jeudi 15 novembre 2012

Attention, gamin inquiétant dans la salle !


Aller au cinéma le samedi soir à la séance de 20h dans un multiplexe, c’est l’assurance de se trouver dans une salle à turbulence. J’aimerais pouvoir me permettre de n’aller au cinéma qu’avant 14h, mais ce n’est pas toujours simple. De nombreux spectateurs du samedi soir ne sont souvent ni franchement cinéphiles, ni forcément respectueux envers leur prochain. A chaque fois que je vais au cinéma dans ce créneau, j’ai une occasion de le constater. Bon bien sûr, en allant à cette fameuse séance peu fréquentable découvrir le nouvel Astérix, « Astérix et Obélix au service de Sa Majesté », je jouais d’autant plus avec le feu… et j’ai pu y constater que même quand les adultes parviennent à se tenir, les gamins fichent tout en l’air.

Oui je sais, je sais, je n’aurais pas dû aller voir le nouvel Astérix, encore moins un samedi soir. Je sais. Quoi qu’il supporte aisément la comparaison avec le premier, réalisé par Zidi, ou avec l’inénarrablement mauvais troisième opus coréalisé par Thomas Langman et Frédéric Forestier (c’est loin d’être difficile bien sûr…), la quatrième aventure d’Astérix sur grand écran se regarde sans plaisir ni entrain particulier. C’est un exemple de mollesse qui fait peine à voir quand on connait l’excellent film d’animation qui avait été tiré d’ « Astérix chez les Bretons » dans les années 80. Le « Mission Cléopâtre » d’Alain Chabat reste finalement inégalé en matière de réussite.

Mais je m’écarte. L’enfer du samedi soir au cinéma, c’est là-dessus que je partais. Derrière moi, un adolescent encadré par ses parents, arrivés alors que le film était sur le point de commencer, et portant un beau seau de pop-corn comme je les adore (vous avez senti la pointe de cynisme ?). Cette charmante tête blonde de 13 ou 14 ans va passer le film à commenter régulièrement ce qu’il voit à l’écran, à voix haute comme s’il était dans son salon. Un ange que j’ai bardé de regards noirs et attaqué de « Chut ! » brutaux qui ont eu pour effet d’inquiéter son père qui a en retour passer le film a essayer de faire taire son fils en lui assénant régulièrement « Tais-toi, on n’est pas à la maison ». Mais la discipline et le respect ne devaient pas être le fort du gamin, qui n’en a fait qu’à sa tête tout du long.

Mais le gamin taré du titre de mon billet, ce n’est pas lui. Lui, ce n’était qu’un p’tit con comme on en croise tous les jours au cinéma et à qui on a envie de coller une beigne pour qu’il la ferme. Non, l’autre gamin faisait presque peur, et heureusement il était loin de moi, au premier rang, avec ses parents et sa petite sœur. Celui-là était plus jeune, à vue de nez huit ou neuf ans. Je n’ai pas tout de suite capté qu’il était un garçon de cet âge-là, pas avant la moitié du film peut-être. Jusqu’ici, j’entendais régulièrement venir des « Chhhhuuuuuuut !!!!! » de son fauteuil, très bruyants, en s’agitant frénétiquement sur son siège. Je croyais qu’il s’agissait d’un adulte agacé par un gamin comme moi je l’étais de mon côté. Difficile de le blâmer donc, après tout, ses voisins étaient peut-être peu discrets…

Et puis l’agitation frénétique qu’il manifestait à chaque fois qu’il lançait ses « Chut » ont fini par me faire remarquer qu’il s’agissait donc d’un garçon de neuf ans, qui en réalité semblait plutôt s’énerver contre les rires ou contre ses parents. Plus le film avançait, plus son agitation ressemblait à une transe colérique telle que l’on entendait à peine ce qui se disait à l’écran. Il se tordait dans tous les sens sur son fauteuil, descendait, s’étalait par terre, hurlait sur ces parents si ceux-ci avaient le malheur de lui demander de remonter sur son fauteuil. Le paroxysme de ses coups de sang arriva lorsqu’il courut vers l’écran en criant et se planta là, debout, dos à la salle, collé contre l’écran, semblant regarder le sol. Vous vous souvenez de la fin du « Projet Blair Witch », cette dernière image du mec debout dans un coin de la pièce, tournant le dos et regardant par terre ? Il y avait de ça dans la position du gamin.

Sa mère réussit tout de même à le ramener à sa place, sans que jamais les parents ne montrent le moindre signe de contrôle sur leur gamin, pendant que je voyais le spectateur assis à la droite du turbulent, fulminant et ayant bien envie de le remettre à sa place. Un vrai petit Diable incontrôlable, presque flippant, qui m’a rappelé le rejeton insupportable de Maïwenn. Vive les samedi soir au cinéma…
Et dire que cela s’est passé le même jour que la projection de « César doit mourir ». Drôle de journée, vraiment.

mardi 13 novembre 2012

Hé mais, c'est pas le bon film !


