mardi 6 janvier 2009

Ces personnages appelés à devenir cultes

On a tous nos personnages cultes. Hrundi V. Bakshi, Napoleon Dynamite, Choco, The Dude, ou Wayne Wayne Wayne Junior font partie de mon panthéon (parmi tant d’autres). Chaque année apporte son lot de petits nouveaux potentiels. Voici ceux qui m’ont particulièrement marqué en 2008 (je me suis plus attaché aux seconds voire troisièmes rôles)...

Shampoo
Le film : Shotgun Stories
L’acteur : G. Alan Wilkins
Pourquoi le personnage est génial : Dans cette Amérique profonde dépeinte dans Shotgun Stories, chacun est iconoclaste et un brin barré. Shampoo est lui un vrai gentil complètement à côté de la plaque. Lunettes déglinguées, voiture/couchette, chacune de ses apparitions est un moment de loufoquerie inattendue.



Red
Le film : Délire Express
L’acteur : Danny McBride
Pourquoi le personnage est génial : Red est LE personnage de l’année. Un refourgueur de marijuana lâche et menteur qui se rêve ami sans failles avec un credo qu’il n’arrive pas à tenir : « Bros before the hoes », « Les potes avant les putes ». Malheureusement pour ses amis et heureusement pour nous, Red est bourré de failles, la première étant son opportunisme minable, la seconde son manque total de pudeur (comme lorsqu’il mentionne son passé de tapineur).



Racer X
Le film : Speed Racer
L’acteur : Matthew Fox
Pourquoi le personnage est génial : Si le film des Frères Wachowski est à moitié raté, c’est parce qu’il n’ont pas su visé le bon public. Ils se sont évertués à s’adresser aux gamins avec leur chimpanzé ridicule, alors qu’ils avaient sous la main un personnage énorme, Racer X. Mystérieux, rebelle, protecteur, Racer X est le synonyme même de l’adjectif « cool ». Si Speed Racer n’est qu’à moitié raté, c’est surtout grâce à lui.



Harry Waters
Le film : Bons baisers de Bruges
L’acteur : Ralph Fiennes
Pourquoi le personnage est génial : Tarantinesque est un mot employé de façon abusive la plupart du temps. Pourtant je vais me permettre de l’employer pour définir Harry Waters. Ce boss mafieux dont on entend d’abord la voix avant de découvrir le visage veut se faire passer pour un aristo alors qu’il est un nouveau riche vulgaire, au sens de l'honneur certes très développé. Ralph Fiennes lui offre une verve jubilatoire, surtout lorsqu’il s’agit de débiter le mot « fuck » sous toutes ses formes avec une abondance qui ferait pâlir Tarantino lui-même.



MO
Le film : WALL-E
Pourquoi le personnage est génial : C’est une de ces petites merveilles que seul le cinéma d’animation est capable de créer. Un personnage de comique pur, muet, doté d’un gimmick humoristique impayable, qui rappelle les grands personnages du cinéma muet. MO passe le film à courir après WALL-E et ses traces de terre, et il n’y a rien qui ne saurit le perturber dans sa tâche si ardue. Une nouvelle preuve de la richesse scénaristisque des films Pixar.




The Joker
Le film : Dark Knight
L’acteur : Heath Ledger
Pourquoi le personnage est génial : Dans l’univers des super héros, c’est le méchant par excellence. Probablement le plus célèbre, le plus emblématique. Après la version cartoonesque de Jack Nicholson dans le premier Batman de Tim Burton, Christopher Nolan a fait du Joker un être insaisissable, anarchiste, sans peur aucune. Il fascine autant qu’il terrifie. J’étais le premier sceptique lorsque Ledger avait été engagé pour l’incarner. Il en a pourtant tiré une des plus grandes performances qui soit.



