samedi 28 novembre 2009

Roland Emerich fait-il du cinéma d'auteur, ou comment de drôles d'idées peuvent traverser l'esprit à 1 heure du matin...


Moi qui pensais passer une partie de ma soirée à la laverie automatique, me retrouver à 1 heure du matin sur le point de débattre avec moi-même de la possibilité que Roland Emmerich cache derrière son cinéma gros sabot une âme d’auteur est étrange. Oui car en fait d’expédition linge sale, c’est au cinéma que je me suis laissé entraîné ce vendredi soir pour aller découvrir (il était temps) la nouvelle fantaisie gigantesque du cinéaste allemand.

Ce sont M et C qui m’ont appelé pour me proposer de me joindre à eux pour aller voir 2012 au Gaumont Parnasse en leur compagnie. Si vous lisez régulièrement ce blog, vous saurez que je suis détenteur d’une carte illimitée et non d’un pass Gaumont, mais ce cher M a proposé de me passer une place (que je compte bien lui rendre un de ces quatre) me permettant de ne pas dépenser 10€ pour aller voir le film (mais pourquoi je donne tant de détails !?).

Cela devait bien faire dix ans que je n’étais pas entré dans une salle du Gaumont Parnasse (mon dernier souvenir mémorable, Las Vegas Parano de Gilliam à l’été 98 avec mon père et ma tante réunionnaise, partis avant la fin, écœurés). Le maniaque du confort offert par une salle que je suis ne peut s’empêcher de noter que dans cette salle 3 du complexe de Montparnasse, on se serait cru dans une fournaise tant il faisait chaud. Quant aux sièges, il leur manquait un peu de rembourrage dans la partie supérieure, si je n’avais pas calé mon écharpe sous ma nuque, j’aurais eu la tête inclinée à 45° pendant 2h40. Rien à redire à la qualité de l’écran courbe en revanche, impeccable (non, sans déconner, pourquoi tant de détails !?).

Mais revenons à nos moutons. Notre mouton. Un mouton de plus de 2h30 donc, placé sous le signe de l’Apocalypse. Emmerich y plonge notre bonne vieille Terre dans un chaos monstre. La fameuse prophétie Maya annonçant la fin du monde pour l’an 2012 s’y vérifie, mettant l’espèce humaine (et par là comprenons une poignée d’américains) en proie à divers séismes, éruptions volcaniques, tsunamis et autres cataclysmes dévastateurs.

2012, vous l’aurez compris, ne fait à priori pas dans la dentelle. La situation est très vite posée, les scientifiques d’emblée paniqués, les politiciens rapidement alarmés, et monsieur tout-le-monde vite dépassé. Emmerich, ses scénaristes et ses responsables des effets visuels, s’en donnent à cœur joie. Petit avion se faufilant dans les airs entre les tours de Los Angeles qui s’écroulent, super volcan du Parc de Yellowstone se réveillant, montagnes de l’Himalaya submergées par les eaux… Le désir fou de super destruction du réalisateur n’a ici pas de limite.

Est-ce un gros blockbuster hollywoodien ayant coûté 200 millions de dollars et offrant ses leçons de bravoure et d’humanité, ses moments de suspense et d’émotion ? Oui. On pourrait même y voir une certaine forme ultime du film catastrophe, tant tout est déchaîné dans 2012. Un peu de Deep Impact par-ci, un peu de l’Aventure du Poséidon par-là…
Pourtant on aurait sûrement trop vite fait de ranger Roland Emmerich dans la catégorie des faiseurs au service du système ne cherchant que l’adrénaline à offrir sur un plateau aux spectateurs.

Petit rappel pour ceux ne s’étant jamais penché sur la carrière du bonhomme, Emmerich, allemand attiré par les sirènes hollywoodiennes voilà de nombreuses années maintenant, s’est fait connaître du public du cinéma d’action avec Universal Soldiers en 1992. Mais c’est Stargate, puis surtout Independence Day en 1996 qui en ont fait un véritable « über director ».

