jeudi 30 juillet 2009

Enfin un second film réussi dans la saga Harry Potter !

Je ne pensais pas redire cela un jour, pourtant je dois être honnête et coucher ces mots : il est vraiment bon, le nouveau Harry Potter. Une seule fois au cours de la dernière décennie qui a vu débarquer sur les écrans les adaptations des fameux best-sellers, une seule fois suis-je sorti de l’un des films impressionné. C’était évidemment pour le troisième volet, Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, seul film de la saga jusqu’ici à ne pas s’inscrire dans un moule, le seul étant parvenu à dépasser le carcan Potter et s’inscrire comme un film fantastique à part entière. C’était à l’époque à n’en pas douter la marque de son réalisateur, le passionnant Alfonso Cuaron.

A la découverte de Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé, force est de constater qu’enfin un autre cinéaste est parvenu à s’approprier l’univers du jeune sorcier. David Yates, le réalisateur en question, avait déjà signé le précédent volet, l’intéressant mais tout à fait passable Ordre du Phoenix. Alors qu’est-ce qui fait qu’une saga comme Harry Potter, qui en est à son sixième film, tous tournés pour ainsi dire les uns à la suite des autres, puisse sembler trouver un souffle inattendu sans crier gare ? Pour parfaitement répondre à la question, il eut certainement fallu que je lise les romans de J.K. Rowling, ce que je n’ai jamais fait.

Il n’est cependant pas si difficile de voir où Le Prince de Sang Mêlé fait mieux que ses prédécesseurs (exception faite du Prisonnier d’Azkaban bien sûr). A n’en pas douter, le traitement scénaristique de l’univers de Potter est nettement plus soigné dans cette sixième aventure. Le script de Steve Kloves trouve un équilibre bien plus harmonieux entre le mystère et le développement des personnages d’un côté, et l’aventure, voire l’action, de l’autre. Les deux premiers volets bien trop enfantins, le 4ème trop porté sur l’action, ou le 5ème, trop vide pendant 2h avant de s’épiloguer sur une énorme séquence d’action inintéressante à souhait, semblaient toujours pâtir de faiblesses d’écriture.

Comme Azkaban, Le Prince de Sang Mêlé s’aventure vers des zones d’ombres, se joue avec intelligence du fil narratif traditionnel, non pas dans la forme comme c’était le cas dans Azkaban, mais dans le fond, à l’intérieur même de l’histoire. Les personnages se font plus troubles que jamais, insaisissables. La navigation dans les souvenirs collectés permet de fascinants sauts dans le temps qui constituent parmi les moments les plus réussis de la saga.

Le traitement qui est fait des personnages est également mieux dessiné. Pas forcément le trio héroïque au devant de la scène, toujours lisse si ce n’est les facéties comiques de Rupert Grint, mais bien les seconds rôles. Ces personnages de l’ombre qui forgent le caractère d’un film. Rogue (le toujours exceptionnel Alan Rickman), Dumbledore (Michael Gambon, qui nous fait oublier que Richard Harris avait initié le rôle), le nouveau venu Slughorn (parfaitement campé par Jim Broadbent), et même le jeune Malfoy, sont les personnages qui donnent au film son caractère sombre, désenchanté, souvent étonnamment poisseux. Sur ce dernier point, la photographie inspirée du français Bruno Delbonnel joue un grand rôle dans le succès du film.

Il parait peu probable que la double adaptation de l’ultime roman de Harry Potter soit aussi réussie que ce Prince de Sang Mêlé. Car si celui-ci conserve des défauts inhérents à la saga (amourettes adolescentes maladroites, univers visuels, décors et personnages, parfois trop évidemment pompées sur Le Seigneur des Anneaux…), il se démarque par sa capacité à privilégier l’évolution des personnages sur le cours de l’action, et le fait avec des scènes de belles conceptions. Il possède ce charme qu’ont très souvent les épisodes charnières d’une série de films, délestés de l’introduction, pas encore obligés d’amener l’épilogue. Alors qu’on ne peut douter que les dernières heures sur grand écran d’Harry Potter verront des affrontements monstres entre sorciers, ce qui n’a jamais été le fort de la saga.