Nouveau Latina, rue du Temple, 18h10. Si j’ai plus pour habitude de fréquenter le cinéma du Marais le samedi soir à 22h pour y assister aux mémorables séances de « Panic !Cinéma », cette fois-ci j’y allais en séance de rattrapage  pour « César doit mourir », que je devais voir depuis près d’un mois mais dont je repoussais sans cesse le visionnage. Il était temps, car le film des frères Taviani commençait à ne plus passer dans beaucoup de salles…

Au lieu des habituels Phil Siné ou Plastic Man que je croise régulièrement aux folles séances du samedi soir, je ne vis qu’un drôle de type profondément endormi au 5ème rang  (il ronflera même allègrement pendant le premier quart d’heure du film… heureusement que j’ai senti le coup et que je me suis un peu éloigné de mon cher 5ème rang). J’aurais dû me douter, comme mes voisins du rang de devant, que quelque chose clochait lorsque la bande-annonce du film que nous étions venus voir, « César doit mourir », fut la première chose projetée lorsque la séance commença. Mes fameux voisins se retournèrent et me demandèrent « Vous venez voir quel film ? », à quoi je répondis que je venais voir le film des frères Taviani. Après tout, ce n’était pas la première fois que je voyais un cinéma nous envoyer la BA du film que j’étais sur le point de voir. Ça ne m’inquiéta pas plus que cela.

Mais lorsque la lumière s’éteignit et que les crédits du générique d’ouverture apparurent à l’écran, quelque chose de vraiment louche se produisit. Alors que nous nous attendions tous à voir apparaître un univers carcéral (le film suit des prisonniers répétant « Jules César » de Shakespeare en atelier théâtral…) et des mots italiens, nous vîmes se former… une citation en anglais… puis des crédits en anglais… puis un titre en anglais par-dessus des champs de fleurs colorés : « House of Boys ». Ah. Bon. Ok. C’est pas le bon film. Dans la salle, l’émoi est palpable. Tout le monde se regarde, certains s’interrogent, mes voisins de devant paniquent, les p’tits jeunes du 4ème rang sont déjà prêts à quitter la salle. Chacun semble penser qu’il s’est trompé de salle.

Sauf que l’évidence est beaucoup plus simple que trente personnes ayant tous commis la même erreur : une seule personne a commis une erreur, le projectionniste. Pendant que les spectateurs restent un peu hébétés et ne savent trop quoi faire, je me lève, remonte la salle en courant pour aller trouver le caissier du Nouveau Latina : « Y a un problème en salle 1, on nous projette « House of Boys » au lieu de « César doit mourir » »…
« Ah » me répond le caissier, « y a pas de projectionniste dans la salle, il a dû mal programmer, je vais le prévenir tout de suite ». Sur quoi je retourne en salle, et tombe nez à nez avec les deux jeunes du 4ème rang, que je préviens de ce que m’a dit le caissier, qui retournent donc soulagés s’asseoir à leur place. Je fais de même pour mes voisins les plus proches dans la salle.

Une minute plus tard, la salle se rallume et « House of Boys » s’interrompt juste au moment où un mec essaie de s’exploser un bouton devant son miroir. Et en quelque secondes, par la magie du numérique (qui était également le fautif sur l’erreur de film, remarquez…), le beau film des frères Taviani commença, documentaire largement scénarisé nous plongeant dans les répétitions d’une pièce de Shakespeare par une troupe de prisonniers. Au 5ème rang, l’endormi semble s’être à peine aperçu de ce qui venait de se produire. Cela m’a rappelé « Green Hornet » deux ans plus tôt, où j’avais dû également sortir en courant de la salle pour sauver la projection. Pendant que les spectateurs restent hébétés, je suis là pour sauver leur séance. Alors c’est ça, la vie de super-héros…

dimanche 11 novembre 2012

20 choses que je n’oublierai pas de sitôt du Festival du Film Coréen à Paris 2012


C’est dur de quitter un festival après l’avoir vécu au quotidien pendant huit jours. Huit jours de films, de rencontres, de rires, de débats (d’engueulades ?), de doutes, d’attentes. Huit jours à vivre le cinéma coréen comme on a rarement l’occasion de le vivre en France. Le Festival du Film Coréen à Paris est terminé, et j’ai essayé de rendre compte au mieux du festival dans ces pages, de le raconter à travers mes yeux et mes mots. Certains d’entre vous n’auront pas tout lu. D’autres n’en auront pas eu assez. Et moi, il y a certaines choses que j’ai envie d’écrire pour ne pas les oublier. Des constats, des choses que le FFCP m’aura permis de vivre, d’autres qu’il m’aura apprises, et des situations que j’espère ne plus jamais vivre. Alors comme l’an passé, voici ce que je retiendrai du 7ème Festival du Film Coréen à Paris, cru 2012.

  • L’écharpe rouge n’est toujours pas passée de mode dans la garde-robe féminine coréenne. Je l’ai encore aperçue dans le décevant Ashamed.

  • Le cinéma coréen fait une grosse obsession sur les excréments. N’est-ce que le reflet d’une obsession de la société coréenne ? En tout cas, le caca était de tous les films de la sélection ou presque. En ressort comique, entre autres, dans « Masquerade », « Romance Joe » ou « Love Fiction ». Au détour d’une phrase dans « Two Lines ». Ah oui, et aussi un tout p’tit peu dans « Faceless Things ». Un tout p’tit peu.

  • Pour frimer auprès de mes potes, en général, je montre ma photo avec Choi Min-Sik. Maintenant, pour frimer auprès de mes copines, je pourrai leur dire que j’ai vu Lee Jung Jae en chair et en os. J’aurais dû prendre une photo avec lui, comme preuve. Mmmm, je me demande si le fait que j’ai serré la main de Kim Kyung Mook impressionnera quelqu’un un jour…

  • Plus jamais je ne manifesterai ma souffrance à entendre un cri aigu dans une salle de cinéma. Surtout si je suis assis à côté du duo moqueur de Made in Asie qui aime tant rire de moi.

