dimanche 6 décembre 2009

La Route vaut-elle "La Route" ?


Cette question, tous ceux qui ont lu l’œuvre de Cormac McCarthy se la posent en ce moment. A chaque adaptation évènementielle d’un roman célébré, ce genre de question fait surface, et aucun doute ne se pose quant au fait que « La route » de Cormac McCarthy est l’une des œuvres littéraires majeures de ces dernières années. Voire l’œuvre majeure.

Vouloir la porter à l’écran a du sens, tant d’une part l’auteur est à la mode depuis le carton de No Country for Old Men, et d’autre part le récit s’inscrit dans une problématique sociétale actuelle, les craintes écologiques pour l’avenir. McCarthy y suit un homme et son fils, marchant dans un monde dévasté par une tragédie écologique jamais nommée, qui a plongé une humanité devenue rare dans un quotidien sans espoir. L’homme et son enfant avancent pour leur survie, cherchant à manger et à échapper à leurs congénères trop souvent tombés dans le cannibalisme.

Le réalisateur australien John Hillcoat est aux commandes de la version filmée de l’œuvre de McCarthy. J’ai récemment parlé du cinéaste pour vanter les mérites de son précédent long, le western The Proposition, qui sort dans quelques jours en France. Son style épuré et quasi naturaliste en ont fait un choix logique pour La Route.

Le film est-il donc fidèle au roman ? Oui, la fidélité scénaristique est indéniable. Le récit n’est pas dénaturé le moins du monde. Est-ce donc un film aussi important que le livre ? Non. Laisse-t-il la même trace émotionnelle que le roman ? Non. Est-ce au moins un bon film ? Sans doute. Pourtant lorsque l’on décide de transposer sur grand écran l’un des romans les plus forts de la décennie, il est impossible de se contenter d’un bon film. Un grand film est attendu.

Peut-être faut-il n’avoir pas lu l’écrit de McCarthy pour voir la puissance du film de Hillcoat rayonner sur le spectateur que l’on est. Peut-être faut-il entrer en salle vierge pour ne pas ressentir que la belle musique composée par Nick Cave et Warren Ellis a quelque chose de déplacé tant elle annule parfois l’âpreté qui doit être au cœur du film, y ajoutant de légers trémolos tout à fait inutiles.

Si La Route version grand écran n’atteint pas les sommets qu’il devrait, c’est peut-être parce que ses créateurs se contentent d’être fidèles au récit et à l’atmosphère sans parvenir à se l’approprier autrement qu’en y ajoutant une belle musique et en s’appuyant sur une grande performance de Viggo Mortensen. Les lecteurs seront forcément déçus. Les autres feraient mieux de lire l’œuvre originelle, mais à défaut devraient apprécier.

5 commentaires:

Pierre a dit…

Et bien moi je l'ai trouvé très bien mais je n'ai as lu le livre. En tout cas je l'ai trouvé super oppressant.
Pour ce qui est de la catastrophe c'est à coup sur un hiver nucléaire du à une guerre atomique et non une catastrophe écologique ^^.

Gilles a dit…

Je n'ai ni lu le livre ni vu le film, mais j'étais bien parti pour ce dernier avant que la bande annonce me refroidisse. Pas tant l'image qui a l'air sympa, mais la musique qui la couvrait. Si c'est la même musique qui passe pendant le film, j'ai peur en effet de me retrouver devant un mélodrame plus que devant un film post-apo, et je crois que ça me gênerait un tantinet.

David Tredler a dit…

Ah mais justement Pierre, dans le livre, on ne sait pas ce qui a dévasté ainsi la planète. Effectivement dans le film ils choisissent d'éclaircir plus ce point, mais dans le livre ce n'est pas aussi explicite. Et le résumé que je fais, c'est celui du livre.

I.D. a dit…

A défaut, j'ai apprécié.

Je n'ai donc pas lu le bouquin. Je juge donc seulement le film sans point de comparaison. Si ce n'est sans doute les films du même accabit. Je ne peux pas dire que j'ai aimé mais j'ai tout de même apprécié l'oeuvre. Il y a de bonne chose. On pourrait le trouver trop long par moment. Les acteurs sont justes. Une ou deux scènes m'ont tout de même mis un peu la pression (notamment celle du garde-manger). Une ambiance bien géré par le réal'. Les images de ce monde post-apocalyptique s'avèrent prenantes. J'ai bien accroché à l'envirronement qui nous est dépeint. Mais je sens que ça pouvait être autre chose, quelque chose de beaucoup plus fort malheureusement...

Reste plus qu'à lire le bouquin mais il y en a encore beaucoup trop en attente avant de me pencher sur celui-ci...

David Tredler a dit…

Je comprends tout à fait que si l'on n'a pas lu le livre, le film apparaît plus fort. Je le trouve réussi cinématographiquement parlant. Effectivement l'atmosphère est impressionnante, et quelques séquences sont remarquables.
Mais ce n'est pas un grand film à mes yeux, et j'aurais voulu un grand film^^

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