dimanche 26 juillet 2009

Public Enemies : Michael Mann en froid

C’est fou ce que les jours peuvent passer vite quand on a un voyage au bout du monde à préparer. En conséquence, moins de temps pour le cinéma, et pour en parler ici. Le fléchissement est dû à la période, et ne saurait être définitif. Il faudra juste attendre fin août pour voir de nouveau les posts fleurir sur L’impossible Blog Ciné. Mais quand ça démange, rien n’y fait, il faut écrire. Et aujourd’hui, Michael Mann me démange. Hier soir, je me suis laissé attirer par son Public Enemies à la dernière séance des Halles, dans une petite salle pleine à craquer.

Mann et moi, c’est une histoire compliquée, faite d’admiration et de déceptions. Admiration parfois totale, pour le souffle épique et aventurier du Dernier des Mohicans, pour le face-à-face déjà mythique de Heat. Admiration partielle, pour sons sens de la mise en scène implacable et sa direction d’acteurs remarquable dans des films tels que Révélations ou Ali.

Depuis trois films, le cinéaste américain fait un emploi systématique de caméras HD numériques pour tourner ses films, délaissant totalement le 35mm. Je fais partie des spectateurs ayant du mal à apprivoiser ce nouveau format qui change totalement l’aspect visuel d’un film. La différence entre Michael Mann et les autres cinéastes utilisant cette technique, c’est que lui parvient à faire coller ses sujets à ce format : la virée nocturne mortelle de l’excellent Collateral, les descentes de flics calibrées de Miami Vice.

Je redoutais au plus au point la HD pour un film tel que Public Enemies. Un film de gangster retraçant les derniers mois de John Dillinger, fameux braqueur de banques, populaire auprès des foules, dans le Chicago des années 30. Le réalisme très moderne découlant de ces prises de vue semblait peu à même de s’adapter avec perfection au sujet.
Pourtant rarement l’Amérique de la Grande Dépression n’avait été dépeinte avec une telle acuité visuelle, avec un tel sens de la reconstitution. Public Enemies, à n’en pas douter, respire l’Amérique années 30 à plein nez. Le discours de Mann sur le cinéma et sur le monde qui découle du film n’en est que plus fort. Ce regard posé sur une société en plein doute, en pleine crise, qui ne sait plus reconnaitre les bons des méchants, qui ne sait plus comment considérer une justice et un ordre encore plus violent que les criminels qu’elle pourchasse.
Le discours en filigrane de Mann est l’un des points forts du film, son regard éminemment moderne sur la société en crise à travers un film de gangsters des années 30 se reflétant magnifiquement dans le miroir du monde présent.

Le point faible majeur, c’est que l’un des aspects prédominant du scénario, l’affrontement entre Dillinger et son poursuivant l’agent Purvis, cette chasse à l’homme, cette course poursuite à travers l’Amérique, est fainéante. Elle devrait être épique et époustouflante alors qu’elle ne s’avère que trop prévisible, et amputée par le fait même que le personnage de Purvis est trop peu écrit et trop en retrait par rapport à Dillinger. Mann se montre finalement plus adroit dans la romance entre Depp et Cotillard, à laquelle il parvient à donner du souffle.
Autour du trio, les personnages passent, presque anonymes, Mann profitant de leur grand nombre pour opérer un défilé d'acteurs pas forcément connus, mais tous d’irréprochables gueules de cinéma que l’on prend toujours plaisir à voir (mention spéciale à Stephen Lang en impressionnant agent fédéral épaulant Bale).

Public Enemies, que Mann le veuille ou non, est une démonstration de cinéma hautement froide. Ses personnages, qui ne sont déjà par leur traitement narratif que des ombres, se voient étrangement désacralisés par la photographie inhérente au numérique, manquant à l’évidence de chatoiement feutrant. Si ce parti pris visuel peut servir d’une certaine façon le propos réflectif sur la société en crise, il creuse le manque de satisfaction que le film inspire.

