mardi 13 juillet 2010

Avec Hana, on s'ennuie ferme au temps des samourais !

Un inédit de 2006 réalisé par Kore-Eda Hirokazu dans le programme de Paris Cinéma ? Immanquable bien sûr ! Enfin, ça c’était avant de le voir, car le réalisateur japonais de ces incontournables que sont (entre autres) After Life, Nobody Knows, Still Walking ou le récemment sorti (et déjà malheureusement quasi invisible dans les salles alors qu’il est magnifique) Air Doll, nous a bien eu. Son film en costume planté dans le Japon du 18ème siècle m’a scotché de sommeil à mon siège dans la salle 12 du MK2 Bibliothèque.

Et pour le coup, il n’y a guère eu d’espoir : l’illusion est tombée presque immédiatement, car le cinéaste s’est englué dans son récit éclaté et difficile à suivre dans les premières minutes de Hana. Nous sommes au 18ème siècle, un temps de samouraïs et de vengeance. Ca tombe bien car de vengeance il en est beaucoup question dans Hana. Le problème c’est qu’on en parle énormément sans jamais l’accomplir, la vengeance, et très vite, on finit par s’emmêler les pinceaux, entre le jeune samouraï qui veut venger la mort de son père mais ne sait pas bien se battre et les vieux samouraïs qui campent dans le coin pour fomenter la vengeance de leur maître assassiné.

Il y a de l’humour, certes. De la tension oui. De la romance dans l’air ? Absolument ! Des personnages hauts en couleurs ? Oui, il y en a bien quelques uns. Tadanobu Asano fait même une apparition trop brève de trois scènes. Non, Kore-Eda Hirokazu n’a décidément rien oublié… sauf qu’en n’oubliant rien, il a tout foiré. Le réalisateur nippon semble tellement avoir à cœur de blinder son film de passages obligés, de sous-intrigues, de complots et de bavardages souvent inutiles, qu’il tisse en fin de compte un film très soporifique… qui (à l’aide !!) dure plus de deux heures (et croyez-moi, on a l’impression que cela dure même plus de trois heures…).

Heureusement que depuis sont venus Still Walking et Air Doll… sinon on jurerait que ce bon cinéaste file un mauvais coton. Allez, plus jamais ça, monsieur Kore-Eda !

lundi 12 juillet 2010

"Du silence et des ombres" ressort, et un désir s'accomplit.

Les grands romans sont des pièges. Non pour les lecteurs qui s’en délectent et se plongent dans ces univers sans images autres que celles des mots et des interprétations personnelles qui en découlent. Non. Le piège est pour les cinéastes, ou les scénaristes, ou les producteurs, ou tous à la fois, qui ne peuvent souvent résister à la tentation de porter à l’écran un livre qui les aura marqués autant que leurs concitoyens. Le piège c’est que chacun s’approprie un récit à sa lecture, et voir la retranscription de ce même récit d’un point de vue différent, en l’occurrence celui d’un cinéaste, à travers un film, s’avère bien (trop) souvent décevant.

Combien de fois, un grand film nait d’un grand roman ? Pas tant que ça. Ce qui n’empêchera pas le cinéma de continuer à porter à l’écran les ouvrages marquant de leur époque, et les spectateurs de faire les curieux pour voir ce qu’ « ils » ont tiré de leur livre adoré. Combien de fois me suis-je laissé piéger, de Dune adapté de Frank Herbert par David Lynch à La route adapté de Philip Roth par John Hillcoat ? (alors que pendant ce temps, Clint Eastwood est capable de tirer un chef d’œuvre cinématographique d’un roman de gare, Sur la route de Madison… sacré Clint…)

Ces déboires confrontant le lecteur et le cinéphile qui sont en moi m’ont enseigné deux choses. Premièrement qu’un grand livre ne donne pas forcément un grand film, loin de là (et qu’un petit livre peut donner un grand film, hein Clint !). Deuxièmement qu’il ne faut pas voir un film juste après avoir lu le livre dont il est l’adaptation ciné (« pas tout de suite » signifiant pas dans l’année qui suit, si possible…). La précipitation ne donne jamais rien de bon (je repense à toi, satané Dune de David Lynch !!). C’est grâce à ce dernier précepte que j’ai attendu avant de voir Du silence et des ombres de Robert Mulligan.

