mercredi 12 septembre 2012

L’Étrange Festival, 4ème jour : et soudain, l’écran m’a happé


Ils sont marrants les programmateurs de l’Étrange Festival. On les sent passionnés par les films qu’ils ont choisi de nous montrer, c’est indéniable. On en viendrait presque à se demander s’ils n’en font pas un peu trop, lorsqu’avant chaque projection, on sait d’avance qu’ils vont nous annoncer que le film que l’on est sur le point de voir est un chef d’œuvre, ou le plus grand film de tel genre depuis tant d’années, ou qu’il est interprété par le meilleur acteur au monde. Hum… on commence à se méfier, même si la plupart du temps, les films sont effectivement bons, les superlatifs employés semblent un chouia déplacés.

Lundi après-midi, c’est « A fantastic fear of everything » qui a bénéficié d’une survente évidente. Celui-là nous a tout simplement été présenté comme « le meilleur film du festival » et « la comédie la plus drôle » de l’année. Ah ouais quand même, ils n’y vont pas avec le dos de la cuillère quand ils aiment un film. Après plusieurs films, on sait à quoi s’attendre, et je n’ai donc pas été surpris de constater que le film n’était à mes yeux ni le meilleur film du festival, ni le film le plus drôle de l’année (dors tranquille, « 21 Jump Street »). Mais encore une fois, le film s’est tout de même avéré sacrément sympathique, et la présence en tête d’affiche de Simon Pegg n’y est pas pour rien.

Le comédien britannique y campe un écrivain en pleine crise de paranoïa, cloîtré chez lui et persuadé qu’on cherche à l’assassiner. Bien sûr, le fait qu’il fasse depuis des semaines des recherches sur les grands tueurs en série de l’Angleterre Victorienne pour un projet de série l’a rendu un peu crispé. Du fond de son canapé ou penché au-dessus de son lavabo, il guette chaque bruit et mouvement suspect dans son appartement, prêt à se défendre contre tout agresseur potentiel, un couteau de cuisine à la main. Il y a véritablement quelque chose d’étonnant dans cette première moitié du film de Crispian Mills et Chris Hopewell. Un huis clos à un personnage, ne quittant presque jamais l'appartement, avec des dialogues en solitaire et un sens du cadre souvent sidérant. Ce n’est pas loin d’être unique en son genre. Les peurs du protagoniste se matérialisent entre rires et tension, et à défaut de parvenir à donner l’impression qu’un tel exercice de style pourra durer sur la longueur, « A fantastic fear of everything » a de la gueule.

Lorsque le scénario vire de bord, fait sortir le personnage de chez lui pour commencer un second huis-clos, cette fois dans un lavomatique, c’est presque comme si un second film commençait. Ce qui est à la fois regrettable et en même temps nécessaire pour insuffler un rythme qui commençait à manquer (du fait de l’absence de personnages secondaires ?). Le film trouve un second souffle là où il perd forcément en originalité. Plus prévisible, il gagne par contre en humour avant un dernier acte peu convaincant. Sur la longueur tout de même, j’ai eu bien du mal à voir en « A fantastic fear of everything » le film le plus drôle de l’année.

La raison aurait voulu que je coure à peine le générique de fin entamé. Oui, car la projection de la comédie britannique avait commencé avec trente minutes de retard dues à une alerte incendie au Forum des Halles plus tôt dans la journée, alerte qui avait décalé toutes les séances. « A fantastic fear of everything » s’est donc terminé exactement à l’heure où devait commencer le film suivant, que j’allais voir, Samsara. S’il y avait autant de monde que je le craignais pour ce dernier, j’aurais mieux fait de me presser pour être sûr d’avoir un bonne place… mais voilà, que voulez-vous, je n’arrive pas à partir avant la fin du générique, c’est comme ça, je suis incapable de me lever dès un film achevé, je dois laisser le générique défiler pour reprendre mes esprits et laisser le film finir de s’installer en moi. J’aurais l’impression de partir avant la fin du film autrement. Alors je suis resté, j’ai donné ma note sur le film pour le Prix du Public, et je suis ressorti.

Et effectivement, la réputation de Ron Fricke et la perspective de voir en avant-première son nouveau film qui remplit actuellement les salles art & essai nord-américaines ont attiré en masse les cinéphiles parisiens. La queue était longue. Mais rester jusqu’à la fin du générique de « A fantastic fear of everything » a dû doper mon karma en bonnes ondes, car alors que je m’apprêtais à remonter la longue file d’attente pour m’y poster à son extrémité, je suis tombé sur un compère cinéphile qui se reconnaîtra et m’a alpagué à mon passage, commençant à m’interroger sur le film que je venais de quitter. Après une minute de discussion, il me demanda si j’allais voir Samsara, je lui dis oui, et il m’invita à le rejoindre dans la queue, lui qui était posté parmi les premiers. Les Dieux du cinéma étaient donc avec moi en ce jour ! J’acceptai et après quelques minutes, nous entrâmes parmi les tous premiers dans la grande salle 500 dont je venais de sortir. Bon, c’est là que je dus quitter mon bienfaiteur, car étant un peu maniaque sur mon positionnement dans la salle, je n’ai pu me résoudre à m’installer avec lui et ses amis qui se plaçaient trop haut à mon goût, et je descendis donc me caler bien en face de l’écran, paré pour une aventure cinématographique unique.