Kirk Lazarus
Le film : Tonnerre sous les Tropiques
L’acteur : Robert Downey Jr.
Pourquoi le personnage est génial : C’est le personnage le plus improbable de l’année. Un comédien australien perfectionniste dans l’art de la Méthode qui subit une opération pour avoir la peau noire pour un rôle. Un personnage imbu, pédant, raciste malgré lui, qui s’avère une mine inépuisable de rires et de répliques cultes. « I’m the dude playing the dude disguised as another dude ».




Johann Krauss
Le film : Hellboy II, les légions d’or maudites
L’acteur : Seth MacFarlane (voix)
Pourquoi le personnage est génial : Il personnifie à la perfection ce qui fait le charme et le génie du cinéma de Guillermo Del Toro : une pincée de mystère, un zeste d’humour, et une poignée de merveilleux. Un spécimen irrésistible du bestiaire humanoïde fantastique du cinéaste mexicain, filet de fumée à l’accent allemand matérialisé dans une combinaison.



Neil Patrick Harris
Le film : Harold et Kumar s’échappent de Guantanamo
L’acteur : Neil Patrick Harris
Pourquoi le personnage est génial : Parce que c’est Neil Patrick Harris lui-même. Si vous êtes un(e) inconditionnel(le) du Barney qu’il interprète dans « How I met your mother », vous vous délecterez de sa performance pseudo autobiographique dans la suite délirante des aventures de Harold et Kumar. Et vous poserez désormais régulièrement cette question : « What would NPH do ? ».



Mention spéciale du personnage à fort potentiel qui n’a malheureusement que deux scènes dans son film : Gautier, le majordome gentleman de Largo Winch dans le film du même nom. J’espère que la suite offrira une place plus importante à cet iconoclaste.

lundi 5 janvier 2009

Les heures perdues de 2008

Si le cinéma peut être source de bonheur, de joie, voire de jubilation intense, il est aussi fréquemment un lieu de déception, de médiocrité ou d’ennui profond. 2008 n’a pas échappé à la règle, et avant de mettre en avant ce qui m’a enthousiasmé en salles, voici un échantillon des films qui m’ont fait regretter de m’être déplacé pour entamer cette semaine rétrospective sur l'année écoulée…

Sweeney Todd
Que le dernier film de Tim Burton ait généré un tel buzz lors de sa sortie en janvier 2008, et que Johnny Depp se soit vu au passage nommé à l’Oscar du meilleur acteur pour son rôle de barbier sanguinaire, me dépasse totalement. Tape-à-l’œil et mièvre, cette comédie musicale n’a rien du conte sombre et baroque attendu.

La Ronde de Nuit
Je sais, j’aurais dû me méfier, Peter Greenaway n’ayant pas collecté les meilleurs critiques de sa carrière en portant à l’écran ce portrait de Rembrandt, loin de là. Ma curiosité était tout de même titillée, une curiosité qui m’a valu plus de 2 heures d’un ennui profond.

Le Dernier Repas
Qui a dit que je n’étais pas capable d’objectivité lorsqu’il s’agissait de cinéma coréen ? La nationalité a beau attirer mon attention à coup sûr, Le dernier repas est la preuve que la Corée peut elle aussi produire des œuvres prises de tête qu’on souhaiterait ne pas avoir vues.

Dorothy
Si la jeune comédienne qui incarne le rôle-titre est saisissante, je ne peux en dire autant de ce thriller qui se veut sombre et mystérieux mais ne suscite pas la moindre empathie. Cela se regarde d’un œil morne et désespéré.

La possibilité d’une île
Attendu comme un évènement à la rentrée de septembre, le premier film de Houellebecq, adapté de son propre roman, fût le four le plus retentissant de l’année. Et pour cause : c’est à n’en pas douter un authentique navet. Un vrai de vrai comme on en fait rarement. A ce sens, je ne regrette pas de l’avoir vu en salles (d’autant que nous sommes peu pouvoir nous en vanter !).

Vinyan
Emmanuelle Béart cherchant son fils disparu lors du tsunami dans la jungle thaïlandaise. Le projet était prometteur, très mystique, par le réalisateur du choc Calvaire. Au final Vinyan fût pour moi l’un des films les plus pénibles de l’année, avec un personnage central parfaitement insupportable.

