps à écouter le réalisateur et son interprète (ainsi que les révélations croustillantes de Bastian sur... euh… sa vie privée…) qu’à poser de questions, voyant la plupart de celles que j’avais préparées sortir de la bouche de Bastian. Mais je ne restai pas muet, ma hantise en avant la rencontre, et réussis à en placer. L’honneur fut sauf. Et je ne doute pas qu’il se trouvera quelques curieux qui en ce dernier jour de festival oseront aller mettre les pieds devant « Faceless things », rediffusé pour tous ceux qui n’auraient pas vécu cette expérience cinématographique sur grand écran, absolument immonde et parfaitement inoubliable, et qui dessinera à l’avenir une ligne claire : ceux qui auront vu « Faceless things », et les autres.

lundi 5 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris 2012, 5ème jour : indignation, horreur, sagesse et moquerie.


Cinquième jour du FFCP 2012. On est samedi, la moitié du festival est passée, et finalement il reste encore tant à voir que la journée sera longue, et reflétera bien toute la diversité que se propose d’offrir le festival. Comme la veille, je prévois en bout de programme, à 22h, un film léger, pour parer toute épreuve potentielle au cours de ce défilé de films. L’ouverture se fit avec le documentaire « Two lines », film autobiographique d’une réalisatrice vivant dans le péché avec son compagnon et apprenant qu’elle est enceinte.

Au sein de la société coréenne encore marquée par un traditionalisme difficilement altérable, faire un enfant hors mariage n’est pas du plus bel effet au regard de cette entité pleine de jugement qu’est la foule. Les autres. Ces yeux qui peuvent aussi bien être proches que lointains, prompts à juger ce qui ne rentre pas dans la norme. Le documentaire suit le parcours de ce couple tiraillé entre leur vision indépendante et insouciante des rapports humains et cette pression extérieure qui s’appuie constamment sur eux. C’est à la fois un regard sur la vie de couple en Corée et l’appréhension de vivre hors des institutions dans une société qui fait tout pour qu’hommes et femmes rentrent dans le rang. Culturellement c’est assez fascinant de voir tous les problèmes de conscience que cela peut engendrer, et humainement, le couple est suffisamment attachant pour que le documentaire prenne vie.

Dans la salle, il y en a une par contre qui a eu bien du mal à supporter le problème de sous-titrage rencontré au cours de la projection. Bien sûr, cela a été gênant pour tous les spectateurs non coréens, car près de la moitié des sous-titres sont passés à la trappe. Mais le comportement de cette spectatrice fut particulièrement dérangeant. Que lui est-il passé par la tête précisément, qu’a-t-elle compris des problèmes de sous-titrage, difficile à dire. Il faut croire qu’elle pensait que la jeune femme qui gérait le sous-titrage dans la salle ne se rendait pas compte des problèmes, et que si elle pianotait frénétiquement sur son clavier, c’était pour jouer à « World of Warcraft » et non pour constamment essayer de faire que les sous-titrages s’affichent au mieux. Assise sur le même rang que moi, je l’entendais (la spectatrice hors d’elle) se remuer sur son fauteuil, pousser des soupirs exaspérés, crier régulièrement « Sous-titres !!! », comme si l’on n’attendait qu’elle et ses remarques pour résoudre les soucis. Pire que tout, elle se contentait parfois de claquer des doigts ou d’émettre ce son caractéristique que l’on produit avec la bouche lorsque l’on appelle un chien. Charmant.

Cette même spectatrice, je la retrouvai à la séance suivante, assise le rang devant moi, pour la seconde fournée de courts métrages du réalisateur invité, Kim Kyung Mook, « Sexless » et « Faceless Things ». J’avais le sourire aux lèvres à la voir et à imaginer à quel moment elle commencerait à réagir, et surtout de quelle manière, lorsque les images deviendraient hardcore. Elle ne resta finalement pas jusqu’au clou du spectacle, quittant la salle après le premier court, un plan fixe de 22 minutes, muet et sans musique, filmant le visage (et uniquement le visage) d’un homme en train de se masturber, pendant qu’en split screen se dévoilent sur une moitié de l’écran des images à peine distinguables de ce qui pourrait lui traverser l’esprit. 22 minutes d’un tel plan fixe, malgré le split screen qui montre d’autres choses à l’écran, c’est long. Et mieux vaut ne pas s’aviser d’être pris d’une envie de rire dans une salle où chaque mouvement de tissu et reniflement de nez se fait entendre où que l’on soit assis. Jusqu’à être pressé de voir le second court-métrage - en fait long, affichant plus de 60 minutes au compteur - et réputé particulièrement dur à supporter pour les âmes sensibles, d’où une interdiction aux moins de 18 ans.