Godzilla, Patriot, Le Jour d’après et 10,000 ont façonné les dix dernières années de sa carrière. Y a-t-il un enseignement à tirer autre que le simple constat que sa filmographie est à moitié composée de films peu (voire pas) recommandables ? Peut-être bien. Car derrière ses blockbusters « en veux-tu en voilà », il semble se dégager une véritable obsession chez Emmerich. Celle de confronter l’être humain à une situation extraordinaire, et d’observer comment ce changement de contexte va affecter son caractère et sa destinée. L’humanité face à une invasion extraterrestre. L’humanité face au réchauffement climatique. L’humanité face à l’Apocalypse. Cela fait beaucoup d’humanité, mais Roland aime voir grand, donc pourquoi se contenter de peu… ?

C’est vraiment con à dire, et à la vue du résultat global de ses œuvres, on ne peut pas dire que cette obsession tire forcément Emmerich vers le haut qualitativement parlant. Néanmoins Emmerich insiste, revisite son obsession comme un grand (façon de parler) et mine de rien affine sa vision et densifie son propos de film en film (si on enlève ses daubes intitulées Godzilla ou 10.000, et oui même Patriot allez). Independence Day était une ode au dépassement de soi certes, mais c’était tout de même un bon gros film patriotique dans lequel la bannière étoile flottait à tout bout de champ et le Président des États-Unis concourait à sauver l’humanité.

Dans Le Jour d’après, l’air de rien, le changement de ton était presque radical : le président était tué par la catastrophe, les américains étaient réduits à tenter de franchir illégalement la frontière mexicaine dans l’espoir de survivre… Dans 2012, Emmerich creuse le sillon. La bureaucratie gouvernementale américaine, symbolisée par le personnage incarné par Oliver Platt, symbolise l’hypocrisie et l’arrivisme dans toute sa splendeur, glissant à travers lui un message s’adressant à la population : ne vous fiez pas aux politiques, jusqu’au bout ils essaieront de vous entuber. Mieux vaut encore écouter les marginaux !

Toujours adepte de symboles forts, Emmerich, qui avait fait de l’Amérique latine le lieu salvateur dans Le jour d’après, s’amuse à faire de l’Afrique, le continent malaimé par excellence, en proie aux plus grands maux de la planète, l’espoir de l’humanité.

Bien sûr, il est tout de même difficile de voir en 2012 un brûlot tout à fait couillu, car les ficelles du film catastrophe sont souvent connues, et les bons sentiments familiaux inhérents au genre ne sont pas laissés de côté, loin de là. Mais rendons à Emmerich ce qui lui appartient : cette volonté de tirer la langue à l’establishment à travers son énorme blockbuster. On serait bien en peine d’en dire autant de certains autres réalisateurs de blockbusters hollywoodiens… D’autant qu’Emmerich a la bonne idée de réunir devant sa caméra des comédiens de la trempe de John Cusack, Chiwetel Ejiofor, Danny Glover ou Oliver Platt.

Le cinéma de Roland Emmerich est-il du cinéma d’auteur ? Faut pas pousser, mais enfin, après tout…

jeudi 26 novembre 2009

Séances de rattrapage : la compétition cannoise investit les salles

Une semaine après la fin du Festival Franco-Coréen du Film - quinze jours de films et peu de sommeil - il est temps de reprendre le rythme cinéphile de croisière. Ce qui n’est pas rien en cette période automnale où les films attirant se succèdent, à défaut d’être tous palpitant. Mon ardoise de films vus depuis tout ce temps est bien remplie… Commençons par une recollections d’instants cannois…

Un ruban blanc. Il aura suffi de ce si simple objet pour nier à un cinéaste français la Palme d’Or pour la deuxième année consécutive. Si l’exploration fascinante du milieu carcéral par Jacques Audiard dans Un prophète a dû « se contenter » du Grand Prix cannois, c’est au bénéfice du Ruban Blanc de l’autrichien Michael Haneke.

