vendredi 9 juillet 2010

Un aperçu asiatique de la compétition de Paris Cinéma...

Les années où le pays mis à l’honneur à Paris Cinéma ne me botte pas des masses, j’attache une attention toute particulière aux films de la compétition. Des films indépendants d’horizons variés, qui côtoient les avant-premières cannoises vers lesquels nous sommes tous un peu attirés. Chaque année est l’occasion de fureter et découvrir de beaux petits films (Aaaaaah, Old Joy de Kelly Reichardt, il y a quelques années…). Cette année, avec tous ces films japonais mis en avant qui me tendent les bras, je n’ai pas assez de temps pour me pencher avec autant de soin que je le voudrais sur les films en compétition.

Je n’ai le temps que pour deux d’entre eux, en fait, et ces deux films je les ai vus l’un après l’autre mercredi soir. Le croirez-vous, l’un est japonais, l’autre coréen ! Le premier s’intitule Sawako Decides et est réalisé par le jeune cinéaste Yuya Ishii (qui présentait également un deuxième film au festival, dans le cadre du focus sur le nouveau cinéma japonais, To walk beside you). Pour être rapide et caricatural, on pourrait appeler le film une comédie sociale féministe. La Sawako du titre a fui cinq ans plus tôt son patelin natal pour Tokyo, où elle n’a jamais su garder un mec, et n’a pas trouvé mieux qu’un job d’assistante où son patron la traite comme une moins que rien.

Alors lorsque son père, qui dirige une compagnie d’emballage de coquillage, se trouve au plus mal, et que son petit ami du moment, viré avec une gamine sur les bras, veut absolument qu’ils rentrent chez elle et qu’ils reprennent en main l’entreprise familiale, Sawako se laisse entraîner. Il faut dire que Sawako a un trait de caractère particulier. Elle est résignée. Elle pense que quoi qu’il arrive, dans le monde ou dans sa vie, elle n’y peut pas grand-chose. Alors elle laisse les choses se faire, sans tenter de prendre une quelconque emprise dessus.

Le titre du film s’avère très vite un énorme spoiler. On passe plus d’une heure en compagnie d’une jeune femme charmante mais tout fait incapable de prendre des décisions sur sa vie et préférant se laisser mener par les autres… alors forcément, il n’est pas difficile de savoir où Ishii va nous emmener. Mais ce n’est pas bien grave. L’essentiel, c’est que le long du chemin, le réalisateur nous présente des personnages cocasses empêtrés dans notre société. Cette société en crise à l’échelle globale, cette société où tout se répercute partout, et l’où on ne sait trop de quoi l’avenir sera fait. Tiens, c’est étonnant finalement à quel point le cadre et le fond ne sont pas si éloignés de Solanin, vu le week-end dernier. Certes le ton est radicalement différent, mais en fin de compte, on se reconnaît dans les deux tableaux. Preuve s’il en était de la lucidité de ces films. Même si au passage, je dois bien avouer que j’ai failli piquer du nez à plusieurs reprises devant Sawako Decides.

Pendant le film, je pensais sincèrement que la fatigue était plus fautive que l’œuvre en elle-même, mais juste après j’ai donc enchaîné avec La rivière Tumen, et là point de paupières lourdes me faisant lutter à chaque instant pour ne pas somnoler. Pourtant sur le papier, il semblait plus facile de se sentir fatigué devant le film coréen que devant le film japonais. A la comédie féministe a ainsi succédé un drame social prenant pour cadre un petit village chinois situé à la frontière de la Corée du Nord. Entre la Chine et la dictature de Kim Jong-Il, c’est un fleuve qui fait office de frontière naturelle. Un fleuve gelé en hiver, sur lequel traversent des nord-coréens cherchant à fuir le régime stalinien.

Dans ce village vit un grand-père avec ses deux petits-enfants. Elle est une jeune femme muette, lui est un garçon d’une douzaine d’années. Comme tout le monde dans ce petit village chinois, ils sont imprégnés de culture coréenne, jusqu'à parler la langue (sous une forme très locale tout de même). Et lorsque des nord-coréens demandent de l’aide après avoir franchi illégalement la frontière avec la police chinoise et l’armée coréenne aux trousses, ils leur ouvrent leur porte.

