jeudi 5 juin 2014

Whiplash : ça claque à la reprise des films de Cannes !

Il est un rendez-vous cinéphile parisien que je ne manque sous aucun prétexte chaque année, c’est celui de la reprise des films de la Quinzaine des Réalisateurs, d’Un Certain Regard et de la Semaine de la critique, quelques jours après leur découverte au Festival de Cannes. C’est dans ce cadre-là que j’avais vu « The Host » de Bong Joon-ho au printemps 2006, et d’année en année, je viens y chercher les nouvelles pépites de Cannes.

Voilà, nous sommes en plein dedans, alors qu’au Reflet Médicis, la reprise d’Un Certain Regard vient de s’achever, celle de la Quinzaine au Forum des Images bat son plein tandis que celle de la Semaine de la Critique démarre à la Cinémathèque Française. Au Reflet, je me suis faufilé devant « Jauja », le film argentin de Lisandro Alonso qui plonge Viggo Mortensen dans la Patagonie du 19ème siècle à la recherche de sa fille échappée. Un film lancinant et hypnotique qui tend vers le fantastique, quelque chose de Bergmanien au pays du maté.

Je me suis invité devant deux films coréens également, la chronique provinciale « A Girl at my door » (Doheeya) issue d’Un Certain Regard et le thriller « A Hard Day » issu de la Quinzaine des Réalisateurs, mais non, je n’en dirai rien, ma fonction au sein du Festival du Film Coréen à Paris (qui au passage se tiendra du 28 octobre au 4 novembre cette année) me bâillonnant sur le sujet.

Et puis il y a eu « Whiplash ». Salle 300 du Forum des Images, un samedi soir à 20h, après avoir couru depuis le Reflet Médicis pour ne pas en rater le début. Whiplash qui n’a pas fait trop de bruit dans la presse française pendant le festival, mais qui ne manquera pas de faire parler de lui cet hiver quand il sortira en salles, j’en suis sûr. Whiplash, un film qui porte si bien son titre (« coup de fouet ») tant on en sort revigoré, excité, heureux. La simplicité comme mot d’ordre, mais pas une simplicité péjorative. Une clarté si vous préférez, avec assez peu de personnages, peu d’intrigues parallèles, tout est concentré sur Andrew, 19 ans, étudiant en première année dans une prestigieuse école de musique, qui rêve d’être un des plus grands batteurs que le jazz ait connu. C’est pour cela qu’il s’est inscrit dans cette école, et c’est pour cela qu’il veut se faire remarquer par Fletcher, le professeur star de l’école, qui dirige un groupe de jazz que tous les élèves de l’école rêvent d’intégrer.

Le rêve est grand, et la marche à franchir pour l’atteindre est immense, tant Fletcher est aux étudiants ce qu’un sergent-instructeur est aux Marines américains. Ce qui apporte une gouaille jouissive au personnage du professeur, campé à la perfection par J.K. Simmons. L’homme est à la fois irritant et hilarant, et c’est lui qui donne le tempo que doit apporter en face Miles Teller, décidément un jeune acteur prometteur après sa belle interprétation dans « The Spectacular Now » en début d’année.

Tout est affaire de tempo, et d’énergie. « Whiplash », c’est tout l’art cinématographique du climax mis en application. C’est une tension qui va crescendo, une montée en puissance discrète mais indéniable. Et quand on croit que c’est terminé, c’est là que tout à coup la jubilation explose, les sens sont mis à contribution, et le film nous place dans un moment d’euphorie cinématographique incroyable, dix minutes pendant lesquelles le réalisateur nous agrippe avant de nous abandonner d’un claquement de doigt en pleine extase. La sensation est rare, et la ressentir ainsi devant un « petit » film, ressentir cette joie, cette intensité, alors le petit film gagne en grandeur. Non, ce n’est vraiment plus un petit film. Sundance, qui lui a décerné ses prix, a eu raison. La Quinzaine des Réalisateurs, qui l’a invité, a eu raison. Nous avons eu raison, les spectateurs de la salle 300 du Forum des Images, ce samedi soir, d’être allé jeter un œil à ce drôle de petit film où un étudiant joue à la batterie jusqu’au sang devant un prof qui lui hurle dessus. Et ce climax explosif, je connais des films Hollywoodiens qui auraient aimé en fournir ne serait-ce que 15%, d’une intensité pareille, dans leurs derniers actes.

Alors Hollywood, prends-en de la graine. Retenons le nom du réalisateur Damien Chazelle. Et moi, je vais peut-être me mettre à la batterie.

5 commentaires:

Farlane a dit…

Malgré des interventions très rares ces derniers temps, ça fait toujours plaisir de te lire.
Tu as encore attisé ma curiosité en évoquant ce fameux "Whiplash".
j'ai hâte de le découvrir.
Merci à toi et bonnes futures projections.
Farlane

Martin a dit…

Vivant ! Il est vivant !

C'est sympa de parler de ce petit film dont, en effet, je n'avais rien lu jusqu'à présent. Je ne suis pas sûr d'aller le voir, mais tu donnes envie.

Content de relire une chronique ici. Et plus que jamais, j'espère que tu vas enchaîner !

Jun Scissorhands a dit…

Houla je suis encore plus pressé de voir Whiplash qui me tente depuis Sundance. Merci pour cette "petite" chronique !

David Tredler a dit…

Merci pour ces petits commentaires . C'est vrai que les billets se font rares ces temps-ci. Ça va, ça vient... ;)

Léo Margot a dit…

Bravo pour ta description ! C’est l’un des longs métrages de cette année à ne pas manquer !

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