  • J’étais content d’avoir l’opportunité de voir « War of the Arrows » sur grand écran, et finalement, je ne l’ai même pas vu. Si j’avais pu l’échanger contre « From Seoul to Varanasi »

  • Maître Yoda a vraiment existé. Il n’était ni petit, ni vert, mais architecte, coréen, et s’appelait Chung Guyon.

  • Fantasmagorique est un adjectif qui fait rire les gens. Allez savoir pourquoi.

  • Des gens étranges arpentent les salles de cinéma, même au FFCP. Il piquent des crises honteuses et prennent les bénévoles du festival pour leur chien si les sous-titres s’affichent mal.

  • Ceux qui ont vu « Silenced » ne te croient pas si tu leur dis que non, tu n’as pas pleuré devant le film. Sérieusement. Mais puisque je vous dis que je n’ai pas pleuré !

  • Ne jamais, jamais, sous aucun prétexte, mentionner le Festival du Film Coréen de Londres au directeur du Festival du Film Coréen de Paris. Autant mettre Bruce Banner en colère.

  • Je vois le mal partout, ou entendre avant chaque film la pub pour Asiana Airlines où la voix-off française prononçait le nom de la compagnie à la coréenne, « Achiana Airlines », est une réminiscence de la thématique scato de l’année ?

  • Des spectateurs qui comptaient voir Masquerade se sont rabattus sur « Self Referencial Traverse » parce que le film avec Lee Byung Hun était complet. Il paraît que certains sont encore dans les couloirs du Saint-André des Arts, décidés à hanter cette salle qui les a traumatisés…

  • Je me demande si Renaud Lavillenie s’est entraîné en faisant la position du lion pour décrocher sa médaille d’or en saut à la perche à Londres cet été, comme dans « Dr Jump ». Paumes de la main ouvertes, et langue bien tirée. Hein ? Non monsieur le directeur, je parlais des Jeux Olympiques de Londres, pas de leur Festival du Film Coréen. Promis.

  • Un conseil. Si un jour vous êtes invité à la soirée du staff du FFCP pour fêter la fin du festival, ne mangez pas dans les 24 heures précédentes. On vous fait manger au moins trois kilos de poitrine de porc grillée par personne. Ah, et tant que vous y êtes, n’y affichez pas vous beaux vêtements tout neufs que vous venez d’acheter. Mettez quelque chose qui ne crains pas de sentir le cochon grillé pendant trois jours.

  • Les billets pour « Dr Jump » indiquaient « Dr Dump ». Je vois le mal partout, ou ça aussi c’est une réminiscence de la thématique scato de l’année ?

  • Mes deux films préférés du festival, « Talking Architect » et « Romance Joe », sont également les films préférés du festival d’ID de Made in Asie. Une telle concordance de goût, inédite, risque de provoquer une faille temporelle cataclysmique. Ou un trou noir. Ou annonce peut-être que les Mayas avaient raison et que la fin du monde est proche… Oui, ça peut aussi rester sans conséquence, c’est vrai.

  • Hé mais… mais… j’ai pas vu « Penny Pinchers » moi ! Zut alors, j’ai raté un des films de la section Paysage ! Hein ? Ah, on me fait signe en régie que je n’ai pas raté grand-chose… mais quand même.

  • Dans les années 50, en Corée, si tu passais devant une boutique et que les rayonnages étaient bien disposés, tu peux être sûr qu’une femme de professeur y bossait.

  • Cette année au festival, j’ai vu un film dans lequel la mascotte de la police coréenne, un bonhomme en bois, se fait astiquer le bas ventre par une femme. J’en ai vu un autre dans lequel un homme lèche les aisselles poilues de sa copine. Et un autre dans lequel un homme défèque sur un type qui a un sac sur la tête. Vous voyez où je veux en venir ?....... moi non plus, mais franchement, j’ai quand même vu des choses bizarres au FFCP cette année.

  • Les mecs de Kim Bong Park ont enfin effacé leur dette à mon égard, avec des intérêts en bonus, merci les gars. Mais désormais, Pierre Ricadat me doit une bière…

vendredi 9 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris : carton pour le rideau !


Dernière attente dans le froid. Dernière incertitude qui n’en est pas vraiment une. Il y avait tant de monde pour la cérémonie d’ouverture, et j’ai réussi à m’y faufiler, il n’y a pas de raison que je n’y parvienne pas quand il y a manifestement moins d’invités présents pour assister à la clôture. Vingt minutes avant l’heure officielle, le trottoir de la rue Gît-le-cœur n’est pas franchement garni pour la projection « invités et accrédités » de « The Thieves », contrairement à l’autre salle pour les spectateurs achetant leur place. Malgré la certitude que l’accès à la salle va bel et bien se faire ce soir, l’attente s’étire plus de 30 minutes devant le ciné, le temps de voir le réalisateur Choi Dong-Hoon et l’un des acteurs du film du soir, Lee Jung-Jae, arriver et entrer.