Je ne m’étendrai pas en détails sur ce court-métrage, et particulièrement sa seconde partie, par peur de voir tout un tas de pervers débouler sur le blog qui se seraient vus orientés ici par Google après avoir tapé quelques mots clés peu ragoutants et qui pourrait vous faire faire des cauchemars. Imaginer ce que s’est imposé le cinéaste, Kim Kyung Mook, en réalisant ce film aux confins de la scatologie, laisse perplexe, à l’image du film qui m’a plongé entre dégoût, hallucination et poilade. Mais vous en saurez plus sur Kim Kyung Mook et ses films dans le prochain billet. L’heure est plutôt à saluer un beau documentaire qui nous a été présenté par sa réalisatrice Jeong Jae Eun samedi soir, « Talking Architect », ou le portrait de l’architecte coréen Chung Guyon, filmé pendant plus d’un an par la réalisatrice de « Take care of my cat », avant qu’il ne décède des suites d’un maladie qui l’a affaibli à petit feu.

« Talking Architect » nous a été présenté comme le coup de cœur de l’équipe du Festival du Film Coréen, et je ne peux qu’approuver.  C’est un moment d’émotion sincère qui a traversé la salle à la vision du documentaire, c’est le portrait d’un homme fascinant, professeur charismatique, réfléchi, posé, qui semble être l’incarnation même de la sagesse. Un maître Yoda coréen dont on boirait chaque parole avec délectation. L’homme avait fait des études en France dans sa jeunesse, et son fils, français, accompagnait la réalisatrice pour nous parler de son père avec des mots qui sonnaient justes. Le FFCP a l’art chaque année de débusquer de beaux documentaires, et « Talking architect » est sans conteste le bijou de l’édition 2012.

Pour conclure la journée, à 22h sonnées, je m’étais donc gardé un film léger et dont on m’avait dit du bien depuis qu’il avait été projeté une première fois deux jours plus tôt : « Romance Joe ». Derrière la caméra, un cinéaste qui signe là son premier long-métrage, Lee Kwang-kuk, qui a appris le métier en faisant l’assistant chez Hong Sang Soo. Et il ne faut pas attendre très longtemps pour reconnaître dans la structure narrative de « Romance Joe », la mise en abyme, l’influence du réalisateur de « Ha Ha Ha ». Lee Kwang-Kuk semble même tellement en abuser, de cette mise en abyme, dans la première partie du film, que cela fait presque peur. Il ouvre un nombre incalculable de récits dans le récit, constamment. C’est un personnage qui raconte une histoire dans laquelle un personnage raconte une histoire dans laquelle… une sensation d’infini se dessine, et l’on en vient à se demander si ce jeu  de poupées russes s’arrêtera à un moment.

Et il s’arrête, ouf, du moins se calme-t-il, et lorsque le récit trouve enfin une certaine stabilité, quelque chose prend joliment forme. Comme chez Hong Sang Soo, c’est une histoire de réalisateur qui manque d’inspiration et se retrouve en province à réfléchir à un nouveau film, mais il rencontre une fille qui lui raconte sa rencontre avec un autre réalisateur, pendant que d’autres  niveaux de récit se développent en parallèle. Tout cet enchevêtrement permet au récit de trouver une amplitude, de donner de l’aisance aux personnages, brodés avec soin et finesse, parsemés ici et là de pointes d’humour. Malgré cela ce n’est pas l’humour du film qui aura déclenché les rires les plus gras de la projection. Car lorsqu’une jeune fille à l’écran émit un cri strident, mes oreilles sensibles en prirent un coup qui me fit bougonner. Mes deux voisins, que je prenais jusqu’ici pour des amis, sont partis dans un fou rire monstrueux dans sa longueur, ne retrouvant leur souffle et séchant leurs larmes qu’au bout de dix minutes.

