dimanche 26 janvier 2014

Mes dix films préférés de 2013

Avec plus de 200 films nouveaux vus en salle en 2013, j’ai eu l’embarras du choix pour constituer ce Top de mes films préférés de l’année. Chaque année, c’est une souffrance de m’arrêter à cette dizaine de long-métrages représentant à mes yeux ce qui s’est fait de mieux au cinéma l’année écoulée. Certaines années j’ai triché, réunissant un Top 15 plutôt qu’un traditionnel Top 10 car il est trop dur de laisser certains films sur le côté alors qu’ils auraient tout autant leur place que certains des élus. Comme souvent, le cinéma américain est plus présent que les autres, car si j’ai vu en 2013 des films de 34 nationalités différentes, de la Norvège à la Palestine en passant par le Sénégal, la Malaisie ou le Chili, la part de marché du cinéma américain dans mes pérégrinations cinéphiles tourne autour des 40%. Il est donc peu surprenant de le trouver assez massivement représenté.

Tous ces films, et pourtant je mentirais si je disais que je n’ai vu que des films que je voulais absolument voir, ou que j’ai pu voir tous ceux que j’avais l’intention de découvrir. Cette liste de 10 films, mes préférés de l’année, ne porte que sur les films sortis en salles en France. J’en ai vu quelques dizaines d’autres qui ne sortiront en salles qu’en 2014 ou ne sortiront jamais, vus en festival. Peut-être ferais-je un billet dans quelques jours pour mettre en avant ces films qui n’auront peut-être jamais le droit de parader sur les grands écrans français. Peut-être se trouvera-t-il dans cette liste un ou plusieurs films asiatiques qui font cruellement défaut dans mes dix films préférés de 2013, une absence extrêmement rare quand il s’agit de dresser un tel top.

Je m’égare un peu. Mon Top. Dix films. Dix films alors que six ou sept autres attendent sur le palier et auraient tout aussi bien pu passer la porte et se trouver une place ici. C’est la dure loi des tops. Alors les voici ces films qui m’ont fait vibrer, qui m’ont scotché à mon siège, qui m’ont écrasé, m’ont ébloui, m’ont ému, m’ont hanté des jours, des semaines, des mois après que je les ai vus pour certains. Des films différents, des films que certains d’entre vous approuveront et d’autres qui en feront lever les yeux de certains au ciel. Tant mieux, car si tout le monde préférait les mêmes films, tout deviendrait uniforme et ennuyeux. Bon allez j’ai suffisamment fait durer l’introduction. Qui succède à « Adieu Berthe, l’enterrement de mémé », film préféré de 2012 ? Place aux films.

1. Prisoners
Il y a deux ans, le québécois « Incendies » se trouvait en bonne place dans mes films préférés de l’année. Deux ans plus tard, Denis Villeneuve s’en est allé aux États-Unis tourner un thriller dont la bande-annonce semblait en avoir bien trop montré. J’y suis entré en étant presque persuadé de connaître le film à l’avance. Parfois c’est autant un avantage que de ne rien connaître d’un film. Car les attentes sont ainsi bousculées. Et « Prisoners » m’a assommé. J’ai trouvé une exploration terrifiante des maux de l’Amérique, cette Amérique qui ne fait ni rêver ni envie. Les maux d’une société rongée par le doute, par l’extrémisme, par l’hébétude et la violence. C’est un examen passionnant et un récit électrisant, dans lequel chaque plan, chaque dialogue, chaque regard, chaque couleur semblent composés dans un souci de précision et d’expression. C’est un film qui respire le cinéma à plein poumons. 

2. La Grande Bellezza
La grande beauté. Le cinéma est parfois une grande énigme. Jamais le cinéma de l’italien Paolo Sorrentino ne m’avais jusqu’ici touché. Il ne m’a pourtant fallu dans son nouveau film que quelques minutes pour sentir que cette fois, quelque chose se produisait en moi. Une séquence, une musique, une atmosphère qui font basculer dans le film pour ne plus jamais en revenir. « La grande bellezza » est un film du vieux continent, où le regard désabusé de Toni Servillo se moque d’une haute société romaine où le clinquant est devenu monnaie courante, mais où la vraie beauté n’est, elle, plus qu’un souvenir ou un vestige. C’est un film amer et lumineux qui se pose sur nous avec force, avec humour, et avec grandeur.

3. Prince of Texas
Je me souviens encore de la jubilation que j’ai éprouvée devant le film de David Gordon Green. Ce bonheur incroyable de voir se marier sous mes yeux la grâce de ses premiers films dramatiques et la jouissance comique de son « Délire Express ». Parfois, il suffit d’un apparent rien pour que la magie du cinéma opère. Ici, ce sont deux beaux-frères, seuls sur une route texane, en forêt, qui tracent des lignes. Et entre les lignes, les dialogues, les rires, les pleurs, les questionnements tissent un film où l’humour et l’émotion jonglent constamment, comme une évidence. Et en un film, voici que David Gordon Green est redevenu l’un de mes cinéastes américains préférés.

4. Le Congrès
L’attente autour d’un film est souvent proportionnelle à l’accueil que l’on a fait au précédent film de son réalisateur. Et contrairement à beaucoup de monde, « Valse avec Bachir » m’avait déçu. Ce n’est donc pas avec excitation que je me suis rendu ce jour de juillet dans une salle projetant le nouveau film d’Ari Folman. Une partie de mon esprit s’y promène pourtant toujours, tant l’univers créé par le cinéaste israélien m’a fait voyager comme rarement. C’est un magnifique film sur l’art en général, et le cinéma en particulier, et Folman nous y plonge avec une maestria folle, sans limite à son imagination, sans jamais pourtant perdre sa voix sous ces méandres créatrices. Une explosion cinématographique pleine de grâce.