Musée haut, Musée bas
J’adore « Palace », la série culte créée par Jean-Michel Ribes, et j’attendais le même mordant de cette exploration de la culture française. Cruelle déception devant cette succession de saynètes sans intérêt, plates et prétentieuses. Un nombre de « stars » incroyable, mais ils auraient mieux fait de s’abstenir.

La plus grande déception de l’année 2008…
Ce pourrait être Un Conte de Noël, mais n’ayant jamais aimé l’œuvre de Desplechin… Ce pourrait être Babylon A.D., un de mes romans cultes devenu nanar hollywoodien, mais Kasso nous avait lui-même prévenu… ce pourrait être Parlez-moi de la pluie, la première collaboration Bacri/Jaoui tombant à plat ou encore X-Files : Régénération qui a perdu toute trace du fantastique qui faisait le sel de la série… Mais non… sans conteste, la plus grande déception cinématographique de l’année n’est autre que…

Indiana Jones et le Royaume du Crâne de Cristal
Voilà près de 20 ans qu’on attendait que Spielberg filme de nouveau Harrison Ford en archéologue coiffé de son célèbre Fedora… 20 ans qu’on pensait que quoiqu’il arrive en 2008, on aurait un grand film d’aventures hollywoodien. Perdu. George Lucas a refusé plein de scénarios que Spielberg adorait, et a mis en avant celui-ci, un délire extra-terrestre dégoulinant d’effets spéciaux numériques puants. Après un premier acte prometteur, tout devient creux, vide de personnages, sans aucune densité scénaristique. On ne reconnaît plus Indiana Jones, et on se prend à rêver que le scénario de Frank Darabont refusé par Lucas ait été validé…

Mentions spéciales des films ayant failli être cité dans ces lignes : The Dead Girl, 10.000, Horton, Deux sœurs pour un roi, Funny Games US, Cleaner, Trop jeunes pour mourir, The Hawk is Dying, Une histoire italienne, Bangkok Dangerous, Manipulations, Love Gourou, La Bande à Baader.

vendredi 2 janvier 2009

Adieu 2008

La cloche a sonné, les verres ont tinté, et 2008 s’en est allé. En ces premières heures de la nouvelle année, avant de se projeter vers l’avenir, il est impossible de résister à la tentation de faire le point sur l’année cinéma qui vient de s’écouler.

Dans cette optique, les jours qui viennent vont être consacrés à ce que tout cinéphile geek prend un malin plaisir à faire : dresser des listes. Dégager de 2008 les meilleurs films, les plus mémorables performances d’acteurs et actrices, et tout un tas d’autres faits et créations cinématographiques qui m’auront marqué cette année. Les actrices qui ont fait chaviré mon cœur, les bandes annonces-annonces qui m’ont fait saliver, les affiches qui ont accroché mon œil, les personnages qui m’ont éclaté…

Il me reste une petite poignée de films à voir ce week-end avant de m’assurer que mon bilan prendra bien tout et tout le monde en compte, du moins ceux qui valent d’être mentionnés.

L’année cinéma 2008 aura pour moi comptabilisé 212 films sortis en salle, plus 18 autres vus lors de festivals et rétrospectives. 230 films originaires d’horizons divers : 101 films américains, 47 français, 18 chinois, 16 coréens, 14 britanniques, 5 italiens, 4 espagnols, 3 israéliens et allemands, 2 irlandais, australiens, thaïlandais, mexicains et islandais, et 1 de chacun de ces pays : Japon, Brésil, Inde, Singapour, Belgique, Argentine, Philippines et Kazakhstan.

Rendez-vous dans les jours qui viennent pour vous parler de tout ce que j’ai aimé en 2008…

mercredi 31 décembre 2008

Adam Sandler attire Maïwenn et son fils, les plus mauvais spectateurs au monde !