Devant le cinéma, une fois sortis, je semblais avoir été le seul à ne pas avoir piqué un peu du nez pendant « Romance Joe », tous les autres spectateurs me répétant les uns après les autres qu’ils avaient lutté contre le sommeil. M’enfin ! Devant un bon film pareil ! Allez, il était tard, on avait tous enchaîné plusieurs films… on passe l’éponge. Mais pour les fous rires moqueurs, par contre…

dimanche 4 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris 2012, 4ème jour : "Love Fiction", ce bol d'air


C’est le plaisir du soir, le bonbon sucré après une journée d’amertume, quand la journée ne fut que grisaille et épreuves. Terminer la journée par un film tout à fait futile, mais dont la légèreté même est décuplée par la comparaison avec les précédents films de la journée. « Love Fiction » a fait office de douceur nocturne avant extinction des feux vendredi soir, parce que le FFCP 2012 m’avait mis à rude épreuve dans les heures précédentes.

C’est « Self-Referential Traverse » qui avait ouvert le feu en milieu d’après-midi, alors que les trombes d’eau venaient de s’arrêter au-dessus de la capitale, que contre toute attente un rayon de soleil commençait à percer dans le ciel parisien, je me suis engouffré dans la salle 1 pour me prendre en pleine face le trip sous acide de Kim Sun. L’an passé le festival avait programmé « Anti-Gas Skin » du même réalisateur (et son frère Kim Gok), qui déjà avait fait sensation dans le n’importe quoi jonglant entre fascination et fumisterie. Avec ce nouveau film, Kim Sun parvient à pousser l’exercice nuageux encore plus loin. Les amateurs de belles images en auront certainement avalé de travers à la découverte du film. Il y avait tout de même dans la salle des spectateurs qui s’étaient rabattus sur « Self-Referential Traverse » parce que Masquerade affichait complet dans la salle 2. Ceux-là, ils ont dû se pincer pour y croire. Passer du film en costume clinquant avec Lee Byung Hun à une expérimentation politique esthétiquement laide et narrativement nébuleuse avec pour héros une mascotte de la police en bois, ça doit faire un choc.

Moi et mes compères du jour ID et Epikt y étions préparés, et déjà avec cette préparation, la projection ne fut pas de tout repos. Le film s’ouvre sur une attaque à charge de Lee Myung Bak et de sa politique (après Two Doors, décidément…) sous forme de soap familial filmé avec une caméra HD bas de gamme, puis se poursuit en métaphore de tout ce qui ne tourne pas rond dans l’action du pouvoir, avec la fameuse mascotte habillée en flic et des rats magnifiquement faux qui illustrent la lutte entre l’autorité et ceux qui s’y opposent. Tout le discours en filigrane est intéressant, couillu et dingo à la fois, mais le parti pris esthétique d’imprimer un aspect cheap, laid et « grindhouse » à l’ensemble rend l’expérience assez lassante. C’est l’exemple type de bonne idée de court-métrage qui se perd sous le format long.

Je me demande quand même bien ce que les refoulés de Masquerade en auront pensé. Ils seront peut-être allés se consoler dans les bras de « Penny Pinchers », pour retrouver un semblant de beauté dans ce monde de gris, pendant que je retournais presque immédiatement dans le sous-sol du Saint-André des Arts pour me familiariser un peu plus avec le cinéma de Kim Kyung Mook, le réalisateur invité de cette édition 2012 du Festival du Film Coréen à Paris. Trois de ses courts-métrages y étaient projetés, « Me and Dollplaying », « A Cheonggyecheon Dog » et « Peace in me », trois propositions de cinéma radicales. Le premier, un journal intime explorant la quête identitaire, parfois cru, parfois sensible, très voyeuriste, qui exprime la jeunesse de son réalisateur. Le second, un moyen métrage loufoque où l’on croise un travesti qui fait l’amour au téléphone, un flic agissant comme un chien, du sexe, un mélange de noir et blanc et de couleur, et une séquence proprement hallucinante où le travesti dialogue avec un berger allemand sous forme de film muet qui en a laissé sûrement plus d’un pantois dans la salle (moi le premier). Le troisième, enfin, est un pur exercice de style contemplative qui tient plus du travail de vidéaste à trouver dans un musée que dans une salle de cinéma.