Le film triplement Oscarisé de 1962, j’en avais entendu parler depuis des années sans jamais l’avoir vu. Cela faisait partie de ces classiques qu’il faudrait bien qu’un jour ou l’autre je vois. Mon ami Michael qui voue un culte féroce à Cameron Crowe (je sais, je sais… mais il a fait de bons films avant Vanilla Sky et Rencontres à Elizabethtown) m’en avait parlé le premier en me révélant qu’il s’agissait là d’un des films préférés de Crowe.

Un jour, il y a trois ou quatre ans, j’achetai un peu par hasard « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » de Harper Lee, justement le roman dont est adapté Du silence et des ombres. Lorsque je le lus, je découvris une œuvre incroyablement fine, un regard juste sur l’enfance, sur la ségrégation dans le sud des États-Unis. Un portrait drôle, touchant, attachant de l’Amérique profonde du début du 20ème siècle. Un grand roman. Un très grand roman (lisez-le vite si ce n’est déjà fait !!). Bien sûr, après l’avoir vu, l’envie de voir Du silence et des ombres m’assaillit vite. Mais les expériences passées (pfffff… ça y est, je repense à Dune, bon sang !) m’ont réfréné, et je me suis promis de patienter avant de regarder le film de Mulligan.

Les mois se sont écoulés, devenus années, et voici qu’inopinément, Du silence et des ombres est ressorti en salles le 7 juillet dernier en copie restaurée. Le temps s’était suffisamment écoulé pour que je me penche sur le film. Je me suis donc rendu dans la salle Langlois du Grand Action (qui aurait été parfaite avec de meilleurs sièges, il faut l’avouer), qui fut notamment le théâtre, il y a quelques années, de mon premier visionnage (en copie neuve à l’époque) de Rio Bravo de Howard Hawks. Aaaaaah, quel souvenir !

Ce qui me frappe dans Du silence et des ombres (oui, revenons à nos moutons…), c’est d’abord le titre. A l’époque le titre français ne s’était pas aligné sur le beau titre du roman, ce qui donne cet étrange « Du silence et des ombres », qui se rapporte autant au fond du film qu’à sa forme. Pour ceux qui auraient encore à découvrir le roman et le film, un éclaircissement scénaristique : Atticus Finch est avocat dans une petite ville d’Alabama au début du 20ème siècle. Il est également veuf, et doit s’occuper de ses deux garnements d’enfants, Scout et son grand frère Jem, qui n’aiment rien tant que traîner dans le quartier en espionnant le voisinage.
Atticus est un homme droit et juste, et lorsque le juge du comté lui annonce qu’il cherche un avocat pour défendre un homme noir accusé d’avoir violé et battu un jeune femme blanche, Atticus accepte. Plus que cela même, car Atticus va vite croire son client innocent et tout faire pour lui éviter la condamnation, tout en inculquant à ses enfants les valeurs qui sont les siennes.

Le roman d’Harper Lee, sorti en 1960, était un grand roman engagé contre la ségrégation raciale qui minait toujours amplement son pays à l’époque. Le tour de force du film de Robert Mulligan, c’est qu’il ne se contente pas d’être fidèle à l’écrit et de filmer ce qu’Harper Lee avait si bien décrit. Il donne vie au film avec un sens du décor et de la mise en scène palpables. La tendresse transparaît tout autant que l’inquiétude. Les décors sont aussi soigneux que la musique apporte un véritable souffle, tantôt joyeux, tantôt frissonnant.

Il parvient même à conserver, même si dans une moindre mesure, ce qui faisait la force et l’originalité du roman : raconter cette histoire du point de vue des enfants, et particulièrement de la jeune Scout. C’est la candeur d’un point de vue enfantin qui donne toute sa force à ce récit révoltant prônant l’égalité alors que celle-ci n’était pas franchement bien vue à l’époque. Il est impossible, également, de ne pas souligner l’interprétation remarquable de Gregory Peck, qui décrocha l’Oscar du Meilleur acteur pour ce rôle de père avocat. Face à lui, dans un rôle court mais déterminant, Robert Duvall, jeune et blond, faisait ses débuts d’acteur.