Finalement, lorsque la rue fut aussi déserte que dans un patelin de western avant l’affrontement final, alors que la cérémonie semblait avoir commencé, on fit enfin signe aux derniers, dont je faisais partie, d’entrer et de prendre place (ce sera au troisième rang, en plein milieu, idéal pour profiter de la cérémonie, et même du film). Ouf, la cérémonie n’avait pas commencé. Comme chaque année, un discours de l’équipe, suivi de celui du directeur d’Asiana Airlines, dont la publicité aura tourné pendant tout le festival avant chaque film pour notre plus grand plaisir (si si) et qui parraine le Prix remis par le jury au meilleur court-métrage de la sélection. Avec mes réarrangements d’emploi du temps de dernière minute pour voir les films de Kim Kyung Mook sur grand écran, je n’aurai même pas eu le temps, cette année, d’aller voir un seul court-métrage de la sélection. Ce qui est apparemment bien dommage si j’en crois Made in Asie qui m’en ont dit beaucoup de bien.

L’attraction de la cérémonie de clôture sera tout de même la présentation de « The Thieves », le film de clôture, par son réalisateur Choi Dong-Hoon, sa productrice, et l’un de ses acteurs, Lee Jung-Jae, qui laissera deviner en filigrane de son discours sa surprise de voir ce film ayant battu le record historique d’entrées au box-office coréen jouer dans une salle de moins de 200 places dans laquelle il restait ici ou là des fauteuils libres. Bon, il ne l’a pas dit, mais son étonnement à voir la salle était manifeste. Bah, ne t’inquiète pas, Jung-Jae, vu le succès grandissant du festival, un jour ou l’autre, les films seront projetés dans une plus grande salle, j’en suis sûr.

En attendant, c’était donc l’heure du dernier film de ce 7ème Festival du Film Coréen à Paris, et donc ce fameux long-métrage ayant dépassé d’une courte tête cette été le record d’entrées d’un film coréen au box-office local (détenu jusqu’ici par « The Host »), un peu plus de 13 millions de spectateurs dans un pays qui compte moins de 50 millions d’habitants. Ça pose le succès. Si en France, les plus grands cartons du box-office sont des comédies, les coréens ont montré ces dix dernières années leur goût pour le cinéma de genre. Bien sûr, l’humour n’est jamais très loin dans le cinéma coréen, et il est même très présent dans « The Thieves », qui n’en est pas moins un caper, un film de casse que l’on pourrait rapprocher d’un Ocean’s Eleven coréen. L’intrigue suit des cambrioleurs coréens et chinois recrutés pour dérober un diamant inestimable dans un casino de Macao. Jusqu’à ce que l’ombre du passé vienne semer le trouble au sein de l’équipe et tout faire dérailler, le tout avec légèreté, quand même.

Alors oui, le film est long, trop sans doute, surtout vers cette fin qui semble ne jamais vouloir venir. Mais cela ne gâche pas le plaisir de cette aventure enlevée, alliant avec joie action et humour, et distillant même une touche sexy agréable en la personne de Jun Ji-Hyun (qui se fait appeler Gianna Jun depuis qu’elle a tenté une carrière internationale…). L’humour ici ne se contente d’ailleurs pas de faire sourire, il sait provoquer quelques éclats de voix (et d’ailleurs, tout comme le sex-appeal, Jun Ji-Hyun n’est pas étrangère à la réussite comique du film, en plus du caméo de Shin Ha-Kyun). Kim Yun-Seok, dont le nom apparaît avant tous les autres au générique, semble de prime abord incarner un personnage un peu en retrait et afficher une performance en demi-teinte, mais ce n’est qu’un leurre, car dans la seconde partie du film, celui qui était déjà le héros de « Tazza » du même réalisateur, prend le pas sur les autres personnages, et l’acteur, révélé en France dans « The Chaser », fait enfin montre de son talent (mais bon, on n’est pas non plus dans « The Chaser », on reste dans du divertissement).

Comme Masquerade à l’ouverture, le FFCP a su nous offrir un film léger mais affichant une belle dose de savoir-faire, pour laisser une belle impression. De retour dans la rue, ce fut le dernier débriefing post-projection (où l’on découvrit d’ailleurs que monsieur Filmosphère, déjà arrivé sur le fil, n’avait pas tout suivi pendant le film…), les dernières impressions, les dernières vannes. Ciao, FFCP 2012. J’ai déjà tellement de souvenirs qui me viennent en tête… que je me garde le plaisir de vous offrir, comme l’année dernière, un dernier billet revenant sur les moments phares de cette 7ème édition. A découvrir très bientôt…

mercredi 7 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris 2012, 7ème jour : ça renifle à tout va !


Avec le retard que j’ai pris, à l’heure où vous lirez ces lignes, c’en sera terminé de l’édition 2012 du Festival du Film Coréen à Paris. Quand on a le nez dedans de 14h à minuit, chaque jour ou presque, ça passe à une vitesse folle. Lundi, c’était le dernier marathon de films à aligner. Trois films. Le premier, j’aurais pu ne pas le voir si finalement j’étais allé voir « War of the arrows » samedi au lieu de « Talking Architect », que j’aurais alors calé ce lundi après-midi en lieu et place du premier film du jour (vous voyez un peu le genre de jonglage à faire dans l’emploi du temps pour essayer de sortir la meilleure programmation possible au cours du festival ? Vous n’avez rien compris ? C’est pas grave). Mais ce premier long-métrage de la journée n’en étais pas un, c’était en réalité un double programme de moyen-métrages, « Dr Jump » et « Yosemite & I ».