Les courts de Kim Kyung Mook furent on ne peut plus différents, et que l’on accroche ou pas à cet univers, on sort de la salle groggy. D’où la perspective réjouissante, après avoir enchaîné ceux-ci à la suite de « Self Referential Traverse », de se plonger pour la fin de la journée dans une comédie légère telle que « Love Fiction ». J’avais prédit à mes camarades du jour qu’après ce que nous avions enchaîné, la comédie romantique de Jeon Kye-Soo allait certainement nous sembler meilleure qu’elle ne l’était vraiment tant une bouffée de joie de vivre allait nous sembler la bienvenue après cette traversée obscure de l’après-midi…

Je n’eus pas le temps d’en discuter avec eux, mais pour moi, ce fut effectivement un moment de douceur bienvenue. La récompense sucrée pour avoir osé du cinéma radical tout le reste de la journée. Une comédie romantique pleine de charme, trop longue, comme souvent dans les comédies coréennes, mais avec un grain de folie réjouissant. Le film suit un écrivain qui connaît une grosse panne d’inspiration, vit grâce à son job de barman à côté, se laisse tenté par une proposition de son éditeur d’écrire un feuilleton pour de la presse à scandale, et rencontre celle qui pense être la femme de sa vie. Mais sa maladresse en amour va lui causer bien des soucis avec elle.

Oui, les baisses de régime deviennent régulières passée l’heure de film, mais le scénario et les comédiens affichent une verve qui claque et fait passer la pilule d’une histoire parfois trop alambiquée et étirée. Les gags font mouches, et les moments de délire parsèment le film, avec une mention spéciale au clip vidéo d’une chanson bien conne sur l’Alaska dans laquelle l’acteur Ha Jung Woo se lance dans un mini rap hilarant. Le jour où les réalisateurs de comédies coréennes apprendront à être plus drastiques en salle de montage, ils feront des merveilles. Pour ce soir, c’était de toute façon suffisant à me donner la pêche, paré pour une journée de plus au festival. Il fallait bien cela, car au programme du lendemain, « Faceless things » de Kim Kyung Mook allait s’avérer… s’avérer… bon, on en reparle demain.

vendredi 2 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris 2012, 3ème jour : de Yongsan à Yongsan


Quand on me parle de Yongsan, j’ai une image qui me vient en tête. Le multiplexe du centre commercial attenant à la gare et dans laquelle se déroule le climax de Helpless. C’est le dernier film que j’ai vu au FFCP 2012 jeudi, un polar carré qui a conclu une journée riche en films et en péripéties diverses. En voyant ces dernières minutes du film, j’ai repensé à ces deux fois au cours de l’été 2009 où je suis allé au cinéma dans ce quartier séoulite, voir Haeundae et Take Off.

C’était déjà à Yongsan qu’avait commencé la journée, avec le documentaire « Two Doors » qui ouvrait le bal. Un film retraçant un épisode ayant secoué Séoul il y a trois ans, la répression par les forces de l’ordre de manifestations s’opposant à des expropriations dans le quartier de Yongsan, une triste page qui s’était conclue avec six morts (dont cinq manifestants) et des condamnations à la prison ferme. Pour nous présenter le film, le festival avait fait appel à une militante coréenne ayant vécu la tragédie de près, et qui nous a introduits le documentaire au bord des larmes. « Two Doors » promettait d’être un documentaire fort, frappant sans vergogne d’entrée de jeu le gouvernement coréen pour son comportement dans l’affaire, et plus généralement l’ensemble de l’œuvre politique du président conservateur Lee Myung Bak.