Du silence et des ombres a été tourné rapidement après la sortie de « Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur » (deux ans seulement). Je ne sais ce que j’en aurais pensé si j’avais manqué de recul. Aurais-je été séduit par ce noir et blanc jouant la carte de l’atmosphère au diapason de la musique d'Elmer Bernstein (c’est plutôt la musique qui est au diapason de l’image…) ? Je suis bien content d’être incapable de répondre à cette question, et de ne garder avec moi que la joie d’avoir enfin vu ce film qui me tournait autour depuis un certain temps. Et de n’avoir aucunement été déçu. Tiens, et si je redonnais une chance à Dune, moi ?

dimanche 11 juillet 2010

The Housemaid, le cinéma coréen se remake en avant-première

Il est des films à propos desquels les débats passionnés sont recherchés et désirés, ces conversations à bâtons rompus qui animent si souvent les échanges entre amateurs de films. Des films qui abasourdissent, des films qui choquent, des films qui émeuvent, des films qui agacent. Des films qui ne laissent pas indifférents. Im sang Soo a déjà signé de tels films, que ce soit son évocation claustrophobe de l’assassinat du Président Park Chung-Hee dans The President’s Last Bang ou son adaptation du célèbre roman Le Vieux Jardin.

En s’attelant à un remake d’un classique du cinéma coréen vieux de 50 ans, on pouvait légitimement attendre de lui un film remuant avec force les avis cinéphiles. Présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, The Housemaid n’a pourtant pas déchaîné les passions, qu’elles soient positives ou négatives, de la part des festivaliers, critiques ou professionnels. Le gastronome en cinéma coréen que je suis ne pouvait pas pour autant rater l’occasion de voir le film d’Im Sang Soo plus de deux mois avant sa sortie en salles à la rentrée prochaine.

Paris Cinéma a fait fort cette année en programmant dans les avant-premières la plupart des films primés sur la croisette en mai, de la Palme d’Apichatpong Weerasethakul au Grand Prix de Xavier Beauvois en passant par le Prix du Scénario de Lee Chang Dong. The Housemaid a beau n’avoir pas été récompensé, la manifestation parisienne a tout de même programmé le film au MK2 Bibliothèque. Projection à laquelle j’ai assisté en compagnie de la plupart des amateurs de cinéma coréen de la place parisienne, et d’une flopée de coréens résidents dans la capitale française.

Sans grande attente, on ne peut pas parler de déception. Peut-être Im Sang Soo aurait-il signé une œuvre plus intéressante sur le sujet de l’asservissement et des relations maître / esclave au sein de la société contemporaine s’il ne s’était pas attaché à un remake, mais plutôt à une vraie création. Son Housemaid se trouve tel quel un peu bancal. Rappel pour ceux qui ne connaitraient pas le sujet, il s’agit d’une jeune femme rentrant au service d’une riche famille comme gouvernante et nounou. La famille en question est un jeune couple (riche bien sûr) déjà parents d’une petite fille ravissante et attendant des jumeaux pour très bientôt. Rapidement, notre servante va entamer une liaison avec le maître de maison.

En sortant de la salle, je me sentais mitigé à propos de The Housemaid, et plus de 24 heures plus tard, cela n’a pas changé. Il y a toujours de belles choses dans le film d’Im Sang Soo, une mise en scène glacée notamment, mais le scénario manque de tenue, à chaque fois que l’on croit qu’Im tient quelque chose, il n’exploite pas et tente autre chose, ailleurs avec ses personnages. Le sujet est fort, mais il s’oriente dans l’attendu, un attendu qui le pousse parfois au n’importe quoi (le dénouement en est la parfaite illustration).

C’est dommage, car la scène d’ouverture – qui scénaristiquement n’a pas grande utilité mais ça ce n’est pas grave – était une mise en bouche particulièrement alléchante, sorte de prise de pouls de la ville coréenne la nuit, laissant augurer de quelque chose qui ne viendra jamais. Il y a aussi ce personnage de la gouvernante en chef de la maison, cette ajuma sexagénaire qui guide l’héroïne dans la maison de ses nouveaux maîtres. C’est le personnage le plus réussi du film, le mieux écrit, dont l’ambiguïté a un vrai sens, dont les atermoiements sont tout à fait palpables, et qui offre à son interprète Yoon Yeo-Jeong l’occasion de faire montre d’un grand talent (la comédienne était également à l’affiche à Cannes cette année de l’hilarant Ha Ha Ha de Hong Sang-Soo).