L’association de ces deux courts films n’est pas évidente, d’autant qu’ils laissent une impression assez contrastée. Le premier suit un drôle de coach sportif qui cherche quelqu’un à entraîner au saut à la perche, et il semble si désespéré que n’importe qui fera l’affaire, même cette fille de 25 ans incapable de sauter plus haut que 20 centimètres en prenant de l’élan. Le second, « Yosemite & I », s’apparente à un documentaire mais n’en est pas tout à fait un, et suit la réalisatrice Kim Ji-Hyun (dont « Mountain in the Front » avait été présenté au Festival en 2009) dans la relation qu’elle entretient avec son vieil ordinateur des années 90. Les films ont cela en commun que leur style rappelle le documentaire sans franchir complètement la ligne, mais l’aspect doux et dingue de « Dr Jump » séduit plus aisément que le laid « Yosemite & I ».

Plus attendu était « Silenced », projeté juste après (à peine le temps de sortir qu’il faut y retourner), et qui fut très bien reçu samedi après-midi lors de sa première projection. Il y avait du monde pour les deux séances de ce long-métrage qui fut un grand succès au box-office coréen à l’automne 2011 avec 4,6 millions d’entrées. Bien sûr à première vue, le film de Hwang Dong-Hyuk n’a pas grand-chose à offrir cinématographiquement. L’histoire est assez prévisible et offre très peu de surprise, la mise en scène est on ne peut plus classique, on comprend vite que l’on n’a pas affaire au film de l’année.

Pourtant à mesure que le récit progresse, le réalisateur parvient à insuffler une force indéniable à ce drame contant l’arrivée d’un nouveau professeur dans un institut pour enfants sourds et muets, professeur qui va y découvrir de graves abus commis à l’encontre de certains des jeunes pensionnaires. C’est lorsque le film se transforme en suspense procédurier, et qu’il s’attaque à l’inertie de la société coréenne et de son système judiciaire, que le film s’emballe. L’injustice est un convecteur d’émotion, et celle qui a fini par envahir la salle était palpable. Les yeux de nombreux spectateurs étaient rouges lorsque la lumière s’est rallumée, bien que, s’il m’arrive de pleurer au cinéma, les miens soient restés secs. A l’écran, il fut agréable de retrouver Jung Yumi (en ce moment à l’affiche de « In Another Country » d’Hong Sang Soo), qui fut l’objet de toutes les attentions masculines l’an passé, lorsqu’elle était l’invitée du Festival.

A peine le film terminé, je dus me faufiler entre les gens mouchant leur émotion pour me frayer un chemin jusqu’à la caisse et prendre au plus vite ma place pour « Nameless Gangster » qui commençait dans moins de cinq minutes. Hors de question de rater le film de Yoon Jong-Bin qui fit lui aussi grand bruit au box-office coréen il y a quelques mois (4,6 millions de spectateurs, exactement le même score que Silenced), ce qui me poussa à faire le malotru, disant tout juste « Salut ça va ? »  aux amis que je croisais, avant de foncer vers le film. Je croisai ID de Made in Asie, auquel j’essayai de taxer quelque chose à grignoter, n’ayant même pas le temps d’aller m’acheter un sandwich. N’étais-ce donc pas un paquet de chips qui dépassait de la poche arrière de son jean ? Non, m’assura-t-il, rien à m’offrir, pas même un vieux granola. Tant pis, je mangerais à la sortie du film, à 23h30.

L’un de mes plus vieux souvenirs du Festival du Film Coréen à Paris remonte à la découverte de « The Unforgiven » lors de l’édition 2007, la même année où j’y avais vu « Family Ties ». Qui eut cru à l’époque que le réalisateur de « The unforgiven », Yoo Jong-Bin, se retrouverait en 2012 aux commandes d’un des plus gros films de l’année, avec l’acteur principal de son premier film, Ha Jung-Woo, devenu depuis l’une des grandes stars du cinéma coréen, dans l’un des deux rôles principaux… Le même Ha Jung Woo vu quelques jours plus tôt au festival dans « Love fiction » (et quelqu’un m’a murmuré à l’oreille que l’acteur était à deux doigts d’être l’un des invités du FFCP cette année, mais que ses demandes de diva avaient refroidi le festival…).

Mais si l’excellent Ha Jung-Woo est un peu sous-exploité dans « Nameless Gangster », Choi Min-Sik n’a pas à se plaindre, tirant toute la couverture à lui grâce à son interprétation over-the-top jubilatoire qui apporte tout l’humour à cette histoire de gangsters dans le Busan des années 80, ou l’ascension dans le milieu d’un petit fonctionnaire des douanes qui se découvre un lien de parenté avec un jeune parrain local qui lui doit le respect par hiérarchie familiale. Si le film a du mal à être plus qu’un bon divertissement, réussi mais probablement peu marquant, il doit en tout cas beaucoup à l’acteur de « J’ai rencontré le Diable » (un ami proche, qui vient souvent pour un barbecue à la maison, comme le prouve la photo ci-contre).

Depuis le début du festival, j’avais passé les projections trop loin de la place de mon cœur, mais pour ce dernier jour marathon, seul, je suis retourné vers les premiers rangs que j’affectionne. Manque de pot devant « Nameless Gangster », je me suis retrouvé assis à côté d’un spectateur visiblement enrhumé qui passa tout le film à renifler bruyamment, et profitant même des séquences plus bruyantes pour me gratifier de véritables concerts de reniflements fort peu élégants. Pas grave, j’eus très vite la tête ailleurs, entre le film et ce petit pincement à réaliser que le lendemain serait déjà l’heure de la clôture…

mardi 6 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris 2012, 6ème jour : voilà Kim Kyung Mook...