5. Cloud Atlas
A l’opposé de la simplicité de « Prince of Texas » se trouve la complexité de « Cloud Atlas ». Réalisé conjointement par les « frères » Wachowski et Tom Tykwer, le film est absolument imparfait. Mais il se dégage une telle puissance cinématographique du film que le voyage est total à travers l’écran. Trip SF hallucinant, film en costumes aventurier, drame romantique, comédie fofolle, le film est tout cela à la fois, avec un souffle d’une ampleur incroyable. C’est un voyage vers un monde inconnu, une invitation cinématographique époustouflante dans laquelle on aimerait se perdre indéfiniment. Du cinéma, tout simplement.

6. Mud
Je me souviens de ces jours ayant suivi ma découverte de « Shotgun Stories », le premier long-métrage de Jeff Nichols. Je criais haut et fort mon coup de cœur pour ce jeune cinéaste promis à un grand avenir, mais dont si peu de monde même parmi les cinéphiles avait entendu parler. C’est bien du passé, car après « Take Shelter », Nichols assoit définitivement son talent de raconteur d’histoire et de metteur en scène avec ce beau morceau de cinéma, conte adolescent autant que drame humain, poisseux autant qu’il est solaire, enivrant et mélancolique à souhait. Et Matthew McConaughey de confirmer qu’il est bien l’acteur américain le plus passionnant du moment.

7. Il était temps
Il y a des films que l’on n’attend pas vraiment dans ses favoris de l’année. Des films supposés mineurs qu’un bon cinéphile se doit de laisser en dehors d’un tel classement. Mais c’est le cœur qui parle lorsqu’il s’agit de nommer de tels films, et s’il est un film qui m’a retourné le cœur cette année, c’est bien le film de Richard Curtis, contre toute attente. Le cinéaste britannique m’a pris au dépourvu, moi qui pensais voir une comédie romantique, je me suis retrouvé devant un beau film sur le rapport au temps, sur ces minutes qui s’évaporent avant que l’on ait eu le temps de les vivre pleinement, sur le rapport aux autres et la difficulté de profiter pleinement de chaque minute que l’on partage avec un père ou une mère. Certains films parlent avec le cœur, et « Il était temps » est de ceux-là, et il m’a laissé bouleversé d’émotion.

8. La vie d’Adèle
Abdellatif Kechiche. Un nom qui par le passé a toujours été associé à des films qui m’ont lassé, quand ils ont su m’attirer en salle. Je n’ai pas franchement été surpris que le film remporte la Palme d’Or, je n’ai pas été surpris non plus que mes appréhensions ne m’aient pas empêché de me déplacer. Mais je fus stupéfait d’aimer à tel point « La vie d’Adèle », moi qui n’avais jamais été sensible au cinéma de Kechiche. J’ai trouvé un film grouillant de vie, collant au plus près de ses personnages, racontant le passage à l’âge adulte avec une force incroyable. J’ai trouvé une histoire d’amour, de questionnements, de déceptions, renversante. J’ai été étouffé, remué, ébloui.

9. Rêves d’or
Il y a des gens qui ne vont voir au cinéma que les films qu’ils savent qu’ils vont aimer. Que les films qui sur le papier leur plaisent. Des spectateurs qui ne laissent pas de place à la surprise. Ce sont parfois dans les films les moins attendus que l’on trouve pourtant les plus belles expressions de cinéma. Je n’attendais pas grand-chose de « Rêves d’Or ». Ce me semblait être un film connu à l’avance. Mais la curiosité m’a tout de même placé devant cette histoire déchirante, poétique et amère d’un groupe d’adolescents d’Amérique Centrale tenant coûte que coûte à traverser le Mexique et atteindre les États-Unis. Un magnifique film sur le passage à l’âge adulte, touché de moments de grâce rares. Le genre de film qu’il est bon de croiser presque par hasard.

10. Gravity
Certains films sont des expériences sensorielles sans nul pareil. Des aventures cinématographiques pures, pensées pour le grand écran, nécessitant le grand écran, magnifiant le grand écran. Gravity est indéniablement de ceux-là. 1h34 de tension extrême, de souffles coupés, de sueurs intenses. Chacune des inspirations et expiration du spectateur se fait au rythme de celles de Sandra Bullock. Ceux qui se demandent encore à quoi peut bien servir la 3D n’ont probablement pas vu Gravity. La technique semble avoir été créée spécialement pour ce film. Et Alfonso Cuaron de confirmer, après la claque « Children of Men » en 2006, qu’il filme comme nul autre.

mardi 31 décembre 2013

Pourquoi j'ai aimé le cinéma en 2013

C’est un rituel dont je ne me lasse pas. Peut-être le billet que je préfère écrire chaque année. Celui dans lequel je clame toutes les raisons qui m’ont fait aimer le cinéma au cours de l’année passée. Car il ne s’agit pas seulement de faire la liste de ses films préférés. Résumer une année de cinéma à dix films, c’est oublier les centaines d’autres qui sont sortis et que j’ai aimés. C’est oublier ces instants de cinéma qui valent des dizaines de films, oublier que l’on peut trouver des moment inoubliables, des acteurs et actrices formidables, des séquences somptueuses, dans tant d’autres films que les dix, quinze ou vingt dont tout le monde parle quand décembre arrive et qu’il est temps de se souvenir d’une année de longs-métrages. La passion du cinéma m’habite trop pour que je ne vous conte pas tous ces instants de cinéma qui ont fait bondir mon cœur ou exploser ma joie en 2013. Que les films dans lesquels je les ai vécus soient les meilleurs ou non. Que l’on risque de s’en souvenir dans cinquante ans ou non.
Alors, pourquoi ai-je aimé le cinéma en 2013 ?



Parce que Carlos « Elvis » Gutierrez m’a donné des frissons en jouant et chantant « Unchained Melody ».

Parce que Jonah Hill n’a pas les yeux en face des trous dans « Django Unchained » et les dents trop blanches dans « Le Loup de Wolf Street ».

Parce qu’en noir et blanc et muet, Blanche Neige n’a peut-être que six nains, mais l’un d’eux est un chouette travesti.