Je n’avais pas encore vu la salle 500 aussi proche d’être pleine depuis le début du festival, pour cette carte blanche à Jan Kounen qui avait choisi de présenter les films de Ron Fricke, Baraka surtout parce qu’il le connaît bien (je le verrai plus tard), et ce tout récent Samsara, que lui-même n’avait pas encore vu et s’apprêtait à découvrir à nos côtés. D’ailleurs après sa présentation, Kounen sembla déçu d’apprendre que la place que le festival lui avait réservée se trouvait au dernier rang de la salle. Je le comprends, si vous connaissez la salle 500 du Forum des Images, plus on est au fond, plus on est au-dessus de l’écran, en plus de s’en éloigner bien sûr - ce qui en soit est déjà horrible. Alors en remontant la salle vers sa place réservée si haut, il demanda à un spectateur placé un ou deux rangs en dessous de moi si le fauteuil à côté de lui était libre, mais il ne l’était pas, et le réalisateur se résolus donc à se poster si loin.

Moi j’étais au sixième rang (rétrospectivement, un rang trop loin), pile en face de l’écran, la tête prête à y plonger. Samsara est de ces films dans lesquels on se sent précipité la tête la première, oubliant que l’on se trouve entouré de centaines d’autres spectateurs dans une salle de cinéma. Le monde autour de nous arrête de tourner et l’écran devient l’unique réalité. Les sens s’éveillent, les yeux se font immenses pour capter la moindre image, le moindre détail. Samsara n’est pas un film comme les autres. C’est un documentaire, sans en être vraiment un. C’est une succession de scènes, de plan, tournés aux quatre coins du monde, sans commentaires, presque sans paroles, seulement les sons qui peuplent les contrées visitées par la caméra de Fricke. C’est un film sur le monde qui nous entoure et les hommes et femmes qui le peuplent. Le monde tel qu’il est, tel que nous le voyons et que nous le vivons, tel que  nous le façonnons. Pour le meilleur et pour le pire. Fricke parvient au passage à prouver de fort belle façon que même sans un mot, il est possible de raconter une histoire par le simple biais du montage.

A la sortie, le hall du Forum des Images rugit de commentaires. Certains avaient les images encore imprimées sur la rétine, pour longtemps, d’autres avouaient à demi-mot qu’ils s’étaient ennuyés. Moi je marchais sur un nuage, les sons de mes congénères bourdonnant à mes oreilles, les images de Ron Fricke se bousculant encore dans ma tête. La beauté des déserts et l’incongruité des usines. Les couleurs, les sons, les visages. Le vide et le fourmillement. Samsara est encore en moi, en attendant que Baraka ne vienne l’y rejoindre.

lundi 10 septembre 2012

L’Étrange Festival, 3ème jour : loups garous espagnols et fantômes chinois


Un rien peut me perturber une projection. Et parfois cela n’a rien à voir avec les autres spectateurs, rien à voir non plus avec les qualités de projection, non, parfois, ce n’est vraiment rien. Dimanche soir, pour la projection de « Games of werewolves » (en VO, "Lobos de Arga"), l’Étrange festival avait invité le réalisateur espagnol du film, Juan Martines Moreno, et son acteur principal Gorka Otxoa. Bon certes la grande salle 500 n’était même pas à moitié pleine, mais l’enthousiasme du cinéaste à l’idée de présenter son film dans « la capitale mondiale de la cinéphilie » comblait le vide. Après quelques mots sympas, une petite présentation du film, et quelques mots de l’acteur, le réalisateur nous annonça qu’il avait un petit cadeau pour nous avant de nous laisser regarder le film. Quelque chose qu’il avait l’habitude de faire lors des séances de  questions/réponses en fin de projection, mais puisqu’il n’y aurait rien de tel à l’issue de cette projection, il nous proposait de le faire sur le moment. Un petit quiz sur les films de loups garous qui vaudrait à deux personnes dans la salle un comic book tiré du film et la bande-originale pour accompagner.

Les films de loups garous ne sont pas ma spécialité, je ne m’attendais donc nullement à remporter l’un des deux cadeaux, me doutant qu’il y avait certainement assez de connaisseurs dans la salle pour se battre. Et puis boum, la première des deux questions tombe : « Quel acteur interprète le protagoniste du Loup-garou de Londres de John Landis ? ». Tout de suite, le visage de l’acteur se dessine dans ma tête, une ou deux mains se lèvent, je me dis que c’est plié. La première main répond Jack Nicholson (???), la seconde David McNaughton. La réponse est non aux deux. Je m’apprête à lever la main en me disant « Mais ils sont nuls ou quoi c’est… c’est… ». Et là, le blanc. Le vide intersidéral. Mais comment s’appelle-t-il déjà ! Mais c’est pas possible je ne connais que lui ! Il a joué dans « Le Grand Bleu » ! Dans « After Hours » ! Il a même réalisé la comédie romantique à la con avec Meg Ryan et Matthew Broderick à la fin des années 90 ! Ah mais bon sang c’est… c’est… Non ça ne vient pas. Ils filent le cadeau à celui qui a répondu David McNaughton, posent la deuxième question, l’homme aux sacs plastiques a la réponse et remporte son comic book et sa BO.