Hélas, il y a des jours comme ça où la meilleure volonté du monde ne peut rien contre la poisse. La poisse du festival, et la poisse du spectateur. Les problèmes techniques sont le lot commun des festivals, mais certains jours, ils s’accumulent plus que de raison, et ce jeudi était l’un de ces jours au FFCP. Sur les quatre films inscrits à mon programme, trois furent frappés du sceau de la malédiction technique (bon ok, je vais y aller mollo sur l’emphase). « Two Doors » fut le premier d’entre eux, lorsqu’au bout de 30 minutes de projection à peine, les sous-titres se firent la malle, paumés quelque part entre le projecteur et l’écran. Le film continuait, mais à moins d’être coréen ou bilingue, difficile de suivre un documentaire assez procédurier sans l’aide de ces sésames du bas de l’écran. Au bout de 15 minutes de projection sans sous-titrage, alors que deux spectateurs avaient prêté main forte à la jeune femme chargée de gérer le sous-titrage dans la salle, le film fut finalement interrompu pour nous annoncer officiellement la présence d’un problème technique… qui ne pouvait être résolu sur le champ, signifiant par là même l’annulation de la projection.

Déception, forcément, pour toute une salle qui était tout de même bien fréquentée, et incompréhension  peut-être pour les spectateurs coréens qui eux n’étaient pas gênés par l’absence de sous-titres et auraient certainement aimé pouvoir voir la fin du film même sans ceux-ci… Allez, pour la peine, le lot de consolation (enfin, même si « Two Doors » s’était passé correctement, c’était au programme…) s’appelait « The empty dream », le deuxième film projeté dans le cadre de la thématique « Parfum de scandale » de la section classique. Je disais hier l’importance de voir du monde se déplacer pour ces raretés coréennes, et cette seconde projection est venue confirmer la curiosité des spectateurs. Allez savoir si les mots « scandale » et « érotisme » n’y sont pas pour quelque chose…

Bon, ceux qui étaient venus se rincer l’œil avec « The empty dream » en sont sûrement sortis un peu déçus, car si érotisme il y a bien dans le film de Yoo Hyeon Mok, tout se joue sur la suggestion et la métaphore. Et tout commence dans un cabinet de dentiste, où un patient qui reluque les jambes et le décolleté d’une jeune femme venue souffrir sous la roulette commence à se faire des films. Et bientôt, tout le film n’est plus que le fantasme halluciné de cet homme au regard baladeur qui va se rêver sauveur de cette belle nana prise dans les griffes d’un magicien maléfique qui aime bien la fouetter. Oui, quand même.

Si les premières minutes sont assez fortes parce qu’encore ancré dans un certain réalisme, le film devient un beau foutoir quand le récit abandonne tout réalisme pour embrasser le rêve à pleine bouche. C’est court, pêchu, cheap, fou, des palmiers  miniatures dans un décor ensablés succèdent à un p’tit vieux hébété se baladant dans un magnifique caleçon qui pourrait faire fureur si plus de monde voyait le film. On est loin du film à scandale qui aurait pu remué la société coréenne à l’époque pour la façon dont elle s’y trouvait dépeinte, comme dans « Madame Freedom », mais plutôt dans un petit délire barré qui colle de beaux sourires aux lèvres.

C’est déjà bien, et plus que ce qu’a pu m’offrir « Ashamed » à la séance suivante. Pourtant le bruit courait depuis le début du festival que le film bénéficiait d’une bande-annonce alléchante (que je n’avais pas vue) annonçant  un film potentiellement beau… mais j’ai eu l’impression de vivre une expérience cinématographique assez similaire à « From Seoul to Varanasi » la veille, avec une continuité assez évidente sur la forme  pour le même effet sur le fond.

Le film est un patchwork de scènes plutôt léchées visuellement suivant le parcours chaotique d’une… non, deux… non trois jeunes femmes, et les relations humaines et amoureuses tortueuses qui les unissent successivement. Les époques se succèdent à coups de va-et-vient auxquels on voudrait une fois de plus trouver une réelle plus-value narrative qui ne se fait jamais jour. Le récit se délite peu à peu, comme dans « From Seoul to Varanasi », tel un exercice de style semblant malheureusement vain, ne débouchant sur rien et affaiblissant au passage les réflexions que semble vouloir toucher du doigt le réalisateur Kim Soo-Hyun et paraissent du même coup un peu fumeuse. Et pour ne rien arranger, le film est long, terriblement long, affichant plus de deux heures au compteur que le charme des actrices (dont Kim Kkobbi, vue dans le poignant « Breathless ») ne parvient pas à amoindrir, d’autant qu’elles conduisent le film vers une hystérie abrutissante. Comme pendant « Two Doors », les sous-titres français se sont carapatés en cours de route, mais heureusement les sous-titres anglais incorporés à la copie ont permis de se maintenir à flot.