Certains se satisferont peut-être de découvrir la jolie Jeon Do-Yeon (Prix d’interprétation à Cannes il y a trois ans pour Secret Sunshine) dans un rôle fort peu habillé, et si je ne fait pas la fine bouche moi-même, j’aurais tout de même préféré sortir de la salle convaincu par le film.

vendredi 9 juillet 2010

Un aperçu asiatique de la compétition de Paris Cinéma...

Les années où le pays mis à l’honneur à Paris Cinéma ne me botte pas des masses, j’attache une attention toute particulière aux films de la compétition. Des films indépendants d’horizons variés, qui côtoient les avant-premières cannoises vers lesquels nous sommes tous un peu attirés. Chaque année est l’occasion de fureter et découvrir de beaux petits films (Aaaaaah, Old Joy de Kelly Reichardt, il y a quelques années…). Cette année, avec tous ces films japonais mis en avant qui me tendent les bras, je n’ai pas assez de temps pour me pencher avec autant de soin que je le voudrais sur les films en compétition.

Je n’ai le temps que pour deux d’entre eux, en fait, et ces deux films je les ai vus l’un après l’autre mercredi soir. Le croirez-vous, l’un est japonais, l’autre coréen ! Le premier s’intitule Sawako Decides et est réalisé par le jeune cinéaste Yuya Ishii (qui présentait également un deuxième film au festival, dans le cadre du focus sur le nouveau cinéma japonais, To walk beside you). Pour être rapide et caricatural, on pourrait appeler le film une comédie sociale féministe. La Sawako du titre a fui cinq ans plus tôt son patelin natal pour Tokyo, où elle n’a jamais su garder un mec, et n’a pas trouvé mieux qu’un job d’assistante où son patron la traite comme une moins que rien.

Alors lorsque son père, qui dirige une compagnie d’emballage de coquillage, se trouve au plus mal, et que son petit ami du moment, viré avec une gamine sur les bras, veut absolument qu’ils rentrent chez elle et qu’ils reprennent en main l’entreprise familiale, Sawako se laisse entraîner. Il faut dire que Sawako a un trait de caractère particulier. Elle est résignée. Elle pense que quoi qu’il arrive, dans le monde ou dans sa vie, elle n’y peut pas grand-chose. Alors elle laisse les choses se faire, sans tenter de prendre une quelconque emprise dessus.

Le titre du film s’avère très vite un énorme spoiler. On passe plus d’une heure en compagnie d’une jeune femme charmante mais tout fait incapable de prendre des décisions sur sa vie et préférant se laisser mener par les autres… alors forcément, il n’est pas difficile de savoir où Ishii va nous emmener. Mais ce n’est pas bien grave. L’essentiel, c’est que le long du chemin, le réalisateur nous présente des personnages cocasses empêtrés dans notre société. Cette société en crise à l’échelle globale, cette société où tout se répercute partout, et l’où on ne sait trop de quoi l’avenir sera fait. Tiens, c’est étonnant finalement à quel point le cadre et le fond ne sont pas si éloignés de Solanin, vu le week-end dernier. Certes le ton est radicalement différent, mais en fin de compte, on se reconnaît dans les deux tableaux. Preuve s’il en était de la lucidité de ces films. Même si au passage, je dois bien avouer que j’ai failli piquer du nez à plusieurs reprises devant Sawako Decides.

Pendant le film, je pensais sincèrement que la fatigue était plus fautive que l’œuvre en elle-même, mais juste après j’ai donc enchaîné avec La rivière Tumen, et là point de paupières lourdes me faisant lutter à chaque instant pour ne pas somnoler. Pourtant sur le papier, il semblait plus facile de se sentir fatigué devant le film coréen que devant le film japonais. A la comédie féministe a ainsi succédé un drame social prenant pour cadre un petit village chinois situé à la frontière de la Corée du Nord. Entre la Chine et la dictature de Kim Jong-Il, c’est un fleuve qui fait office de frontière naturelle. Un fleuve gelé en hiver, sur lequel traversent des nord-coréens cherchant à fuir le régime stalinien.

Dans ce village vit un grand-père avec ses deux petits-enfants. Elle est une jeune femme muette, lui est un garçon d’une douzaine d’années. Comme tout le monde dans ce petit village chinois, ils sont imprégnés de culture coréenne, jusqu'à parler la langue (sous une forme très locale tout de même). Et lorsque des nord-coréens demandent de l’aide après avoir franchi illégalement la frontière avec la police chinoise et l’armée coréenne aux trousses, ils leur ouvrent leur porte.