Comme toutes les œuvres de Mann, Public Enemies est une œuvre virtuose, étalant un talent cinématographique éclatant, mais ne parvenant pas à s’équilibrer, à accrocher et à emporter. Mann est un cinéaste majeur qui trop souvent ne parvient pas à réaliser un film à la hauteur de son talent. Une fois encore avec celui-ci.

dimanche 12 juillet 2009

Park Chan-Wook, grandeur et déception(s)

Son nom stigmatise les papilles des amateurs de cinéma asiatique. Il est sans conteste le plus célèbre cinéaste du cinéma coréen contemporain. Pourtant Park Chan-Wook affiche une œuvre étrangement inégale. Si l’évocation d’Oldboy fait frissonner d’un plaisir cinématographique délicieusement électrisant, une bonne moitié de son travail laisse dubitatif quant à la représentativité qu’elle peut offrir du talent du bonhomme. Oui Park Chan-Wook est un grand cinéaste, mais non, il ne parvient pas toujours à exprimer ses aptitudes de façon remarquable, voire simplement satisfaisante. Tour d’horizon des longs-métrages du réalisateur, et de leur importance dans son œuvre.

The Moon is the sun’s dream / Trio
Beaucoup croient que le premier long-métrage de Park Chan-Wook est JSA en 2000. Le réalisateur en avait pourtant déjà signé deux dans les années 90, The Moon is the Sun’s Dream en 1992 puis Trio en 1997, qui avaient tous deux été programmés en juillet 2006 à Paris dans le cadre du coup de projecteur sur le nouveau cinéma coréen. Leur peu de renommée n’est pas si étonnante, à la vue de la qualité approximative des films, mous du genou et visuellement assez laids. Le premier est un film de gangster banal à souhait, le second, tout de même plus vif et intéressant, est le parcours comico-criminel d’un saxophoniste, un simplet et une mère célibataire. Ces deux premiers films ne laissaient en rien supposer que le cinéma de Park Chan-Wook allait faire l’effet d’une bombe dans la décennie suivante.

JSA (Joint Security Area)
Park Chan-Wook est né avec ce troisième film, pionnier de l’impact du nouveau cinéma coréen, devenu le plus grand succès de l’histoire du box-office local (au moment de sa sortie, mais il a depuis été battu à son tour par plus d’un film…) avant de faire le bonheur des festivals à travers le monde, dont celui de Deauville. Alliant l’efficacité d’un suspense tendu et l’émotion d’un drame poignant, JSA prend pour cadre la fameuse DMZ, ce bout de terre séparant Corée du Nord et Corée du Sud. Une enquêtrice de l’ONU y mène les investigations concernant la mort étrange de deux gardes-frontières, l’un du Nord, l’autre du Sud. Park Chan-Wook, tout en maîtrise dans son unité de lieu, dessine avec finesse le malaise entre les nations sœurs ennemies, et l’étrange sentiment qui unit les deux peuples, sous couvert d’un suspense haletant et déchirant.

Sympathy for Mister Vengeance
Après le triomphe JSA, Park Chan-Wook change radicalement de ton, en initiant ce qui allait devenir sa fameuse « trilogie de la vengeance ». Reconduisant en tête d’affiche Song Kang-Ho, en passe de devenir le plus grand acteur du pays, le cinéaste nous entraîne ici non pas dans un polar comme on a voulu nous le faire croire, mais dans un pur drame social. Déstabilisant à souhait, Sympathy for Mr Vengeance, ou l’histoire d’un kidnapping tournant au désastre et entraînant des conséquences incontrôlables, est d’une noirceur inimaginable. L’amertume de JSA ne pouvait laisser présager un film aussi sombre où se mêlent pègre, trafic d’organes, violence et mort. Une peinture déprimante mais profondément marquante de la société coréenne.

Oldboy
A la noirceur de Mr Vengeance, Park Chan-Wook surenchérit dès l’année suivante, décuplant sa virtuosité scénaristique, son sens aigu de la mise en scène, et sa remarquable direction d’acteur. Oldboy fut la bombe de l’année. Ce film qui vous attrape, vous retourne, vous meurtri, vous laisse K.O. mais immensément admiratif. Là où Mr Vengeance collait au drame social sans artifice, Oldboy s’écarte du réalisme pour s’envoler vers les cimes d’une improbabilité fascinante. Vers une violence autant psychologique que physique, qui trouve son salut dans un lyrisme renversant. Un homme est kidnappé et séquestré pendant quinze ans, sans explication. Puis relâché, sans plus d’explication. Sa recherche du « pourquoi » l’entraîne dans un dédale qui le choquera autant que nous. Le chef-d’œuvre de Park Chan-Wook, Grand Prix au Festival de Cannes.