Il me faut confesser que j’ai tardé à aller voir la Palme 2009 (un mois après sa sortie), et qu’il est fort probable que s’il n’avait pas glané la suprême récompense je n’eusse jamais eu le courage de m’installer 2h30 durant devant Le Ruban Blanc. Il faut dire que le cinéma de Michael Haneke, à la base, ce n’est pas franchement ma tasse de thé… Ce qui se rapproche le plus d’un film m’ayant plu, dans sa filmographie, est sans doute Caché, malgré son dénouement décevant à souhait.

Le Ruban Blanc est un ambitieux film plongeant dans une Allemagne sur le point de déclencher les premières hostilités de 14-18. Dans un petit village campagnard, une série d’accidents perturbe la sérénité locale. S’il est vite évident que ces chères petites têtes blondes apparemment si innocentes n’y sont pas étrangères, ce qui intéresse Haneke n’est pas d’expliquer ces accidents, mais plutôt de montrer, à travers le comportement des adultes d’un côté et des enfants de l’autre, comment un peuple a pu, deux décennies plus tard, être amené à suivre avec conviction un petit leader moustachu aux idées nauséabondes.

L’examen est plus qu’intéressant, et le noir et blanc pour lequel a opté le cinéaste est splendide. Le Ruban Blanc demeure tout de même à mes yeux un objet bien long, bien austère, et bien maniéré. Mais il ne fait aucun doute qu’il marque la rétine bien après la sortie de la salle. La Palme n’est absolument pas scandaleuse, même si elle n’aurait pas dépareillé dans les mains de Jacques Audiard…

Au moment du palmarès cannois justement, de nombreuses voix se sont élevées lorsque le Jury présidé par Isabelle Huppert a décerné un Prix Exceptionnel à Alain Resnais et ses Herbes Folles. « Quoi ? Mais c’est quoi ce faux prix ?! Pfff, ils n’ont pas osé lui offrir la Palme alors qu’il la méritait !! ».

Lors de sa sortie en salles il y a quelques semaines, rebelote, presse dithyrambique louant la vivacité du film du vétéran du cinéma français. J’y suis allé convaincu que le pâle Cœurs, son précédent, n’aura donc été qu’un faux pas après cette décennie merveilleuse qui l’avait vu réaliser les grandioses Smoking / No Smoking, On connaît la chanson ou Pas sur la bouche (ce dernier étant mineur mais fort sympathique).

La vision des Herbes Folles m’a, contre toute attente, plongé dans une incompréhension totale. J’ai peiné, pendant toute la durée de l’œuvre, à y voir un grand film. A y voir un bon film. A y voir un film regardable. L’excitation a vite laissé la place à l’atterrement. Où se trouvaient la folie, l’inventivité, le tonus tant annoncés ? Oui Alain Resnais sait tenir sa caméra, il l’a toujours su et le saura jusqu’au dernier souffle. Mais venant d’un tel cinéaste, j’attends plus que quelques beaux plans.

J’attends une richesse scénaristique. J’attends des personnages palpables, dessinés de manière à ce qu’on ait envie de se plonger dans l’écran. J’attends que l’écriture soit au diapason de la réputation du cinéaste, et de ses qualités de metteur en scène. Or Les Herbes Folles n’apporte rien de tout ça. C’est un film maîtrisé visuellement, mais n’ayant aucune consistance. Les personnages sont plats, sans queue ni tête. Le scénario trace des ébauches d’intrigues et de traits qui ne vont jamais nulle part. Jamais, jamais, jamais je ne me suis intéressé à un seul personnage. Ils sont fades, comme écrits sur un coin de table, prétextes à une course dans tous les sens aboutissant au néant le plus total.

Si Resnais a voulu divertir, c’est raté. S’il a voulu raconter quelque chose, c’est raté. S’il a voulu dresser un quelconque portrait de son époque, c’est également raté. La déception fût le seul apport de ces Herbes Folles.