Parce que les silences sont éloquents du côté de Kiruna.

Parce que j’ai vu « Voyage au bout de l’enfer » et « Taxi Driver » sur grand écran, et qu’après cela il est difficile de se contenter de peu. Surtout venant de Robert De Niro.

Parce que si l’on ne l’y reconnaît pas, James Spader est tout de même irrésistible dans « Lincoln ».

Parce que j’ai vu le premier film saoudien de l’histoire, et que ce n’est pas un homme qui l’a réalisé.

Parce que l’accident d’avion est électrisant dans « Flight ».

Parce qu’Anne Hathaway chante ses rêves au milieu de la misère.

Parce que j’ai jalousé Jérémie Renier dans « Elefante Blanco ». Pas pour le col  du prêtre non (qui a deviné que c’était pour les corps-à-corps enflammés avec la divine Martina Gusman ?).

Parce que même mineur, un film de Terrence Malick reste majeur.


Parce que faire le second couteau continue à aller comme un gant à Luis Guzman.

Parce que James Franco est probablement l’acteur le plus dingue du cinéma américain.

Parce qu’il y a un meilleur pote obsédé sexuel hilarant dans « Les rois du curling ».

Parce que je ne suis pas tout à fait revenu des mondes dans lesquels « Cloud Atlas » et « Le Congrès » m’ont propulsé.

Parce que Gerard Butler devrait définitivement arrêter les comédies romantiques et botter le cul des bad guys plus souvent.

Parce que j’ai encore la mâchoire décrochée par les images de Samsara.

Parce que Steven Soderbergh se transforme mieux en Hitchcock en réalisant « Effets secondaires » qu’Anthony Hopkins en se bardant de maquillage.

Parce que j’attendais de voir De Niro dans un rôle et une performance à la hauteur de ce qu’il a été depuis trop longtemps. Merci David O. Russell.

Parce que Jonathan Cohen est le second rôle le plus drôle du cinéma français en ce moment, non ?

Parce que Joseph Kosinski aime décidément l’électro française et qu’il en tire des choses formidables pour ses beaux films de SF.

Parce que « The Act of Killing » est révoltant mais nécessaire.

Parce que Stephen Merchant drague les demoiselles d’honneur de 6 ans et que Rafe Spall commente ses exploits sexuels conjugaux avec ses beaux-parents.

Parce qu’Emmanuelle Devos reprend le train pour Calais.

Parce que je n’ai pas vu « Turf ».

Parce que Gong Er confesse à Ip Man « Je vous ai tout ce temps porté dans mon cœur »


Parce que je suis allé voir « What Richard did » presque par hasard.

Parce que Sono Sion sait aussi faire d’excellents films sans que Megumi Kagurazaka s’y dénude, même si certains s’en plaindront assurément.

Parce que même quand Michel Gondry rate un film, il fait rêver.

Parce que Sigur Ros et Syd Matters se font entendre dans l’autrement raté « Upside Down ».

Parce que Matthew McConaughey n’est définitivement plus un acteur de comédies romantiques.

Parce que Mama m’a bien fait flipper.

Parce que le distributeur de « Shokuzai » n’a pas fait l’erreur de celui de « Gangs of Wasseypur » et a sorti les deux films dans la foulée l’un de l’autre.

Parce que quand Spock court, sa coupe au bol flotte au vent avec grâce.

Parce qu’il y a des hommes et des femmes qui regardent « Shining » image par image pour voir si l’affiche de ski ne cache pas un minotaure.

Parce que les Minions sont capables de sauver un film.

Parce qu’une poignée de personnages qui parlent au bord d’un lac comme dans « Ma meilleure amie, sa sœur et moi », ça peut être enthousiasmant à regarder.

Parce qu’on ne voit pas assez Kevin Costner dans « Man of Steel ».


Parce que les répliques fleurs bleues de « L’homme aux poings de fer » en font presque un nanar sympathique.

Parce qu’un chewing-gum suffit à rendre Scarlett Johansson vulgaire. Tout en restant sexy.

Parce que le face à face entre Jordan Belfort et l’agent Denham dure de longues minutes jubilatoires.

Parce qu’il y a un an, je ne connaissais pas Vincent Macaigne, mais qu’aujourd’hui je n’envisage pas de ne pas aller voir un film au générique duquel il figurerait.

Parce que Legolas revient dégommer de l’orque.

Parce que Robert Redford n’a besoin que de quelques mots pour nous scotcher et nous renverser.

Parce qu’Olaf le bonhomme de neige rêve de l’été.

Parce que Sam Rockwell est irrésistible quoi qu’il fasse.

Parce que même mineur, un film de James Gray reste majeur.

Parce que je n’avais jamais vraiment apprécié Emmanuelle Seigner jusqu’à ce que je la voie dans « La Vénus à la fourrure ».

Parce que je n’ai pas pu retenir mes larmes devant « Il était temps ».

Parce que j’entends encore chanter Llewyn Davis, quelque part dans un coin de Greenwich Village.

Parce que « La Stratégie Ender » est à la fois le film le plus étrange, le plus culotté et le plus raté qu’ait produit Hollywood cette année.

Parce que ça faisait longtemps que Thierry Lhermitte ne m’avait pas fait autant rire. Merci Bertrand Tavernier.

Parce que même mineur, un film de  Bong Joon-ho reste majeur.

Parce que je n’ai plus besoin de faire le rêve d’être un astronaute. J’en fus un pendant 1h36 grâce à Alfonso Cuaron.

Parce que « Lettre à Momo » a fait souffler un vent d’émotion dans la salle.


Parce que je savais qu’un jour, David Gordon Green mixerait à la perfection l’humour de ses buddy movies et la délicatesse de ses drames naturalistes.

Parce que je ne m’étais pas retrouvé en retard et au premier rang depuis des années. Mais que ça ne m’a pas empêché d’apprécier « Omar ».