Adam Sandler est un rendez-vous. Il fait partie de ces acteurs dont on décide d’aller découvrir le nouveau film, simplement parce que c’est « le nouveau Sandler ». J’ai longtemps ignoré ce comédien américain issu, comme la plupart des grands, du Saturday Night Live. Le gaillard a un côté agaçant dans la façon d’exprimer son humour qui n’a pas toujours été de mon goût.

Le déclic pour moi s’est produit avec son film le moins « Sandlerien » à l’époque, Punch-Drunk Love de Paul Thomas Anderson. L’acteur y a piqué mon intérêt, qui n’a depuis cessé de grandir. Je ne suis pas un fan absolu de tous ses films (je pourrais regarder mille fois Amour & Amnésie, alors que je ne suis pas pressé de redécouvrir Click…), mais au fil de sa filmographie Sandler s’est sans conteste imposé comme un comique « génial » au sens premier du terme.

Histoires enchantées ne promettait pas d’être le Sandler le plus hilarant, dans la mesure où l’humour du comédien s’épanouit plus volontiers dans le graveleux et le ridicule que dans l’enfantin auquel ce nouvel opus était voué d’avance. Sandler y interprète l’homme à tout faire d’un grand hôtel qui doit garder son neveu et sa nièce pendant une semaine. Chaque soir il leur raconte une histoire avant de dormir, histoire dont certains éléments prennent vie dans son quotidien le lendemain.

Aventures, rêves, romance, tout va s’offrir à lui sans grande surprise, mais le talent comique de Sandler, et son mélange naturel de candeur et d’apparente stupidité, aident le film à se montrer plus intéressant que si un autre acteur s’y était collé. Forcément après la décharge d’absurde irrésistible que fût Rien que pour vos cheveux l’été dernier (il y incarne un agent du Mossad qui se fait passer pour mort afin de s’installer à New York et réaliser son rêve de devenir coiffeur !), ces Histoires enchantées paraissent bien sages, mais bon…

Je suis bien heureux que les enfants français aient l’occasion de mieux se familiariser avec Adam Sandler grâce à cette production Disney, mais malheureusement il en résulte une fréquentation des salles… dérangeante. J’espérais bien, en me rendant aux Halles à la séance de 18h15, une des rares en VO après toutes les projections en VF de la journée, éviter les rangs bondés de gamins parlant et commentant le film tout du long.

Ce fût presque le cas, les rares enfants se tenaient relativement à carreau… excepté un. Placé idéalement dans la salle, vers le sixième rang, presque bien centré, je me suis d’abord méfié des trois enfants, presque ados ou ados, se trouvant juste derrière moi avec leurs bonbons et pop-corn. Mais il me suffit d’entendre leur mère leur dire de ne pas tout manger parce qu’il était tard pour comprendre que ceux-ci ne me gêneraient pas.

Je me suis en revanche douté dès les bandes-annonces que ce petit bondissant sur son siège et parlant fort, à trois sièges sur ma droite, séparé de moi par sa mère et un siège vide, allait me poser plus de difficultés. Il s’est avéré une petite peste ambulante. Ambulante parce que la tête blonde n’a pas arrêté de bouger, gesticuler, sauter, monter et descendre de son siège pendant 1h30.

Peste, parce que non content de parler, et commenter les faits et gestes des personnages à l’écran, il n’appréciait pas du tout que la salle rit à ce film qui à l’évidence ne lui plaisait que moyennement. Et il nous le faisait savoir, à chaque fois que nous avions l’audace de rire, en se levant sur son siège et en criant à la salle « C’est pas vrai !!! C’est pas drôle !!!! ».

Non, ce cher ange n’était bien sûr pas seul, il était accompagné de sa mère, qui s’est avéré être la comédienne / réalisatrice Maïwenn Le Besco. Sa proximité, et ma connaissance peu appréciative de son travail, m’ont permis de la reconnaître assez vite.