Et alors que le film commence. Je repense à l’acteur du « Loup-garou de Londres ». Comment s’appelle-t-il à la fin ? Sam… Non, ce n’est pas ça… Dan… non plus. David… Je ne sais plus. Et son nom de famille, ne finit-il pas en « -on » ? Non, en « -ell » je crois… Ça n’a pas quitté mon esprit pendant les trois premiers quarts d’heure du film. Tomas le jeune écrivain qui retourne dans le petit village  où il a passé son enfance, un village où pèse une malédiction et où sévit un loup-garou. Tomas ne sait pas que les villageois veulent le sacrifier au loup-garou pour mettre un terme à leur malédiction. Pourra-t-il s’en sortir ? J’essayais de consacrer pleinement mon attention à cette comédie horrifique qui me semblait parfaitement réjouissante, mais rien à faire, mon esprit revenait constamment à l’acteur du « Loup-garou de Londres ». Jusqu’à ce qu’enfin j’arrive à glisser cette obsession sous un tapis de mon cerveau, pour me plonger entièrement dans « Game of Werewolves », alors que la moitié du film s’était déjà envolé. Carlos Areces, l’acteur principal de « Balada Triste » d’Alex de la Iglesia, acteur in dans le cinéma espagnol actuel, tient l’un des rôles principaux du film et contribue à apporter de la joie à cette farce macabre rendant joliment hommage aux classiques du genre. Rires et sursauts se sont mêlés et ont finalement réussi à m’emporter.

Cela tombe bien parce que quelques heures plus tôt, j’étais tombé sur un os. Le premier à cette 18ème édition de l’Étrange Festival. Le problème quand un festival commence sur les chapeaux de roue, c’est que la baisse de tension est presque inévitable. A voir au moins deux films par jour, à un moment ou à un autre, on est condamné à tomber sur du mauvais, il faut seulement espérer que cela arrive le moins possible. Du vraiment mauvais, pas de la simple déception comme Motorway la veille. En même temps il serait difficile à l’Étrange Festival de nous en vouloir de ne pas aimer un film lorsque Rurik Sallé qui introduit le film (celui-là même qui nous avait survendu Motorway) laisse entendre que le film n’est pas exceptionnel.

Ce film, ce mauvais film, c’est « A Chinese Ghost Story » de Wilson Yip, remake d’un classique du cinema HK des années 80, et remake qu’il est impossible de désigner autrement qu’en le qualifiant de parfaitement inutile. J’ai eu beau avoir un espoir que le film me plaise par le simple fait que l’homme qui m’avait survendu Motorway semblait ne pas être fan, mais non, pour le coup, il avait bien raison. Démons et chasseurs de démons s’affrontent dans un ballet qui n’a de fantastique que le genre, virevoltant devant la caméra mais désolant le spectateur. Désolant par son incapacité à faire naître la moindre étincelle de vie, désolant dans la mollesse de son récit, dans la fadeur de ses personnages, dans cet esthétisme qui ne prend pas et paraît laid même s’il ne l’est pas tant que cela.

Louis Koo, loin des polars contemporains de Johnnie To, fait ce qu’il peut, mais rien n’y fait. C’est un film déjà fatigué, déjà dépassé, déjà inutile, qui ne trouve un sursaut de vie que dans une réplique qui semble parfaitement déplacé mais a le mérite, enfin, de nous sortir de l’encéphalogramme désespérément plat (Louis Koo balance un mystérieux liquide à son ennemi « Tiens c’est de la pisse de vierge, ça fait des années que je la garde, c’est ma touche personnelle ! » que personne n’a vu venir). C’est la première et (et dernière j’espère) fois que je me demande, depuis le début du festival, ce qu’il est passé par la tête des programmateurs pour nous offrir un tel spectacle. Après cela, le niveau ne pouvait que remonter, et ce fut donc le cas avec les loups garous espagnols.