Lady Vengeance
Il eût été un exploit que le cinéaste puisse poursuivre avec une œuvre d’une intensité égale à Oldboy. Si le volet final de sa trilogie de la vengeance n’a pu réussir cet exploit, il n’en demeure pas moins un très bon film. La « lady vengeance » du titre a purgé une peine de 13 années en prison pour un meurtre d’enfant qu’elle n’a pas commis. Mais toutes ces années sous les verrous lui ont permis d’élaborer le plan de sa vengeance, à l’encontre de l’homme qu’elle sait être l’auteur du crime. Moins intense et inattendu que les deux autres volets, Lady Vengeance parvient tout de même à confirmer l’implacable technique de Park, et son souci de placer le spectateur dans un malaise indéniable face à une problématique qui met à mal la morale. Malgré la baisse de régime après Oldboy, Park Chan-Wook semblait promis à un avenir radieux.

Je suis un cyborg
La surprise fût de taille lorsque le réalisateur annonça ce projet : une comédie loufoque interprétée par Rain, l’idole des filles de tout le continent asiatique (voire au-delà…) de par sa carrière dans les dramas télévisés et ses performances de chanteur emblématique de la K-Pop. Après avoir espéré que Je suis un cyborg cachait quelque chose de grandiose, il a fallu accepter la réalité : le film est une incartade douce, barrée, et mineure d’un cinéaste exprimant plus facilement son talent dans la noirceur que dans la légèreté. Bourré de trouvailles visuelles, Je suis un cyborg ne laisse pas pour autant un souvenir impérissable. Heureusement, Park Chan-Wook annonçât rapidement son projet suivant : un film de vampires…

Thirst, ceci est mon sang
Sur le papier, le huitième long-métrage de Park Chan-Wook semblait promis à un impact à la hauteur de la réputation du cinéaste. Un pitch alléchant : un prêtre sert de cobaye (volontaire) dans un laboratoire de recherche pour développer un vaccin contre un terrible virus. L’expérimentation tourne mal, le prêtre décède… avant de revenir à la vie, insensible aux blessures, puissant, et flanqué d’un goût prononcé pour le sang de ses concitoyens. Thirst est pourtant le film le plus décevant de Park Chan-Wook (exception faite de ses deux premiers essais). Après un départ intriguant et prometteur, c’est la débandade. La promesse d’une réflexion passionnante sur le rapport d’un prêtre à sa propre morale, sa foi, ses doutes, ses pulsions premières qui reprennent le dessus, est vite diluée dans un film trop long (2h13 au compteur, il semble en durer 3), trop éparpillé, vadrouillant scénaristiquement dans tous les sens pour ne finalement retomber que bien tard sur ses pieds.


Le personnage du prêtre est bientôt effacé par celui de la femme qui fait l’objet de son attention sexuelle, un personnage extravagant, parfois passionnant, mais prenant trop le pas sur l’intrigue. Park Chan-Wook n’en a pas pour autant perdu sa virtuosité de mise en scène, nous offrant aux deux tiers du film une séquence somptueuse de délectation vampirique échangée, qui aurait fait une superbe séquence finale. Prix du Jury au Festival de Cannes 2009, tout de même (étrange)...
Après un tel ratage, Park Chan-Wook ne peut que repartir vers un niveau qu’il a quitté il y a trop longtemps, l’excellence.