A force de traîner mes guêtres au Festival du Film Coréen à Paris (remember que je vous en causais déjà en 2008, alors que mon blog avait deux jours et était lu par mon chat et moi ?), des visites discrètes et sporadiques d’il y a quatre ou cinq ans à aujourd’hui où je me permets de tutoyer le directeur du festival, faire des sourires au filles de l’équipe (mais bien sûr que non je ne me serais pas permis en 2008 !) et voir une vingtaine de films dans la semaine, les organisateurs se sont dits, quitte à ce qu’il soit là tous les jours celui-là, autant qu’il se rende utile. Alors quelques semaines avant le début du festival, le directeur (DongSuk Yoo pour ceux qui le connaîtraient pas, en même temps il a été quasi invisible cette semaine, occupé à fouetter les sous-titreurs pour qu’ils livrent leurs lignes en temps et en heure) m’a appelé et m’a proposé de faire partie des intervenants à la rencontre avec le réalisateur invité de l’édition 2012 du FFCP. Je ne savais pas qui c’était, je ne savais rien de ses films, mais la vie étant courte, je me suis dit que toute occasion pour frimer devant mes rivaux de Made in Asie et Kim Bong Park (vous ne croyiez tout de même pas qu’on était potes !) était bonne à prendre.

La rencontre avec Kim Kyung Mook, le fameux cinéaste invité, avait lieu le dimanche en fin d’après-midi. A l’origine, j’étais censé découvrir les films du monsieur (enfin, du jeune homme, il est né plus tard que moi, et comme moi, je me considère comme un jeune homme…) avant le festival, envoyé par les bons soins de l’équipe du festival. Finalement les films ont tardé à m’arriver, et à la veille de l’ouverture, j’ai découvert qu’avec mon problème récurrent d’ordi qui plante toutes les heures, il me serait difficile de télécharger les fichiers avant plantage habituel.  Zut, et moi qui me disais que ça me permettrait de libérer des cases pour voir plus de films pendant le festival… Mais ouf, Cassandre, cette attachée de presse  toujours aux petits soins, eut le temps de me faire un DVD avec le long-métrage de Kim Kyung Mook, « Stateless Things », plus le court « Sexless » et le quasi long « Faceless things » (oui, celui-là même dont je parlais hier). Je me crus en partie sauvé, mais le mauvais œil semblait décidément planer sur moi lorsque je découvris que le DVD en question ne voulait se lancer ni sur mon lecteur DVD, ni sur mon ordi, si sur celui de ma copine, qui se mit même à planter sous son effet.

« C’est un signe des Dieux ! » m’exclamai-je devant mon bureau, « un message divin pour me remettre sur le droit chemin de la cinéphilie : « Découvrir ces films sur un ordi, sérieux Dav’ ? » » (oui les Dieux se montrent un peu familier parfois). Non, non, c’est vrai, j’ai l’occasion de les voir sur grand écran, alors je les verrai sur grand écran, tant pis s’il me faut réarranger mon planning à la dernière minute pour cela. C’est ce que je fis, et c’est la raison pour laquelle je vis la première fournée de courts-métrages de Kim Kyung Mook le vendredi, la seconde fournée le samedi, et enfin, « Stateless Things » le dimanche, juste avant la rencontre avec le réalisateur.

De « Stateless things », je crus un moment que j’allais devenir fan. La première partie du film, qui suit le destin chaotique de deux immigrés nord-coréens à Séoul, affiche une vitalité, un éclat hésitant entre réalisme brut et douce mélancolie, qui m’a rappelé le puissant « Breathless » de Yang Ik-June. Malheureusement cet éclat ne dure pas, et lorsque Kim Kyung Mook introduit une seconde intrigue en apparence totalement indépendante de la première, le film perd de son fil directeur fort. Il nous rejoue en partie « Faceless things » et sa relation entre un homme mûr et un mineur, avec certes plus d’espace mais pas grand-chose de neuf. Il revient ensuite par touche vers les nord-coréens du début, et finit par faire se rejoindre les deux intrigues, mais c’est trop tard, quelque chose de prometteur s’est rompu entre temps, malgré un sens esthétique bien plus raffiné que dans ses courts et une mise en scène offrant quelques plans magnifiques. Non, la déception est finalement au bout du chemin.

A la fin du film, pendant que les spectateurs remontaient, je restais dans la salle pour les préparatifs de la rencontre avec Kim Kyung Mook. Pierre Ricadat, chef programmateur du film, me présente Bastian, qui dirigera les opérations et le fil conducteur de la rencontre, pendant que l’on interviendra en parallèle en suivant le plan chronologique de l’entretien. A peine me serre-t-il la main que Bastian me tance directement d’un « Ah ! Fantasmagorique ! » en référence à une vidéo dans laquelle Gilles Collot, ce petit malin du FFCP, m’a demandé à la sortie de « The Empty Dream » ce que j’avais pensé du film de la section classique, à quoi j’ai eu le malheur de répondre que j’avais trouvé le long-métrage « fantasmagorique ». Depuis la vidéo tourne sur la page Facebook du FFCP, dans les couloirs du festival, on me ressort l’adjectif deux ou trois fois par jour au bas mot, et Bastian fut l’un de ceux qui me le sortirent dimanche. Gilles lui-même ne cacha pas sa joie de me le sortir une seconde fois lors du test micro « David tu peux dire « Fantasmagorique » ? ». Inutile de préciser que je ne lui fis pas ce plaisir.