Et puisque l’on reparle de « Games of Werewovles », c’est alors que je passai le tourniquet du métro pour rentrer chez moi, à la fin de la journée, que le nom de l’acteur américain du « Loup-Garou de Londres » s’est enfin matérialisé dans mon esprit : Griffin Dunne ! Mais oui c’est cela, Griffin Dunne ! Comment ai-je pu occulter son nom pendant toutes ces heures ! Griffin Dunne… Et puis rentré chez moi, je suis allé sur IMDb, et je me suis rendu compte que le nom qu’attendait certainement le réalisateur était « David Naughton », que Dunne ne jouait pas le héros mais son pote. Bon sang, je me suis gâché la moitié d’un bon film pour rien. Enfin, même si cela avait été lui, je me le serais gâché pour rien. Je me disais aussi… je savais bien que je n’étais pas un spécialiste du film de loups garous !

dimanche 9 septembre 2012

L’Étrange Festival, 2ème jour : bagnoles HK et noir norvégien


Les attentes peuvent être trompeuses. Samedi, deux films étaient inscrits à mon programme de l’Étrange Festival 2012, l’un que je guettais avec impatience, l’autre qui n’était pas loin de m’être inconnu. Le premier des deux ouvrait la journée, 14h30, l’heure où les spectateurs de l’étrange sont sur les starting blocks pour une journée de plus au Forum des Images. Salle 300, l’homme aux sacs plastiques avance toujours incognito pendant que l’homme au chronomètre scrute la salle à la recherche de visages familiers. Il y a du monde qui s’est déplacé pour « Motorway », un polar HK signé Soi Cheang.

Je garde un fauteuil idéalement placé pour un ami, fauteuil convoité par cette spectatrice aimant applaudir que j’avais croisé à Paris Cinéma en juillet dernier. Le tempo est plutôt à l’excitation, Motorway oblige, même si la projection cale au démarrage. Après l’apparition du logo Media Asia, l’image se transforme en un nuage gris de mauvais augure. La salle se rallume. Après une minute écoulée, l’homme au chronomètre profite de cette interruption précoce pour aller saluer un de ses potes de la Cinémathèque, chronomètre toujours autour du cou pour le relancer dès que le film commencera à nouveau. Ce qui se produit trois minutes plus tard.

L’attente suscitée par Motorway s’est avérée presque vaine. A l’excitation s’est assez rapidement substituée la déception. Annoncé comme une petite bombe, le film n’est pas loin de provoquer les bâillements, faute de réelle ambition. En suivant une paire de flics à la dynamique jeune/vieux qui sont préposés à la route, et leur course pour mettre la main sur deux truands qui filent à toute allure, Soi Cheang ne parvient pas à franchir le cadre de l’attendu. Certes les courses automobiles sont filmées avec un certain panache, mais le film peine à afficher de la substance. Il nous fait tous les vieux coups du film mentor/élève, avec un sérieux bien trop appuyé lorsqu’il s’agit d’enseigner à prendre des virages ultra serrés dans des ruelles à angles droits. C’est tout juste si l’on ne se croirait pas dans un Karaté Kid de la bagnole dans certaines scènes, sans la moindre malice.

On s’amuse, un peu, Anthony Wong affiche une mine bonhomme qui est loin de justifier que le présentateur du film l’ait proclamé « Meilleur acteur du monde » (hum… dans le genre film survendu en préambule, chapeau), et Josie Ho fait trois ou quatre apparitions fantomatiques (on la préférait dans « Dream Home »…). Le fait que les conditions de projection n’étaient pas optimales, avec des plans saccadés tout du long et des trous sonores épisodiques, n’ont rien arrangé. Motorway figurait aisément dans le Top 3 des films que j’attendais le plus lors de cet Étrange Festival, mais les chances que je l’oublie rapidement sont réelles. Tout le contraire de « Headhunters ».

Il faut dire que le film norvégien avait pour lui un avantage non négligeable : mes attentes étaient inexistantes en ce qui le concernait. Bien sûr, j’en avais entendu beaucoup de bien, mais les films noirs scandinaves ne se trouvent pas vraiment dans mon giron cinéphile, et en plus de n’avoir vu aucune image du film, je savais à peine de quoi il retournait. J’avais donc bien tout à apprendre et découvrir de Headhunters. Et la découverte fut grande. Enthousiasmante. Ebouriffante. Je sais qu’il me reste encore de nombreux films à voir au cours de l’Étrange Festival, mais le niveau devra être élevé pour que je revoie quelque chose d’aussi bon.

Que dire ? J’aimerais tant en dire en même temps que rien du tout. Car s’il est une force qui caractérise Headhunters, c’est celle de balader le spectateur. De nous offrir un visage que le réalisateur va prendre un malin plaisir à déformer tout au long du récit, sans jamais nous laisser sur le bas-côté, nous entraînant toujours au plus près des personnages et de l’intrigue. Je ne peux rester muet au risque de ne pas faire naître l’étincelle de la curiosité. Le protagoniste, Roger, est chasseur de tête. Il est haut placé dans un cabinet de recrutement, a une grande maison, une femme magnifique, une vie proche de l’idéal. Mais Roger n’est pas que cela. Roger dérobe également des peintures à ses heures perdues.