Vous conviendrez que le pitch de La rivière Tumen est moins entraînant sur le papier que Sawako decides. Si vous ajoutez à cela le retard du Festival, qui nous a fait poireauter debout un bon quart d’heure de plus devant la salle, les ingrédients auraient pu être réunis pour définitivement me plonger dans le sommeil après les phases intermittentes du film japonais précédent. Pourtant ce petit film coréen m’a tenu en haleine et en éveil pendant 1h30. Aucun étourdissement ou ronflement devant ce poignant drame humain.

Contée avec force sobriété, cette histoire de peuples déracinés, d’immigration clandestine, d’hommes, de femmes, et surtout d’enfants, amenés à être confrontés à la détresse humaine, souvent avec pudeur, ne commet aucune faute. D’un point de vue formel, c’est une maîtrise totale. Mise en scène élégante, décor subjuguant, difficile de ne pas être happé par le récit. Sur le fond, le réalisateur signe là semble-t-il une histoire très personnelle à laquelle il parvient à insuffler une vérité et une émotion brutes. Il tisse des personnages naviguant hors de tout manichéisme, confrontés à la difficulté de juger les hommes avec acuité.

C’est l’histoire d’une frontière derrière laquelle on ne sait trop ce qu’il s’y passe, tout en ne le devinant que trop bien. C’est l’histoire d’enfants trop jeunes pour comprendre toute la complexité d’un monde, tout en étant bien obligés de naviguer dans ses eaux troubles. C’est l’histoire d’un lieu extraordinaire et pourtant si banal. C’est l’histoire d’un film plein de courage qui laisse un goût amer. Un film qui devrait sortir dans les salles françaises à la fin de l’été, le 25 août. Notez-le bien.

jeudi 8 juillet 2010

Revoir "Les moissons du ciel" sur grand écran...

Je me souviens précisément de la première fois que j’ai vu Les moissons du ciel de Terrence Malick. L’année 1999 commençait, et alors que sortait le premier film du cinéaste texan depuis 20 ans, La ligne rouge, ses deux perles méconnues des années 70 étaient de nouveau distribuées sur Paris, dans quelques salles art et essai de la capitale. Lorsque je dis « méconnues », j’entends « du grand public » bien sûr, car les cinéphiles connaissaient très bien Badlands (La balade sauvage) et Les moissons du ciel.

Pour ma part, en cette fin de siècle, j’avais 17 ans, étais déjà atteint d’un syndrome de cinémanie aigüe, et souffrais de grosses lacunes cinéphiles dès que l’on remontait au-delà de ma période d’existence. Du coup, lorsqu’en 1998 je lus pour la première fois un article sur le tournage de La Ligne Rouge qui disait en substance que tous les acteurs du cinéma américain étaient prêt à vendre père et mère pour tourner sous la direction du légendaire Terrence Malick, ma première réaction fut « Terrence qui ?? ». Inconnu au bataillon pour l’ado que j’étais et qui n’était même pas né lorsque le cinéaste fut récompensé du Prix de la Mise en scène à Cannes en 1979 pour Les Moissons du Ciel, son précédent film à l’époque.

Mais tout en soif de découvertes que j’étais, je mis un point d’honneur à voir les deux trésors inconnus de Malick lorsqu’à l’occasion de la sortie de La Ligne Rouge, ils firent leur apparition dans quelques salles. Je ne me souviens plus si c’était juste avant ou juste après avoir vu La Ligne Rouge. Si c’était avant, nul doute que l’enthousiasme général pour Malick, et la bande-annonce envoûtante de La Ligne Rouge, m’avaient motivé. Si c’était après, je ne me pose même pas la question, puisque la bataille de Guadalcanal à travers les yeux de Malick est immédiatement devenue un de mes films préférés (11 ans et quelques visionnages plus tard, il reste à mes yeux la quintessence du cinéma américain).

Je me souviens donc bien de la première fois que j’ai vu Les Moissons du Ciel. C’était à cette époque, ce début 1999, dans un cinéma du Quartier Latin. Était-ce le Grand Action ? Le Champo ? Il faudrait que je farfouille dans mes vieux tickets de cinéma pour retrouver précisément lequel… (pour Badlands, aucun doute, c’était au Ciné 104 de Pantin !). Je l’avais donc déjà découvert sur grand écran. Et depuis, je l’ai revu à la télévision. Pourtant pour rien au monde je n’aurais manqué la ressortie des Moissons du ciel, restaurées et flambant neuves (jetez un œil au bandeau illustrant mon blog…). D’autant que le Max Linder Panorama, ce grand écran si agréable et aux qualités techniques remarquables, le programmait.