Vous conviendrez que le pitch de La rivière Tumen est moins entraînant sur le papier que Sawako decides. Si vous ajoutez à cela le retard du Festival, qui nous a fait poireauter debout un bon quart d’heure de plus devant la salle, les ingrédients auraient pu être réunis pour définitivement me plonger dans le sommeil après les phases intermittentes du film japonais précédent. Pourtant ce petit film coréen m’a tenu en haleine et en éveil pendant 1h30. Aucun étourdissement ou ronflement devant ce poignant drame humain.

Contée avec force sobriété, cette histoire de peuples déracinés, d’immigration clandestine, d’hommes, de femmes, et surtout d’enfants, amenés à être confrontés à la détresse humaine, souvent avec pudeur, ne commet aucune faute. D’un point de vue formel, c’est une maîtrise totale. Mise en scène élégante, décor subjuguant, difficile de ne pas être happé par le récit. Sur le fond, le réalisateur signe là semble-t-il une histoire très personnelle à laquelle il parvient à insuffler une vérité et une émotion brutes. Il tisse des personnages naviguant hors de tout manichéisme, confrontés à la difficulté de juger les hommes avec acuité.

C’est l’histoire d’une frontière derrière laquelle on ne sait trop ce qu’il s’y passe, tout en ne le devinant que trop bien. C’est l’histoire d’enfants trop jeunes pour comprendre toute la complexité d’un monde, tout en étant bien obligés de naviguer dans ses eaux troubles. C’est l’histoire d’un lieu extraordinaire et pourtant si banal. C’est l’histoire d’un film plein de courage qui laisse un goût amer. Un film qui devrait sortir dans les salles françaises à la fin de l’été, le 25 août. Notez-le bien.

jeudi 8 juillet 2010

Revoir "Les moissons du ciel" sur grand écran...

Je me souviens précisément de la première fois que j’ai vu Les moissons du ciel de Terrence Malick. L’année 1999 commençait, et alors que sortait le premier film du cinéaste texan depuis 20 ans, La ligne rouge, ses deux perles méconnues des années 70 étaient de nouveau distribuées sur Paris, dans quelques salles art et essai de la capitale. Lorsque je dis « méconnues », j’entends « du grand public » bien sûr, car les cinéphiles connaissaient très bien Badlands (La balade sauvage) et Les moissons du ciel.

Pour ma part, en cette fin de siècle, j’avais 17 ans, étais déjà atteint d’un syndrome de cinémanie aigüe, et souffrais de grosses lacunes cinéphiles dès que l’on remontait au-delà de ma période d’existence. Du coup, lorsqu’en 1998 je lus pour la première fois un article sur le tournage de La Ligne Rouge qui disait en substance que tous les acteurs du cinéma américain étaient prêt à vendre père et mère pour tourner sous la direction du légendaire Terrence Malick, ma première réaction fut « Terrence qui ?? ». Inconnu au bataillon pour l’ado que j’étais et qui n’était même pas né lorsque le cinéaste fut récompensé du Prix de la Mise en scène à Cannes en 1979 pour Les Moissons du Ciel, son précédent film à l’époque.

Mais tout en soif de découvertes que j’étais, je mis un point d’honneur à voir les deux trésors inconnus de Malick lorsqu’à l’occasion de la sortie de La Ligne Rouge, ils firent leur apparition dans quelques salles. Je ne me souviens plus si c’était juste avant ou juste après avoir vu La Ligne Rouge. Si c’était avant, nul doute que l’enthousiasme général pour Malick, et la bande-annonce envoûtante de La Ligne Rouge, m’avaient motivé. Si c’était après, je ne me pose même pas la question, puisque la bataille de Guadalcanal à travers les yeux de Malick est immédiatement devenue un de mes films préférés (11 ans et quelques visionnages plus tard, il reste à mes yeux la quintessence du cinéma américain).

Je me souviens donc bien de la première fois que j’ai vu Les Moissons du Ciel. C’était à cette époque, ce début 1999, dans un cinéma du Quartier Latin. Était-ce le Grand Action ? Le Champo ? Il faudrait que je farfouille dans mes vieux tickets de cinéma pour retrouver précisément lequel… (pour Badlands, aucun doute, c’était au Ciné 104 de Pantin !). Je l’avais donc déjà découvert sur grand écran. Et depuis, je l’ai revu à la télévision. Pourtant pour rien au monde je n’aurais manqué la ressortie des Moissons du ciel, restaurées et flambant neuves (jetez un œil au bandeau illustrant mon blog…). D’autant que le Max Linder Panorama, ce grand écran si agréable et aux qualités techniques remarquables, le programmait.