C’est ainsi que l’on découvre Headhunters et son personnage principal, et ce point de départ que nous présente le réalisateur va vite être malmené, détourné, amplifié. Imaginez les ruelles de Hong Kong que nous fait parcourir à toute allure Motorway. C’est ainsi que l’on pourrait se représenter le scénario de Headhunters. Un dédale de possibilités, des routes qui se succèdent, chacune tranchant avec celle qui la précède. Un ballet narratif passionnant explorant tout le potentiel du film noir, arnaque, vol, manipulation, tromperies, méfiance, violence, mort. Avec une aisance insolente, le réalisateur pousse chaque pion de son scénario millimétré dans une direction inattendue, creusant toujours plus loin le sillon du retors, avec un savant dosage de réalisme et d’invraisemblable qui confère même au film un sens de l’humour délicieux.

Je ne sais pas ce que me réserve l’Étrange Festival dans les jours à venir, mais j’en suis désormais certain, j’ai bien fait de venir.

samedi 8 septembre 2012

L’Étrange Festival, 1er jour : poisse espagnole et peur irlandaise


S’il est permis de penser que les premiers films vus au cours d’un festival définissent la qualité de la manifestation à venir, alors les espoirs sont forts pour la 18ème édition de L’Étrange Festival. Concocter son programme pour suivre un tel évènement cinéphile nécessite choix drastiques et paris hasardeux que l’on préfère ne pas avoir à regretter, alors tomber d’entrée de jeu sur des films qui nous confortent dans nos choix, cela fait grimper l’envie d’un cran supplémentaire – si c’était possible.

Certains diront qu’en décidant d’entamer le festival par le nouveau film d’Alex de La Iglesia, le risque était mesuré, mais ceux-là auront certainement adoré ce « Balada Triste » qui m’a été une telle souffrance cinématographique. Non, « Un jour de chance » n’était pas une évidence dans mon programme, et Salma Hayek ne m’eut-elle envoûté à jamais ce jour où je l’ai découverte dansant sur les tables du Titty Twister, peut-être aurais-je été moins enclin à me poster dans l’amphithéâtre du Forum des Images ce soir-là. Mais heureusement ce fut le cas.

Contrairement à ce que laisse penser le titre au premier abord, la journée de Roberto, protagoniste d’ « Un jour de chance », se déroule diablement mal. Après avoir été agressé par un SDF, arrosé de la tête au pied avant un rendez-vous crucial et humilié par un ancien ami qui lui refuse un job, Roberto va voir sa journée se terminer sur une tige de fer. Tombé d’une grue, et la tête percée. Mais cet évènement dramatique va se transformer aux yeux de Roberto, miraculeusement conscient mais incapable de bouger, en une opportunité unique de passer de looser pathétique à winner connu de tous lorsque les caméras du monde entier s’intéressent à ce pauvre bougre planté sur sa tige en position christique.

Il est étonnant de découvrir le nouveau film du cinéaste espagnol quelques jours après avoir fait les frais du « Superstar » de Xavier Giannoli, car bien qu’ils soient très différents dans la forme et sur certains points essentiels, il y a une concordance évidente entre les deux longs-métrages, dans leur volonté de mettre en scène et dénoncer cette société du spectacle permanent, cette époque où les valeurs les plus recherchées sont celles de l’argent et de la reconnaissance. « Un jour de chance » est une comédie noire qui s’amuse à tourner en dérision les obsessions humaines contemporaines tout en s’inscrivant dans l’observation sociétale d’une Espagne, et plus généralement d’un monde, en crise. L’être humain qu’il prend pour héros se sait dans une situation au bord du gouffre mais en bon publicitaire qu’il est détecte les possibilités qui s’offrent à lui dès lors que les caméras sont braquées sur lui. Il ne s’agit pas tant d’être célèbre, mais de tirer parti des quinze minutes de célébrités par tous les moyens possibles, même s’il faut pour cela empiéter sur la dignité humaine. Et si les êtres sont ainsi aujourd’hui, c’est bien la crise qui est la première fautive.

Certes le scénario manque parfois de finesse, mais d’audace certainement pas (malgré un dernier acte un peu trop moral où les valeurs familiales reprennent le pouvoir), tout comme le second film vu lors de cette première journée à L’Étrange Festival. Celui-là, l’irlandais « Citadel », était précédé d’une flatteuse réputation qui a suffi à me faire immédiatement retourner dans l’amphi du Forum des Images sans passer par la case départ. Le réalisateur présent en début de projection nous révéla que malgré le genre, l’envie de faire le film était partie de son expérience personnelle d’agoraphobe suite à une violente agression dont il avait été victime. Bien sûr, dans le film, cela va plus loin que cela. Tommy, un jeune homme marié, voit sa femme enceinte se faire attaquer par une bande de jeunes dans leur immeuble. Le bébé sera sauvé, mais pas la mère. Dès lors, après avoir déménagé quelques rues plus loin, et alors que les agresseurs courent toujours, Tommy n’ose plus sortir de chez lui. Jusqu’à ce que les agresseurs refassent surface et menacent son bébé.