Les cris de « Ashamed » résonnaient encore à mes oreilles lorsque je me remis dans la file d’attente, devant le Saint-André des Arts, à attendre que les portes s’ouvrent pour la dernière fois de la journée sur la séance de 22h, ce Helpless qui allait de nouveau me conduire à Yongsan après la première tentative de la journée. Et après la fantasmagorie de « The empty dream », après l’hystérie morcelée de « Ashamed », finalement, je fus bien content de trouver en Helpless un polar classique et bien carré. Un homme perd la trace de sa fiancée sur une aire d’autoroute alors qu’ils se rendaient chez ses parents. D’abord paniqué à l’idée que sa femme ait pu être enlevée ou tuée, il va peu à peu découvrir, grâce à un vieil ami ancien flic menant l’enquête pour lui, que celle avec qui il partageait sa vie n’est pas du tout la femme qu’elle disait être.

On pourra reprocher à Helpless de ne pas chercher à réinventer le genre, de n’être ni spectaculaire, ni ahurissant, ni parfaitement palpitant. Mais c’est un thriller solide et intrigant qui au bout d’une journée pleine de péripéties et films fous en tous genres se révèle être ce petit moment de repos finalement attendu. La salle tremblait sous nos pieds des bruits de « War of the Arrows » dans l’autre salle. Le projectionniste eut un petit raté qui nous sortit du film pendant une minute, mais ce fut un détail. Yongsan fut la dernière image de la journée sur grand écran, après avoir été la première. La boucle fut bouclée.

jeudi 1 novembre 2012

Festival du film coréen à Paris 2012, 2ème jour : les relations homme/femme des années 50 à aujourd’hui


Après la cérémonie d’ouverture la veille au soir, son attente, ses files folles et son film à grand spectacle, le Festival du Film Coréen à Paris, cru 2012, commençait véritablement mercredi. Après le chaland attiré par Lee Byung Hun et les millions du box-office, et les costards cravates attirés par le prestige du lancement, c’est maintenant que le cœur du festival prenait vie. Des courts-métrages, des comédies romantiques, du vieux film en noir et blanc, il y en avait pour tous les goûts dès le premier jour des festivités.

Adossés aux murs du Saint-André des Arts, des visages familiers se font déjà reconnaître, souriants, discrets, amicaux. A force de venir chaque année, un noyau d’habitués qui se retrouve d’édition en édition se détache, et les retrouver fait toujours plaisir. Pour attaquer le FFCP 2012, post faste d’ouverture, j’ai jeté mon dévolu sur l’un des films de la section classiques. « Madame Freedom ». Plus que jamais, les « vieux » films que le festival programme sont à suivre, car le bruit court que c’est la dernière chance pour ce trésor de programmation que sont les classiques. Maillon faible du festival en terme d’entrées chaque année, il n’était pas rare les années précédentes de se trouver une poignée de spectateurs seulement devant ces films, alors que l’opportunité même de découvrir de telles raretés sur grand écran est prodigieuse.

Les cinéphiles parisiens ne doivent pas être au courant que de tels films sont diffusés au cours du FFCP, sinon on les verrait venir plus nombreux (où est Plastic Man quand on a besoin de lui ?). Cette année, le festival tente donc le tout pour le tout avec une programmation réunie autour du thème « Parfum de scandale », ou une série de films ayant chacun, à leur époque, provoqué l’émoi en Corée. Le premier d’entre eux est également le plus vieux, « Madame Freedom », donc. Ou le parcours d’une femme au foyer coréenne dans le Séoul des années 50, épouse d’un professeur respecté et mère d’un garçon de 6 ou 7 ans. Lorsque notre brave mère au foyer va décider de travailler comme vendeuse dans une boutique chic, son monde va s’en trouver bouleversé.