Ainsi donc, onze ans plus tard, je les ai revues sur grand écran, et dans des conditions tout à fait optimales, ces Moissons. Ce tragique triangle amoureux planté dans un décor à la Edward Hopper, éclairé d’une lumière entre chien et loup sous le ciel texan. Richard Gere qui pour ainsi dire débutait par le summum de sa carrière (je soulignais récemment que son interprétation dans L’élite de Brooklyn était sa meilleure depuis celle des Moissons), Sam Shepard et sa présence magnétique, Brooke Adams avant qu’elle ne tombe dans l’oubli. Et des gueules. Toutes ces gueules de cinéma illustrant parfaitement l’Amérique début 20ème siècle, apparaissant fugacement devant la caméra.

Les films de Terrence Malick ont cela d’extraordinaire que chaque vision équivaut à une première fois. Chaque nouveau visionnage donne l’impression que l’on découvre le film. C’est un cinéma si sensoriel qu’il paraît nouveau à chaque fois que l’on pose les yeux dessus, de nouvelles émotions et de nouvelles sensations prêts à nous envahir. Ce sont ces images, par lesquelles la contemplation devient un art. Ces musiques, destinées à résonner à jamais en nous. Ces acteurs, qui jamais plus ne seront aussi magnétiques.

C’est aussi cette obsession de Terrence Malick pour le bien et le mal. Pour la perte de l’innocence. Pour la profanation du bonheur et du paradis terrestre. Ses héros sont tiraillés entre le bien et le mal. Par eux la nature se trouve pervertie, même si souvent à leur corps défendant. Ils sont à la fois les pécheurs et les victimes. Dans le cinéma de Terrence Malick, dans Les Moissons du Ciel, le paradis existe, mais il est éphémère. L’homme finit toujours par le détourner de sa nature idyllique. Le titre original du film est d'ailleurs Days of Heaven, quelques jours de paradis...

Revoir Les moissons du ciel sur grand écran est un plaisir rare, le plaisir de voir le film à sa juste valeur, dans le seul endroit où la magnificence de l’œuvre éclate totalement. Les films de Terrence Malick nous font toucher du doigt, l’espace de quelques heures, quelques minutes, quelques instants, la sensation de paradis. C’est toujours trop court, mais ces quelques instants de plénitude valent tant d’heures d’autres films, que les déguster est un plaisir incandescent.

mercredi 7 juillet 2010

Plongée dans Paris Cinéma avec un beau film japonais

Quand il a été annoncé que l’édition 2010 de Paris Cinéma mettrait à l’honneur le Japon, j’ai senti que cette nouvelle édition monopoliserait une large part de mon attention entre le 3 et le 13 juillet. Et c’est bien parti pour, en effet. Cela me rappelle au bon souvenir de l’édition 2006 de la manifestation qui mettait à l’époque en lumière le nouveau cinéma coréen, et m’avait ainsi permis de me plonger avec une soif difficile à étancher dans la cinématographie de ce pays qui m’est depuis devenu familier. Que vaudra donc le focus sur le cinéma japonais dans ce Paris Cinéma 2010 ? Un premier élément de réponse est tombé.

Le premier film à m’avoir attiré dans ses filets s’intitule Solanin, et alors même que le film n’est que l’entame du festival pour moi, j’ai déjà tendance à penser qu’à moins d’une sélection d’une très, très grande qualité, ce premier film sera l’un des meilleurs que je verrai au cours des jours à venir. A la base pourtant, dimanche soir, je devais aller voir Dog Pound de Kim Chapiron. Mais lorsque samedi matin, je me suis attelé à faire mon planning pour Paris Cinéma, en épluchant le programme du festival et lisant les synopsis de chaque film projeté, Solanin a accroché mon regard, et le seul moyen de le voir était d’y aller dimanche soir. J’ai donc convaincu mon amie de changer notre fusil d’épaule et d’aller voir le film japonais au MK2 Bibliothèque (j’avoue qu’elle ne fut pas difficile à convaincre).