Parce que j’ai redécouvert le plaisir d’aller au cinéma le matin le weekend pour ne pas avoir à me battre avec les spectateurs qui parlent pendant le film. Surtout les spectateurs de films d’horreur.

Parce qu’il y a un beau plaisir enfantin à découvrir la traversée des États-Unis filmée par Jean-Pierre Jeunet.

Parce que le Louxor a rouvert ses portes.

Parce que j’ai aimé un film d’Arnaud Desplechin. Et ça ne m’étais jamais arrivé.

Parce que les reprises de Robert Charlebois et… Niagara me trottent encore dans la tête bien après avoir vu « Gabrielle ».

Parce que 2013 était une fois n’est pas coutume un bon cru pour Hong Sang-soo.

Parce que le dernier plan de « Prisoners » ne me quitte pas.

Parce que j’ai aimé un film d’Abdellatif Kechiche. Et bah ça aussi je crois bien que ça ne m’était jamais arrivé.

Parce que le Festival du Film Coréen à Paris s’est installé au Publicis, et que Plastic Man était assis au premier rang presque tous les jours.

Parce que Daniel Brühl était parfait en Nikki Lauda.

Parce que je ne pourrai plus entendre la magnifique chanson de Dead Man’s Bones sans imaginer Laëtitia Dosch roulant à scooter dans les rues de Paris.

Parce que « Les Miller, une famille en herbe » et « C’est la fin » m’ont fait hurler de rire. Littéralement.

Parce que « The Conjuring » aussi ça m’a bien fait flipper.

Parce que « Oh Boy » m’a pris par surprise et m’a rendu à fleur de peau sur la fin.

Parce qu’un film a rarement aussi bien porté son titre que la balade sous le cercle Arctique qu’est « La Grâce ».


Parce que j’ai déjà vu « Ugly », « Blue Ruin », « On the job », et d’autres excellents films de 2014.

Parce que j’ai lancé des petites cuillères sur l'écran de cinéma du Nouveau Latina.

Parce que j’ai vu Tony Leung Chiu Wai s’approcher de Faye Wong à son comptoir et retirer sa casquette au son de « California Dreamin’ » des Mammas & Pappas. Avec quelques années de retard...

Parce que je n’ai pas dérogé à la traditionnelle journée du Ninja à Panic Cinéma.

Parce que personne ne le sait, mais le film d’horreur « You’re next » est génial.

Parce que j’ai enfin vu sur grand écran « Vacances Romaines », « As tears go by », « L’ultimatum des trois mercenaires », « Une place au soleil », « Les sept samouraïs », « Un, deux, trois », « La Belle et la Bête »…

Parce que j’ai découvert Maud Wyler et Nimrat Kaur, et j’espère qu’elles continueront à faire battre mon cœur sur grand écran dans les années à venir.

lundi 16 décembre 2013

« Rêves d’Or », un trésor au Lincoln

Depuis des semaines je me promets d’écrire. De redonner des couleurs au blog au milieu de cet apparent relâchement. De vivre cet instant de cinéma qui rendra irrésistible cette envie de noircir quelques lignes. J’en ai vu passer quelques-uns, de ces films ayant su me séduire, certains même jusqu’à avoir leurs chances de figurer dans mon Top 10 de fin d’année sur lequel je me pencherai bientôt. Mais j’ai laissé passer le moment, et la page est restée blanche.

Et voilà que je me suis retrouvé assis au Lincoln, à quelques enjambées des Champs-Élysées, avec une toute petite poignée de spectateurs qui se sont tenus bien loin de mon 5ème rang fétiche (tant mieux). A la caisse devant moi, un couple n’arrivant pas à se décider sur le film à voir, demandant les différents horaires au caissier, et lui demandant même de quoi parlaient les films et lequel serait le meilleur à voir. Et pendant ce temps, moi, je trépignais de pouvoir prendre ma place pour le film que je m’étais choisi en amont. Ah, ces spectateurs qui se pointent au cinéma sans savoir quoi voir ni même ce que sont les films proposés…

Après qu’ils aient enfin choisi d’aller voir le délicieux « The Lunchbox » 30 minutes plus tard, j’ai pu prendre ma place et descendre l’escalier du Lincoln pour aller me poser devant « Rêves d’Or ». « La Jaula de Oro » en VO, pour ce film sud-américain de Diego Quemada-Diez, remarqué et récompensé en mai dernier au Festival de Cannes, et ayant acquis depuis une solide réputation sur le circuit festivalier.

C’est la réputation du film, et ses critiques élogieuses, qui m’ont attiré, plus que le sujet lui-même qu’il me semblait avoir déjà vu traité plusieurs fois au cinéma ces dernières années. Un road-movie de migrants latino-américains traversant le Mexique dans l’espoir de franchir la frontière avec les États-Unis et s’offrir un nouveau départ au pays des Yankees. Ici, les rêveurs sont adolescents. Ils ont tout laissé derrière eux, au Guatemala, pour toucher du doigt leur rêve nord-américain.
 
Et là, le déjà-vu aperçu sur le papier s’est transformé en une odyssée tremblante et touchante. Quelque chose de magique s’est faufilée à travers l’écran, une sensibilité inattendue. Le réalisateur trouve une voie mêlant la dureté et la grâce. C’est un voyage semé d’embûches d’une brutalité inattendue, où la beauté n’est qu’éphémère, et la joie si fragile. « Rêves d’Or » est un film à la voix claire et sombre où les dangers d’un tel voyage se font jour avec force. C’est un film puissant sur cette migration clandestine dont l’issue n’est jamais garantie, mais c’est aussi un beau film sur l’adolescence, et le passage forcé vers l’âge adulte, où en quelques jours, quelques semaines, l’innocence peut se trouver broyée par la réalité. Les rêves d’or peuvent se payer chers, même au doux royaume du cinéma. J’en suis sorti séduit, interloqué, bousculé. Et avec cette irrépressible envie d’écrire ces trop courtes lignes…

mardi 19 novembre 2013

J’ai traversé les semaines cinématographiques

Cette année, c’est toujours la même rengaine. Je n’écris pas assez. Et moins j’écris, plus il est difficile de reprendre le clavier. Ce mois-ci j’ai eu la magnifique excuse du 8ème Festival du Film Coréen à Paris, cette aventure cinéphile passionnée et passionnante qui est la raison principale du calme de ces derniers mois sur l’Impossible Blog Ciné. Mais il faut absolument que je profite de n’avoir pas encore mis le pied dans la programmation de l’édition 2014 du Festival pour redonner un peu de vie à l’IBC.