Ainsi donc, onze ans plus tard, je les ai revues sur grand écran, et dans des conditions tout à fait optimales, ces Moissons. Ce tragique triangle amoureux planté dans un décor à la Edward Hopper, éclairé d’une lumière entre chien et loup sous le ciel texan. Richard Gere qui pour ainsi dire débutait par le summum de sa carrière (je soulignais récemment que son interprétation dans L’élite de Brooklyn était sa meilleure depuis celle des Moissons), Sam Shepard et sa présence magnétique, Brooke Adams avant qu’elle ne tombe dans l’oubli. Et des gueules. Toutes ces gueules de cinéma illustrant parfaitement l’Amérique début 20ème siècle, apparaissant fugacement devant la caméra.

Les films de Terrence Malick ont cela d’extraordinaire que chaque vision équivaut à une première fois. Chaque nouveau visionnage donne l’impression que l’on découvre le film. C’est un cinéma si sensoriel qu’il paraît nouveau à chaque fois que l’on pose les yeux dessus, de nouvelles émotions et de nouvelles sensations prêts à nous envahir. Ce sont ces images, par lesquelles la contemplation devient un art. Ces musiques, destinées à résonner à jamais en nous. Ces acteurs, qui jamais plus ne seront aussi magnétiques.

C’est aussi cette obsession de Terrence Malick pour le bien et le mal. Pour la perte de l’innocence. Pour la profanation du bonheur et du paradis terrestre. Ses héros sont tiraillés entre le bien et le mal. Par eux la nature se trouve pervertie, même si souvent à leur corps défendant. Ils sont à la fois les pécheurs et les victimes. Dans le cinéma de Terrence Malick, dans Les Moissons du Ciel, le paradis existe, mais il est éphémère. L’homme finit toujours par le détourner de sa nature idyllique. Le titre original du film est d'ailleurs Days of Heaven, quelques jours de paradis...

Revoir Les moissons du ciel sur grand écran est un plaisir rare, le plaisir de voir le film à sa juste valeur, dans le seul endroit où la magnificence de l’œuvre éclate totalement. Les films de Terrence Malick nous font toucher du doigt, l’espace de quelques heures, quelques minutes, quelques instants, la sensation de paradis. C’est toujours trop court, mais ces quelques instants de plénitude valent tant d’heures d’autres films, que les déguster est un plaisir incandescent.

mercredi 7 juillet 2010

Plongée dans Paris Cinéma avec un beau film japonais

Quand il a été annoncé que l’édition 2010 de Paris Cinéma mettrait à l’honneur le Japon, j’ai senti que cette nouvelle édition monopoliserait une large part de mon attention entre le 3 et le 13 juillet. Et c’est bien parti pour, en effet. Cela me rappelle au bon souvenir de l’édition 2006 de la manifestation qui mettait à l’époque en lumière le nouveau cinéma coréen, et m’avait ainsi permis de me plonger avec une soif difficile à étancher dans la cinématographie de ce pays qui m’est depuis devenu familier. Que vaudra donc le focus sur le cinéma japonais dans ce Paris Cinéma 2010 ? Un premier élément de réponse est tombé.

Le premier film à m’avoir attiré dans ses filets s’intitule Solanin, et alors même que le film n’est que l’entame du festival pour moi, j’ai déjà tendance à penser qu’à moins d’une sélection d’une très, très grande qualité, ce premier film sera l’un des meilleurs que je verrai au cours des jours à venir. A la base pourtant, dimanche soir, je devais aller voir Dog Pound de Kim Chapiron. Mais lorsque samedi matin, je me suis attelé à faire mon planning pour Paris Cinéma, en épluchant le programme du festival et lisant les synopsis de chaque film projeté, Solanin a accroché mon regard, et le seul moyen de le voir était d’y aller dimanche soir. J’ai donc convaincu mon amie de changer notre fusil d’épaule et d’aller voir le film japonais au MK2 Bibliothèque (j’avoue qu’elle ne fut pas difficile à convaincre).

Chose rare, ce qui m’a attiré à lecture du synopsis de Solanin est exactement ce que j’ai aimé dans le film. Bien souvent un film se révèle différent de ce que l’on attendait, pour le meilleur ou pour le pire, mais Solanin a su m’offrir ce qui me plaisait dans son thème. A savoir qu’il a su être un film semblant s’adresser directement à moi, parisien de 28 ans, en parlant pourtant d’une bande d’amis japonais à peine plus jeunes que moi.

