vendredi 6 novembre 2009

Acteurs en action et drôle de liaison au Festival franco-coréen

Cette fois c’est parti. Après la mise en bouche cérémoniale et coup de poing de la veille, jeudi marquait l’entrée en matière avec les premiers films de la sélection officielle du FFCF, quatrième du nom. Deux des trois films présentés ce jour sont passés sous mes rétines attentives, avec un effet très différent de l’un à l’autre.

Rough Cut, en sélection officielle, est le premier film de Jang Hoon, ancien assistant de Kim Ki-Duk, lequel agit ici en tant que co-scénariste et co-producteur. On y suit deux personnages, l’un acteur, Soo-ta, l’autre gangster, Kang-pae. L’acteur a une fâcheuse tendance à envoyer ses partenaires à l’hôpital à force de cogner trop fort, tandis que le gangster s’est toujours rêvé acteur. Lorsqu’il ne se trouve plus de partenaire acceptant de lui donner réplique, Soo-Ta (Kang Ji-Hwan) offre le rôle de son adversaire à Kang-pae (So Ji-Sub), qui accepte à condition de laisser la simulation de côté et de frapper sans retenue.

Après un premier quart d’heure confus qui laisse craindre que le jeune cinéaste se soit emballé un peu vite, les personnages prennent forme et révèlent la vraie qualité du film : l’effet de miroir entre les deux protagonistes. Le cinéaste s’attache à deux hommes qui sont chacun un reflet légèrement déformé de la même personne. Le ton prédominant aurait pu être celui de la comédie, tant la confrontation sur un plateau de cinéma entre une star imbue et un gangster calme et menaçant aurait pu donner lieu à des gags à foison.

Jang Hoon a l’intelligence de plaquer au portrait croisé des deux hommes un fil dramatique bien nourri au fil du récit. Par bien des aspects, l’acteur ressemble plus à un gangster que le vrai, et inversement. Des deux, c’est le hors-la-loi qui très vite se montre le personnage le plus intéressant. Un homme charismatique, tiraillé entre celui qu’il est conditionné à être, un petit boss mafieux, et celui qu’il aurait aspiré à devenir, un joueur, un acteur, un protecteur.

Pour autant le réalisateur n’idéalise jamais Kang-pae. Au contraire, il semble s’attacher à démythifier la figure du gangster, en le faisant vivre dans un appartement certes confortable mais pas tape-à-l’œil, à l’intérieur duquel on le voit faire sa lessive et étendre son linge comme un individu lambda. De même l’acteur n’est pas une star admirable, mais un type facilement minable qui ne voit sa petite amie que tard dans sa voiture, en cachette, pour tirer son coup, et qui se prend des œufs au visage et galère pour trouver des partenaires à l’écran.

Il ne s’agit pas pour autant d’un tour de force, le récit étant parfois trop facilement découpé entre les deux personnages et la mise en scène manquant parfois d’impact. Mais Rough Cut est un bon film, plus ambitieux que le pitch pourrait le laisser deviner. D’autant qu’il est drôle et bien interprété. Une belle entrée en matière dans la sélection officielle.

Le film suivant, c’est une autre histoire. Their Last Love Affair est présent au Festival dans le cadre de la mise à l’honneur du cinéaste Lee Myeong-Se. Je dois dire que j’entrais craintif dans la salle du fait que le dernier film que j’avais vu du réalisateur était le très pénible Duelist. Mais après tout, Lee Myeong-Se est peut-être plus un spécialiste de films romantiques que des films d’action en costumes… Eh bien non, il ne semble pas l’être plus.

Their Last Love Affair est un méli mélo très étrange, bien souvent indigeste. Cela commence comme une comédie romantique : un professeur de poésie marié rencontre une jeune journaliste, coup de foudre, chambre d’hôtel, liaison. Puis très vite, à peine dix minutes plus tard, c’est l’hystérie, la légèreté cède la place au drame, les amoureux crient et se déchirent. L’intrigue s’évade alors avec les personnages, vers une maison sur la plage à Pusan, où les amants s’installent quelques semaines en secret.

Dans cette partie, le film offre quelques bons moments. Il y règne parfois une atmosphère qui en ferait presque un pendant coréen à Woody Allen, avec des scènes de couple souvent burlesques bercées par une petite musique jazzy. Mais n’est pas Woody Allen qui veut, et finalement là ne semble pas être l’intention de Lee Myeong-Se. Si quelques séquences délirantes parviennent à séduire, elles sont noyées dans un incessant va-et-vient de « je t’aime moi non plus » à répétition, hystérique, interminable, irritant.

Pire, le film, qui date de 1996, s’épanche de tous côtés sur le plan visuel, ne parvenant à aucune cohérence, tentant tout et rien, des ralentis trop appuyés à la scène filmée en plongée, en passant par un brusque noir et blanc assez laid… le tout accompagné d’une musique souvent sirupeuse. Espérons que les deux autres films de l’hommage au cinéaste soient de meilleure facture…

4 commentaires:

I.D. a dit…

Dis donc, le moins que l'on puisse dire c'est que tu n'y vas pas avec le dos de la cuillère au sujet de Their Last Love Affair :).
Je l'ai trouvé plutôt rafraîchissant et sympathique comme film. Les "délires" visuelles par moment, les relations entre les deux personnages principaux... je n'ai pas vu le temps passer.

David Tredler a dit…

Oui j'ai vraiment eu du mal avec le film. Il y a bien quelques passages qui m'ont un peu séduit, mais ils sont tout de même assez rares. Les relations entre les deux personnages notamment, non elles ne m'ont pas convaincus. Mais j'ai l'impression que le film a plutôt plu. IL y avait un groupe de filles à côté de moi qui n'arrêtaient pas de rire !

Xavier a dit…

Ah, les groupes de filles! Coréennes je suppose? Il fallait les entendre se marrer lors de la scène des tampons kawai sur les lettres contenant les salaires, dans Breathless. Alors que...c'est pas très très drôle hein...

David Tredler a dit…

C'est vrai que cela a déclenché du rire la scène des tampons.
Non hier soir elles étaient françaises les spectatrices rieuses...

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