L’un des films reparti sans prix de la Croisette et qui a plus certainement souffert d’injustice s’intitule A l’origine. Bien sûr il est difficile de juger puisque la version sortie en salle en novembre est différente de celle présentée à Cannes en mai (le film a entre temps été raccourci). Néanmoins, il ne fait aucun doute que François Cluzet n’aurait pas volé un Prix d’interprétation, tant sa composition est saisissante. Le comédien incarne un escroc montant une arnaque dans une commune du nord de la France. Il fait croire à la communauté que la construction de l’autoroute qui avait été interrompue quelques années plus tôt va bientôt reprendre. Au départ, il pense seulement empocher des pots de vin de contractants locaux. Mais peu à peu, l’escroc se prend au jeu et met vraiment en branle les travaux.

Xavier Giannoli semblait se chercher jusqu’ici (Les corps impatients, Quand j’étais chanteur, bof), mais avec A l’origine, l’homme s’est trouvé un sujet lui offrant une carrure de cinéaste impressionnant. Son film fascine par ses deux points de vue. Le premier c’est celui de l’arnaqueur, un mec un peu paumé attirant à la fois la pitié et la sympathie, une figure de bandit un peu minable dont le cinéma aime tant s’amouracher. Le second c’est celui de la communauté, cette petite ville frappée de plein fouet par les maux sociaux actuels, vivotant, attendant le messie pour les sortir de leur marasme quotidien.

Le messie, c’est donc cet escroc, ce mec encore plus paumé qu’eux, en qui ils voient un leader. A l’origine peut se lire comme une parabole religieuse autant que politique, comme l’adoption d’un messie ou d’un leader presque charismatique. L’histoire que nous conte Giannoli, au plus près des visages et des corps, les mains et les yeux dans la boue, en alchimie parfaite avec cette frange de la société, c’est celle d’une population en proie à une situation de crise prête à confier ses vies au premier venu, du moment que celui-ci a une bonne tête et un beau discours. Tout comme Giannoli parvient à nous attirer et nous fasciner de bout en bout, nous contant un récit tellement énorme et pourtant terriblement réaliste.

Il y a parvient car devant sa caméra, homme fatigué et avide, dépassé et ambitieux, pathétique et obsessionnel, il a un comédien en adéquation parfaite avec son personnage, lui donnant corps avec une conviction absolue, François Cluzet. L’acteur nous avait déjà gratifiés il y a deux mois d’une performance remarquable dans Le dernier pour la route. La différence c’est qu’ici, c’est au service d’un film à la hauteur de son talent, et de tous ceux, formidables, qui l’entourent.

samedi 21 novembre 2009

Bruce Willis et son clone pour s'éloigner de l'Asie...

Après une cure de films coréens, plusieurs envies m’assaillent. Si faire des nuits plus longues que cinq heures est sans hésitation l’une d’entre elles, rattraper ce qui est sorti pendant ma parenthèse enchantée demeure incontournable. Pendant ces deux semaines au cours desquelles je n’ai parlé que de films coréens, je suis tout de même allé voir quelques films, dont je ferai très bientôt un petit compte-rendu.

En attendant, juste avant le début du festival, j’étais allé voir le Clones de Jonathan Mostow avec quelques attentes. A la vision du film, une question m’a assailli : peut-on raconter une telle histoire en 1h30 ? A n’en pas douter, cette durée sied parfaitement au genre comique, à l’animation, ou aux films très chiants devant lesquels on n’a pas envie de traîner plus de deux heures. Il ne suffit pourtant pas à tous les films de 90 minutes pour exploiter tout leur potentiel. Les polars futuristes sont rarement aussi courts. Cela ne semble pas avoir inquiéter les mains et cerveaux se cachant derrière Clones… à tort.