Les héros de Solanin sont dans la deuxième moitié de leur vingtaine. C’est principalement un couple, Meiko et Taneda, qui vit ensemble à Tokyo aujourd’hui. Ce sont des jeunes gens de leur temps, un temps de crise mondiale où, ayant finis leurs études et étant entrés dans le monde du travail, ils ne savent pas trop ce que l’avenir leur réserve. Ils ont un job alimentaire, des hobbys qu’ils aimeraient peut-être transformer en moyen de gagner leur vie, mais ils n’en sont pas sûr. Meiko démissionne de son boulot, et encourage Taneda à se consacrer à son groupe de musique, ce groupe qu’il a commencé sur les bancs de la fac mais qu’il n’a jamais su faire décoller.

Premier film d’un jeune cinéaste, adapté d’un manga, Solanin sait parler de ses contemporains, de ses semblables, de son époque, avec une justesse de ton qui se pose rapidement. Empreint des doutes de notre génération et de notre époque, Solanin est une balade amère et mélancolique dans les méandres d’une société qui ne promet aucun avenir. C’est une génération d’indécis qui ne sait pas à quelle sauce elle sera mangé demain, et apprend à accepter de vivre au jour le jour. De profiter de ce que la vie offre de bonheurs quotidiens pour digérer l’acceptation que les rêves sont parfois trop grands, les épaules pas assez solides, et la perspective d’avenir, un grand flou peu engageant.

L’histoire de Meiko, Taneda et leurs amis, c’est l’histoire d’un grand nombre de jeunes gens d’aujourd’hui, qu’ils soient japonais, français, australiens ou je ne sais quelle nationalité encore. Solanin est clairement un film générationnel qui risque de ne pas autant parler à un ado de 15 ans ou un quinqua à quelques années de sa retraite. Eux pourront s’arrêter sur les défauts du film, comme sa longueur (2h06) ou sa tendance à appuyer un peu sur le larmoyant. Mais personnellement je ne tiens pas rigueur à Miki Takahiro de ces défauts. Certes j’ai eu peur, à l’entame du dernier acte du film, par la tournure prise par le film, avec le décès de l’un des personnages de la bande d’amis, mais en ne perdant pas de vue son discours sociétal, le réalisateur parvient à retomber sur ses pattes et à faire accepter ses faiblesses, à l’image du parcours chaotique des filles et garçons auxquels il s’attache.

Une belle entame de festival donc, qui donne soif quant aux jours à venir…

mardi 6 juillet 2010

Retour en ligne !

Les semaines passent à une allure folle. Je pose ma plume numérique quelques jours pour m’occuper de choses et d’autres, et voilà tout à coup qu’un mois s’est écoulé ! Les coups de fils fusent, les mails tombent les uns après les autres, on m’interpelle dans la rue pour me demander « Mais comment se fait-il que L’Impossible Blog Ciné ne soit plus mis à jour ??!! A quand le retour ??!! Un vide se creuse !! »… Oui… bon j’avoue j’exagère un peu… bon, ok, j’exagère beaucoup. Mais le fait est qu’il est grand temps que je me remette au boulot, et que l’IBC soit de nouveau actif. Les choses sont bien faites, car je vais passer l’été à Paris avec la perspective de hanter un peu les salles obscures de la Capitale (en commençant par Paris Cinéma…) pendant que la plupart de mes congénères vont peu à peu déserter la Ville Lumière pour aller prendre un repos sûrement mérité.

Eh non, pas d’expédition estivale coréenne cet été, il faudra attendre avant de nouvelles aventures dans les cinémas de Seoul ! Au lieu de cela, dans les jours qui viennent, attendez-vous à trouver sur ces pages de petits rattrapages d’instants cinéphiles vécus dans les salles obscures ces dernières semaines, un compte-rendu régulier des films vus à Paris Cinéma, et bien d’autres choses encore. L’été sera parisien et cinéphile, autant en profiter.

dimanche 6 juin 2010

Cannes à Paris : Two gates of sleep

Jeudi, 17h, Forum des Images à Paris. La salle 500, ce grand amphi, est une fois de plus quasi vide pour accueillir un film de la Quinzaine des Réalisateurs 2010, qui plus est un film qui n’est diffusé qu’une seule fois. Il faut dire que pendant le Festival de Cannes, peu de journaux ont parlé de Two gates of sleep. Et je dois avouer qu’après l’avoir vu, je suis tiraillé entre un « Tu m’étonnes qu’ils en aient pas parlé… » et un « Comment ont-ils pu ignorer cet étrange film ?! ». Entre les deux mon cœur balance.