Finalement ce fut l’heure. Les spectateurs étaient là, moins nombreux que pour découvrir le film une heure plus tôt. Des têtes familières fréquentées quotidiennement depuis le début du festival, certaines amicales. Pendant deux heures, nous avons brassé la carrière de Kim Kyung Mook, de ses courts de jeunesse à « Stateless things », face à ce public dans lequel ne se cachait pas une seule personne venue vilipender Kim Kyung Mook pour lui avoir mis un goût d’excrément dans la bouche suite à la vision de « Faceless things ». Je me retins de lui préciser d’ailleurs que j’avais été obligé de retenir mes hauts les cœur pendant ce film… En même temps il semblait si gentil, si curieux et si posé qu’à lui parler ainsi, j’avais peine à croire qu’il s’agissait là de l’homme qui avait pondu ces films perturbants que j’avais vus trois jours durant.

On apprit ainsi qu’il avait recruté « l’autrichien » de « Faceless things » (copyright Kim Bong Park) sur Internet, qu’il ne revoyait pas ses films et donc n’avait aucun souci à les assumer, même le fameux segment scato, que « Stateless things » avait été financé par la KOFIC à partir du scénario, et que la… hum… radicalité de ses jeunes œuvres n’avait donc fait tiqué personne au moment de signer le chèque. Il fut amusant de le voir, plié en deux sur sa chaise, osant à peine regarder l’extrait de « A Cheonggyecheon Dog » avec le berger allemand tant il riait à le revoir, et je fus pour ma part pris d’inquiétude lorsque je vis apparaître à l’écran le début du segment scato de « Faceless things ». « Mince, ils vont pas le passer là sans prévenir, quand même ? » Non, ça va, cela s’est arrêté juste à temps.

Pour ma part je passai plus de temps à écouter le réalisateur et son interprète (ainsi que les révélations croustillantes de Bastian sur... euh… sa vie privée…) qu’à poser de questions, voyant la plupart de celles que j’avais préparées sortir de la bouche de Bastian. Mais je ne restai pas muet, ma hantise en avant la rencontre, et réussis à en placer. L’honneur fut sauf. Et je ne doute pas qu’il se trouvera quelques curieux qui en ce dernier jour de festival oseront aller mettre les pieds devant « Faceless things », rediffusé pour tous ceux qui n’auraient pas vécu cette expérience cinématographique sur grand écran, absolument immonde et parfaitement inoubliable, et qui dessinera à l’avenir une ligne claire : ceux qui auront vu « Faceless things », et les autres.

lundi 5 novembre 2012

Festival du Film Coréen à Paris 2012, 5ème jour : indignation, horreur, sagesse et moquerie.


Cinquième jour du FFCP 2012. On est samedi, la moitié du festival est passée, et finalement il reste encore tant à voir que la journée sera longue, et reflétera bien toute la diversité que se propose d’offrir le festival. Comme la veille, je prévois en bout de programme, à 22h, un film léger, pour parer toute épreuve potentielle au cours de ce défilé de films. L’ouverture se fit avec le documentaire « Two lines », film autobiographique d’une réalisatrice vivant dans le péché avec son compagnon et apprenant qu’elle est enceinte.

Au sein de la société coréenne encore marquée par un traditionalisme difficilement altérable, faire un enfant hors mariage n’est pas du plus bel effet au regard de cette entité pleine de jugement qu’est la foule. Les autres. Ces yeux qui peuvent aussi bien être proches que lointains, prompts à juger ce qui ne rentre pas dans la norme. Le documentaire suit le parcours de ce couple tiraillé entre leur vision indépendante et insouciante des rapports humains et cette pression extérieure qui s’appuie constamment sur eux. C’est à la fois un regard sur la vie de couple en Corée et l’appréhension de vivre hors des institutions dans une société qui fait tout pour qu’hommes et femmes rentrent dans le rang. Culturellement c’est assez fascinant de voir tous les problèmes de conscience que cela peut engendrer, et humainement, le couple est suffisamment attachant pour que le documentaire prenne vie.

Dans la salle, il y en a une par contre qui a eu bien du mal à supporter le problème de sous-titrage rencontré au cours de la projection. Bien sûr, cela a été gênant pour tous les spectateurs non coréens, car près de la moitié des sous-titres sont passés à la trappe. Mais le comportement de cette spectatrice fut particulièrement dérangeant. Que lui est-il passé par la tête précisément, qu’a-t-elle compris des problèmes de sous-titrage, difficile à dire. Il faut croire qu’elle pensait que la jeune femme qui gérait le sous-titrage dans la salle ne se rendait pas compte des problèmes, et que si elle pianotait frénétiquement sur son clavier, c’était pour jouer à « World of Warcraft » et non pour constamment essayer de faire que les sous-titrages s’affichent au mieux. Assise sur le même rang que moi, je l’entendais (la spectatrice hors d’elle) se remuer sur son fauteuil, pousser des soupirs exaspérés, crier régulièrement « Sous-titres !!! », comme si l’on n’attendait qu’elle et ses remarques pour résoudre les soucis. Pire que tout, elle se contentait parfois de claquer des doigts ou d’émettre ce son caractéristique que l’on produit avec la bouche lorsque l’on appelle un chien. Charmant.