Ce que j’ai découvert ce soir, devant le « nouvel Adam Sandler », c’est que Maïwenn est une spectatrice exécrable. Passé le bon goût d’emmener son fils (de 5, 6 ans ?) voir Histoires enchantées en VO, la jeune femme ne fait aucun effort pour le confort des autres spectateurs, à savoir inculquer à son fils que voir un film dans une salle de cinéma ne revient pas à regarder un film dans son salon en faisant à moitié la bringue. Son fils lui parlait d’une voix normale, elle lui répondait, sans chuchotement aucun. Son fils hurlait sur son siège, tout juste lui faisait-elle un timide signe « Chut » qu’il ignorait royalement.

Aucun respect pour le film, aucun respect pour les autres spectateurs, aucune préoccupation quant à savoir si le gamin ne perturbait pas un peu les autres. A l’évidence son fils aurait préféré partir. Et je crois que 100% des spectateurs se trouvant à proximité, et même un peu plus loin, de Maïwenn Le Besco et son fils, auraient souhaité de même. Mais elle s’amusait et ne se souciait pas plus que cela du comportement de sa chère tête blonde.

Je me demande à quel point elle apprécierait que les spectateurs se comportent ainsi devant son nouveau film de réalisatrice, Le Bal des actrices, sur le point de sortir en salles. Avant que celui-ci ne sorte, j’aurais en tout cas conté à toutes mes connaissances cette projection d’Histoires enchantées. Est-ce que je souhaite en secret que son film soit un bide ? Noooooooon. Pas en secret !

mardi 30 décembre 2008

Jodhaa Akbar : Bollywood festoie sur les Grands Boulevards

Le 20 juillet 2002, dans la salle 21 de l’UGC Ciné Cité Les Halles, à la séance de 10h du matin. Voici la réponse à la question « Quand suis-je tombé sous le charme du cinéma de Bollywood ? » (Non, je ne baratine pas, j’ai retrouvé le ticket).

Il s’agissait de Lagaan, le premier film issu de Bollywood à sortir en salles en France. J’avais mis près d’un mois à me décider (le film était sorti fin juin), tergiversant à la perspective de me retrouver coincé devant une comédie musicale indienne de plus de 3 heures, qui plus est avec pour cadre principal une partie de cricket dans l’Inde du 19ème siècle. Ma curiosité cinéphile l’avait finalement emporté, et bien m’en avait pris.

Quiconque n’a jamais assisté à un tel spectacle ne peut qu’avoir les plus grandes peines à imaginer la surprise et les sensations ressenties devant un film comme Lagaan, ou plus tard Devdas ou La Famille Indienne. Lagaan a suffi à me convaincre de ne jamais manquer un rendez-vous Bollywoodien lorsqu’il se présentait à Paris. Le problème, c’est qu’après un léger engouement de quelques petits distributeurs français, notamment Bodega Films, entre 2002 et 2006, période qui vit donc débarquer dans les salles hexagonales Lagaan, puis Devdas, La Famille Indienne, New York Masala, Swades, Veer Zaara, plus un ou deux autres dispensables, l’intérêt semble être retombé.

Depuis plus de deux ans maintenant, aucune production de Bollywood n’est sortie en salles en France, pendant que nos voisins britanniques se régalent régulièrement des dernières apparitions à l’écran de Shah Rukh Khan, Rani Mukherjee, Preity Zinta ou Aishwarya Rai.

En cet automne 2009, c’est donc un évènement immanquable que nous ont concocté Bodega Films et le Max Linder Panorama, en mettant sur pied trois projections exceptionnelles de Jodhaa Akbar, la nouvelle réalisation d’Ashutosh Gowariker, dont le premier film n’était autre que… Lagaan.

Après avoir raté les deux premières projections, en octobre et novembre, celle du 28 décembre était ma dernière chance, et je ne l’ai pas manquée !
Interprété par une des grandes stars masculines du moment, Hrithik Roshan, et la divine Aishwarya Rai, Jodhaa Akbar n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait attendre d’un film Bollywoodien, une comédie musicale. C’est une fresque historique, épique, romantique et dense (3h25 tout de même). Les quelques numéros musicaux du film ne sont pas des morceaux chantés à proprement parlés, mais plutôt des rêveries en voix off, plus classiques et tendant moins vers cette kitscherie si charmante.