Comment le décrire… imaginez… imaginez… Ah, j’ai trouvé. Imaginez qu’Apichatpong Weerasethakul (le cinéaste thaïlandais palmé il y a quelques jours) ait réalisé Gerry en lieu et place de Gus Van Sant… dans le décor des premiers films de David Gordon Green (All the real girls, L’autre rive)… Oui c’est à peu près ça. Dans un coin paumé entre les champs et la forêt, en pleine nature dans une maison qui ressemble plus à un cabanon, vivent deux frères, la vingtaine, et leur mère ayant l’air un brin dérangée. Les garçons chassent pour le dîner le dîner, l’un des deux travaille dans une scierie. Une vie semblant monotone mais en totale harmonie avec leur environnement.

Dans cette première partie, on pense aux premiers films de David Gordon Green, lui-même héritier direct des films de Terrence Malick dans les années 70, Badlands et Les moissons du ciel. Les plans sont étirés, les dialogues quasi absents, la nature omniprésente. On sent le souffle du vent et les rayons du soleil traverser l’écran. La contemplation est pure, mais ces personnages sont si insaisissables qu’ils fascinent, et le film accroche.

Lorsque survient le décès de la mère, Two gates of sleep change de cap. Un changement léger mais qui bouleverse le film. On quitte les alentours du cabanon. Les deux frères refusent de laisser une ambulance venir chercher le corps de leur mère et préfèrent aller l’enterrer là où elle le souhaitait. Commence alors une odyssée le long d’un cours d’eau, et à travers les bois, le cercueil à bout de bras. Une traversée tout aussi silencieuse à laquelle va bientôt s’adjoindre des éclairs mystiques. Les frères sont à bout de nerf sans l’exprimer, des apparitions furtives surgissent entre les arbres. Que voit-on ? Où se dirigent les frères ? Y a-t-il une rancœur entre les deux ?

Two gates of sleep est un film très silencieux qui par ses non-dits renvoie beaucoup d’interrogations, triture les méninges, fascine. Et ennuie aussi, je ne le cacherai pas. Plusieurs fois j’ai laissé mes yeux se fermer quelques secondes, car s’il est clairement influencé par Gus Van Sant, David Gordon Green et Terrence Malick (dans une certaine mesure), Alistair Banks Griffin, dont c’est ici le premier long, n’a pas (encore ?) le talent de ses aînés. Il manque quelque chose à ces « deux portes du sommeil » (le film était sous-titré « Deux chemins vers le rêve ») pour nous empêcher de laisser l’assoupissement prendre le meilleur de nous. Peut-être une certaine forme de poésie que son mutisme constant et son austérité thématique l’empêchent d’atteindre comme on pouvait l’espérer.

Je retiens le nom d’Alistair Banks Griffin, en espérant qu’il refasse surface dans les années à venir avec un film plus fort, tout en étant persuadé que malgré l’envie de dormir qu’a pu m’inspirer Two gates of sleep, c’est un film que je ne suis pas près d’oublier, d’ignorer ou de mépriser. Il a de quoi rester en moi quelque temps.

jeudi 3 juin 2010

Shah Rukh Khan revient en France, attention aux émeutes !

Ah qu’il me semble lointain le jour où j’avais vu Shah Rukh Khan pour la dernière fois sur grand écran. Laissez-moi compter… une… deux… trois… quatre ? Quatre années que la star du cinéma indien ne s’était plus affiché dans les salles françaises. Quatre années pendant lesquelles seule une poignée de divertissements venus de Bollywood ont atteint nos contrées franchouillardes quelque peu allergiques au charme suranné des flamboyants mélos indiens.