Mais qu’écrire ? Tant de films sont passés sans que j’aie pris le temps de louer leurs qualités, tant de séances étranges vécues, tant de coups de gueules poussés dans les salles obscures contre ces spectateurs irritants, tant d’aventures cinématographiques que j’ai passées sous silence. De quand datent mes derniers récits… de septembre et de l’Étrange Festival. Trop long. Trop de films vus et vécus depuis. Tant de sorties que j’aurais voulu épauler pour donner un petit coup de pouce à un film me tenant à cœur, comme le tendre, drôle, amer, délicat, magnifique « Prince of Texas » de David Gordon Green, que trop peu de spectateurs sont allés voir (mais il n’est pas trop tard, foncez !).

Alors voilà ce qu’il s’est passé dans les salles obscures que j’ai visitées ces dernières semaines.
J’ai frémi avec délice devant « You’re next » au Publicis avant de m’esclaffer en abondance devant « C’est la fin » dans le même cinéma quelques semaines plus tard.
J’ai senti mon pouls battre devant « La bataille de Solférino ».
Je me suis laissé émouvoir par « Lettre à Momo ».
Je me suis laissé subjuguer par Cate Blanchett dans « Blue Jasmine ».
J’ai croisé Plastic Man un dimanche matin devant le film Bollywood « Raja Rani », encore au Publicis.
J’ai été soufflé par la maîtrise et la puissance de « Prisoners ».
J’ai assisté à l’avant-première du réussi « Don Jon », réalisé et interprété par Joseph Gordon-Levitt, en présence de Joseph Gordon-Levitt, en espérant que Scarlett Johansson serait peut-être présente elle aussi (mais non).
J’ai laissé les chants de la chorale de « Gabrielle » m’entraîner au Québec.
J’ai visité l’Espace Saint-Michel en long en large et en travers pour aller y voir « Salvo », et « Pink », et « The Major ».
J’ai laissé la magie de « La Belle et la Bête » de Cocteau opérer.
Je suis arrivé en retard pour « Omar » au Nouvel Odéon, persuadé que j’étais plus à l’heure et que la salle serait vide, alors que le film était déjà commencé et que le premier rang me tendait les bras (ça faisait longtemps que je ne m’étais pas posé sur un fauteuil du premier rang).
J’ai laissé l’empreinte de mes ongles dans les accoudoirs de la grande salle de l’UGC Normandie où j’ai vu « Gravity ».
Je suis resté perplexe devant « La Stratégie Ender », assurément le film le plus bizarre qu’Hollywood ait produit en 2013.
J’ai ri à foison devant les facéties de Thierry Lhermitte dans « Quai d’Orsay ».
J’ai accompagné Jack Nicholson et Randy Quaid à la « Dernière Corvée ».
Je me suis coltiné la désagréable salle 3 du MK2 Beaubourg parce que c’était le seul moyen de voir le bien nommé « La Grâce ».
J’ai trouvé pour la première fois de ma vie qu’Emmanuelle Seigner est une bonne actrice dans « La Vénus à la Fourrure ». 
J’ai vu « Rush », « Parkland », « Vandal », « Machete Kills », « Northwest », « Shérif Jackson », « 9 mois ferme », « Attila Marcel », « Le médecin de famille » et tant d’autres films encore.
Et « Voyage au bout de l’enfer », de Michael Cimino, en version restaurée, dans la salle rouge de la Filmothèque du Quartier Latin », a tout écrasé sur son passage.

Que me réservent donc les semaines à venir ?

mardi 15 octobre 2013

Rendez-vous au Publicis pour le 8ème Festival du Film Coréen à Paris

Je me suis plains plusieurs fois dans ces pages du manque de films coréens dans les salles françaises. Les bonnes années nous avons droit à six ou sept sorties, même si ces dernières années, il s’agit plutôt de trois ou quatre longs-métrages. J’ai raconté mes pérégrinations dans les cinémas de Séoul, je me suis remémoré mes premiers pas avec les films du Pays du matin calme, et bien sûr, j’ai relaté avec force détails mes journées passées au Festival du Film Coréen à Paris, du temps où il se déroulait à l’Action Christine ou lorsque plus tard il a migré quelques rues plus loin au Saint-André des Arts.

Et puis l’année dernière, à l’issue de l’édition 2012 du festival, on m’a proposé d’intégrer l’équipe des programmateurs. Regarder des dizaines de films coréens pour en choisir une quinzaine qui serait projetée à la 8ème édition du Festival. Comment aurais-je pu dire non ? Après des mois de visionnage, voici venue l’heure du festival, qui du 29 octobre au 5 novembre prochains nous fera une fois de plus voyager dans les méandres du cinéma coréen. Une année 2013 qui voit également la manifestation investir l’un des plus beaux cinémas de Paris, au confort maximal et à la qualité technique optimale, le Publicis Cinémas des Champs-Élysées.

Bien sûr, puisque je fais partie de ceux qui ont choisi les films qui seront montrés au cours du Festival, pour la première fois depuis longtemps, je ne rendrai pas compte, cette année, des films vus au FFCP 2013, mais cela ne m’empêche pas de vous présenter cette sélection de films aujourd’hui.
J’espère que « All about my wife » et « South Bound » sauront vous faire rire, que « Russian Novel » bousculera vos attentes, que « Perfect Number » vous tiendra en haleine, que « Jiseul » vous laissera ébahis et confus, que la poésie qui se dégage de « EunGyo » et « Captain Kang » vous touchera, que la richesse de propos qui se cache derrière le film de gangsters « All Bark No Bite » vous parlera, que le voyage dans le temps et dans l’humain proposé par « The Girl from the South » vous passionnera.