Bruce Willis y incarne un agent du FBI dans un présent différent du nôtre. L’être humain ne sort presque plus de chez lui, et vit à travers un clone modelé à sa convenance, relié à lui par une technologie révolutionnaire. Le clone est un deuxième corps, plus beau, plus résistant. Ce nouveau système de fonctionnement a considérablement réduit la criminalité, et ne trouve qu’une poignée d’opposants vivant à l’écart des autres, sans machines pour vivre à leur place. Dans ce climat où le clone est réputé sans danger pour son utilisateur, l’agent Greer (Bruce, donc), se voit confier l’enquête sur un meurtre étrange. Alors que la mort d’un clone n’entraîne généralement pas la mort de son utilisateur, voilà que deux personnes sont mortes en même temps que leurs avatars.

Si je détaille autant le résumé, c’est pour vous montrer à quel point le film avait sur le papier un certain potentiel, avec un sujet à enjeux forts (le clonage, l’intrusion dominante du virtuel dans le réel) et à ramifications multiples (la résistance, les complots, l’enquête…). Or la possible densité narrative de Clones n’est jamais vraiment mise en valeur. Jamais totalement exploitée. Au lieu de cela, on nous offre sur un plateau un thriller tendance SF proposant de l’action et un chouïa de réflexion, mais se contentant du minimum syndical, ni plus ni moins.

Le pire c’est que l’on pressent qu’à l’origine, les ambitions étaient plus grandes. Est-ce le studio Disney, distributeur, qui a demandé à Jonathan Mostow (réalisateur des solides Breakdown, U571 et Terminator 3) de couper et ne pas faire traîner l’intrigue ? Car des coups de ciseaux ont forcément été donnés, tant les raccourcis sont nombreux, les personnages peu épais, et les explications expéditives. Tout cela sent la bride, et c’est bien dommage. Avec de l’audace et au moins une bobine de plus, Clones aurait pu ressembler à un bon thriller futuriste, ce à quoi, en l’état, il ne peut absolument pas prétendre.

En 2010, Willis sera à l’affiche d’une autre adaptation de comic book (oui, Clones en est une) que l’on espère autrement plus réussie. Le tournage de Red est imminent, et la distribution fait déjà rêver : autour de l’ami Bruce en ancien agent de la CIA obligé de sortir de sa retraite paisible pour contrer un dangereux assassin, on trouvera Morgan Freeman, Helen Mirren, Brian Cox, John C. Reilly, Mary-Louise Parker, Richard Dreyfuss, Ernest Borgnine et Julian McMahon. Rendez-vous dans un an.

jeudi 19 novembre 2009

Le rideau se baisse sur le Festival Franco-Coréen du Film…

Toutes les bonnes choses ont une fin, et celle du Festival Franco-Coréen du film a résonné hier soir dans la grande salle de l’Action Christine. Après ces quinze jours vécus à l’heure cinématographique coréenne, et alors que le manque de sommeil rattrape ceux qui comme moi ont été présents quotidiennement sur la manifestation, c’est l’heure du bilan et de la question « Que retenir du Festival ? ».

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est la bonne ambiance. L’humeur amicale générale, l’envie ressentie par tous d’en découvrir le plus possible de ces films coréens, et de le faire au milieu de cinéphiles plus passionnés, abordables et cool les uns que les autres. Pas de place pour le formalisme, mais une ouverture et une motivation qui pousse chaque jour à enchaîner les films avec plaisir.

Le second point, c’est la diversité qui a régné pendant le festival. Une sélection officielle partagée équitablement entre courts et longs métrages, et elle-même ouverte à tous les genres : fiction, documentaire, animation, polar, drame, comédie, sport… il y en avait pour tous les goûts. Parallèlement, les Regards Croisés entre courts français et coréens sur la thématique de l’homosexualité, l’instauration d’une section de films classiques (pour la première édition sous le signe du film de propagande), ou l’hommage rendu au cinéaste Lee Myung Se (je reste sceptique sur le choix de ce réalisateur, mais ses films furent pour le moins… instructifs) attestent de la richesse de l’offre proposée cette année.