Ce qui frappe dans Citadel, c’est l’intensité dramatique qui s’en dégage. Ces agresseurs au physique étrange, inquiétants, qui n’ont pas l’air tout à fait humains. Cette banlieue sinistre, grise, froide, industrielle, menaçante. Cette présence sourde mais palpable d’une menace qui pèse constamment. Le jeune réalisateur instaure une atmosphère suffocante et terriblement angoissante qui imprime totalement la pellicule. A mesure que Tommy doit faire face à sa phobie et à ses agresseurs, l’angoisse se transforme en peur. Et non content de tisser cette ambiance glacée, le cinéaste se montre à l’aise dans la métaphore, ces jeunes agresseurs que la société a enfanté avant de la laisser pourrir dans son coin, retranchée dans des barres d’immeuble où elle espérait qu’elle se ferait oublier alors que d’elle nait la peur et surgit la violence, tant et si bien que la seule réponse que l’on sait lui trouver, c’est la violence en retour.

Le film est fort, décidément très fort… pourtant il est loin d’être exempt de défauts, au premier rang desquels se situent une nette approximation scénaristique, et des personnages trop souvent esquissés dans la facilité, en dépit du bon sens. L’agacement m’a souvent assailli au cours de la projection, à la vue d’une telle maîtrise visuelle gâchée par des détours narratifs flous qu’il est difficile de pardonner. J’aurais voulu embrasser le film, me laisser embarquer et me prendre une claque, je n’en étais pas loin, mais ce ne fut finalement pas le cas. Une belle gueule et un bon caractère ne suffisent parfois pas pour tout emporter sur son passage. Mais c’est nettement suffisant pour me sentir déjà bien dans cet Étrange Festival, 18ème du nom. Les films font d’emblée effet (comme l'an passé), l’ambiance est là, l’homme aux sacs plastiques tente de passer incognito sans ses sacs plastiques. Vivement la suite.

jeudi 6 septembre 2012

L’Étrange Festival fête ses 18 ans !


Où étais-je, moi, il y a dix-huit ans ? J’étais au collège, et je crois bien qu’à l’époque j’étais plus intéressé par les jeux vidéos et le foot avec mes potes qu’au cinéma. Et inutile de préciser que L’Étrange Festival, si la ligne programmatrice était la même qu’aujourd’hui, ne m’était pas franchement destiné, moi qui pouvait depuis peu accéder aux films interdits aux moins de 12 ans. Pourtant nos trajectoires à l’époque opposées se sont depuis bien rapprochées jusqu’à se rejoindre totalement. Et aujourd’hui l’amoureux des salles obscures que je suis devenu ne manquerait pour rien au monde ce rendez-vous incontournable qu’est « L’Étrange Festival » pour tout amateur parisien de cinéma de genre. J’y ai marché sur la Lune avec Sam Rockwell, j’y ai échappé à un bain de sang dans un immeuble hongkongais, je m’y suis pris pour un superhéros ordinaire. Au fil des ans, L’Étrange Festival m’a offert des voyages cinématographiques trippants, dérangeants, excitants, éblouissants, fascinants. Décevants aussi parfois, bien sûr. Mais la qualité première de la manifestation, c’est cette imprévisibilité que l’on y ressent. Du moment où l’on s’assoit et que la lumière s’éteint la seule certitude à laquelle on peut s’accrocher est que l’œuvre que l’on s’apprête à découvrir sera hors norme.

Alors forcément, lorsque l’heure de la rentrée a sonné et que septembre pointe le bout de son nez, si la mélancolie post-estivale guette, la perspective de ce festival célébrant le cinéma étrange réchauffe les cœurs, avant de potentiellement le glacer pour notre plus grand plaisir. C’est aujourd’hui que L’Etrange Festival fête ses 18 ans, mais si je n’y suis pas encore, comptez sur moi pour prendre le train en marche dès le deuxième jour, et pour n’en redescendre qu’au terminus. J’ai déjà fait mon programme, et celui-ci comporte des films d’horreur irlandais et espagnols, des fantômes et des loups-garous, du film noir, du documentaire et de la comédie fantastique. Certains sont attendus avec impatience, d’autres des paris opportunistes. Il suffit qu’un seul d’entre eux me transporte, et le festival sera inoubliable. En route pour dix jours d’étrange.

mardi 4 septembre 2012

Oups, elle est passée où la VO ?


Scène de la vie ordinaire d’un multiplexe passé au tout numérique ? C’est un samedi soir à 20h30. J’attendais sagement qu’il soit l’heure de ma séance de « Rebelle » (oui, je sais, j’ai un peu de retard…). J’étais aux Halles, dans une partie du cinéma où un ouvreur gère seul quatre salles en même temps. D’un instant à l’autre, la séance précédente serait terminée, et nous pourrions entrer en salles. Pendant ce temps, l’ouvreur laissait encore passer quelques spectateurs pour « Dark Horse » qui était sur le point de commencer.