Tous, « Pluto » et son exploration du système éducatif coréen, « Dear Dolphin » et l’univers unique de Kang Jina, « Ari Ari the Korean Cinema » et son regard sur les coulisses et l’histoire du cinéma coréen, tous j’espère qu’ils sauront vous entraîner, vous bousculer, vous émouvoir, et vous donner envie d’en voir plus. Alors rendez-vous au Publicis du 29 octobre au 5 novembre, je vous y attends.

Film d’ouverture
"Hope", LEE Joon-ik

Film de clôture

"Our Sunhi", HONG Sang-soo

Paysage : une sélection de films récents
« All Bark, No Bite », CHO Byoung-ok
« EunGyo », JUNG Ji-woo
« South Bound », YIM Soon-rye
« All about my wife », Kyu-dong MIN
« Dear Dolphin », KANG Jina
« The beat goes on », BYUN Sung-hyun
« Perfect number », BANG Eun-jin
« Fatal », LEE Don-ku
« Jiseul », O Muel
« My Father’s Emails », HONG Jae-hee
« Ari Ari the Korean Cinema », HEO Chul
« Captain Kang », WON Ho-yeon
« Russian Novel », SHIN Yeon-shick
« Finding Joy », Neil Dowling

Portrait d’une cinéaste à suivre : Shin Su-won
« Pluto »
« Passerby #3 »
« Circle line »
« Shave »

Séances Spéciales : trois documentaires autour de la séparation de la Corée
« The Girl from the South », José Luis Garcia
« My Father’s Emails », Hong Jae-hee
« Dream House by the Border », Kim Lyang

Classiques : le réalisateur Ha Gil-jong
« The Ritual for a Soldier »
« The Pollen of Flowers »
« The March of Fools »
« The Ascension of Han-ne »

Shortcuts : les court-métrages en compétition pour le Prix FlyAsiana 2013
« Ugly Night », Won KANG
« Living Things », Kyung-hee JEONG
« First Date », Eun-mi KWAK
« SEXKING », Ju-hwan SHIN
« Grandma Ocean », Han Ahryeom & Kang Hui-Jin
« Face Craft », LEE Jung-haeng
« MJ », Hee-jin KIM
« The Case », Jong-soo PARK
« D-24 », SHIN Wooseok
« The Line », KIM Soo-Jin
« My little moon », So-young KIM
« Comfort », Na-hee KIM
« Art lecture », Hyekyung KIM
« I'd like to take a trip with your wife », Hyunkyu KIM
« Sign », Jae-min CHO
« Trunk », Hyeon-cheol KIM

Shortcuts Spéciale Oh Tae-heon
« A Flower Does Not Wilt, But... »
« Art lecture »
« Packing the memories »
« Dream of electric butterfly »

lundi 23 septembre 2013

L’Étrange Festival 2013, suite et (déjà) fin...

Chaque année, raconter mes découvertes cinématographiques à l’Étrange Festival est un rituel qui s’étend sur plusieurs jours. Cette année, à peine ai-je commencé à le relater que le festival était terminé, pendant que mon dernier compte-rendu s’est lui fait attendre. Il y a quelques jours je racontais les déceptions « Berlin File » et « Confession of murder » et la réjouissance « Ghost Graduation ». Après mon billet plus développé sur « Snowpiercer », me voici donc de retour pour les trois autres films vus à l’Étrange, alors que la manifestation est terminée depuis quelques jours déjà.

Oui, vous comptez bien, j’aurais voulu en voir 17 ou 18 cette année, mais je n’ai même pas atteint la barre des dix en fin de compte. La faute au nouveau système de billetterie du Forum des Images et surtout à mon emploi du temps chargé qui m’a même fait rater l’un des films que j’attendais le plus au Festival, « A Field in England » ou « English Revolution » en version française, le nouveau film de Ben Wheatley, à qui l’on doit les excellents  « Down Terrace », « Kill List » et « Touristes ». Un raté d’autant plus rageant que le film anglais ne sortira pas en salles en France, mais au lieu de cela vient tout juste de sortir directement en VOD, un choix probablement adoubé par le réalisateur lui-même étant donné tout le bien qu’il pensait de la sortie simultanée en Grande-Bretagne en salles et en VOD. Quand le réalisateur lui-même commence à se réjouir de voir son film sortir en même temps en VOD et en salles, c’est la mort de la salle de cinéma qui avance à petit feu. C’est triste.

Si je n’ai pu voir « English Revolution », j’ai en revanche vu « The Station », un petit film d’horreur autrichien réalisé par Marvin Kren et incroyablement survendu par le même homme qui un an plus tôt nous avait survendu l’horrible remake d’ « Histoires de Fantômes Chinois » (il aggrave son cas d’année en année). Bon, n’exagérons rien, « The Station » n’est pas si mauvais que cela, mais lorsque l’on nous annonce avant la projection un film d’une maîtrise incroyable, un futur grand nom du cinéma de genre qui va compter dans les années à venir, et que l’on découvre un gentil p’tit nanar drôle mais assez mal fagoté, on sort forcément déçu.

« The Station » suit une équipe de scientifiques étudiant le réchauffement climatique dans les Alpes  qui se trouve confrontée à un organisme entraînant la mutation de la faune locale, rendant celle-ci particulièrement agressive à l’égard de l’homme. L’univers clos de la station d’étude et de ce bout de montagne est plutôt bien géré et offre un temps un certain potentiel dans la tension, mais celle-ci retombe très vite lorsque l’on découvre les monstres attendus, et surtout la façon dont ils sont perçus.  Krent choisit une caméra subjective qui rend les attaques des bêtes mutantes plus ridicules que flippantes, un ridicule qui va atteindre son paroxysme dans le dénouement du film, nanaresque à souhait.