Ce trait renforce grandement la dramaturgie de l’histoire qui nous est contée, celle de Jalaludin Mohammad Akbar, empereur Moghol du 16ème siècle, musulman, ayant pris pour épouse la princesse Rajpoute Jodhaa, de confession hindoue, afin d’unifier l’Hindoustan sur lequel il régnait. Cette union allant à l’encontre des traditions ne plut pas à tout le monde, et Jodhaa Akbar conte les prémisses de cette union, les alliances et complots fomentés dans le but de rompre le fragile équilibre en résultant, et l’irrésistible et inattendu amour qui naquit au sein de ce couple mixte improbable.

Ashutosh Gowariker est de ces cinéastes indiens qui parviennent à manier les conventions de Bollywood pour servir un propos moins rose et kitsch que la plupart des productions locales (Swades était déjà un film trempant particulièrement dans le social), se penchant ici sur des figures historiques lui permettant de parler de la cohabitation entre Islam et Hindouisme au sein du peuple indien.

Certes cette approche ne permet pas à Jodhaa Akbar d’atteindre l’envolée lyrique et bouleversante d’un Veer Zaara, mais la fresque de Gowariker n’en demeure pas moins un film remarquable dont la durée ne fait qu’ajouter au plaisir vécu devant cette parade guerrière et amoureuse flamboyante.

Aaaah… si seulement les distributeurs et exploitants donnaient une nouvelle chance à Bollywood pour séduire le public français ailleurs que sur les rayons des vendeurs de DVD ! Je ne voudrais pas attendre deux ans de plus pour vibrer de nouveau devant un tel spectacle sur grand écran ! Car quoi qu’on en dise, un film issu de Bollywood n’a aucun équivalent au monde.

lundi 22 décembre 2008

Le Bon, la Brute, le Cinglé : quand le cinéma devient communion jubilatoire

Régulièrement il est des films dont on compte les mois, les semaines, les jours voire les heures qui nous séparent de leur découverte. Les Deux Tours, Loin du Paradis ou Le Nouveau Monde ont été de tels films pour moi par le passé. Le Bon, le Brute, le Cinglé également.

The Foul King, Deux Sœurs et A Bittersweet Life, les trois précédents films de Kim Jee-Woon, ayant participé à élever le cinéma coréen au rayonnement qu’il exerce aujourd’hui, il ne faisait pas l’ombre d’un doute que le nouveau film du cinéaste serait un des évènements de 2008, d’autant plus après la rumeur élogieuse née suite à la projection hors compétition du film à Cannes en mai dernier.

Qu’ils m’ont semblé longs ces mois qui ont suivi la présentation du film sur la croisette… Entre temps, le plus important budget de l’histoire du cinéma local (17 millions de dollars, ce qui même selon les standards français n’est pas pharaonique) est devenu le plus gros succès de l’année au box-office coréen. Un tel succès, un tel buzz, semblaient m’envoyer droit vers la déception…

Ayant promis à mon vieil ami Ilyess qu’on verrait le film ensemble, j’ai patiemment attendu le 5ème jour d’exploitation, le dimanche, à la dernière séance (22h), aux Halles, pour enfin découvrir le fameux « western kimchi ».

Par où commencer pour relater les émotions procurées par une telle œuvre ? En premier lieu par l’assurance que non, la déception n’a pas été au rendez-vous. Loin de là. Au lieu de ça, j'ai assisté à l’un des films les plus jubilatoires qui soit. Une aventure délestée de toute « normalité », de toute concession, de tout flottement.