C’est alors qu’une spectatrice sort prestement de la salle située juste à côté du contrôle des billets et interpelle l’ouvreur en lui montrant son billet : « Il y a un problème là, L’Âge de Glace 4 passe en VF. C’est censé être en VO, regardez c’est bien écrit sur mon billet, VO, mais le film passe en VF ». L’ouvreur semble être un petit nouveau, sa tête ne me dit rien, il ne sait pas trop comment réagir, n’est peut-être pas très cinéphile, je ne sais pas, mais toujours est-il que pris de court, il marmonne à la spectatrice quelque chose comme « Désolé madame je ne peux rien faire ». Étonnée, la spectatrice retourne en salles. Sa docilité m’étonne, mais la voilà qui revient 10 secondes plus tard avec une autre spectatrice. Qui fait la même remarque que la précédente à l’ouvreur, cette fois avec plus de fermeté. L’ouvreur n’a pas le temps de répondre, une troisième spectatrice sort de la salle (diable, que viennent faire toutes ces quadragénaires devant « L’Âge de Glace 4 » un samedi soir ?) avec la même complainte. « On a payé pour voir le film en VO, en VF c’est nul, vous vous débrouillez, mais c’est à vous d’arranger ça ».

Le petit ouvreur commence à paniquer. A ce rythme-là, dans deux minutes, il se fera lyncher, et à raison, car si j’étais dans la même situation que ces spectatrices, moi aussi je l’aurais mauvaise. L’ouvreur se cramponne à son talkie-walkie et explique la situation à quelqu’un au bout du fil. Pendant ce temps, un couple sort de la salle, voit que les plaintes se sont déjà faites entendre, en rajoute une couche et se dirige directement vers la sortie. Les autres spectatrices en colère tentent de les rattraper, essayant de faire front, craignant peut-être que si elles ne sont pas assez à se plaindre, elles ne seront pas assez bien entendues. Pendant ce temps, elles continuent à se faire entendre, les spectateurs continuent à sortir de la salle, et l’ouvreur reste pendu au talkie. Les grésillements semblent parler d’un stand. Il répond : « Et je fais quoi moi, je vous envoie toute la salle au stand alors ? » avec un ton plein de sarcasme qui me plait. Nouveau ou pas, cinéphile ou pas, le gars a compris que sa vie n’était pas loin d’être en jeu dans l’affaire, et les yeux noirs qui ne le quittaient pas d’une semelle étaient là pour le lui rappeler. Il semble convaincre quelqu’un de venir discuter du problème avec les intéressés.

Les minutes s’écoulent, et il est amplement l’heure que nous autres spectateurs de « Rebelle » entrions dans notre salle. L’ouvreur le sait et dit aux spectatrices en colère : « Il faut que je fasse entrer les gens dans la salle ». L’une d’elles répond : « Ah non vous ne vous défaussez pas hein, ne passez pas à autre chose ». « Ne vous inquiétez pas madame, les personnes qui pourront faire le nécessaire sont en route, mais là il faut bien que je fasse entrer les gens, leur film va commencer ». Eh oh, je soutiens ton combat l’indignée, mais va pas me gâcher ma séance au passage quand même… C’est bon, elle l’admet, et c’est à nous… le problème c’est que moi le feuilleton me passionnait. Je veux connaître la suite !!! Mais la salle m’aspire, et me voilà qui me dirige vers mon film en n’ayant pas eu le fin mot de l’histoire. Le cinéma aura-t-il interrompu la projection pour mettre le film en VO ? Auront-ils remboursé les spectateurs mécontents (mais à l’heure des cartes illimitées, se faire rembourser signifie-t-il encore quelque chose ?). Que s’est-il passé ???!!!!! Je n’en sais rien.

Pendant un instant, j’ai craint que l’incident ne se produise également dans notre salle, que nous n’ayons pas droit aux flamboyants accents écossais de la VO… mais non, ils étaient bien là les « r » chantant des Highlands, les voix de Billy Connolly, Kelly McDonald, Craig Ferguson… Nous avons eu droit à notre VO pour ce petit Pixar loin de leur meilleure forme. Mais pour rien au monde je ne l’aurais vu en VF. Le combat de ces spectatrices en colère était parfaitement légitime. J’aurais aimé connaître la résolution de l’affaire… L’un d’entre vous la connaîtrait-il ?

dimanche 2 septembre 2012

« La servante », le cinéma coréen surgit du passé


A Paris, chaque semaine, en plus de devoir faire de délicats choix parmi les nouveaux films sortant en salles, il en est d’autres datant de quelques décennies qui se voient offrir une nouvelle vie sur grand écran, en copies neuves ou en version restaurée. La plupart du temps, ce sont de vieux films Hollywoodiens. Souvent, des classiques français. De temps en temps, des films européens rares. Très occasionnellement, des films japonais ou chinois. Jamais des films coréens. Alors lorsqu’un jour on en voit un apparaître dans le calendrier des ressorties, le cœur ne fait qu’un bond. « La servante » ! LE classique du cinéma coréen ! Restauré ! Flambant neuf ! Envahissant les salles obscures françaises cet été ! Bon d’accord, je m’emballe un peu là, et j’exagère peut-être. « Envahissant », j’y vais un peu fort, le terme n’est peut-être pas tout à fait approprié, mais à l’échelle des ressorties, quand on dépasse les trois salles diffusant le film, on frise le statut de blockbuster. Je sais, je sais, « blockbuster » pour désigner un film coréen en noir et blanc des années 60, ce n’est pas approprié non plus. Après tout, combien de spectateurs, même parmi les cinéphiles avertis, auront déjà entendu parler du film de Kim Ki-Young ? Peut-être pas tant que cela.