C’est ce ressenti global qui a également rendu savoureuse la soirée de clôture. Le Jury Étudiant (autre nouveauté cette année) a choisi de récompenser, dans la section courts-métrages, le déstabilisant Too Bitter to Love. Pour avoir assisté à leurs délibérations, je peux vous assurer que les débats furent âpres pour attribuer le Prix 2009 à l’intéressant long-métrage Potato Symphony, qui doit cette récompense à l’acharnement avec lequel les garçons du jury ont défendu le film de Jeon Taek. Les filles poussaient de leur côté le décevant My Friend and His Wife, ce qui lui a finalement valu une mention spéciale.

Excellente initiative des organisateurs, les jurés avaient chacun préparé une question pour les cinéastes vainqueurs, qui ont été contactés quelques heures avant la cérémonie pour y répondre par téléphone, réponses écoutées et traduites dans la salle.

La soirée officielle s’est finalement conclue par la projection du grand classique coréen de l’animation Robot Taekwon V. Je vous rassure, classique en Corée du Sud, mais plutôt inconnu en France. Le film, dans une version restauré de belle qualité, nous a offert un beau moment de comédie. A l’évidence influencé par Goldorak, Robot Taekwon V s’intéresse à un robot géant, piloté par un champion de taekwondo, qui défend la Terre des méchants robots lancés par un vilain scientifique tout petit à la grosse tête (littéralement).

La saveur comique du film est irrésistible, dans sa propension éhontée et hilarante à exacerber le sentiment patriotique par touches amusantes : les méchants arborent une étoile rouge très… communiste, les gentils coréens sont beaux, alors que les étrangers sont plus laids les uns que les autres (mention spéciale au japonais au nez crochu et dents proéminentes !)... C’est kitsch et souvent jubilatoire, belle manière de baisser le rideau sur le Festival.

Un Festival qui certes n’aura pas su m’offrir ailleurs qu’en ouverture, avec Breathless, un vrai film coup de cœur m’ayant retourné, d’autant que celui-ci m’avait déjà retourné en juillet dernier. Mais la manifestation a montré suffisamment de bons films, proposé assez de rencontres stimulantes, et offert un visage suffisamment humain pour qu’une hâte m’assaille : remettre ça l’année prochaine.


mardi 17 novembre 2009

Norwegian Woods : fuyez si vous tenez à votre foie !!

Lundi, avant-dernier jour du Festival Franco-Coréen du Film, un psychopathe a été aperçu se baladant dans les travées de l’Action Christine. Enfin, bon… d’accord… c’était à l’écran. Dernier film de la sélection officielle que je n’avais pas vu, Norwegian Woods hésitait niveau réputation entre la petite perle comico-gore et le film d’horreur sans prétention vite oubliable.

Lorsque j’ai pour la première fois entendu parler du film, je me suis demandé s’il avait à voir avec le roman du japonais Haruki Murakami (paru en France sous le titre « La ballade de l’impossible »), dont je savais qu’une adaptation était déjà en cours par le cinéaste Tran Anh Hung. Or il est clair que le film du coréen No Zin-soo est tout à fait étranger à l’œuvre nipponne.

Ici, point d’amour impossible et de suicides adolescents, mais une montagne où différents groupes de personnages se trouvent, chacun vaquant à des occupations différentes : des hommes de main cherchant à enterrer un cadavre, des étudiants venus se défoncer et un couple adultère s’adonnant à leurs ébats. Chaque groupe va bientôt se rendre compte qu’un étrange randonneur arpente lui aussi les bois, armé d’une faucille et éventrant à tout va.

Certes amusant, Norwegian Woods ne laisse pas un souvenir impérissable, pas plus qu’il n’empêche de dormir la nuit. Sur un ton effectivement décalé lorgnant plus vers Evil Dead que The Descent, le long-métrage s’apparente à un divertissement fauché ponctué de gags faisant sourire, et de personnages suffisamment gratinés et appuyés pour se prendre au jeu, sans pour autant, toutefois, voir dans ces « bois norvégiens » autre chose qu’un petit nanar sympathique.