mercredi 8 juillet 2009

Breathless : l'émotion à coups de poings

A un mois de mes vacances en Corée, je commence à avoir quelques points essentiels à finaliser (l’hébergement n’étant pas des moindres). Mais en ces premiers jours de juillet, je peux toujours compter sur le Festival Paris Cinéma pour m’offrir un moyen agréable de préparer mon séjour au bout de l’Asie : voir un film coréen inédit, qui plus est en présence de son réalisateur et interprète principal. Un tout petit film d’auteur provoquant un étonnant déluge de sensations et d’émotions, et laissant, comme suggéré par le titre, à bout de souffle. Au lieu de vous parler des derniers films vus en salles le week-end dernier, je ne peux résister à l’irrépressible envie de vous parler de ce film…

Il y a trois ans déjà, Paris Cinéma avait eu l’excellente idée de mettre à l’honneur le cinéma coréen, donnant l’occasion d’un festin cinéphile difficile à égaler pour qui aime les films issus du Pays du Matin Calme. C’est dans la compétition internationale que figure cette année Breathless, première réalisation du comédien Yang Ik-Joon. A mille lieues des comédies et films d’action dans lesquels l’acteur s’est illustré, Breathless est un film qui ne peut que sortir de ses tripes, fait avec un budget que l’on devine minime mais déployant une force que l’argent n’achète pas.

L’histoire est celle de Sang-Hoon, petite frappe approchant de la trentaine qui gagne sa vie en récupérant des dettes non remboursées auprès de simples citoyens, souvent à l’aide de ses poings. C’est aussi l’histoire de Yeon-Hee, lycéenne peu passionnée par les études qui, depuis le décès de sa mère, fait office de maîtresse de maison auprès de son frère aîné et de son père. La rencontre entre Sang-Hoon, ultra violent crachant son venin à quiconque croise sa route, et Yeon-Hee, adolescente à fort caractère malmenée chez elle, va sensiblement bouleverser la vie de chacun.

Ce qui est passionnant dans le cinéma coréen, c’est que malgré l’attente que l’on développe autour (si l’on s’y intéresse), malgré l’apparente simplicité que l’on semble percevoir dans l’intrigue et les personnages de certains films, comme on peut le ressentir au premier abord avec Breathless, les lieux communs explosent, la facilité est contournée, et le résultat final (au choix) perturbe, choque, émeut, transporte. Breathless, malgré ses moyens limités et des ramifications entre les personnages si clairement établis qu’elles semblent promettre peu d’alternatives à un plan tout tracé, est sans conteste de ces films.

Le misérabilisme social pourrait guetter à chaque séquence. La détresse humaine pourrait être appuyée jusqu’au pathos le plus dégoulinant. La violence physique pourrait verser dans l’apologie jouissive. Pourtant de ces caractéristiques denses, Yang Ik-Joon tire une substance admirable, une galerie d’êtres humains meurtris, les héros en tête, mais également des seconds rôles tous justes, gamin sans père, gangster efféminé, pères fantomatiques.

La richesse de Breathless est de se nourrir de ce qui fait la force inimitable du cinéma coréen, la rupture de tons constante notamment, et de l’associer à un style vif, brut, parfois quasi-documentaire, proche du cinéma social européen, qui pousse constamment le film en avant. Le cinéaste explore chaque aspect de ses deux protagonistes, ne se contentant jamais de les montrer sous un seul visage. Il n’y a pas de problématique simpliste dans le rapport des personnages à la violence, qui est au cœur du film. Sang-Hoon n’est pas une brute sanguinaire sans relief. Justifier et adoucir ainsi ses actes n’est pas le but du réalisateur. Il affine le cogneur déblatérant les insultes à tout va, mais jamais ne le lave de son côté obscur.

Les opposés semblent indissociables sous l’œil de Yang. Violence et bonté ne sont pas incompatibles, mais en aucun cas elles ne sauraient suffire à expliquer ou définir un personnage et ses actions. Drame tragi-comique, Breathless s’affranchit de sa condition de tout petit film d’auteur (Yang est interprète principal, scénariste, réalisateur, producteur et monteur du film), portant un grand coup émotionnel aux yeux et au cœur, faisant coexister sa nette rudesse avec des touches d’allégresse et de douceur (la musique, aérienne, fait penser à du Sigur Ros).

Prix du Jury et Prix de la Critique au dernier Festival du Film Asiatique de Deauville, Breathless devrait sortir dans les salles françaises en décembre prochain.

lundi 6 juillet 2009

Retour au ciné !! (il était temps...)