Là où le film de Han Hyeong Mo fait mouche, c’est dans sa peinture de la société coréenne des années 50. L’histoire de cette femme va donner lieu à des scènes et dialogues proprement fascinants de la vie quotidienne séoulite de l’époque (« Oh, qu’elle est bien rangée cette vitrine, on voit bien que vous êtes l’épouse d’un professeur », dit la patronne à son employée, pour notre plus grand bonheur…). Le traitement des relations hommes/femmes, notamment, vu avec nos yeux français en 2012, amène de belles bouffées de rire. La libération de la femme passe par le rejet de la structure familiale classique. Ouste, le gosse, dégage de mes pattes !, que je me mette en quête d’un amant, avec tentations possibles entre le jeune voisin et le patron marié.

Certes le film est trop long, avec plus de deux heures au compteur, dont quelques séquences de danse particulièrement longues devant lesquelles je dois avouer avoir quelque peu piqué du nez. Mais ce que le film nous montre de la Corée des années 50 est trop précieux pour ne pas saluer le film, dont le portrait de la famille a sans l’ombre d’un doute choqué son époque, même si la morale reprend le dessus au bout du compte, et que l’épouse volage se verra punie de l’outrecuidance de son comportement. La bonne nouvelle, c’est que  nous étions près de trente curieux en ce mercredi après-midi pour découvrir « Madame Freedom », un beau chiffre pour la section classique, même si le problème récurrent du sous-titrage a tant agacé la spectatrice assise devant moi qu’elle a quitté la salle au bout de 25 minutes de film (il faut dire que des sous-titres blancs presque translucides sur un film noir et blanc, c’est dur à lire, et près de la moitié des dialogues sont ainsi restés invisibles…).

Après cette escapade old school, je me suis plongé devant mon premier film de la section « Paysages », « From Seoul to Varanasi », que l’on pourrait qualifier de drame social s’il fallait absolument le mettre dans une case. Mais il serait tout de même bien difficile de placer le film de Jeon Kyu Hwan dans une case, tant celui-ci cherche à expérimenter et à se démarquer dans la forme, probablement pour rendre le fond de son discours plus marquant. Le hic, c’est que la forme est tellement brouillonne qu’elle parasite le fond, voire l’annihile. Le film suit un couple, lui est éditeur, elle… elle fait du yoga pendant ses nombreuses heures perdues. Lui a une maîtresse, un des auteurs avec qui il travaille, tandis qu’elle rencontre un immigré canado-libanais avec lequel elle se lie d’amitié (finalement cinquante plus tard, certaines choses ne changent pas). Lui prend sa maîtresse dans toutes les positions imaginables tout en se demandant quel cadeau acheter à sa femme, pendant qu’elle s’intéresse naïvement à l’histoire de ce jeune homme étranger de confession musulmane.

Si le réalisateur semble avoir beaucoup de choses à dire sur ses contemporains, il y a tant de maladresse dans le sens du récit éclaté, les scènes semblant avoir été montées au hasard de toute chronologie possible, que « From Seoul to Varanasi » est vite lassant. Jouer avec la linéarité du récit c’est une chose, mais ne tirer aucune force, aucun atout, aucun sens de cet éclatement temporel pose problème. Jeon Kyu Hwan a beau tenter l’esthétisme, l’atmosphère, le mystère, la sexualité crue, la sauce ne prend pas. Le récit reste mou, les personnages, peu attachants. On navigue entre les scènes sans trop parvenir à s’ancrer dans cette histoire qui devient vite fumeuse et vaine. Le réalisateur va jusqu’à toucher du doigt le terrorisme, mais là c’est proprement inutile tant il semble mal maîtriser la caractérisation des personnages dans cet arc narratif (et les acteurs étranger du film sont loin d’être de bons acteurs…).

A la sortie, il me semble que le film a duré au moins 2h30 quand les 90 minutes ont été à peine dépassées. Je croise Kim Kyung Mook, le réalisateur mis à l’honneur par le Festival du Film Coréen à Paris 2012, venu présenter son premier long-métrage dans la salle d’à côté. Je reviendrai certainement sur lui dans un prochain billet…
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