L’arrachage de foie et autres empalements ne nous sont pas épargnés, mais sont filmés de façon à faire rire plutôt que frémir, ce qui est une bonne chose. Mais les évolutions scénaristiques et les réactions ineptes de certains personnages rabaissent les qualités que l’on peut trouver au film (franchement, la tentative de fuite à travers les portières de la voiture plutôt qu’en la contournant rapidement est digne d’un scénariste de 12 ans). Le festival aura offert pire, mais surtout meilleur tout de même que cette farce mineure.

Ce soir, le festival se clôt avec le palmarès et en clôture le film d’animation entièrement restauré Robot Taekwon V datant des années 70…

lundi 16 novembre 2009

Quand les résistants à l’invasion communiste succèdent aux caïds de campagne, c'est toujours le Festival Franco-Coréen du Film

A l’approche de la fin du Festival Franco-Coréen du Film (snif), le désir d’en profiter au maximum ne s’éteint pas. Dimanche donc, malgré la fatigue, le programme s’est dédoublé, enchaînant l’avant dernier film de la sélection officielle avec un vieux film de propagande d’Im Kwon-Taek. Une programmation pour le moins variée et agréable.

Les jours qui ont suivi sa première projection mercredi dernier, Potato Symphony fut accompagné d’une réputation flatteuse lui allant plutôt bien. Prenant pour cadre une petite ville de province, le réalisateur Jeon Taek s’y attache à un groupe d’amis approchant de la quarantaine. Semblant tous mécontents de la façon dont leur vie a tourné après les années lycée, ils voient d’un œil ravi le retour en ville après des années de disparition de Baek, l’ancien chef de leur bande. Dans leur jeunesse, ils s’étaient ensemble frottés à Jin-Han et sa clique, qui les avait battus et a depuis pris le contrôle de la ville comme un caïd. Avec le retour de Baek, les amis entrevoient la possibilité de corriger les injustices du passé.

Amitiés masculines, vieilles rancœurs, gangs rivaux, les thématiques abordées par Potato Symphony ne sont pas étrangères à certaines obsessions du cinéma asiatique, pour ne pas dire coréen. Mais en fait de déjà vu, on trouve dans le film de Jeon Taek un je-ne-sais-quoi de séduisant qui parvient à le hisser au-dessus du tout va. Moins que les personnages, c’est le cadre dans lequel ils s’inscrivent qui fait la force de Potato Symphony.

Ce cadre c’est celui d’une Corée du Sud provinciale, campagnarde, vivant au ralenti, à moitié figée dans un passé qu’elle ne parvient pas à dépasser. Tout le petit monde dépeint vit selon une hiérarchisation de sa société établie quelques années plus tôt et dans laquelle il semble empêtré. Le pouvoir montré dans le film, la vision de la « mafia », est loin de cette organisation huilée qui peut être si souvent traitée sur grand écran.

Il en découle des personnages, au choix losers ou petits maîtres manquant vite d’envergure, formant une combinaison qui étonne. Du coup le film a beau souffrir de longueurs et d’embrouilles scénaristiques, il laisse une impression séduisante qui tient dans ce regard intéressant sur une certaine Corée bloquée dans le passé.

L’enchaînement avec Testimony de Im Kwon-Taek n’en est que plus amusant. L’un des quatre films de propagande datant de la dictature de l’ère Park Chung-Hee (en l’occurrence ici 1973), le long-métrage aborde le conflit coréen, et plus particulièrement, en 1950, l’invasion de Seoul par les Nord-Coréens. Le film s’attache tout particulièrement à Soon-ha, la fiancée d’un officier de l’armée Sud-Coréenne, qui cherche désespérément à fuir la capitale pour rejoindre Daegu, en province.