Posons l’intrigue pour ceux qui ne la connaîtraient pas : dans la Mandchourie des années 30, une mystérieuse carte (au trésor ?) fait l’objet de toutes les convoitises. Chang-Yi (la brute), un tueur à gages cruel, est engagé par un haut dignitaire pour s’en emparer. Do-Won (le bon), chasseur de primes, court après Chang-Yi et jetterait bien un œil sur la carte lui aussi. Mais c’est Tae-Goo (le cinglé), voleur de grand chemin, qui met la main dessus le premier, par hasard. Et se retrouve du même coup avec les deux autres à ses trousses, plus des brigands chinois, des gangsters coréens et des militaires japonais, par dizaines.

Le Bon, la Brute, le Cinglé est donc une course poursuite géante en plein désert Mandchou. A un rythme ébouriffant, Kim-Jee Woon nous entraîne dans une entreprise cinématographique d’une virtuosité hallucinante. C’est un spectacle de tous les instants auquel le cinéaste nous convie, où les morceaux de bravoure s’enchaînent (attaque d’un train, fusillade au marché, cavalcade à un contre cent dans le désert…), nous laissant pantois.

On pourrait craindre l’overdose, il n’en est rien. Il ne s’agit pas d’un simple exercice de style. Le récit est prenant, les moments de repos en sont à peine puisqu’ils sont l’occasion de séquences apaisées mais souvent drolatiques, et les personnages existent bel et bien à l’écran.

Avec un titre pareil, il est logique de s’attendre à un hommage et une filiation directe avec Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone. Ce n’est pourtant pour ainsi dire pas le cas. Hormis le triangle central, et l’affrontement qu’il implique et apporte, l’intrigue, le style narratif et les personnages se démarquent nettement du chef-d’œuvre de Leone.

Jung Woo-Sung pose son charisme de « bon » en plein écran, effacé mais d’une dextérité jouissive ; Lee Byung-Hun fait de sa brute un mafieux stylé et glaçant ; Song Kang-Ho s’approprie quant à lui véritablement le film. Il hérite du personnage le plus excentrique, le plus surprenant, le plus hilarant. Grâce à lui, on rit presque autant que si le film était une comédie produite par Apatow (sans rire).

Cet avis, c’est bien sûr le mien, mais je suis prêt à parier que c’est également celui de 90% des spectateurs ayant eu la bonne idée d’aller voir le film. En cette séance de 22h, dimanche soir dans la salle 3 des Halles, les 200 spectateurs que nous étions nous sommes trouvés dans un véritable état de communion devant l’énergie, la virtuosité et la loufoquerie de ce drôle de western coréen. Les rires, les sursauts, les exclamations, et même – plus rare – les applaudissements ont émaillé la projection.

Après une critique quasi unanime (aaah Libé…), le bouche-à-oreille public est assuré d’être dithyrambique. Et il n’y a rien de plus mérité.

Ces derniers mois, le cinéma de genre coréen s’était fait assez discret dans les salles françaises, en vérité invisible depuis le choc The Host voilà deux ans. Le Bon, la Brute, le Cinglé va remettre les pendules à l’heure, avant The Chaser en mars prochain.


samedi 20 décembre 2008

Paris accueille le cinéma coréen, ou comment j'ai vu un grand film qui ne sortira qu'en 2009

Quiconque ne s’est pas intéressé au cinéma coréen ces dix dernières années est passé à côté d’une flopée de grands films. JSA, Oldboy, Memories of Murder, The Host, Secret Sunshine pour n’en citer qu’une poignée.

Ville cinéphile s’il en est, Paris se devait d’abriter un festival ouvrant ses portes aux films du Pays du Matin Calme. En ce moment a lieu la 3ème édition du Festival Franco-Coréen du Film à l’Action Christine. Peu médiatisé, le festival a un aspect très amical, attirant quelques dizaines d’amateurs de cinéma coréen à chaque séance, et bien sûr quelques coréens résidant à Paris.

Ces trois premiers jours de festival m’ont déjà permis d’assister à trois projections. Il y eut For Eternal Hearts et Milky Way Liberation Front, tous deux projetés au format Digi-Beta, qui n’est certes pas idéal pour découvrir un film dans toute sa splendeur visuelle mais qui a le mérite de nous les faire découvrir.