Je crois que l’on peut donc dire que la sortie en version restaurée de « La servante » est un véritable évènement cinéphile en cette fin d’été, que l’on soit adepte ou non de cinéma coréen. Le cinéma coréen, j’ai beau être tombé dedans depuis quelques années maintenant, je sais que j’ai encore des lacunes à combler, et le film de Kim Ki-Young était l’une d’elles. Et il n’y a pas de meilleure manière de découvrir un film qu’avec une belle copie sur grand écran. Le grand écran en question, c’était celui de la salle bleue de la Filmothèque du Quartier Latin, un des cinémas incontournables de la cinéphilie parisienne pour voir des reprises. Cela faisait quelques mois que je n’y étais pas allé, et en découvrant que la salle bleue se nommait désormais « Salle Audrey » (en référence à Audrey Hepburn), je me suis demandé depuis combien de temps il en était ainsi. A moins que je n’ai jamais fait attention ? Non, quand même…

Je l’aime bien la salle bleue de la Filmothèque, plus que la plus grande salle rouge, pardon, la salle Marilyn. L’écran est courbe, de belle taille pour une petite salle, et à peine entré en salle, je me cale directement sur la droite, sous l’escalier, à l’écart des autres spectateurs (c’est fou ce que le public peut être bavard dans les salles du Quartier Latin). Une salle idéale pour découvrir un film tant attendu. Bon, c’est vrai que j’aurais tout de même préféré qu’il n’y ait pas quelques spectateurs en retard qui me passent sous le nez, et je me serais également bien passé des passages intempestifs vers les toilettes, toujours sous mon nez, en empruntant cette porte qui semblait prendre un malin plaisir à grincer longuement (facilement 30 secondes, et croyez-moi, cela peut sembler long 30 secondes) en se refermant. Mais bon, ce sont des détails, n’est-ce pas ?

Juste avant d’aller voir « La servante », deux personnes (dont je tairai l’identité pour garantir leur sécurité) m’avaient dévoilé à quel point le film leur avait tapé sur les nerfs, l’une avait quitté la salle avant la fin du film, l’autre était restée mais aurait voulu faire de même. Mais non. Le huis clos intense narrant l’arrivée d’une domestique dans une famille aisée, une arrivée qui va bouleverser la vie de la maisonnée à mesure que la servante va se mettre en tête de séduire le maître de maison, ne m’a pas tapé sur les nerfs. Il m’a plus d’une fois mis mal à l’aise, c’est certain. Kim Ki-Young tisse une véritable toile de moiteur, de tension et de torture psychologique qui met bien souvent à mal l’image que l’on pourrait se faire du cinéma coréen des années 60, si tant est que l’on en est une image.

Ce qui fascine dans le film de Kim Ki-Young, comme dans tous les films que l’on voit des années après qu’ils aient été faits, c’est tout ce que l’on peut tirer de l’époque à travers l’œuvre. Si « La servante » est un drame familial confiné, c’est surtout un film riche en sous-texte, du moins le semble-t-il, sur la Corée de l’époque. Les ouvrières surveillées, l’adultère condamné, les rêves d’émancipation (d’une puissance plus grande ?)… à partir d’une histoire d’apparence simple, Kim Ki-Young en dit beaucoup plus que la bienséance ne l’aurait certainement accepté. D’autant qu’il se dégage du film une sensualité omniprésente, avec la sexualité au cœur des relations entre les personnages, ces corps qui se cherchent constamment, se frôlent, se touchent. Sans rien montrer d’ostensiblement provocant, le réalisateur bombarde son film d’érotisme latent. Ceux qui auront vu le remake, passé par Cannes il y a deux ans, « The Housemaid », se souviendront qu’il n’y avait rien de latent dans l’érotisme filmé par Im Sang-Soo. Mais ici, comme tous les sous-entendus politiques du film, l’érotisme se fait discret mais évident.

Entre deux personnes se levant pour aller aux toilettes en faisant grincer la porte, le film n’a pas cessé d’accaparer mon attention. Et cette pirouette finale tranchant avec le fatalisme attendu, toute en ironie, a même parvenu, contre toute attente, à me faire sortir avec le sourire aux lèvres. Qu’elle est délicieuse cette sensation d’arriver là où l’on ne s’attend pas… Maintenant, si je pouvais trouver le temps d’enfin attraper la ressortie du film d’Hou Hsiao Hsien avant qu’il ne disparaisse…
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