Après Six Daughters qui cherchait à vanter à tout prix les vertus de l’industrie et des valeurs sud-coréennes dans l’après-guerre, Testimony s’atèle lui à se poser en brûlot anti-communiste. Il ne fait pas bon être fervent défenseur du régime nord-coréen et de l’endoctrinement communiste devant la caméra d’Im Kwon-Taek, face à la bravoure et au sens du sacrifice de l’armée sud-coréenne.

Comme d’habitude pour ce genre de film, le recul venant avec les années transforme souvent un tel discours en farce comique, accentuée par un jeu très (trop) appuyé des comédien, desservis par des dialogues spécifiquement écrits pour abonder dans le sens du discours général (et déclenchant facilement les rires eux aussi, demandez à l’amie coréenne qui m’accompagnait au film).

Pourtant Testimony a la qualité incontestable d’être réalisé par le grand maître du cinéma sud-coréen, qui malgré la propagande ne se départit pas de sa capacité à manier la caméra, offrant au passage de beaux moments de mise en scène dans ce film de guerre daté. Ca valait le coup de rester tard au Festival.

dimanche 15 novembre 2009

Triangle amoureux mal inspiré au Festival Franco-Coréen du Film


Même les soirs de match de l’équipe de France, les amoureux du cinéma coréen répondent présents. Samedi soir, alors qu’une bonne partie de la France avait les yeux rivés sur l’Irlande, nous étions aussi nombreux que les autres soirs pour découvrir My Friend and His Wife de Shin Dong-il à l’Action Christine (pas moins en tout cas).

A trois jours de la fin du festival, je suis toujours à la recherche d’un grand coup de cœur parmi les films de la sélection officielle. Il y a eu de bons films, mais il me manque encore un film qui domine largement les autres à mes yeux (comme a pu le faire Breathless hors compétition). J’attends donc beaucoup de Norwegian Woods lundi soir, et surtout de Potato Sympahony tout à l’heure, dont on m’a vanté particulièrement les mérites.

Car je ne peux que constater que My friend and his wife n’a pas fait chavirer mon cœur samedi soir. J’irai même jusqu’à dire « loin de là ». Pourtant l’entame du film était assez séduisante. Un couple populaire mais heureux attend un enfant. Le meilleur ami du mari trader roule quasiment sur l’or. Le triangle trouve un juste équilibre jusqu’à la naissance de l’enfant, lorsque les relations se délitent un peu. Le couple perd de l’argent, le meilleur ami n’a pas beaucoup de temps à consacrer à son ami.

On ne sait pas trop où le réalisateur veut nous embarquer, mais il créé des personnages dans la justesse, sans effets. Un portrait qui se dessine de l’époque, avec crise économique en profil et rapport difficile à l’argent (l’ami trader a un passé d’activiste de gauche).

Mais un rebondissement fait basculer le récit. Tout à coup, à la fin de la première demi-heure, l’enfant du couple décède dans des conditions particulières qui vont bouleverser les rapports entre les trois personnages. Et embarquer le film dans un triangle amoureux étrange, où les travers des protagonistes se montrent évidents, où la surprise n’a pas de véritable place, et où le récit traîne la patte.

La mise en scène manque elle de la délicatesse qui marquait la première partie du film. Tout semble basculer dans une sorte d’amorphie plombant l’ambiance et le film. S’il n’y avait eu une audacieuse mise en avant des corps des comédiens Hong So-hee, Park Hee-soon et Jang Hyeon-seong, comme dans aucun des films vus depuis le début du festival, la projection aurait pu tourner à la léthargie. Il faut tout de même contrebalancer cet avis en précisant qu’un problème technique lors de la projection, au niveau du sous-titrage, a souvent rendu difficile l’implication en tant que spectateur.
Mais même sans cette difficulté de compréhension, je ne pense pas que la différence aurait été grande pour ce qui est de l’appréciation globale de My Friend and his wife.
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