La dernière fois, au printemps 2006 donc, c’était Veer Zaara. Pour une fois, j’avais réussi à convaincre pas mal de connaissances qu’il était temps pour eux de venir à la rencontre de ce cinéma si rafraichissant et unique, moi qui était tombé dedans avec Lagaan en 2002. A ma grande surprise (ou pas ?), tous ceux que j’avais envoyés voir Veer Zaara en étaient ressortis conquis par la grandeur et l’émotion du film, et sous le charme de ses interprètes, au premier rang desquels Shah Rukh Khan, la star numéro un du cinéma indien. Un acteur qui selon les standards occidentaux n’est pas franchement beau mec mais qu’il suffit de voir jouer et danser pour déceler en lui une présence qui explique comment il a pu être propulsé au sommet de la gloire bollywoodienne. A l'époque il était même venu faire la promo à Paris avec Preity Zinta et Rani Mukherjee (même que je les avais vus !).

Et le voici donc de retour, le Shah Rukh. Qui plus est dans un film qui porte son nom, My name is Khan. Ca y est, enfin ! Le distributeur a en plus eu la bonne idée de sortir le long-métrage (un petit 2h40, pas si long que ça selon la norme indienne) en cette période creuse de fin mai. Étant donné que le film ne sera de toute façon pas un carton au box-office, le plus important était surtout de l’exposer au mieux dans les salles françaises, et le peu de films sortant ces temps-ci offre une belle disponibilité des écrans. Résultat, si le film n’est projeté en première semaine que dans 16 salles en France, il est visible dans sept salles parisiennes, de l’UGC Ciné Cité Les Halles à l’Arlequin en passant par Le Grand Rex ou le Publicis (là où je l’ai vu). C’est la première fois qu’un film avec Shah Rukh Khan s’expose sur autant d’écrans parisiens, avec des chiffres au box-office tout à fait encourageants.

Toutefois, précisons que My name is Khan est un Bollywood sans vraiment en être tout à fait un. Produit par un studio Hollywoodien, le film n’est pas musical, et quoi que l’on en dise, sans chorégraphies ni chansons, un Bollywood n’est pas vraiment Bollywood. Shah Rukh Khan interprète Ravzin Khan, un homme atteint du Syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. Après sa jeunesse dans son Inde natale, Khan part pour San Francisco, où il rejoint son frère qui y a réussi et s’est bâti une nouvelle vie. Aux États-Unis, Khan va trouver l’amour, tenter de le conquérir malgré sa différence, et surtout être confronté, lui le musulman, aux tensions raciales consécutives aux évènements du 11 septembre 2001.

My name is Khan ne fait pas vraiment dans la dentelle, mais cela on peut le dire de tout film de Bollywood. Toutefois s’il manque de subtilité, on ne peut pas lui reprocher de ne pas oser aborder de front des thèmes de société, du racisme aux clivages religieux. Il y a une certaine candeur dans cette façon de traiter avec force et maladresse des sujets sensibles, une candeur qui peut paraître trop appuyée mais qui a le mérite d’oser et de ne pas se donner de limites. On peut également regretter que les comédiens américains ne soient pas tous très bons acteurs (est-ce pour ne pas faire de l’ombre aux stars indiennes ?), mais qu’importe.

Le voyage proposé par My name is Khan est l’essentiel. Le périple de cet homme par-delà les obstacles est parfois (souvent ?) too much, mais c’est une épopée humaine dense et jamais ennuyeuse, portée par le charisme de Shah Rukh Khan et le charme de Kajol (le couple star de La famille indienne). Bien sûr, les danses et les chants manquent. Le film paraît orphelin de cette musicalité, de cette rythmique, de ces couleurs flamboyantes qui font tout le sel de ces productions.

Messieurs les distributeurs, offrez-nous un vrai grand spectacle musical bollywoodien dans les cinémas français ! Que l’on cesse de jalouser nos voisins anglais qui eux y ont droit régulièrement…

mercredi 2 juin 2010

Prince of Persia ou la fantaisie retrouvée de l'aventure Hollywoodienne


Les blockbusters estivaux hollywoodiens ont perdu de leur superbe ces dernières années. « Superbe » n’est peut-être pas le mot adéquat, mais là où ils pouvaient être souvent synonymes d’aventures grisantes à une époque, ils semblent bien trop souvent se perdre désormais dans une voie de garage désespérante. Les films d’aventures en particulier. Ces derniers temps, pour un Star Trek emballant, combien de Pirates des Caraïbes inutiles, d’Indiana Jones décevant, de GI Joe et tout un tas de suites sans intérêt ? Bien trop, j’en ai bien peur.