Ne pas aller au cinéma pendant dix jours. A première vue, rien d’exceptionnel. Ce n’est rien dix jours. Dix petits jours. Pourtant quand on a tendance à passer beaucoup de temps dans les salles obscures, comme je le fais, dix jours sans s’installer confortablement dans une salle pour se voir raconter une histoire sur grand écran, ces dix jours là peuvent paraître très longs. Et surtout créer un retard non négligeable lorsque l’on a l’habitude de voir quatre ou cinq films par semaine.

L’extension à 7 jours de la Fête du Cinéma, que j’ai pris pour habitude d’éviter pour contourner la foule, n’a pas aidé. Bien qu’en fin de compte, l’extrême beau temps semble avoir éloigné les français des salles cette semaine. Du coup ce week-end, après dix jours passés sans avoir une minute à accorder aux salles obscures, ce fût mission : rattrapage cinéma.
Malgré mon irrépressible envie de m’engouffrer dans une salle programmant Very Bad Trip, j’ai fait mon sérieux et accordé ma priorité aux films plus fragiles que la comédie surprise de l’été.

Mon retour en salles s’est donc effectué par le seul mauvais film vu au cours du week-end (sur six films, c’est un bon rendement !), Notorious B.I.G., biopic éculé de la légende du hip hop East Coast des années 90 Chris « Biggie Smalls » Wallace. Abattu à Los Angeles en 1997, le rappeur américain méritait certainement mieux qu’un film à sa gloire ne parvenant jamais à poser un regard fouillé sur la figure de Brooklyn. Le personnage est fatiguant et caricatural, et le regard du cinéaste George Tillman Jr. ne parvient pas à exister en dehors d’une succession de clichés typique du genre : la mort en ouverture, retour à l’enfance, récit plat, avec en prime une ridicule succession de passages obligés avant la mort annoncée : la rédemption envers la mère, l’ex, la fille… dans les deux minutes précédant l’assassinat à l’écran.

On était en droit d’attendre une radioscopie réaliste de la culture hip hop des années 90, ou un regard acerbe sur la rivalité du milieu, mais tout ceci n’est qu’effleuré avec lourdeur. Espérons que le jour où Hollywood se penchera sur le destin également funeste (et autrement plus intéressant) de Tupac Shakur, le travail aboutira à un film autrement plus ambitieux. Mais après tout, qu'attendre d'un film produit par la mère de Biggie Smalls et son producteur et ami de l’époque, Puff Daddy ?

Après ce travail bâclé, ce fût un plaisir d’assister au spectacle certes classique mais hautement maîtrisé de Jeux de Pouvoir. Un thriller politique qu’il est bien sûr difficile de ne pas comparer à ses aînés des années 70, ceux concoctés avec savoir-faire par Pakula, Pollack ou Lumet. Mais finalement, le film moderne de Kevin McDonald, inspiré de la série britannique « State of Play », n’a pas franchement à rougir de la comparaison. Exploration des arcanes du pouvoir à Washington, avec ses complots tortueux cachés derrière chaque colonne du Capitole, Jeux de Pouvoir est surtout un film sur l’état du journalisme en 2009. Un vibrant hommage au travail de journaliste à une époque où l’information n’a plus le même sens ni la même forme qu’il y a 30 ans.

On peut reprocher au film de ne pas viser une certaine grandeur auquel le genre pourrait pourtant se prêter, il n’empêche qu’il est un divertissement hollywoodien haletant et intelligent. Il est aussi servi par une interprétation de grande qualité, de Russell Crowe en vieux loup du journalisme, à Ben Affleck, jeune politicien plein d’avenir pris au cœur d’une machination politique.

Le troisième film de cette journée de rattrapage (ça faisait longtemps que je n’avais pas fait trois films dans la journée) a confirmé la bonne tenue de la comédie française, Tellement proches. Je ne dirais pas que c’est une surprise, étant donné que ceux à qui l’on doit le film, le duo Eric Toledano / Olivier Nakache, sont déjà responsables de deux des meilleures comédies hexagonales de ces dernières années, Je préfère qu’on reste amis et Nos jours heureux. Mais il démontre assurément que l’on peut compter sur les deux compères pour offrir au genre comique en France un mélange de loufoquerie jouissive et de regard tendre rare de par chez nous.