Chose rare, ce qui m’a attiré à lecture du synopsis de Solanin est exactement ce que j’ai aimé dans le film. Bien souvent un film se révèle différent de ce que l’on attendait, pour le meilleur ou pour le pire, mais Solanin a su m’offrir ce qui me plaisait dans son thème. A savoir qu’il a su être un film semblant s’adresser directement à moi, parisien de 28 ans, en parlant pourtant d’une bande d’amis japonais à peine plus jeunes que moi.

Les héros de Solanin sont dans la deuxième moitié de leur vingtaine. C’est principalement un couple, Meiko et Taneda, qui vit ensemble à Tokyo aujourd’hui. Ce sont des jeunes gens de leur temps, un temps de crise mondiale où, ayant finis leurs études et étant entrés dans le monde du travail, ils ne savent pas trop ce que l’avenir leur réserve. Ils ont un job alimentaire, des hobbys qu’ils aimeraient peut-être transformer en moyen de gagner leur vie, mais ils n’en sont pas sûr. Meiko démissionne de son boulot, et encourage Taneda à se consacrer à son groupe de musique, ce groupe qu’il a commencé sur les bancs de la fac mais qu’il n’a jamais su faire décoller.

Premier film d’un jeune cinéaste, adapté d’un manga, Solanin sait parler de ses contemporains, de ses semblables, de son époque, avec une justesse de ton qui se pose rapidement. Empreint des doutes de notre génération et de notre époque, Solanin est une balade amère et mélancolique dans les méandres d’une société qui ne promet aucun avenir. C’est une génération d’indécis qui ne sait pas à quelle sauce elle sera mangé demain, et apprend à accepter de vivre au jour le jour. De profiter de ce que la vie offre de bonheurs quotidiens pour digérer l’acceptation que les rêves sont parfois trop grands, les épaules pas assez solides, et la perspective d’avenir, un grand flou peu engageant.

L’histoire de Meiko, Taneda et leurs amis, c’est l’histoire d’un grand nombre de jeunes gens d’aujourd’hui, qu’ils soient japonais, français, australiens ou je ne sais quelle nationalité encore. Solanin est clairement un film générationnel qui risque de ne pas autant parler à un ado de 15 ans ou un quinqua à quelques années de sa retraite. Eux pourront s’arrêter sur les défauts du film, comme sa longueur (2h06) ou sa tendance à appuyer un peu sur le larmoyant. Mais personnellement je ne tiens pas rigueur à Miki Takahiro de ces défauts. Certes j’ai eu peur, à l’entame du dernier acte du film, par la tournure prise par le film, avec le décès de l’un des personnages de la bande d’amis, mais en ne perdant pas de vue son discours sociétal, le réalisateur parvient à retomber sur ses pattes et à faire accepter ses faiblesses, à l’image du parcours chaotique des filles et garçons auxquels il s’attache.

Une belle entame de festival donc, qui donne soif quant aux jours à venir…

mardi 6 juillet 2010

Retour en ligne !

Les semaines passent à une allure folle. Je pose ma plume numérique quelques jours pour m’occuper de choses et d’autres, et voilà tout à coup qu’un mois s’est écoulé ! Les coups de fils fusent, les mails tombent les uns après les autres, on m’interpelle dans la rue pour me demander « Mais comment se fait-il que L’Impossible Blog Ciné ne soit plus mis à jour ??!! A quand le retour ??!! Un vide se creuse !! »… Oui… bon j’avoue j’exagère un peu… bon, ok, j’exagère beaucoup. Mais le fait est qu’il est grand temps que je me remette au boulot, et que l’IBC soit de nouveau actif. Les choses sont bien faites, car je vais passer l’été à Paris avec la perspective de hanter un peu les salles obscures de la Capitale (en commençant par Paris Cinéma…) pendant que la plupart de mes congénères vont peu à peu déserter la Ville Lumière pour aller prendre un repos sûrement mérité.

Eh non, pas d’expédition estivale coréenne cet été, il faudra attendre avant de nouvelles aventures dans les cinémas de Seoul ! Au lieu de cela, dans les jours qui viennent, attendez-vous à trouver sur ces pages de petits rattrapages d’instants cinéphiles vécus dans les salles obscures ces dernières semaines, un compte-rendu régulier des films vus à Paris Cinéma, et bien d’autres choses encore. L’été sera parisien et cinéphile, autant en profiter.

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