Le premier est une romance tendance fantastique, dans laquelle un étudiant ne cesse de voir une jeune femme avec laquelle il s’était lié d’amitié avant qu’elle ne se suicide (est-ce un fantôme ?). Ni inquiétant ni bouleversant, For Eternal Hearts est une plaisante balade entre deux mondes et deux réalités, teinté de poésie.

Plus délirant, le foutraque Milky Way Liberation Front cinéma de bric et de broc. Un jeune cinéaste, sur le point de voir son court-métrage projeté au est une franche comédie louant le Festival de Pusan, se heurte aux affres de l’écriture et de la production pour la préparation de son premier long-métrage. Les digressions sentimentales du héros, et son imagination créative débordant sur la réalité, donnent au film un goût de bricole que ne renierait pas (toutes proportions gardées) un cinéaste comme Michel Gondry.

Il y a malheureusement peu de chance que ces deux films soient distribués un jour dans les salles françaises.

Il en est un troisième, en revanche, qui est déjà inscrit dans le calendrier des sorties de 2009. Un film qui a fait le bonheur des festivaliers à Cannes en mai dernier, où il était présenté en séance de minuit. The Chaser. Sans cesse repoussé par son distributeur français Haut et Court ces derniers mois, ce polar est une merveille qui devrait faire taire ceux qui pensent que la vague cinématographique coréenne s’essouffle depuis deux ou trois ans.

Le protagoniste du film est un pur anti-héros. C’est un ancien flic qui, après avoir été viré des forces de l’ordre, s’est reconverti dans le proxénétisme. Depuis quelques semaines, plusieurs de ses « filles » ont disparu. Pensant qu’elles ont déserté pour la concurrence, Joong-Ho (c’est son nom) mène l’enquête et découvre qu’un même homme avait loué les services de chacune d’entre elles les soir de leurs disparitions respectives. La chasse à l’homme commence.

Comme beaucoup de films coréens ces dernières années, The Chaser pourrait n’être qu’un bon petit film. Pourtant comme beaucoup de films coréens ces dernières années, The Chaser est bien plus que cela. C’est un grand polar, qui parvient à jouer avec nos nerfs, à nous tenir en haleine et à remuer nos tripes, en proposant un pari scénaristique audacieux : si le héros, Joong-Ho, ne comprend pas tout de suite la personnalité de l’homme après lequel il court, nous le savons d’emblée, dès les premières minutes du film : c’est un tueur.

Toute l’originalité et la difficulté de The Chaser est de nous faire plonger dans ce face-à-face avec une omniscience que ne possède pas le protagoniste (que ceux qui viennent de dire « Bah comme un épisode de Colombo quoi… » se passent sur le champ un savon dans la bouche).

Ce parti pris offre au réalisateur, dont c’est ici le premier long-métrage (!), une grande latitude pour ne pas se focaliser sur le « whodunit » (qui est le tueur ?), mais plutôt s’attarder sur les travers de la police, les démêlées du système judiciaire, et plus que tout creuser le portrait de Joong-Ho, ce mac borné au sang chaud dont le caractère va s’affiner au fur et à mesure de sa confrontation avec le tueur et de son implication dans la recherche de Mi-Jin, la dernière fille à avoir été kidnappée par le tueur, séquestrée quelque part dans Seoul.

Bien sûr, on se surprend à rire à plus d’une reprise à gorge déployée. Les cinéastes coréens ont le don de savoir introduire des moments de pure comédie (souvent grinçants de cynisme) au milieu d’un polar ou d’un drame qui au final remue et laisse K.O. (comme Bong Joon-Ho le fait si bien dans Memories of Murder et The Host). Et les comédiens ne sont justement jamais meilleurs que lorsqu’ils jonglent ainsi entre sérieux et ridicule, comme c’est le cas ici avec l’interprétation remarquable de Kim Yoon-Seok.

Le mot de la fin ? The Chaser est une bombe, à dévorer d’urgence lors de sa sortie en salles en mars prochain.

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