Le fait qu’ils travaillent en duo apporte beaucoup au cinéma de Toledano et Nakache. Le film déborde de dialogues, situations et personnages truculents, offrant parfois un visage un peu brouillon et trop plein à l’ensemble, mais si réjouissant qu’on leur pardonne leurs excès.

Rendez-vous demain pour la suite de mon retour en salles…

mercredi 24 juin 2009

L'amitié au cinéma : hors des sentiers battus

Il y aurait de quoi écrire une thèse sur la représentation de l’amitié au cinéma. Si l’on a souvent tendance à décomposer ce lien entre les être humains selon les genres ou les âges, il faut tout de même avouer qu’au bout du compte, homme ou femme, jeune ou vieux, le sentiment profond est le même, et son traitement cinématographique pas aussi évident qu’il y parait. C’est une chose que de présenter des personnages comme des amis, c’en est une autre de le faire ressentir au plus profond de soi.

Il est encore moins évident de deviner quel film va nous offrir un regard vif et touchant sur le sujet. Ne cherchez pas dans un film dont le titre comporte le mot « Ami » car il s’agit souvent d’un faux ami, un film traitant l’amitié de façon trop convenue, trop attendue, trop facile. Le mariage de mon meilleur ami ? Mon meilleur ami ? Non, ne cherchez pas dans cette voie là.

Cherchez un film dont le pitch n’amène pas immédiatement le thème de l’amitié. Cherchez Un monde parfait et sa cavale d’un taulard dans le Texas des années Kennedy. Cherchez JSA et ses gardes frontières coréens sur la zone démilitarisée, pris dans le tourbillon d’une tragédie inévitable. Cherchez Les évadés et la vie dans la prison de Shawshank dans les années 40.

2008 nous avait offert une des histoires d’amitié les plus inattendues, rafraichissantes et emballantes qui soit, Delire Express de David Gordon Green, ou l’échappée de deux fumeurs de joints pris pour cibles par des flics véreux. 2009 ne sera pas exempt d’un film s’attachant remarquablement à cette thématique secondaire de l’amitié qui parvient à prendre le dessus sur le reste. Ce film est… un long-métrage d’animation japonaise intitulé Piano Forest. Le pitch ? Un jeune ado de bonne famille, apprenti pianiste, débarque de Tokyo dans une petite ville de province et découvre que la forêt locale abrite un piano ne répondant qu’aux mains d’un garçon issu des quartiers mal famés de la ville.

Les films cités plus hauts étaient surtout le parfait exemple de la représentation de l’amitié masculine sur grand écran. Piano Forest s’attache lui à l’amitié enfantine. Dans un film d’animation, le risque de traiter le sujet à hauteur d’enfant et lui imprimer ainsi le ton correspondant est grand. L’immense réussite du film de Masayuki Kojima est de trouver le parfait équilibre entre la part enfantine du sujet, à travers le personnage de Kai, le jeune chien fou, et sa part adulte, le sérieux Shuhei. La joie insouciante côtoie cette amertume toute rétrospective, nostalgique d’un point dans le temps conservé et chéri dans un coin de la mémoire.

C’est un film exalté mais qui place le non-dit et la réserve en son cœur, dans un souci de retenue réaliste dans cette peinture de l’amitié. L’amitié parfaite est un véritable fantasme geek (regardez tous les films de Kevin Smith ou Judd Apatow) qui trouve le plus souvent son plus beau traitement dans le cinéma asiatique. Car la sobriété des sentiments qui accompagne l’amitié (honnête et réfléchie, à l’opposé de l’amour, passionné et déraisonnable) se retrouve parfaitement dans la capacité du cinéma oriental à exprimer la retenue.