Quelle ne fut pas ma surprise ce week-end de découvrir que Prince of Persia, les sables du temps, le nouveau blockbuster estampillé Jerry Bruckheimer, fait partie des bonnes surprises du genre. Incroyable mais vrai. Lorsqu’après avoir vu Ha Ha Ha au Reflet Médicis, mon amie Muriel m’a proposé d’aller voir Prince of Persia, j’y suis allé pour le goût du gros film d’aventure en étant persuadé d’avance que ce ne serait qu’avalanche d’effets spéciaux sans âme ni trépidation. Perdu. J’en suis sorti agréablement surpris. Surpris d’avoir assisté à un vrai film d’aventures et non à un simple étalage de numérique.

Entendons-nous bien. Prince of Persia est un déballage d’effets numériques. C’en est truffé, et pas toujours avec la plus grande osmose. Mais là où le film surprend, c’est qu’il utilise parfaitement les codes du film d’aventures, ce qui paraît bête à écrire, mais qui a été très rarement constaté ces dernières années à Hollywood (et ne me parlez pas des Pirates des Caraïbes devant lesquels je me retenais de m’endormir tant c’était mou). La règle numéro 1 du film d’aventure réussi, ce ne sont pas les effets spéciaux, ni les décors, mais bien les personnages. Tissez une belle galerie de personnages, et le film part d’un bon pied. La galerie de Prince of Persia ne déçoit pas.

Jake Gyllenhaal fait un héros hardi et soucieux convaincant, Gemma Arterton un premier rôle féminin qui ne se contente pas d’être sublime (et croyez-moi elle l’est), et ils sont entourés de seconds rôles justement croqués, avec des ressorts comiques (Alfred Molina, impeccable en brigand organisateur de courses d’autruches), des méchants fourbes (Ben Kingsley, comme d’hab’) et d’autres qui savent entretenir l’ambiguïté (Richard Coyle, que j’ai connu en gallois hilarant dans la série Coupling – Six Sexy et qui campe ici parfaitement l’héritier de la couronne qu’on a du mal à cerner).

Les personnages sont la base solide du film, qui nous plonge par la suite dans cette épopée rocambolesque et fantaisiste située en Perse il y a bien longtemps, dans laquelle un Prince, accusé à tort du meurtre de son roi de père, se voit pourchassé par son oncle et ses frères qui réclament justice. En chemin, le Prince, Dastan, met la main sur un poignard aux pouvoirs légendaires : celui qui le porte peut remonter le cours du temps. Avec la gardienne de cette dague magique qui ne lui lâche pas le train, Dastan va tenter de laver son honneur, démasquer l’assassin de son père, et sauver le monde, rien que ça. Le tout sans prendre de douche. Bon courage Dastan.

Comme je l’ai déjà mentionné, les effets spéciaux de Prince of Persia, adapté d’un célèbre jeu vidéo, sont parfois too much, frisant l’overdose. Mais la qualité des personnages et des aventures dans lesquels ils sont projetés pendant près de deux heures contrebalancent bien ce trop plein visuel. Courses poursuites sur les toits de cités anciennes, combats au sabre, traversées de déserts, Mike Newell, qui n’est pas du tout un spécialiste des films d’action (après tout, son film le plus célèbre est Quatre mariages et un enterrement…), s’en tire très bien avec le cahier des charges, donnant un rythme trépidant à cette course, sans temps mort aucun. Et fait ce que l’on n'attendait pas de lui : il fait de Prince of Persia une aventure entrainante.

Plus surprenant encore, on trouve dans ce Prince of Persia un sous-texte politique tout à fait étonnant pour un tel calibre hollywoodien du divertissement. A la base de l’aventure, il y a un conflit politique, une ville que partent conquérir les dirigeants de la Perse pour la punir de cacher des armes vendues à des territoires ennemis… une invasion basée sur des informations qui s’avèrent, une fois sur place… erronées… hum hum… Tout cela a un vague relent familier… Une production Jerry Bruckheimer adaptée d’un jeu vidéo qui enfonce la politique des États-Unis dans l’invasion irakienne ??? Certes ils enfoncent ce qui ressemble plus désormais à une porte ouverte, mais tout de même, on n’en attendait pas tant de Prince of Persia !

Et au final, la balade perse fantaisiste aura fait un joli travail de séduction. Certains me diront « Quoi ??!! T’aimes pas Pirates des Caraïbes mais t’aimes Prince of Persia ???!!! », et à ceux-là je dis avec aplomb, versatilité et force réflexion sur les mots employés : « Eh ouais ! ».

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