Cette même spectatrice, je la retrouvai à la séance suivante, assise le rang devant moi, pour la seconde fournée de courts métrages du réalisateur invité, Kim Kyung Mook, « Sexless » et « Faceless Things ». J’avais le sourire aux lèvres à la voir et à imaginer à quel moment elle commencerait à réagir, et surtout de quelle manière, lorsque les images deviendraient hardcore. Elle ne resta finalement pas jusqu’au clou du spectacle, quittant la salle après le premier court, un plan fixe de 22 minutes, muet et sans musique, filmant le visage (et uniquement le visage) d’un homme en train de se masturber, pendant qu’en split screen se dévoilent sur une moitié de l’écran des images à peine distinguables de ce qui pourrait lui traverser l’esprit. 22 minutes d’un tel plan fixe, malgré le split screen qui montre d’autres choses à l’écran, c’est long. Et mieux vaut ne pas s’aviser d’être pris d’une envie de rire dans une salle où chaque mouvement de tissu et reniflement de nez se fait entendre où que l’on soit assis. Jusqu’à être pressé de voir le second court-métrage - en fait long, affichant plus de 60 minutes au compteur - et réputé particulièrement dur à supporter pour les âmes sensibles, d’où une interdiction aux moins de 18 ans.

Je ne m’étendrai pas en détails sur ce court-métrage, et particulièrement sa seconde partie, par peur de voir tout un tas de pervers débouler sur le blog qui se seraient vus orientés ici par Google après avoir tapé quelques mots clés peu ragoutants et qui pourrait vous faire faire des cauchemars. Imaginer ce que s’est imposé le cinéaste, Kim Kyung Mook, en réalisant ce film aux confins de la scatologie, laisse perplexe, à l’image du film qui m’a plongé entre dégoût, hallucination et poilade. Mais vous en saurez plus sur Kim Kyung Mook et ses films dans le prochain billet. L’heure est plutôt à saluer un beau documentaire qui nous a été présenté par sa réalisatrice Jeong Jae Eun samedi soir, « Talking Architect », ou le portrait de l’architecte coréen Chung Guyon, filmé pendant plus d’un an par la réalisatrice de « Take care of my cat », avant qu’il ne décède des suites d’un maladie qui l’a affaibli à petit feu.

« Talking Architect » nous a été présenté comme le coup de cœur de l’équipe du Festival du Film Coréen, et je ne peux qu’approuver.  C’est un moment d’émotion sincère qui a traversé la salle à la vision du documentaire, c’est le portrait d’un homme fascinant, professeur charismatique, réfléchi, posé, qui semble être l’incarnation même de la sagesse. Un maître Yoda coréen dont on boirait chaque parole avec délectation. L’homme avait fait des études en France dans sa jeunesse, et son fils, français, accompagnait la réalisatrice pour nous parler de son père avec des mots qui sonnaient justes. Le FFCP a l’art chaque année de débusquer de beaux documentaires, et « Talking architect » est sans conteste le bijou de l’édition 2012.

Pour conclure la journée, à 22h sonnées, je m’étais donc gardé un film léger et dont on m’avait dit du bien depuis qu’il avait été projeté une première fois deux jours plus tôt : « Romance Joe ». Derrière la caméra, un cinéaste qui signe là son premier long-métrage, Lee Kwang-kuk, qui a appris le métier en faisant l’assistant chez Hong Sang Soo. Et il ne faut pas attendre très longtemps pour reconnaître dans la structure narrative de « Romance Joe », la mise en abyme, l’influence du réalisateur de « Ha Ha Ha ». Lee Kwang-Kuk semble même tellement en abuser, de cette mise en abyme, dans la première partie du film, que cela fait presque peur. Il ouvre un nombre incalculable de récits dans le récit, constamment. C’est un personnage qui raconte une histoire dans laquelle un personnage raconte une histoire dans laquelle… une sensation d’infini se dessine, et l’on en vient à se demander si ce jeu  de poupées russes s’arrêtera à un moment.

Et il s’arrête, ouf, du moins se calme-t-il, et lorsque le récit trouve enfin une certaine stabilité, quelque chose prend joliment forme. Comme chez Hong Sang Soo, c’est une histoire de réalisateur qui manque d’inspiration et se retrouve en province à réfléchir à un nouveau film, mais il rencontre une fille qui lui raconte sa rencontre avec un autre réalisateur, pendant que d’autres  niveaux de récit se développent en parallèle. Tout cet enchevêtrement permet au récit de trouver une amplitude, de donner de l’aisance aux personnages, brodés avec soin et finesse, parsemés ici et là de pointes d’humour. Malgré cela ce n’est pas l’humour du film qui aura déclenché les rires les plus gras de la projection. Car lorsqu’une jeune fille à l’écran émit un cri strident, mes oreilles sensibles en prirent un coup qui me fit bougonner. Mes deux voisins, que je prenais jusqu’ici pour des amis, sont partis dans un fou rire monstrueux dans sa longueur, ne retrouvant leur souffle et séchant leurs larmes qu’au bout de dix minutes.

Devant le cinéma, une fois sortis, je semblais avoir été le seul à ne pas avoir piqué un peu du nez pendant « Romance Joe », tous les autres spectateurs me répétant les uns après les autres qu’ils avaient lutté contre le sommeil. M’enfin ! Devant un bon film pareil ! Allez, il était tard, on avait tous enchaîné plusieurs films… on passe l’éponge. Mais pour les fous rires moqueurs, par contre…
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