Piano Forest s’avère ainsi être, en fin de compte, la très belle histoire d’un riche gamin des villes et d’un pauvre gamin des champs unis par leur attachement au piano. Un film offrant toutes ses lettres de noblesse à l’amitié pure et sans arrière-pensée. Un brin fantasmagorique, mais que l’on rêve tous de connaître dans nos vies.

mardi 16 juin 2009

Les beaux gosses dynamitent les habitudes du cinéma français

A l’heure où la geek attitude se dé-ghettoïse de plus en plus de par le monde, le constat affligeant d’un manque total d’assimilation de cette culture dans le cinéma hexagonal fait peine à voir. Ou plutôt « faisait » peine. Car sans crier gare, Les Beaux Gosses débarque et donne un sérieux coup de vitamines à la diversité cinématographique française, qui jusqu’ici semblait bien incapable d’offrir un film de contre culture digne de ce nom.

Pour bien assimiler l’importance et la richesse d’un film tel que Les Beaux Gosses, il faut ouvrir son esprit cinéphile au-delà des cases bien réglementées où le cinéma français aime malheureusement trop souvent se ranger. Pour commencer il ne faut surtout pas voir le film comme un simple film générationnel, une simple comédie s’adressant à la tranche adolescente de la population, ou un simple long-métrage potache. Riad Sattouf, venu de la BD, auteur, réalisateur, producteur (et même compositeur !) du film, est un cinéaste qui risque d’offrir énormément à la production française dans les années à venir.

Pourquoi ? Parce qu’avec Les Beaux Gosses, il pare le cinéma gaulois d’un visage inédit. Il est l’un des rares en France à oser penser, dans sa façon d’écrire et de réaliser, qu’il ne faut pas s’arrêter à des thématiques et leur simple mise en image. Il est l’un des rares à comprendre qu’il s’agit de s’exprimer non seulement à travers le contexte social et sociologique de son époque, mais également à travers sa culture et ses dérivés peu glorieux.

Ce qui fait la richesse du cinéma, c’est qu’il est en constante évolution, qu’il s’abreuve, absorbe l’air du temps de son époque. Bien sûr, les préoccupations des ados de 2009 ne sont, dans le fond, pas si différentes de celles des ados d’il y a 30 ans. Les filles, le sexe, la musique… Mais les ados de Sattouf sont des ados d’aujourd’hui, ce qui trop souvent dans le cinéma français ne sait être reflété autrement que par des jeunes stéréotypés en colère qui brandissent toutes les trois secondes leurs téléphones portables au nez de leurs parents.

Dans Les Beaux Gosses, les protagonistes sont brossés avec nettement plus d’acuité sociétale et de détails amusants. Internet, rap, porno, jeux de rôles, télévision, le cinéaste distille les éléments de la contre-culture moderne tout au long du film. Ces éléments nouveaux du cinéma français s’ajoutent à l’observation sociale en finesse, des familles monoparentales à la cruauté des ados entre eux, qui loin au final de créer une mixture indigeste, trouvent le ton et la rigueur dignes de toutes les meilleures comédies anglo-saxonnes. On retrouve à la fois la saveur sucrée du John Hughes des années 80 et le ton crade et tendre de Judd Apatow dans Les Beaux Gosses.
Il y a chez Sattouf une capacité de cinéaste et des qualités d’auteur semblant dire « Je vais vous décloisonner le cinéma français et vous montrer qu’on peut, en France, s’appuyer sur un genre considéré mineur et des éléments de contre-culture pour tisser un film d’auteur à part entière».

Son film, l’histoire d’un adolescent de 3ème et sa petite bande de potes, tous au look et à l’attitude qui leur vaut d’être moqués et martyrisés par leurs camarades plus en vue, leurs déboires en classe et à la récré, les relations avec leurs parents, les émois amoureux, les désirs sexuels, les rêves qui ont du mal à prendre forme, est notamment peuplé de personnages d’une saveur sans égal, à la fois très réalistes et pourtant totalement délirants, que ce soient les ados ou les adultes (Noémie Lvovsky, irrésistible en mère couveuse et dépressive).

Il n’est pas besoin d’être adolescent ou de reconnaître un certain pan de son passé pour apprécier ces beaux gosses. Il suffit d’aimer rire et être un citoyen de 2009 en minimum en phase avec son époque. Et là, croyez-moi, les fous rires fusent.
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