Heureusement, je n’en suis pas resté là à l’Étrange Festival, et si je n’ai pas pu voir le nouveau Ben Wheatley (je sais, je rabâche), j’ai pu attraper le nouveau Sono Sion, qui venait tout juste de faire sa Première Mondiale à la Mostra de Venise, ainsi que d’être projeté au Festival de Toronto, avant de sortir dans son Japon natal ces jours-ci. Après être resté des années sans être visibles sur les grands écrans français hormis dans les festivals, le cinéaste nippon a vu deux de ses films sortir en salles ces derniers mois, le puissant « Land of Hope » succédant au poétique et sulfureux « Guilty of Romance ». Et « Why don’t you play in Hell » constitue une œuvre de plus de Sono Sion qui mériterait amplement d’être amené sur les grands écrans hexagonaux.

La capitale mondiale de la cinéphilie ne peut que se réjouir d’un tel film, parfois sauvage et rageur, d’autres amer et poétique. Le long-métrage suit les tribulations d’une bande d’amis sur le point d’entrer dans l’âge adulte, passionnés de cinéma et rêvant de faire un grand film quand ils seront plus mûrs. Dix ans plus tard, la passion ne les a pas quittés, mais ils sont restés amateurs, n’ayant toujours pas touché du doigt leur rêve. Parallèlement, un yakuza s’apprête à accueillir sa femme qui vient de passer dix ans en prison. Pour son retour, il aurait voulu qu’elle soit fière de sa fille qui se rêve actrice. Les chemins des apprentis cinéastes et du couple père/fille yakuzas sont destinés à se croiser…

« Why don’t you play in Hell ? » n’est pas une simple déclaration d’amour au cinéma. C’est un cri du cœur en direction du cinéma tel qu’il se fait rare, le 35mm et ses énormes caméras, les cabines de projection où le bruit des bobines est synonyme de bonheur cinéphile. Ces salles de cinéma qui se vident (dans certains pays), peut-être parce que c’est la crise, peut-être parce que l’on peut désormais regarder les films sur son ordinateur, sa tablette ou son téléphone. Une certaine mélancolie se dévoile entre les lignes du film de Sono Sion, mais une mélancolie qui ne cache jamais la passion, l’exaltation, l’envie qui parcourent le film et les personnages.

C’est parfois maladroit, le film bouillonne tant d’émotions qu’il manque peut-être parfois de tenue, mais c’est aussi ce qui fait sa force et son pouvoir de séduction sur les amoureux des salles obscures qui étaient présents à la projection. Comme une évidence, « Why don’t you play in Hell ? » s’est vu récompensé du Prix du Public, son amour du cinéma ayant trouvé sans surprise écho auprès de ses spectateurs.

La cérémonie qui a vu triompher Sono Sion s’est ponctuée par un film de clôture séduisant à défaut d’être franchement mémorable, « Haunter ». Il s’agit là du nouveau long-métrage réalisé par le canadien Vincenzo Natali, révélé il y a 15 ans (déjà !) par « Cube », et à qui l’on doit notamment le fascinant « Nothing » et l’irritant « Splice ». A la sortie du film, tout le monde semblait résumer le film de la même façon, à quelques mots près : « C’est Un Jour Sans Fin dans une maison hantée ».  C’est toujours un peu dommage de réduire un film à une telle formule, même si force est de constater qu’il s’agit peu ou prou de cela.

Abigail Breslin (la gamine de « Little Miss Sunshine » qui a grandi) y incarne une adolescente semblant condamnée à revivre continuellement la même journée dans une sombre maison avec des parents et un petit frère qui eux ne semblent pas se rendre compte que chaque jour est le même que le précédent. Elle seule semble avoir compris qu’ils sont tous morts et qu’ils n’ont d’autre choix que de rester dans cette maison à revivre cette journée. Pourtant elle veut savoir ce qui leur est arrivé, et quelles sont ces voix et ces ombres inquiétantes qui parsèment la maison. La situation intrigue, la film happe occasionnellement, mais ne parvient pas à conserver sa fraîcheur et son attrait tout du long.

Malgré cela si cette année j’avais pu venir chaque jour au festival et voir tous les films qui me faisaient envie avant le début des festivités, j’aurais pu voir un beau clin d’œil dans cette répétition quotidienne des jours en clôture du festival. L’Étrange Festival 2013 aura vu une nette baisse de régime de ma part, mais puisque l’an prochain marquera la vingtième édition du Festival préféré des parisiens amateurs de cinéma de genre, je ne doute pas qu’en 2014, je tenterai de redoubler d’effort pour satisfaire mes désirs cinéphiles.

lundi 16 septembre 2013

Snowpiercer (Le Transperceneige), ou le danger de l'attente

Je me souviens de ce jour de juin 2004 où j’ai vu pour la première fois « Memories of Murder ». De celui de mai 2006 où j’ai découvert « The Host ». De cette projection de « Barking dogs never bite » à Paris Cinéma à l’été 2006 et de celle de « Mother » au Reflet Médicis au printemps 2009. Je m’en souviens car chaque film de Bong Joon-Ho constitue une proposition cinématographique sans pareille, un cinéma qui au fil des ans a fait du cinéaste coréen un de mes préférés, dont chaque nouvelle œuvre constitue sans conteste mon film le plus attendu de l’année.

En 2013, comme ses compatriotes Park Chan-Wook et Kim Jee-Woon, Bong Joon-Ho a quitté les frontières coréennes pour entreprendre un film international. Pendant que Park est parti réaliser un thriller hitchcockien, « Stoker », et Kim un film d’action cartoonesque, « Le dernier rempart », Bong Joon-Ho est lui venu en Europe s’attaquer à l’adaptation d’une bande dessinée française des années 80, « Le Transperceneige ». Cela fait suffisamment d’années que le réalisateur coréen travaille sur ce projet (produit au passage par Park Chan-Wook) pour savoir que malgré cet appel de l’Occident, « Snowpiercer » est tout de même un film personnel pour le réalisateur de « Memories of Murder ».


Attendu à Cannes où il n’a finalement pas été sélectionné, « Snowpiercer, le Transperceneige » est finalement arrivé en France via le Festival du Cinéma Américain de Deauville (un choix étonnant) et l’Étrange Festival, où il était projeté le 8 septembre au Forum des Images. L’UGC Ciné Cité Les Halles a flairé le bon coup et a profité de la présence du cinéaste coréen dans le quartier ce soir-là pour organiser lui aussi une avant-première (le film ne sortira en salles en France que le 30 octobre prochain). Snowpiercer arrive auréolé de son carton au box-office coréen, où il a récemment franchi les 9 millions d’entrées (un excellent score). Il nous arrive également alors que les cinéphiles américains grincent des dents depuis qu’ils ont appris il y a quelques jours que le distributeur local, The Weinstein Company, avait demandé à Bong Joon-Ho de faire des coupes pour proposer un montage différent (probablement plus court et moins sombre) pour la sortie nord-américaine du film.

Heureusement la France n’est pas concernée, et c’est bien la director’s cut de « Snowpiercer, le Transperceneige » qui sortira dans nos salles, et que j’ai pu découvrir dimanche soir aux Halles après une introduction de Bong Joon-Ho lui-même, accompagné des auteurs français de la BD et de l’un des seconds couteaux du film, l’acteur Tomas Lemarquis. Et puis finalement, après quatre ans d’attente pour découvrir le nouveau film de mon cinéaste coréen favori, la lumière s’est éteinte et « Snowpiercer » a démarré.

C’est long, quatre ans d’attente. Malgré la légère pointe de déception qui avait accueilli ma découverte de « Mother » en 2009, j’ai laissé mon attente à l’encontre de Snowpiercer grandir jusqu’à la déraison.  « Memories of Murder » et « The Host » sont de trop grands films pour que chaque nouvelle réalisation de leur créateur ne soit vécue comme l’un des grands évènements cinématographiques de l’année. L’excitation était si grande, la barre si haute. Le temps et la maturation diront si j’ai eu tort, mais en ce dimanche 8 septembre 2013, l’amertume de la déception s’est faufilée subrepticement jusqu’à moi lorsque la lumière s’est rallumée.

Il n’y a rien de plus terrible que de désirer si ardemment un film pendant des mois pour en ressortir en se disant que c’était « bien ». Nourrir l’espoir que ce pourrait être le film de l’année, et comprendre que ce ne sera qu’un bon film. Elle est terrible cette attente, et cruel ce désir.
Oui, j’ai aimé Snowpiercer. J’ai aimé cette Terre frappée par un nouvel âge glaciaire où les derniers survivants se sont réfugiés dans un train faisant le tour de la planète sans jamais s’arrêter. Un train divisé en castes où il ne fait pas bon se trouver dans le ghetto des derniers wagons. Mieux vaut l’opulence des wagons de tête, et cela fait 17 ans que cela dure. Curtis en a assez d’être au fond du train à manger cette gelée à la composition douteuse. Il veut que l’équité sociale soit établie et mène une rébellion qui va voir les pauvres des derniers wagons remonter le train jusqu’à celui qui règne en maître dans leur abri de fortune, Wilford.

Il n’est pas difficile de voir ce qui a pu intéresser Bong Joon-Ho dans la BD française, et dans sa transposition sur grand écran. Faire un film de genre futuriste pour parler des maux actuels de la société, il avait fait la même chose avec « The Host » en faisant d’un film de monstre une parabole sur la politique guerrière américaine. Alors oui, Snowpiercer dénonce beaucoup de travers, l’exploitation du pauvre par le riche, la transparence de la pauvreté lorsque l’on est riche, la répression de ceux qui osent se révolter pour s’extraire de leur condition… Les thèmes forts ne manquent pas dans Snowpiercer. Et Bong Joon-Ho s’amuse à exploiter l’espace clos du train, faisant de chaque passage de wagon à wagon une aventure, faisant de l’avancée des protagonistes un  voyage à travers des univers qui sont comme des mini-tableaux de la société.

Mais quelque chose manque. Malgré cette odyssée en huis-clos, malgré les métaphores, malgré la composition amusante de Tilda Swinton et le charisme discret de Song Kang-Ho, une sensation de familiarité se fait jour. La structure du film est trop linéaire, l’intrigue trop classique, les personnages trop peu épais. Le plaisir est là, l’efficacité, le discours, la sensation de regarder un bon film est réelle. Mais où est la patte Bong Joon-Ho ? Où se trouve ce regard affûté qui est d’habitude le sien, ce regard qui nous offre des films coups de poing, inattendus, imprévisibles, alors que tout ici semble quelque peu déjà vu. La société futuriste qui écrase le pauvre, lequel se révolte pour prendre en main son destin et toucher du doigt ce dans quoi la richesse se repaît, on l’a vu dans quantité de films (il y a quelques semaines à peine, dans « Elysium »…), mais je n’attendais pas de Bong Joon-Ho un film de science-fiction qui ressemble à tant d’autres, aussi bon soit-il. Je voulais cette étincelle qui transforme le bon film en grand film.

Si j’ai pris un certain plaisir devant « Snowpiercer », mon monde n’a pas été chamboulé par la découverte du film comme il avait pu l'être par « The Host ». Le film ne m’a pas pris aux tripes, enthousiasmé et bouleversé comme « Memories of Murder ». Il n’a pas non plus soufflé un vent de poésie délicate comme l’avait fait « Shaking Tokyo », le sketch que le cinéaste coréen avait réalisé pour « Tokyo ! ». En découvrant Snowpiercer, j’ai vu un bon film de science-fiction, mais après avoir goûté si souvent à la grandeur, il est difficile de se satisfaire de moins.
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